L'apparition mariale de Notre-Dame de La Salette se serait produite le en haut du village de La Salette-Fallavaux, en France. La Vierge Marie serait apparue à deux petits bergers, Mélanie Calvat et Maximin Giraud. Cet événement, rapporté par les deux enfants le soir même, fait l'objet d'une première rédaction le lendemain. Plusieurs prêtres, ainsi que les autorités civiles, viennent interroger les enfants durant plusieurs mois. L'évêque de Grenoble, Philibert de Bruillard, ouvre une enquête canonique. Le , cinq années après les faits, cet évêque reconnaît officiellement l'apparition comme authentique.
La polémique se déclenche en 1846. Les sceptiques regroupent des libres-penseurs, des athées, ainsi que des catholiques, y compris des prêtres et des évêques. La reconnaissance officielle par l'évêque du lieu ne calme pas le débat. Le nouvel évêque de Grenoble, Jacques Ginoulhiac, ouvre une seconde enquête, pour confirmer en 1855 par la reconnaissance ecclésiale effectuée par son prédécesseur.
Le message de la Vierge est, d'après les enfants, un et d'intercession de la Vierge Marie, qui se soucie de la nourriture de son peuple et rappelle qu'elle intercède continuellement pour les hommes auprès de son fils.
Les reproches qu'elle adresse sur , qui n'assiste plus à la messe et travaille même le dimanche, ainsi que les prédictions de mauvaises récoltes et de famines, sont fortement mis en doute.
En 1852 commence la construction d'une église et d'un sanctuaire marial au lieu même de l'apparition. Une congrégation religieuse est créée (les Missionnaires de Notre-Dame de la Salette), afin de . La fait l'objet d'une dévotion dans le monde entier.
Récit des événements Le contexte historique
Dans cette région des Alpes, la population parle généralement le dialecte arpitan, un patois local francoprovencal, au point que les populations rurales maîtrisent mal le français et que la Vierge, dans le récit des enfants, bascule du français au patois afin de s'adapter à ses auditeurs.. Ainsi, lors des auditions, les enfants s'expriment mieux en patois qu'en français et précisent plusieurs fois leurs idées en patois, le vocabulaire français leur faisant défaut..
La situation économique dans ces montagnes est mauvaise : la France et l'Europe sont frappées en 1846 par une Cette maladie des pommes de terre qui fait perdre les récoltes a été la cause de la Grande Famine en Irlande. La France est touchée également, dans une moindre mesure.. Cette même année, la production de céréales baisse fortement (du fait des conditions climatiques) et le prix du pain double.. Les paysans pauvres louent leurs enfants à des paysans un peu plus riches (à la semaine ou au mois), pour que les enfants gardent les troupeaux ou effectuent des travaux des champs en échange d'un maigre revenu, ou simplement d'un repas.. C'est la situation cas de Mélanie (louée pour plusieurs mois) et de Maximin (loué pour quelques jours seulement). Maximin est orphelin de mère ; ni l'un ni l'autre ne savent lire ou écrire.
Du point de vue spirituel, la population vit une forte déchristianisation. Un curé rapporte que les fidèles font preuve , le culte et la prière font l'objet de dérision et de mépris des populations paysannes. Les blasphèmes et le travail le dimanche sont monnaie courante.
Cette apparition est l'une des premières d'un nouveau cycle d'apparitions mariales qui touche la France au , mariophanies qui voit un renouveau local du culte marial, nourri par le processus de « recharge sacrale », et par la monarchie de Juillet, période de l'histoire de France marquée par le développement d'un courant catholique libéral et ultramontain à l'origine d'un renouveau du catholicisme. La poussée d'anticléricalisme se voit pourtant rassurée par le remplacement d'un régime monarchiste conservateur par un régime progressiste qui garantit les principales conquêtes de la Révolution française. Les antagonismes internes à l'Église catholique au cours de la révolution de 1848, voient le déclin du gallicanisme au profit de l'ultramontanisme dont le sentiment dynamique et populaire est favorisé par les papes qui encouragent la dévotion mariale et la renforcent par la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception par Pie IX en 1854. L'apparition de Lourdes (en 1858), puis Pontmain (en 1871) vont, d'après Bouflet et Boutry, donner ..
Ce mouvement apparitionnel s'intègre ainsi dans la suite mariophanique française du (années 1830-1875). Les apparitions mariales de Fátima au Portugal en 1917, puis celle de Beauraing et celle de Banneux en Belgique en 1933, européanisent ce mouvement qui se mondialise au cours du . Si le modèle marial français et germanique décline, .
L'apparition thumb|Statue de Notre-Dame de La Salette en pleurs (Pologne).
Le récit de cette apparition est connu seulement par les dires des deux enfants.
Le samedi , sur une montagne proche du village de La Salette-Fallavaux, deux jeunes bergers, Mélanie (Mathieu ou Calvat), âgée d'un peu moins de , et Maximin (Giraud, appelé parfois Mémin, et, par erreur, Germain), âgé de Pour les précisions d'état-civil, voir ., montent avec leurs troupeaux respectifs à l'alpage, dans les prés qui leur sont dévolus. Les deux enfants se connaissent depuis la veille. Vers midi ils amènent ensemble leurs troupeaux à une petite source pour faire boire les bêtes. Ils prennent leur maigre repas (du pain et de la tome sèche), d'autres bergers les rejoignent (pour faire boire leurs bêtes) et repartent. Les deux enfants, restés seuls, en profitent pour faire une sieste dans le pré. À leur réveil, vers quinze heures, ils réalisent que leurs bêtes se sont éloignées et partent à la recherche du troupeau. Ils voient apparaître une dans le creux d'une combe où coulait jadis une source tarieCette source était connue de longue date ; jusque-là, l’eau y coulait à intervalles irréguliers, soit après de grandes pluies soit lors de la fonte des neiges. Depuis cette date, la source n’a jamais tari et est devenue la . Voir la page de la ville de Corps.. En s'en rapprochant, ils voient une , assise, la tête entre les mains et les coudes sur les genoux, visiblement en pleurs.. La description donnée par les enfants est la suivante : .
Après les avoir invités à s'approcher et avoir fait quelques pas vers les enfants, la dame s'adresse à eux et commence un long dialogue avec les enfants, d'abord en français, puis en patoisPour le récit de l'abbé Lagier, en patois avec la traduction, se reporter à ., car les enfants ne maitrisent pas complètement le vocabulaire français. Poursuivant dans leur patois local, la termine son échange en révélant un secret à chacun des enfants et les invite à bien prier chaque jour. En quittant les enfants, la leur demande par deux fois ... Puis elle s'éloigne de quelques pas, s'élève dans le ciel à de haut et disparait doucement.
Le recueil du récit
Le soir venu, les enfants parlent à leurs maîtres respectifs de cet événement. La veuve Pra (dite veuve Caron), maîtresse de Mélanie, se dit d'avis qu'ils ont vu la Sainte Vierge. et engage les enfants à tout raconter au curé de La Salette. Ils le font le lendemain dimanche au matin. Le curé pleure d'émotion, prend des notes et, de nouveau en larmes, parle du fait dans son prône..
La relation Pra thumb|Notre-Dame de La Salette avec les petits bergers voyants Mélanie Calvat et Maximin Giraud (chapelle Notre-Dame de La Salette de Toulouse. Le dimanche soir, en présence de Mélanie mais en l'absence de Maximin, que son maître a reconduit dans sa famille à Corps, Baptiste Pra, maître de Mélanie, Pierre Selme, maître de Maximin, et un certain Jean Moussier collaborent à une mise par écrit des propos tenus par la dame aux enfants, ... Le document qui en résulte, et qu'on appelle , n'est plus connu que par une copie qu'en fit un enquêteurLe document original ayant été volé à l'automne 1847., l'abbé Lagier, en .. L'orthographe est corrigée et modernisée. :
En résumé : la Vierge souligne l'impiété des chrétiens, prédit des châtiments épouvantables s'ils persévèrent et promet la clémence divine s'ils s'amendent ; elle charge les deux enfants de faire savoir ces choses à tout son peuple.
D'après des relations ultérieures, les mots signifient que la Vierge, qui a d'abord parlé en français, se met à parler dans le patois de Corps, et, sur la nature de ce patois, voir ., un dialecte provençal alpin. (Newcastle upon Tyne, 8-9 janvier 2010), p. 18..
Les autres rédactions thumb|Notre-Dame de La Salette avec les petits bergers voyants Mélanie Calvat et Maximin Giraud. Statues dans l'église de Corps Quelque temps plus tard, le prêtre de Corps, l'abbé Mélin interroge les deux enfants et rédige un nouveau texte, plus complet . L'abbé Mélin dit . En octobre, le nouveau curé de La Salette, Louis Perrin, interroge les deux voyants et rédige son récit. Yves Chiron souligne que , et que les relations postérieures confirment les trois premiers récits.
En , l'abbé François Lagier, originaire de Corps, qui parle le patois local (curé à Saint-Pierre-de-Chérennes), vient à trois reprises interroger les enfants séparément. La plus courte des visites dure près de quatre heures. L'abbé Lagier indique que . Dans cette rédaction l'abbé Lagier s'attache, selon Bouflet et Boutry, à retranscrire . Ces auteurs le qualifient et de praticien d'une anthropologie sociale et culturelle.
Si la relation de Pra est écrite en présence de Mélanie et en l'absence de Maximin, le P. Stern estime possible que les rédacteurs aient ajouté aux déclarations de Mélanie des choses qui avaient été dites par Maximin. En effet, chacun des deux voyants a, dans les premières semaines, une partie du message de la dame dont il est plus sûr que l'autre voyant. Le curé de La SaletteLouis Perrin, qui a succédé le à son homonyme Jacques Perrin. Voir . notait le : [c'est-à-dire essentiellement ce qui concerne les plaintes, les menaces et les promesses de la Vierge] [c'est-à-dire essentiellement le récit de l'incident de Coin, qui met en scène Maximin et son père] .
Selon les termes du P. Stern, un entre les déclarations des deux enfants aboutit à la fixation de la : Bientôt, des interrogateurs (d'ailleurs favorables à l'authenticité de l'apparition) notent que les enfants récitent leur témoignage comme une leçon apprise..
Le , le juge de paix de Corps et son greffier, font (à leur tour) subir un interrogatoire séparé à Mélanie et à Maximin. Le procès-verbal réalisé est envoyé au Parquet de Grenoble et le ministère public ne poursuit pas plus son enquête..
Les secrets Lors d'un interrogatoire, le , Mélanie lâche : . Ce à quoi répond Maximin . C'est ainsi que les voyants se révèlent mutuellement, et à leurs auditeurs, qu'ils sont dépositaires, chacun d'un différent. Ils vont garder ce secret durant cinq années...
En , l’évêque de Grenoble est notifié que le Pape Pie IX souhaite connaître le contenu des secrets des enfants. Deux abbés se rendent donc auprès des enfants pour tenter de les faire parler. Mélanie résiste longtemps. En juillet, ils écrivent eux-mêmes séparément leurs secrets dans l'une des salles de l’évêché de Grenoble, cachètent leurs lettres en présence de témoins ecclésiastiques et laïcs et la dépêche est envoyée et transmise à Rome. Le Saint Père reçoit le courrier le . Il lit le secret de Maximin et déclare . Puis après avoir lu le courrier de Mélanie il déclare attristé : .
Par la suite, les vont être rédigés plusieurs fois par les voyants (toujours sous le sceau de la confidentialité). Au total, nous avons : trois rédactions par Maximin (de 1851 à 1853) ; cinq rédactions par Mélanie (de 1851 à 1878). Ces différentes versions, faites sans disposer des versions antérieures, ont toutes été confrontées et recoupées...