La mosaïque du triomphe de Neptune de la maison de Sorothus, aussi appelée mosaïque de Neptune et des Néréides ou mosaïque du cortège de Neptune, est une mosaïque romaine datée du , découverte en Tunisie à la fin du , dans la maison de Sorothus sur le site de Sousse, l'antique Hadrumète.

La mosaïque de Neptune est conservée au musée national du Bardo, dont elle constitue l'une des pièces maîtresses en raison de sa taille et de son état de conservation. Elle est déplacée lors des travaux d'extension de ce musée au début des années 2010, de la salle de Sousse où elle était jusqu'alors exposée au sol, à un nouvel espace où elle est désormais placée en position verticale.

Le site de la maison de Sorothus, fouillé partiellement, a également livré d'autres œuvres sur mosaïque riches d'enseignements sur le contexte historique et social du bâtiment ; ces artefacts sont répartis entre une salle aménagée dans la caserne de Sousse, le musée archéologique de cette même ville et le musée national du Bardo. Certaines œuvres ont été détruites ou abîmées durant les combats de la Seconde Guerre mondiale, en particulier le bombardement de la citadelle de Sousse par les forces alliées en 1943. Des fragments d'œuvres réputées perdues ont été retrouvés lors de recherches menées dans les réserves par un spécialiste tunisien de la mosaïque dans les années 1980, et certains ont pu être à nouveau présentés au public, notamment après la restructuration du musée archéologique de Sousse dans les années 2010.

Histoire et localisation Découverte Découverte fortuite

vignette|gauche|alt=Dessin ancien avec un plan incomplet d'un bâtiment|Croquis levé lors des fouilles publié par La Blanchère en 1888.

La mosaïque, en même temps qu'une partie de la maison, est dégagée en 1886-1887 par des soldats dirigés par le général Bertrand, , lors du creusement d'un puisard dans le jardin du régiment occupé par une oliveraie. Aucune monnaie ni inscription ne sont découvertes lors des fouilles menées par les militaires. Ces derniers dégagent également des tombeaux puniques. Il s'agit donc d'une découverte purement fortuite.

Les mosaïques de la maison de Sorothus étaient toutes enfouies entre et sous le niveau du sol. Certains murs mesuraient encore près de de haut.

Les fouilles sont partielles, et seules les pièces d'apparat sont alors dégagées. René du Coudray de La Blanchère est impressionné par la mosaïque de Neptune. Il évoque de façon fautive une datation tardive chrétienne voire byzantine du fait de la mauvaise qualité de certaines mosaïques.

René du Coudray de La Blanchère signale les mosaïques à l'Académie des inscriptions et belles-lettres , ce qui occasionne des protestations de la part des militaires et une méfiance pour informer les autorités locales sur leurs découvertes ultérieures.

Fouilles de Gustave Hannezo

vignette|alt=Vue d'une salle munie d'un plafond décoré et contenant des objets anciens, sculptures et mosaïques au sol et aux murs|Ancienne salle où se trouvait la mosaïque au musée du Bardo avant la vaste restructuration de ce musée, photographie de 2007.

Le terrain est remis en état dès 1888, et de nouvelles fouilles sont menées par Gustave Hannezo pour reconnaître davantage la maison de Sorothus, permettant de dégager d'autres mosaïques, qui restent à Sousse. Hannezo termine la fouille, puis publie des articles sur les mosaïques de la maison tout comme le docteur Carton à la fin du et au début du . Il publie un plan de l'édifice après les fouilles en 1896.

Hannezo trouve dans le jardin intérieur des fragments de lampes et de céramiques, ainsi que des monnaies. Le matériel archéologique est effectivement . Les monnaies de bronze et d'argent portent les effigies de Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux, Faustine la Jeune, Héliogabale, Sévère Alexandre, Julia Mamaea et Philippe l'Arabe. Une intaille en or représentant Jupiter avec le foudre et un sceptre et une inscription en grec sont également dégagées.

Jean-Pierre Laporte et Henri Savagne signalent en 2006 qu' tout comme nombre de pavements de mosaïques, une étude stratigraphique pouvant être encore possible pour de nouvelles recherches sur site.

Histoire antique

vignette|gauche|alt=Vue d'un ancien bâtiment en pierres sous un ciel ensoleillé|Bab El Gharbi.

La caserne des tirailleurs était située à proximité des actuelles Bab El Gharbi et Bab El Finga, deux portes de la médina de Sousse, un secteur occupé sous l'Empire romain par de riches maisons ayant livré des mosaïques, celles dites de l'Arsenal, celle de Virgile et celle du viol d'Augè par Héraclès.

vignette|alt=Mosaïque représentant un homme en toge tenant un rouleau avec des écritures, entouré de deux personnages féminins munis pour l'une d'un rouleau et de l'autre d'un masque de théâtre.|Mosaïque de Virgile datée du selon Mohamed Yacoub.

La datation de la mosaïque dite de Neptune a varié dans l'historiographie. René du Coudray de La Blanchère date l'édifice après l'époque byzantine, avec une évacuation au moment de la conquête musulmane du Maghreb. Elle date de la fin du selon Mohamed Yacoub ou du , plus précisément de la seconde moitié du ou du début du siècle suivant. Elle serait antérieure à 161-169, dates du règne de Lucius Aurelius Verus, empereur qui remplace comme symbole de victoire le palmier par un rempli de pièces d'or. Elle est dégagée dans l' d'une demeure d'un riche armateur ou éleveur de chevaux. La maison a livré également une mosaïque représentant le domaine du propriétaire ainsi que ses chevaux ainsi qu'une autre représentant une panthère.

La demeure est abandonnée avant la ruine de l'édifice qui s'écroule, puis est recouvert par des glissements de terrain. Le site est réutilisé ultérieurement par un bâtiment, dont ont été signalées deux salles situées au nord et à l'ouest, et également par des sépultures romaines et tardives. Il finit par être converti en oliveraie. Les mosaïques sont endommagées par et les racines des oliviers.

Problématique de la conservation des œuvres Les œuvres retrouvées dans la maison de Sorothus sont réparties entre différents lieux de conservation. La mosaïque du triomphe de NeptuneInventaire du musée du Bardo n°A. 1. fait partie des principales pièces exposées au musée national du Bardo.

Œuvres conservées au musée national du Bardo

vignette|alt=Vue d'une salle d'un palais avec un riche plafond doré et un grand lustre, pièce comportant des mosaïques et des visiteurs à l'arrière-plan|Vue de la salle de Sousse au début des années 2000, avec la mosaïque de Neptune au sol.

René du Coudray de La Blanchère fait attribuer au tout nouveau musée Alaoui, futur musée du Bardo, la grande mosaïque de Neptune, qui est transportée avec soin dans plusieurs caisses puis embarquée sur un croiseur français, le D'Estrées. Ce démontage, qui débute le , précède l'embarquement sur le navire qui s'achève pour sa part le . La superficie de la salle couverte de mosaïques ainsi que le trajet rendent difficile la dépose et le transport. Chaque médaillon est retiré successivement et des dalles sont constituées. Les caisses utilisent une voie de chemin de fer Decauville pour aller au port et rejoindre La Goulette. L'ensemble rejoint Le Bardo par le train. La mosaïque est largement restaurée avant son exposition, tout comme une autre œuvre, celle de la panthère.

Une fois restaurée, la mosaïque du triomphe de Neptune est installée par René du Coudray de La Blanchère dans .

Œuvres confiées au musée des tirailleurs de Sousse et conséquences du bombardement de 1943

vignette|gauche|alt=Carte postale en noir et blanc, représentant une pièce ornée de drapeaux aux murs, comportant des mosaïques sur les murs et une vitrine|Carte postale ancienne de la salle d'honneur du régiment de tirailleurs tunisiens, à gauche on remarque la mosaïque de la panthère et à droite la mosaïque des haras provenant de la maison de Sorothus.

La salle d'honneur du régiment de tirailleurs tunisiens, dans la kasbah de Sousse, obtient comme de conserver la mosaïque d'une panthère et celle dite des chevaux de Sorothus par arrêté ministériel du . L'espace est alors une qui contenait, outre des œuvres antiques, des armes et des portraits de militaires.

La salle d'honneur du régiment est détruite en 1943 par des bombardements américains de la ville de Sousse : sont perdues alors des statuettes et une mosaïque des Saisons, et seuls quelques fragments de la mosaïque des haras de Sorothus échappent alors au désastre, même s'ils demeurent perdus pendant longtemps.

Histoire récente : de l'oubli à la redécouverte

vignette|alt=Vue d'une mosaïque présentée en position verticale, avec des motifs intégrés dans des médaillons|Vue générale de la mosaïque dans sa nouvelle présentation à la suite de la réhabilitation du musée.

Des fragments envoyés au musée du Bardo après le désastre de 1943 y sont vite oubliés.

La mosaïque de la panthère est pour sa part déposée à un moment inconnu à l'amirauté de Bizerte, et envoyée en France à une date inconnue pour intégrer les collections du musée national de la Marine de Paris (numéro d'inventaire 470A34). Le médaillon est ensuite déposé au musée napoléonien d'Antibes en 1963, et seulement retrouvé en 1998 puis identifié. Cette œuvre est désormais dans un état de conservation .

Dans les années 1980, Mongi Ennaïfer retrouve au musée du Bardo un élément de la mosaïque des chevaux vainqueurs et onze morceaux de la mosaïque des haras de Sorothus. Après 2004, Taher Ghalia, directeur du musée national du Bardo, recherche les fragments conservés dans cette institution. Une présentation dans le musée archéologique de Sousse est alors souhaitée. Les fragments de la mosaïque des haras de Sorothus sont restaurés et installés au musée de Sousse au début du , lors de la vaste restructuration de cette institution culturelle.

Peu visible dans la pièce du palais où elle était exposée sur le sol, la grande salle des fêtes dénommée ensuite salle de Sousse, la mosaïque de Neptune est déplacée à la faveur de la réhabilitation et extension du musée du Bardo dans les années 2010.

Description Description de la maison et des mosaïques retrouvées autres que la mosaïque de Neptune Maison

vignette|alt=Plan d'une maison|Plan de la maison de Sorothus après les fouilles de Gustave Hannezo, gravure de E. Morieu.

Le plan de la maison de Sorothus est classique si on la compare à celles connues en Afrique romaine.

La maison s'organise autour d'un jardin ou avec un péristyle donnant sur un . Lors des fouilles de l'espace reconnu comme le , Gustave Hannezo dégage des éléments de colonnes de grès coquillier de Misma et en calcaire stuqué. Ces éléments proviennent peut-être de la destruction du péristyle. Deux bassins étaient présents dans le . Les fouilles du jardin ont livré une conduite de canalisation en poterie.

Des piliers de moellons constituaient les ouvertures des salles donnant sur les portiques. Une abside semi-circulaire était présente dans le jardin. Le fouilleur suppose que les murs larges de étaient constitués de et suppose que la maison ne possédait qu'un niveau. Les parties hautes des murs étaient bâties en pisé .

Les murs étaient ornés de peintures, dont des dessins géométriques et de . Toute la superficie de la maison comportait des mosaïques. Un portique avait perdu ses mosaïques lors de la redécouverte.

Le péristyle permettait d'accéder aux salles dont l' et deux salles ornées de mosaïques de chevaux, la mosaïque des haras et celle des chevaux vainqueurs. La salle de la mosaïque de Neptune a livré en outre des fresques de dauphins. Des mosaïques de seuil situées dans le péristyle comportaient des inscriptions, () et () ; ces pièces étaient peut-être des chambres à coucher.