Adriaen Coenen (Adriaen Coenensz van Schilperoort, Scheveningen, 1514-1587) est un marchand de poisson de mer, fils d'un pêcheur. Il devient commissaire-priseur à la criée Scheveningen. Il est un ichtyologisteBien que le mot n'existe que depuis 1830, après la création de la taxonomie. Voir . en raison de son intérêt pour tout ce qui vivait dans la mer.
Vie privée Adriaen Coenen s'est marié pour la première fois à l'âge de 46 ans, mais était toujours sans enfant lorsque sa première femme est décédée. Sa deuxième épouse lui a donné un fils, Coenraad, en 1577. Il n'y a aucune image d'Adriaen Coenen et de sa femme ; l'image de son fils que Coenen peint dans son Visboeck est de facture symbolique comme c'est la coutume depuis l'époque Antique, plutôt que réaliste comme apparu après la RenaissanceVisboeck, folio 219ro (Bibliothèque Royale, fol. 224r)..
Vision scientifique et sources de Coenen vignette|gauche|L'Astronome, Vermeer de Delft, 1688 À l'époque de sa vie, les traités de l'alimentation étaient un mélange de considérations sur le monde et l'individu, allant de l'astrologie à la médecine de la digestion des humeurs, aux aliments énumérés, aux recettes de cuisine.
Bien qu'il n'ait reçu d'éducation qu'à l'école du village, Coenen était bienvenu dans les cercles élevés de La Haye et au-delà. Coenen parlait à ses hôtes et aux personnes présentes des nombreuses créatures de la mer, des particularités qu’il avait observées sur la plage, de singularités naturelles particulières et de leurs conséquences. Ce sujet correspondait au phénomène de curiosité internationale dans les salons d'érudits. Comme il avait lu, vu ou entendu parler de quantité de choses (par exemple du cannibalisme dans les Indes occidentalesFeuillet n°10 (folio 20r) du visboeck (voir en ligne, consulté le 29 novembre 2022).), il racontait cela de façon plaisante pour son auditoire. Par ses relations, Coenen avait accès à des œuvres de haute qualité et pouvait élargir ses connaissances. Cela lui a permis à son tour, parce qu'il savait écrire, chose rare a son époque, d'afficher dans ses « albums » les connaissances acquises. On suppose que Coenen possédait une bibliothèque, ce qui montrerait alors son aisance matérielle Florike Egmond (Dr.), Het Visboek, 2005 , Walburg Pers, Zutphen, p. 192-211..
Des ouvrages de référence vignette|Visboeck d'Adriaen Coenen, feuillet (folio 024v à gauche) sur la pêche au hareng, par deux hommes depuis un canot, et (folio 025r à droite) sur le hareng. vignette|Double page (folio 041r à droite), la pêche au poisson depuis terre. Le Visboeck de Coenen est une œuvre remarquable. Le manuscrit du est richement décoré d'illustrations colorées. Celles-ci fournissent aux chercheurs modernes des connaissances pratiques sur la pêcherie du , telles que les filets utilisés à l'époque, les bateaux de pêche de l'époque, les poissons qui pouvaient être trouvés en mer et les configurations des abords côtiers. En dehors de cela, son Visboeck contient des descriptions d'insectes, d'esprits de la mer, de dragons, d'animaux indigènes et exotiques, de phénomènes naturels et de miracles (Voir infra la Galerie).
Dans le Visboeck de Coenen, une contradiction semble apparaître dans ses activités quotidiennes. D'une part, il écrit avec enthousiasme sur le hareng dans son ouvrage de référence ; le hareng, son commerce et sa pêche sont à la fois décrits et applaudisVisboeck, folio 14ro-20vo (Bibliothèque Royale, fol. 24r-30r). ( il y cite même un poème dans lequel le hareng est glorieux). D'autre part, il n'en vend pas.
Dans le Walvisboek (« Livre des Baleines »), un autre ouvrage de Coenen, outre cet animal marin impressionnant illustré sur plein feuillet, l'attention est accordée aux petites espèces de poissons comme le loup de mer et aux animaux comme le castor et la loutre. Cette époque ne permet pas de distinguer précisément les poissons des mammifères ; elle précède le travail de von Linné qui opérera une classification. Coenen écrit son manuscrit dans la période de tensions religieuses en Europe qui aborde la façon de se nourrir et le péché de gourmandise. Il s'agit pour les protestants de respecter les règles divines. Coenen observe la contingence de la vie humaine, son livre est facile à lire, de sorte que ses textes sont faciles à déchiffrer.
Un autre livre, inachevé, sur le Régalec (Roi des harengs) est aujourd'hui disponible Walvisboeck: Dat eerste boock van menich derleij walvischen ende ander selseme groote wonderlijke visschen. Koninklijke Maatschappij voor Dierkunde. Antwerpen.
Les livres de Coenen ont actuellement une portée identique aux Très Riches Heures des rois, ducs et de leurs nobles intendants. Car Coenen a écrit plusieurs centaines de pages (le de la Bibliothèque Royale fait plus de ) en fournissant des textes et illustrations venant de ses observations personnelles du poisson local ou en recopiant celles des autres.
Monde du hareng dans le Visboeck Le hareng n'était guère fourni à l'époque où vivait Coenen à Scheveningen, en raison de l'absence de port maritime pour recevoir les bateaux hauturiers à fort tirant A.W. Schippers (Dr.), De standplaatsfactoren der Groote Haringvisscherij, 1937.. La flotte de pêche de Scheveningen n'était guère adaptée pour prendre du hareng. La vie des marins côtiers se passait suivant les marées, la nuit ils séjournaient dans le bateau échoué-tiré sur la plage selon son tonnage, et la voile mise sur la vergue et tendue était comme une tente. En fait, il est improbable qu'au Moyen-Age, où les métiers faisaient partie des corporations médiévales signalant la bourgeoisie notable, une même personne pût vendre du poisson frais et du hareng séché, fumé ou salé (saur) nécessitant un atelier. Coenen, fils de pêcheur puis pêcheur lui-même jusqu'à ses occupations de poissonnier et enfin de commissaire-priseur, appartenait à la première catégorie. Quelqu'un de la deuxième catégorie, c'est-à-dire un commerçant de hareng, n'a presque jamais été trouvé dans les villages de pêcheurs de la côte de la mer du Nord. vignette|droite|Vue du port de Delft en 1660 juste après Coenen. La Guilde des marchands qui affrète des navires au long cours en Hollande , bénéficie des progrès importants sur la construction navale particulièrement efficace : . Par rapport à la découverte du « Nouveau monde », cette méthode aboutira à de nouveaux gabarits spécifiques (Flibot hollandaise et Flute hollandaise) et cela juste après Coenen qui s'intéresse à l'Amérique qui reste encore à découvrir aussi bien pour son Nord, lieu d'immigration futur des Hollandais, que du côté de l'Océan Pacifique.
« Le hareng est le hareng et le poisson est tout le reste » : cette définition en forme de clin d'œil, à l'exception de la zoologie et de la biologie, comporte une vérité concise.
Pour conserver la nutritivité des chairs protéinées sans subir d'intoxication, de nombreux moyens ont été essayés par l'homme (dont le pourrissement, utilisé au Moyen Âge chez les Nordiques, les voisins des Hollandais pour le hareng).
Le poisson est une ressource alimentaire consommée par toute la population européenne, lui est accessible et imposée par la religion (jours de maigre), que ce soit en région côtière ou en région intérieure par les circuits commerciaux. La viande représente une alimentation idéalisée dans toutes les couches sociales de l'Europe à cette époque et moins disponible. Pendant des siècles, le commerce du poisson et le commerce du hareng étaient bien séparés ; on voyait des commerçants de hareng à côté de poissonniers. Le hareng était une chose de valeur transportable car quasi impérissable, donc utile lors des voyages. Au moment des foires de Champagne, il s'agissait de deux filières distinctes pour le poisson. Cela concerne fortement le commerce de détail et entièrement le commerce de gros. La pêche au hareng et sa transformation se passaient loin de la pêche du poisson frais puis de son apprêt sur l'étal. Coenen, au vu de ses nombreux rapports sur le sujet, connaissait bien le hareng, bien que cela ne fût pas utile professionnellement. Il était au courant de l'approvisionnement et du commerce de tous les poissons.
Coenen mentionne spécifiquement le type de navires de pêche au hareng, les buysscepen, et les compagnies maritimes concernées dans les villes de pêche au hareng telles que Rotterdam, Delfshaven et Schiedam. Celles-ci suivent une réglementation propre à chaque État, non seulement sur le droit de pratiquer une activité portant sur « la mère Nature », mais aussi sur les périodes autorisées et interdites. En ce qui concerne le hareng pêché par les villages de la côte de la mer du Nord à l'automne, dernière période autorisée, il s'agit de hareng fraîchement débarqué qui, selon Coenen, serait ensuite séché. Toutefois, il s'agissait de quantités de hareng qui sont faibles par rapport à l'énorme apport de hareng des ports de pêche pour les forts tonnages avec le hareng déjà salé dans la caque (saur égale saumure qui donne l'odeur à la caque d'où le proverbe). Le hareng était transformé en un produit d'exportation très important, salué par Coenen comme « la grâce du Bon Dieu tout Puissant » Gratia Deij, of die Gratie Goedes AlmachtichVisboeck, folio 20ro (Bibliothèque Royale, fol. 30r) Hareng et morue puis sardine Pour les scandinaves voisins des hollandais, la pêche du cabillaud transformé en morue était du même ordre économique que celle du hareng dès le . Itsas Begia (Association sauvegarde du patrimoine maritime de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure), « Histoire des pêches basques », (lire en ligne, consulté le 26 novembre 2022).. Cela concerne fortement au les FrançaisJacqueline Hersart de La Villemarque (IFREMER), « 450 ans de pêche à la morue en France, Pêche morutière française de 1500 à 1950 », 134 p. (lire en ligne, consulté le 26 novembre 2022)., les Espagnols (baclao a donné cabillaud), les Portugais qui y ont vu une ressource équivalente au hareng. C'était elle aussi une pêche côtière, qui s'est transformée elle aussi en pêche hauturière.
L'histoire de la sardine est pareillement le suivi des bancs de sardines depuis le bas Moyen-Age (en Europe depuis la Manche vers l'Espagne) sous l'action des mareyeurs.
L'histoire de la pêche au saumon pour devenir saumon parfois fumé concerne d'abord les Amérindiens avant Colomb et s'inscrit pour l'Europe dans une histoire beaucoup plus récente au , bien que le roi d'Espagne ait obtenu du roi d'Ecosse le droit de pêche à la morue qui se fait au large de ses côtes.
Portée des écrits de Coenen : jusqu'au prince d'Orange Une mention dans le livre Visboeck de Coenen indique qu'il a écrit un autre livre similaire avant l'ouvrage connu maintenant. Coenen indique qu'il en a fait don au prince d’Orange. Il le mentionne trois fois. Il parle, entre autres, Visboeck, folio 28ro-29vo (Bibliothèque Royale, fol. 37v-38r), folio 159vo (Bibliothèque Royale, fol. 168v), folio 380ro (Bibliothèque Royale, fol. 382r).. Il s’agit donc explicitement de Guillaume Ier d'Orange-Nassau. Les évènements du début de la guerre de Quatre-Vingts Ans sont aussi relatés. Coenen a de fait été reçu par le PrinceWalvisboeck, folio 23ro et 42vo.. Le cadeau a été accepté, sans qu'on le retrouve.
Vie spirituelle changée de Coenen