L’histoire des Juifs à Lviv (à Lwów ou Lemberg) commence il y a plus de huit cents ans, au . Lviv est un centre de la vie juive depuis le Moyen Âge. La première mention documentaire de l'existence d'une communauté juive à Lviv date de la fin du . La plus ancienne synagogue de la ville a été construite en 1582. Au , environ un tiers de la population de la ville est juive. Il y a plusieurs cimetières juifs et de nombreuses synagogues. À partir du , il y a deux communautés juives distinctes à Lviv: d'un côté les Juifs conservateurs orthodoxes ou hassidim, parlant le yiddish, de l'autre les maskilim d'esprit libéral parlant plutôt l'allemand. Les deux communautés vivent côte-à-côte avec peu de contacts. Chacun de ces deux groupes possède ses propres droits, privilèges, administrations, synagogues et écoles.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, la population juive de Lviv dépasse les . La très grande majorité d'entre eux périssent pendant la Shoah.

Lviv est actuellement une ville ukrainienne située dans l'oblast de Lviv qui compte un peu plus de .

Sous le nom de Lwów, elle est polonaise de 1386 à 1569, puis fait partie jusqu'en 1772 de la république des Deux Nations. Rebaptisée Lemberg, elle appartient à l'empire d'Autriche de 1772 à 1918, puis après la Première Guerre mondiale, de 1918 à 1939 elle redevient polonaise sous la Deuxième République et récupère son nom de Lwów. Après la Seconde Guerre mondiale, la ville fait partie des territoires attribués à l'Ukraine et prend le nom de Lviv.

Histoire de la communauté juive La communauté juive sous le royaume de Pologne L'histoire de l'établissement de Juifs à Lwów commence au milieu du , quand la ville reçoit sa charte pendant le règne de Léon Ier de Galicie: В. Меламед: Евреи во Львове (XIII - первая половина XX века). События, общество, люди, Львов (V. Melamed: Juifs à Lwów (du à la première moitié du ). Evénements, Société, Personnes, Lviv) 1994; page: 19. À partir de la seconde moitié du et jusqu'au début du , il existe deux communautés juives séparées, la première pour les Juifs résidant à l'intérieur des murs de la ville, et la seconde pour les habitants juifs de Krakowskie Przedmieście, dans la banlieue de Lwów.

À l'intérieur des murs de la ville, les Juifs sont regroupés autour de la Vieille place et des châteaux haut et bas. Le centre de la ville se situe alors entre la Vieille place et la rue actuelle Bohdana Chmielnickiego. D'après l'historien Meir Balaban, la première synagogue en bois est construite près de la place. Une nouvelle synagogue en briques sera construite après l'incendie de 1642 plus au nord, près de l’actuelle rue Sańska. Les deux communautés utilisent le même cimetière situé à Krakowskie Przedmieście, entre les rues Szpitalna, Rappaporta, Browarna et Kleparska, qui sera fermé en 1855.

Au milieu du , Lwów passe sous la juridiction du roi Casimir III, qui en 1352 établit les limites sud-ouest de la vieille ville princière qui est entourée de murs, de douves, de tours et de deux châteaux. Les Juifs occupent la partie sud-ouest appelée d'après les sources Communitas Judaeorum intra moenia habitantium.

La situation juridique des Juifs de Lwów est d'une part déterminée par les privilèges accordés par les rois polonais, et d'autre part par les règlements du Conseil municipal et les décisions des synodes de l'église catholique. Les privilèges royaux permettent aux Juifs d'exercer dans le commerce et dans certains domaines industriels. Les lois de Magdebourg, promulguées par Casimir III en faveur des Juifs de Lwów, garantissent leur sécurité personnelle sur un pied d'égalité avec les autres citoyens ainsi que la liberté de résidence et d'autres droits.

La communauté juive de Lwów est soumise aux évènements concernant tous les Juifs de la république des Deux Nations. Au , les communautés juives obtiennent une grande autonomie à l'intérieur des villes où elles sont implantées, avant de tomber victimes de pogroms principalement lors du soulèvement de Khmelnytsky au . Il est à noter, que pendant les sièges de 1648 et de 1655, les habitants de Lwów refusent de livrer leurs voisins juifs, condition demandée par les Cosaques pour ne pas attaquer la ville.

Le développement de la communauté juive de Lwów est assez exceptionnel comparé aux autres communautés juives de la république de Pologne, aussi bien sur le plan du développement de la vie religieuse, des études talmudiques et des réalisations culturelles, que par les réussites économiques et sociales d'un certain nombre de ses membres. Par exemple, Wolf, originaire de Drohobytch mais vivant à Lwów au est banquier royal.

Au , le quartier juif comprend les rues Żydowska (rue des Juifs), Nowożydowska (nouvelle rue des Juifs), Szklarska et Za Arsenałem. Au , le quartier juif commence à inclure la rue Serbska. L'entrée du quartier est située à l'intersection des rues Ruska and Żydowska. La Porte juive est fermée la nuit du côté juif ainsi que du côté de la ville A. Krachkovska: Wspólnota żydowska Lwowa między XVI a XVIII w – obszary osiedleń i status prawny (La communauté juive de Lwów entre les - zones d'implantation et statut juridique); in: Żydzi w Lublinie - Żydzi we Lwowie. Miejsca – Pamięć – Współczesność (Les Juifs de Lublin – Les Juifs de Lwów. Lieux - Souvenir – Modernité); éditeur: Joanna Ziętar, Elżbieta Żurek et Sławomir Jacek Żurek; Lublin; 2006; page: 34.

La communauté juive sous la république des Deux Nations En 1571, la première yechiva s'installe à Lwów au 28 rue Blacharska (maintenant rue Fedorowa). Elle devient célèbre dans les années 1590 par la présence d'un éminent talmudiste Joshua Falk, disciple de Salomon Luria et de Moshe Isserles. vignette|La Synagogue de la Rose d'Or de Lviv bâtie en 1582.

Au milieu du , Lwów est une des villes de Pologne où s'installent des Juifs séfarades. En 1567, les Juifs séfarades Chaim Kohen et Abraham da Mossa, obtiennent du roi Sigismond II le droit de commercer des vins doux de Grèce et des muscats sans avoir à payer de taxes. Cette exemption est obtenue grâce à un accord entre le roi et Joseph Nassi, un diplomate ottoman qui cherche à améliorer les relations entre la République et l'Empire ottoman. Joseph Nassi descend d'une famille influente de banquiers séfarades de Lisbonne qui ont prêté une somme importante au roi de Pologne. La correspondance entre Sigismond II et Nassi a été conservée. Dans ses lettres, le monarque appelle Nassi cher ami ou digne prince, car Nassi a reçu du sultan de Naxos le titre de prince.

La situation n'est pas idéale pour les Juifs séfarades de Lwów. Leur position commerciale privilégiée et d'après Meir Balaban, peut-être aussi leur différence culturelle, les font entrer en conflit avec les autres habitants de la ville, y compris avec les Juifs ashkénazes. À la suite d'un conflit avec le Conseil municipal de la ville, la majorité d'entre eux quitte la ville. La situation des Séfarades à Lwów est décrite par Moshe da Mossy dans ses lettres écrites en italien. À la fin, il décide à s'installer à Zamość grâce à son amitié avec Jan Zamoyski. En 1588, le Hetman accorde aux Juifs séfarades des droits exceptionnels leur permettant de se développer à l'intérieur de la ville.

Devant l'afflux grandissant de nouveaux immigrants arrivant dans la ville, le quartier juif est confronté à un manque cruel de logements. La surpopulation entraine alors une flambée du prix des logements. La communauté doit aussi faire face à la difficulté du maintien de l'ordre et de la propreté, qui avec le temps va avoir de sérieuses conséquences comme les deux gigantesques incendies de 1571 et 1616 qui éclatent dans le quartier juif M. Bałaban: Żydzi lwowscy na przełomie XVI i XVII wieku (Les Juifs de Lwów au tournant des ); Lwów; 1906; pages: 22 à 24.

Les premières années du , la communauté juive se trouve en conflit avec l'Ordre des Jésuites. L'Ordre désirant construire une église et un séminaire, décide d'accuser les autorités municipales et les Juifs de transactions illégales concernant la vente de terrains constructibles qui étaient terres de la couronne et sur lesquels avait été construite la synagogue Nachmanowicz. La procédure judiciaire dure quelques années, passant d'un tribunal à l'autre. À la fin le verdict de la couronne impose à la ville le rachat de la majorité des terrains contestés et la destruction de la synagogue, car celle-ci a été construite sans permission royale M. Bałaban: Żydzi lwowscy…; page: 89. Les Juifs de Lwów contestent le verdict et introduisent un recours auprès du Tribunal de la couronne (Trybunał Koronny). L'affaire s'arrête le avec le décret émis par le roi qui déclare que les jésuites recevront un terrain dans une autre partie de la ville et que les Juifs peuvent rester rue Żydowska à l'abri de toute ingérence.

En 1634, la communauté juive en plein essor obtient l'autorisation de construire un bâtiment administratif pour son conseil, en face de la synagogue de la vieille ville. L'importance de la communauté est confirmée en 1620 par un rapport municipal qui fait état de 40 immeubles collectifs détenus par les Juifs dans la ville: В. Меламед: Евреи во Львове… ; page: 88. Les historiens estiment le nombre de résidents juifs à Lwów à la fin du siècle à près de en incluant Krakowskie Przedmieście.

Après les calamités lors du soulèvement de Khmelnytsky en 1648, un autre malheur frappe la communauté juive de Lwów. Les élèves du collège jésuite attaquent la synagogue. Ils sont rejoints par des soldats cantonnés dans la ville. Incapable de remettre de l'ordre, le staroste (administrateur de la ville) ordonne de distribuer aux Juifs des hallebardes et des piques afin qu'ils puissent se défendre eux-mêmes. Malgré cela, le nombre écrasant des étudiants et des soldats l'emporte, causant la mort de 75 Juifs et en blessant 200 autres J. Schall: Przewodnik po żydowskich zabytkach Lwowa (Guide des monuments juifs de Lwów); Lwów; 1935; page: 17.

1648 marque un véritable tournant pour les Juifs de Lwów, date à partir de laquelle l'importance économique de la ville et des marchands juifs commence à décroitre en raison d'une diminution du commerce avec l'ouest qui constituait la source principale de leur revenu depuis la chute de Constantinople en 1453.

Lors de la grande guerre du Nord, en 1704, l'armée Suèdesuédoise s'empare de Lwów et s'acharne sur les Juifs qu'ils accusent d'avoir participé à la défense de la ville. Ils pillent le quartier juif et demande une rançon de thalers M. Bałaban: Dzielnica żydowska, jej dzieje i jej zabytki (Le quartier juif, son histoire et ses monuments); Lwów; 1909; page: 9. Le déclin de la république de Pologne et l'absence d'une administration centrale forte créent les conditions idéales pour les émeutes anti-juives qui éclatent à Lwów en 1718, 1732, 1751 et 1762. En 1728, une action en justice est intentée contre les Juifs de Lwów qui auraient persuadé le Juif baptisé, Jan Filipowicz, de retourner au judaïsme. Deux Juifs, Joszua et Chaim Rajces sont condamnés au bûcher. Joszua se suicide, tandis que son frère refuse le baptême. Ce dernier périt sur le bûcher à côté du corps de son frère M. Bałaban: Dzielnica żydowska...; page: 36.

En , une disputation a lieu dans la cathédrale de Lwów entre les rabbins les plus célèbres de Podolie et des partisans du faux-messie Jacob Frank, qui accusent les Juifs, parmi d'autres crimes, d'utiliser le sang chrétien au cours de rituels. Cette disputation a eu une grande répercussion dans toute la république de Pologne et conduisit à la popularisation de la superstition médiévale du meurtre rituel.