La mosaïque du cirque de Carthage est une mosaïque romaine datée du ou du et découverte sur le site archéologique de Carthage, dans l'actuelle Tunisie, dans le premier quart du .
Le contexte archéologique de la trouvaille est très mal connu, les archéologues se concentrant alors sur l'objet découvert, et on ne sait pas grand chose de l'édifice qui la contenait, même s'il est permis de penser qu'il peut s'agir d'une vu sa situation non loin d'un secteur résidentiel mis en valeur de nos jours au sein d'un parc archéologique.
L'œuvre figure à la fois un cirque vu de l'extérieur et le spectacle qui se déroule à l'intérieur, offrant une double perspective de l'édifice et une représentation unique dans l'art de la mosaïque antique. Le mosaïste a représenté l'édifice et les personnages de manière déformée mais en accord avec les critères esthétiques de son temps. La scène figure une course de cirque qui se termine, un instantané du moment de la victoire de l'équipe des Bleus.
La mosaïque, déposée aussitôt après sa découverte au musée national du Bardo, est considérée par la plupart des spécialistes comme une représentation du cirque de la ville qui n'a laissé que de faibles traces sur le site archéologique. Cet édifice de la capitale de la province d'Afrique a fait l'objet de fouilles partielles au cours du et la mosaïque permet de se représenter l'édifice selon des critères de vraisemblance, en particulier l'étude exhaustive de la manière dont ont été figurés certains de ses éléments comme la , permettant de rattacher l'édifice à une série présente dans d'autres villes d'Afrique romaine disposant du même type d'édifice de spectacles.
Histoire et localisation La mosaïque fait partie des pièces importantes exposées au musée national du Bardo, situé dans la banlieue de Tunis, dans la thématique de présentation des jeux du cirque.
Histoire antique
gauche|vignette|alt=Plan d'une ville organisée selon un plan orthogonal.|Plan de la Carthage romaine, la zone de la découverte est située à droite, entre le secteur des thermes d'Antonin et celui des deux édifices de spectacle, le théâtre et l'odéon.
L'œuvre date du selon Jean-Claude Golvin et Fabricia Fauquet, de la fin du ou du début du selon Hédi Slim, ou encore du selon Aïcha Ben Abed. Les représentations des édifices de spectacles dans les mosaïques des cités de province étaient sans doute inspirées des édifices présents à proximité. La mosaïque est l'œuvre d'artistes locaux selon Mohamed Yacoub.
Le contexte archéologique est mal connu, car la salle est alors . La mosaïque était située dans une petite pièce interprétée comme le vestibule au sein d'un édifice dont la fonction n'est pas précisée même s'il est probable qu'elle appartienne à une , située dans le secteur d'un quartier d'habitation dont une partie est de nos jours conservée dans le parc archéologique des villas romaines.
Redécouverte
vignette|alt=Portrait d'un homme âgé en costume d'académicien.|Photographie représentant Alfred Merlin, artisan du dépôt de la mosaïque au musée national du Bardo, en habit d'académicien en 1937, une vingtaine d'années après la découverte de la mosaïque du cirque.
La mosaïque est retrouvée sur la colline de l'odéon, à une centaine de mètres du théâtre et de l'odéon, en , . À la suite de l'intervention d'Alfred Merlin, elle intègre aussitôt les collections du musée du Bardo. La publication de la mosaïque en 1916 ne donne aucune autre précision sur son contexte de découverte.
La représentation est identifiée comme étant celle d'un édifice à la fois amphithéâtre et cirque dans les années 1980 et cette thèse est par la suite reprise par certains spécialistes dont John H. Humphrey. Elle est toutefois rejetée par plusieurs spécialistes des jeux du cirque et des édifices de spectacles parmi lesquels Mohamed Yacoub et Jean-Claude Golvin, aucun édifice de cette forme combinée n'étant attesté dans l'Empire romain. Des combats sont en effet attestés dans des cirques, mais les amphithéâtres n'ont pu servir de cadre à des courses, .
Description La mosaïque figure le bâtiment du cirque et également ce qui se passe sur la piste.
Composition La mosaïque, qui mesure sur , est constituée de tesselles de marbre et de verre, les plus petites étant en verre. La bordure est large de .
L'artiste utilise une perspective permettant de montrer trois faces de l'édifice. Il figure un semblant de l'ombre de l'édifice et également des personnages et des quadriges présents sur la piste, l'ombre venant de la gauche de l'édifice. La perspective utilisée, , est aérienne et oblique : c'est le point de vue des spectateurs qui est adopté pour la vision de l'intérieur de l'édifice.
Sa composition semble dictée par le plan et la fonction de la pièce où a été retrouvée l'œuvre, et la présence de deux portes, l'une au sud qui permettait d'accéder à l'édifice et l'autre à l'ouest. Il s'agissait pour l'artiste d' entre les deux portes sud et ouest, les courbes étant destinées à l'accentuer.
Description de l'édifice extérieur Le cirque de Carthage est orienté nord-ouest sud-est et, selon Léopold-Albert Constans, .
vignette|alt=Représentation d'un grand édifice sur une maquette| sur le plan de Rome de Paul Bigot, conservé au sein de l'université de Caen.
vignette|gauche|alt=Vue d'une représentation d'un mur avec deux niveaux d'arcades et un niveau supérieur.|Vue de la représentation de l'extérieur de l'édifice, avec ses deux niveaux d'arcades.
Le bâtiment, massif, possède deux étages de galeries à arcades et un attique, 32 ouvertures voûtées et deux tours vues de face. La toiture du dernier étage est également représentée selon Fabricia Fauquet.
Selon certains spécialistes, dont Léopold-Albert Constans et Mohamed Yacoub, sur trois des côtés est représenté un destiné à protéger les spectateurs du soleil ou des intempéries, le dernier côté n'étant pas présenté, soit parce que cette façade était orientée de sorte à ne pas en avoir besoin, soit du fait d'un choix artistique destiné à montrer les gradins de l'édifice de spectacles. Seuls les spectateurs sont protégés et non la piste. Le système de fixation du est également représenté : il comporte des cordes transversales avec une séparation horizontale. Le mosaïste aurait représenté les détails du système de fixation selon Léopold-Albert Constans, des anneaux étant reliés à des poulies et des mâts situés dans les parties hautes de l'édifice. Les travaux de recherche les plus récents, comme ceux de Fabricia Fauquet et Jean-Claude Golvin, réfutent l'existence d'un tel du fait de l'absence d'anneaux permettant d'accrocher une telle installation sur un équipement dont la piste serait trop large. Le toit des aurait été en tuiles ainsi que celui de la , de couleur rose et rouge.
Au bas du côté dont on voit les gradins, l'artiste a figuré les sept vomitoires. Ces vomitoires sont destinés à mener les spectateurs vers leurs places. De manière anormale, l'artiste n'a pas figuré de spectateurs dans cette partie de l'édifice.
vignette|alt=Vue d'un théâtre sur une maquette, avec à l'arrière un temple.|Vue du complexe du théâtre de Pompée dans son quartier sur le plan de Rome de l'université de Caen, avec l'arrière du temple de Vénus Victrix.
vignette|gauche|alt=Vue d'une représentation d'un mur avec deux éléments munis d'un toit au-dessus.|Vue des structures qui surplombent la .
Les deux édifices qui surmontent la étant tétrastyles et à fronton, Léopold-Albert Constans les identifie à des temples. Les édifices cultuels sont présents dans les édifices de spectacles, ainsi le en est pourvu, tout comme le et le théâtre de Pompée. Selon Mohamed Yacoub, ces édicules sont peut-être des loges destinées aux arbitres ou des temples, les spécialistes étant partagés sur le sujet. L'un des édifices serait le et l'autre édifice serait un temple selon Jean-Claude Golvin, soit Sol. L' ne serait pas représenté.
vignette|gauche|alt=Vue de neuf ouvertures dont huit sont munies de grilles et d'une partie supérieure d'un édifice.|Vue des et de la porte d'accès centrale.
Huit sont également présents au nord-ouest de l'édifice, divisés en deux parties : les sont fermés par des barrières, portes à claire-voie, et un large passage sépare les deux ensembles. À l'opposé de l'édifice se trouve une porte triomphale. La mosaïque représente la grande ouverte et d'une taille supérieure aux . Les spécialistes actuels de l'édifice y placent douze et une similaire à celle du cirque de Maxence. La mosaïque ne représente pas de tours, appelées , alors que de telles installations sont identifiées sur certains cirques comme celui de Maxence mais pas attestées avant le . De même, la représentation ne comprend pas de loge secondaire bâtie au-dessus des .
Description de la piste et du spectacle La représentation de la est seulement conservée en partie sur la droite et sépare en deux l'espace représentant le spectacle. Par symétrie, Jean-Claude Golvin et Fabricia Fauquet ont pu proposer une restitution de la représentation de cette partie perdue de la mosaïque.
vignette|gauche|alt=Vue d'un détail d'une mosaïque avec une moitié endommagée et l'autre partie une suite de différents petits édifices.|Vue de la sur la mosaïque avec la moitié conservée. vignette|alt=Détail d'une mosaïque avec des détails architecturaux de l'intérieur d'un cirque romain.|Détail de la mosaïque du cirque du musée archéologique de Barcelone, avec l'édicule et le système de comptage des tours.
Sur la piste se détache la centrale, terminée en demi-cercle, et une borne constituée de trois cônes, la , placée sur un soubassement. Au milieu de la se trouve, non un obélisque comme à Rome mais une statue identifiée à Cybèle assise sur un lion, même si elle est perdue partiellement ; cette divinité préside en effet aux courses de chars. Alors que subsistent des traces de sa couronne, elle tient un sceptre dans un bras et l'autre est tendu, peut-être en direction du terme de la course. La mosaïque de Piazza Armerina, tout comme celle de Barcelone, évoquent la présence d'un obélisque et d'une statue de Cybèle pour le . La mosaïque de la villa du taureau à Silin en Tripolitaine montre seulement une représentation de Cybèle sur un lion et évoque un , peut-être celui de Leptis Magna, où des vestiges d'un soubassement ayant pu appartenir à une statue monumentale d'une statue avec un lion ont été retrouvés. La statue de Cybèle est au milieu de la sur la mosaïque, ce qui témoigne pour la divinité d'.
Sur la on trouve également des bassins. Le de la possède une forme concave à son extrémité. La était située dans la lacune présente sur l'œuvre. Outre les éléments assurés, la comportait un temple rond et , peut-être une chapelle et une colonne monumentale. La était pourvue d'un riche décor de statues.
Une colonne est munie d'une statue de Victoire disparue. Deux autres colonnes portent une architrave portant le système de comptage de tours composé de sept dauphins. En parallèle, dans la lacune de la mosaïque, devait être présente une architrave portant sept œufs. Après les colonnes se trouve un édicule hexagonal appelé par Constans. Le système de compte-tours, , était en forme de potence comme sur la mosaïque de Silin. Les éléments figurés sur la mosaïque sont également présents sur mais une lacune empêche de confirmer la présence d'un obélisque. L'édifice comprenait peut-être des compris dans la lacune de la mosaïque et attestés sur la mosaïque de Silin, celle de Lyon ou les vestiges de la de Mérida.
vignette|alt=Mosaïque représentant un conducteur de chars avec trois chevaux conservés et figurant les stalles de départ à l'arrière-plan.|Quadrige vainqueur représenté sur la mosaïque de l'aurige vainqueur de Dougga, datée du et conservée dans le même musée que celle du cirque de Carthage.