La mosaïque du triomphe de Neptune et les quatre Saisons est une mosaïque romaine datée du découverte sur le site de La Chebba, en Tunisie.
La mosaïque est trouvée au début du , lors de la fouille d'une située en bord de mer, dans un site qui n'a pas été important pendant l'Empire romain, occupé sans doute essentiellement comme lieu de villégiature par des personnes aisées. L'œuvre, découverte en très bon état de conservation, est aussitôt considérée comme d'excellente facture par Stéphane Gsell, archéologue et historien spécialiste de l'Afrique du Nord.
Outre ses qualités esthétiques, qui en font une œuvre charnière juste avant l'âge d'or de la mosaïque d'Afrique romaine qui débute dans la seconde moitié du , la mosaïque du triomphe de Neptune marque aussi par la thématique représentée : elle comporte en effet l'association des Saisons avec la divinité marine, revêtue de caractères africains en relation avec la fertilité.
Déposée, elle est transportée puis conservée au grand musée archéologique de la banlieue de Tunis, le musée national du Bardo, dénommé alors musée Alaoui, dont elle constitue depuis l'une des pièces maîtresses.
Histoire vignette|alt=Localisation de villes romaines sur une carte satellite de l'actuelle Tunisie.|Principales villes de la Tunisie actuelle à l'époque romaine. Contexte historique L'Afrique romaine connaît une ascension à la fin du avec l'accession à la tête de l'Empire romain d'une dynastie africaine, les Sévères. Le site de la ville tunisienne de La Chebba, habité très anciennement puisqu'une station néolithique y a été retrouvée, est situé au nord de la Petite Syrte et à de Salakta et à au sud de Mahdia d'El Alia, au Sahel. La ville actuelle a pris la suite de l'ancienne cité de , où Bélisaire débarque en Afrique du Nord en 534 pour reprendre la région aux Vandales. Le site est également le lieu de découverte en 1989 d'un important trésor monétaire byzantin. L'artiste et le commanditaire de la mosaïque ne sont pas connus, dans une localité peu mentionnée.
Histoire de la mosaïque La question de la datation de la mosaïque a fait l'objet d'âpres débats entre les spécialistes. Au début du , Paul Gauckler date l'œuvre de la fin du ou du début du tandis que Mohamed Yacoub propose une datation de la fin du règne d'Antonin le Pieux. Le thème du triomphe de Neptune est beaucoup utilisé en Afrique du Nord du , en particulier dans les villes de la côte. Gifty Ako-Adounvo, passant en revue les différentes périodes proposées pour la datation de la mosaïque , s'appuie sur certains détails pour opter pour une datation tardive et considère que la mosaïque date d'avant 170-180. Jean-Pierre Darmon la date de la fin du troisième quart du tandis que Gilbert Charles-Picard la situe vers 150-160. David Parrish considère que l'inspiration provient de la (118-138), qui aurait influencé les provinces de l'Empire. Katherine Dunbabin propose une datation autour de 130-150.
vignette|gauche|alt=Vue d'une mosaïque comportant des médaillons avec des motifs et un motif central.|Mosaïque de La Chebba comportant une scène de pêche et d'Arion et Orphée, , première moitié du .
Il s'agit d'un pavement d' dégagé lors de fouilles d'une située en bord de mer. La mosaïque est dans une salle à colonnes, de de côté. La pièce était peut-être à ciel ouvert, mais Gifty Ako-Adounvo en doute, à cause de la qualité de l'œuvre et de son état de conservation. Comme la mosaïque n'est pas en forme de U, elle ne devait pas orner un ni un , mais plutôt un vestibule ou un autre espace de réception.
La salle de la mosaïque comporte des colonnes. Elle est entourée de pièces pourvues de mosaïques géométriques, dans un édifice comportant des thermes. Les mosaïques représentant des Saisons sont présentes dans des bâtiments privés, plus précisément dans les pièces de réception de ces riches maisons. Les des maisons présentaient des thèmes dionysiaques associés aux Saisons. La qualité de la mosaïque de Neptune et la représentation des quatre Saisons font penser qu'elle doit orner une pièce utilisée pour les réceptions.
Autres découvertes Trois villas romaines sont dégagées de façon simultanée par Dominique Novak et Alexandre Epinat. en 1902.
Une autre est fouillée à avec une mosaïque centrale dont le sujet est la pêche avec des médaillons variés portant Arion ou Orphée entre autres motifs. Elle est conservée également au musée national du Bardo. Une troisième a livré un Silène monté sur un âne récalcitrant avec un Satyre et Pan. Cette dernière œuvre est conservée au musée archéologique de Sfax..
Description
vignette|gauche|alt=Vue générale d'une mosaïque avec un personnage sur le motif central et quatre personnages féminins aux angles, avec d'autres scènes.|Vue générale de la mosaïque.
La mosaïque du triomphe de Neptune et les quatre Saisons présente le répertoire lié aux Saisons mais avec . La figuration d'ouvriers agricoles et d'un bestiaire lié aux Saisons s'est ajoutée aux représentations de personnifications. Des tiges de plantes entourent celles-ci. L'intégralité du est présenté dans la mosaïque, avec des fleurs, des épis de blé, de la vigne et des olives.
Dès la découverte, l'œuvre est considérée par Stéphane Gsell . L'une de ses principales caractéristiques est l'emprise du fond blanc qui révèle . Les quatre Saisons sont placées sur un fond neutre. La mosaïque intègre deux traditions de représentations de l'espace, celles de la peinture de voûte et de la mosaïque au sol.
Groupe et personnage central
vignette|alt=Mosaïque représentant une divinité masculine dans un char tiré par quatre animaux marins et entouré par deux autres créatures marines.|Détail central de l'œuvre.
Le médaillon central est séparé du reste de la mosaïque par une bande centrale multicolore et deux lignes noires. Dans ce médaillon figurent une Néréide, un ichtyocentaure et Neptune, la tête nimbée, monté sur un quadrige de quatre hippocampes. Deux des hippocampes regardent la mer alors que les deux autres regardent la divinité. Le dieu est presque nu, musclé, dans la force de l'âge, porteur d'une chevelure et d'une barbe fournies.
Il est représenté avec des tesselles de couleurs vives. Le mosaïste a utilisé des couleurs différentes , les muscles saillants sont mis en évidence par des tesselles blanches et des tesselles sombres servent pour d'autres zones du corps. La peau de la divinité est rendue par des coloris sombres et riches, alors que la Néréide et l'ichtyocentaure sont plus pâles et ont l'air plus jeunes. Le mosaïste a utilisé de fines gradations de couleurs pour les tesselles pour marquer les détails, technique qui dure du . Il a fait un effort pour représenter les détails immergés, comme la queue de l'hippocampe situé à proximité de la Néréide. L'eau a bénéficié d'un : la mer est de couleur grise bleuâtre, avec des lignes blanches, bleues et grises ainsi que des zigzags. Les personnages du groupe se reflètent dans l'eau. À Acholla, dans la mosaïque de Dionysos et des Saisons, la mer est aussi matérialisée par des zigzags.
La divinité tient un trident et un poisson identifié comme un petit dauphin par Mohamed Yacoub. Ces attributs sont déjà présents dans les représentations grecques, attestés sur une amphore de Nola ainsi que sur une statue du port de Cenchrées décrite par Pausanias (II, 2, 3).
Le quadrige est conduit par un ichtyocentaure ou un Triton, ainsi qu'une Néréide à demi dans l'eau. À la gauche de Neptune, une Néréide porte un dans sa main gauche et les rênes de deux hippocampes dans sa main droite. À sa droite, une figure porte des pinces de homard et tient une conque et les rênes d'hippocampes. Ce personnage est souvent identifié comme un triton, mais il s'agit assurément d'un ichtyocentaure selon Gifty Ako-Adounvo. La Néréide a des seins menus et ses cheveux semblent plats et sans vie. L'ichtyocentaure a des cheveux marron clair.
Saisons Généralités
vignette|gauche|alt=Mosaïque comportant au centre un médaillon portant une divinité sur un char et deux personnages en médaillons.|Mosaïque du triomphe de Dionysos des thermes d'Acholla, flanqué de deux médaillons avec des figures de Saisons.
Dans l'Art de la Rome antique, les personnifications des Saisons peuvent être des personnages féminins ou masculins, mais, en Afrique romaine, elles sont spécifiquement représentées par des personnages féminins.
Elles sont fréquentes sur les mosaïques nord-africaines des et sont parfois accompagnées de divinités, parmi lesquelles Dionysos, Annus-Aiôn, Tellus, Vénus et Neptune. Dionysos est fréquemment associé aux Saisons, y compris dans une scène de triomphe, et en tant que dieu du vin, de la fécondité et de la végétation. Les illustrations de Dionysos accompagné des Saisons sont anciennes, peut-être s'agit-il de la figuration de la relation entre la divinité du vin et de la fécondité et les Saisons qui portent la croissance de la végétation et plus généralement la prospérité. Ce thème est présent dans la mosaïque du des thermes d'Acholla datée du , où Dionysos est dans un char conduit par des centaures. Le site d'El Jem a livré trois mosaïques des Saisons et Dionysos. Aiôn, divinité de l'éternité, est représenté avec le cercle du zodiaque, entouré des Saisons, avec des fruits, tout comme Annus, . Aiôn a été représenté avec les Saisons du fait tout à la fois du culte d'Aiôn comme et de la popularité du thème des Saisons dans la mosaïque. Vénus apparaît pour sa part avec les Saisons dans deux mosaïques d'El Jem et de Carthage. Tellus est représenté une seule fois sur une mosaïque de Carthage datée du , avec des têtes d'Océan aux angles, un motif qui revêt peut-être un caractère prophylactique. Neptune, sujet central de la mosaïque de La Chebba, est présent pour sa part sur onze autres mosaïques de la région.
La mosaïque de La Chebba est unique par l'association du motif du triomphe de Neptune et les Saisons. À La Chebba, le motif des Saisons est lié à des travaux ruraux et des animaux. Les Heures sont des divinités liées à la végétation dès l'Antiquité grecque et la représentation des Saisons se répand à l'époque hellénistique. Les Saisons sont liées aux signes du zodiaque au moins à partir du .
vignette|alt=Mosaïque dans un musée, comprenant vingt carrés de détails dont certains portant les noms des mois en latin.|Mosaïque des Saisons et des mois, provenant d'El Jem, au musée archéologique de Sousse.
Aux quatre angles figurent, sous des berceaux de feuillages variés et des , quatre figures féminines symbolisant les Saisons associées à . Les figures sont d' : l'âge, les vêtements et leurs attributs sont différents. Le printemps est figuré par une , l'été est représenté par une jeune fille nue. Une jeune femme drapée représente l'automne, et l'hiver est figuré par une vieille femme couverte. La figuration des activités saisonnières est une première dans la mosaïque de La Chebba.
Sous le pied de l'automne et du printemps, une ligne donne une perspective. Elle est absente pour l'été et l'hiver. Une attention a été apportée aux couleurs utilisées pour représenter les Saisons présentées de manière chronologique et aisément reconnaissables par leurs attributs. Un serviteur et un animal représentant la période de l'année sont liés à chacune des Saisons. Une mosaïque d'El Jem datée du règne de Sévère Alexandre comporte des images des Saisons et également des mois, l'ensemble composant . Les Saisons sont évoquées également par des travailleurs, personnages masculins avec des attributs végétaux et des animaux pour l'hiver et l'été.