L'accord de défense mutuelle entre les États-Unis et le Royaume-Uni, en , de 1958, est un accord bilatéral entre les États-Unis et le Royaume-Uni, de coopération sur les armes nucléaires. Le nom complet de ce traité est , littéralement en . Il permet aux États-Unis et au Royaume-Uni d'échanger des matières, des technologies et des informations nucléaires. Si les États-Unis ont conclu des accords de coopération nucléaire avec d'autres pays, dont la France et d'autres pays de l'OTAN, cet accord est de loin le plus complet. En raison de la valeur stratégique de l'accord pour la Grande-Bretagne, Harold Macmillan (le Premier ministre qui a présidé à l'entrée du Royaume-Uni dans l'accord) l'a appelé , en .
Le traité est signé le , après que l'Union soviétique a choqué l'opinion publique américaine avec le lancement de Spoutnik 1, le , et que le a testé avec succès un dispositif thermonucléaire lors de l'opération Grapple, le . La relation spéciale anglo-américaine s'avère mutuellement bénéfique, bien qu'elle n'ait jamais été une relation d'égal à égal. Les États-Unis étaient (et sont) supérieurs à la Grande-Bretagne, tant sur le plan militaire qu'économique. La Grande-Bretagne devient rapidement dépendante des États-Unis pour ses armes nucléaires, car elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour produire toute une série de modèles. Le traité permet de fournir des armes nucléaires américaines à la Grande-Bretagne, par le biais du projet E, pour l'usage de la Royal Air Force et de l'armée britannique du Rhin.
Le traité prévoit la vente, au Royaume-Uni, d'une usine complète de propulsion de sous-marins nucléaires, ainsi qu'un approvisionnement de dix ans en uranium enrichi, pour l'alimenter. D'autres matières nucléaires sont également acquises, auprès des États-Unis, dans le cadre du traité. Quelque de plutonium, produit au Royaume-Uni, sont envoyées aux États-Unis en échange de de tritium et de d'uranium hautement enrichi (HEU), entre 1960 et 1979, bien qu'une grande partie de cet HEU n'ait pas été utilisé pour des armes, mais comme combustible pour la flotte croissante de sous-marins nucléaires britanniques. Le traité ouvre la voie à l' et la Royal Navy acquiert finalement des systèmes d'armes complets, avec le et le programme nucléaire Trident utilisant des missiles américains à têtes nucléaires britanniques.
Le traité a été modifié et renouvelé à neuf reprises. Le dernier renouvellement le proroge .
Contexte Accord de Québec
vignette|La conférence de Québec (1943). Assis de gauche à droite : Anthony Eden, Franklin Delano Roosevelt, la princesse Alice d'Albany et Winston Churchill. Debout de gauche à droite : Alexander Cambridge (gouverneur général du Canada), William Lyon Mackenzie King (Premier ministre du Canada), Alexander Cadogan et Brendan Bracken. Au début de la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne a un projet d'armes nucléaires, dont le nom de code est Tube Alloys. Lors de la conférence de Québec, en , le Premier ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill et le Président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, signent l'accord de Québec, qui fusionne avec le projet américain Manhattan pour créer un projet combiné britannique, américain et canadien. L'accord de Québec créé le et la pour coordonner leurs efforts. De nombreux scientifiques britanniques de haut niveau participent au projet Manhattan.
L'aide-mémoire de Hyde Park, de , étend la coopération commerciale et militaire à l'après-guerre, mais Roosevelt meurt le et il n'est pas contraignant pour les administrations suivantes. En fait, l'aide-mémoire est physiquement perdu. Lorsque le field marshal Henry Maitland Wilson soulève la question, lors d'une réunion du , en , la copie américaine ne peut être retrouvée. L'accord de Québec précise que les armes nucléaires ne seraient pas utilisées contre un autre pays, sans consentement mutuel. Le , Wilson donne son accord, pour la Grande-Bretagne, pour l'utilisation d'armes nucléaires contre le Japon. Le , le Premier ministre, Clement Attlee, envoie un message au président Harry S. Truman dans lequel il se référe aux .
Administration Truman Le gouvernement britannique avait cru que les États-Unis continueraient à partager la technologie nucléaire, qu'il considérait comme une découverte commune. Le , Attlee et le Premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King, se rendent à Washington, pour s'entretenir, sur la coopération future en matière d'armes et d'énergie nucléaires, avec Truman. Un protocole d'intention, qu'ils signent le , fait du Canada un partenaire à part entière et remplace l'exigence de de l'accord de Québec, avant d'utiliser des armes nucléaires, par une exigence de . Il devait y avoir une , mais les espoirs britanniques sont rapidement déçus : ce ne sera que .
La coopération technique prend fin avec la loi américaine sur l'énergie atomique de 1946 (loi McMahon), qui interdit de transmettre des aux alliés des États-Unis, sous peine de mort. Cela résulte en partie de l'arrestation pour espionnage, du physicien britannique , en , alors que la législation est débattue. Craignant une résurgence de l'isolationnisme américain et la perte, par la Grande-Bretagne, de son statut de grande puissance, le gouvernement britannique relance son propre effort de développement, désormais appelé .
À la fin de 1947, de minerai d'uranium, du Congo belge, sont stockées pour le Combined Development Trust à Springfields, près de Preston dans le Lancashire, dans le cadre d'un accord de partage en temps de guerre, ainsi que pour l'usage britannique. Pour avoir accès au stock, pour leur propre projet d'armes nucléaires, les Américains ouvrent des négociations qui aboutissent à un modus vivendi, un accord signé le . Celui-ci met officiellement fin à tous les accords précédents, y compris l'accord de Québec. Il supprime le droit de consultation britannique sur l'utilisation des armes nucléaires, permet un partage limité des informations techniques entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada et maintient le et le , bien que ce dernier ait été rebaptisé .
En 1949, les Américains proposent de stocker des bombes atomiques, aux États-Unis, à la disposition de la Grande-Bretagne, si les Britanniques acceptent de réduire leur programme de bombes atomiques. Cela aurait donné à la Grande-Bretagne des armes nucléaires beaucoup plus tôt que sa propre date cible, de fin 1952. Seuls les composants de la bombe requis par les plans de guerre seraient stockés au Royaume-Uni, le reste étant conservé aux États-Unis et au Canada. L'offre est rejetée par les Britanniques au motif qu'elle n'est pas .
En contre-offre, les Britanniques proposent de limiter leur programme en échange de bombes américaines. L'opposition des principaux responsables américains, dont Lewis Strauss de la Commission de l'énergie atomique des États-Unis (AEC) et celle des sénateurs et Arthur Vandenberg, du Joint Committee on Atomic Energy (JCAE), ainsi que les préoccupations sécuritaires suscitées par l'arrestation, le , du physicien britannique Klaus Fuchs, en tant qu'espion, entraînent l'abandon de la proposition. La défection, en de Donald Maclean, qui avait été membre britannique du , de à , renforce la méfiance des Américains envers les dispositifs de sécurité britanniques.
Administration Eisenhower vignette|gauche|Le président Dwight D. Eisenhower (deuxième à partir de la droite) et le premier ministre Harold Macmillan (premier plan à gauche) se rencontrent aux Bermudes, en , pour réparer la brèche créée par la crise du canal de Suez, de 1956. La première bombe atomique britannique est testée, avec succès, en Australie-Occidentale, dans le cadre de l'opération Hurricane, le , mais bien qu'elle soit plus avancée que les bombes américaines de 1946, la Grande-Bretagne a encore plusieurs années de retard dans la technologie des armes nucléaires.
Le , les États-Unis lancent Ivy Mike, le premier essai nucléaire d'un véritable dispositif thermonucléaire (également connu sous le nom de bombe à hydrogène). Le JCAE ne voit guère l'intérêt, pour les États-Unis, de partager la technologie avec la Grande-Bretagne. L'Union soviétique répond à Ivy Mike avec le test de Joe 4, une arme à fission dopée, le . Cela incite le président Dwight Eisenhower, qui a été investi en , à informer le Congrès américain que la loi McMahon, qu'il considère comme un et , est obsolète.
Lors de la conférence des trois puissances, aux Bermudes, en , Eisenhower et Churchill, redevenu premier ministre, le , discutent de la possibilité que les États-Unis donnent à la Grande-Bretagne un accès aux armes nucléaires américaines en temps de guerre. Ce projet est appelé Projet E.
Il y a des problèmes techniques et juridiques à surmonter avant que les bombes américaines puissent être transportées dans les avions britanniques. Les États-Unis doivent divulguer leurs poids et dimensions, tandis que leur livraison nécessite des données concernant leur balistique. De plus, il y a également des questions de garde, de sécurité et de ciblage. La divulgation de ces informations est restreinte par la loi McMahon.
Celle-ci est modifiée le par la , qui permet un plus grand échange d'informations avec les nations étrangères, ouvrant la voie à l'accord de coopération concernant les renseignements atomiques à des fins de défense mutuelle, qui est signé le . Le , un autre accord est conclu, pour le transfert de la technologie de propulsion des sous-marins nucléaires à la Grande-Bretagne, ce qui permet au gouvernement britannique d'économiser des millions de livres sterling en frais de recherche et développement. Cela précipite une dispute avec le JCAE sur la question de savoir si cela est autorisé par la loi sur l'énergie atomique de 1954 et si la Grande-Bretagne répond aux normes de sécurité fixées par l'accord de 1955. À l'approche de l'élection présidentielle de 1956, Eisenhower est contraint d'annuler l'offre.
La crise du canal de Suez, d', met à mal les relations entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. Lorsque Eisenhower rencontre le nouveau Premier ministre, Harold Macmillan, aux Bermudes, en , il évoque la possibilité de baser des systèmes américains de missiles balistiques à portée intermédiaire (IRBM) au Royaume-Uni, ce qui donne naissance au projet Emily. Il est également question d'échanger la technologie de propulsion des sous-marins nucléaires contre des informations sur la centrale nucléaire britannique de Calder Hall, d'autoriser l'Autorité britannique de l'énergie atomique (UKAEA) à acheter du minerai d'uranium au Canada et de coordonner les plans de guerre du Commandement des bombardiers de la RAF avec ceux du Commandement aérien stratégique américain.
Bien que les négociations sur l'IRBM soient antérieures à la crise de Suez, il convenait au gouvernement britannique de présenter l'accord sur l'IRBM comme une preuve que la brèche avait été comblée. Le tente de faire exploser un dispositif thermonucléaire, dans le cadre de la série d'essais de l'opération Grapple sur l'île Christmas dans le Pacifique. La série d'essais est facilitée par les États-Unis, qui ont également revendiqué l'île. Bien que les premiers essais aient été infructueux, l'essai Grapple X, du atteint le résultat souhaité
Négociations vignette|Eisenhower (à gauche) pose la pierre angulaire du nouveau bâtiment de la Commission de l'énergie atomique des États-Unis à Germantown (Maryland), le . (au centre), le président du Joint Committee on Atomic Energy et Lewis Strauss (à droite), celui de l'AEC, observent.
Crise du Spoutnik