La mosaïque de Magerius, appelée aussi mosaïque de Smirat ou mosaïque de la chasse à l'amphithéâtre, est une mosaïque romaine datée du et découverte à Smirat (délégation de Moknine), en Tunisie.
Retrouvée de façon fortuite dans les années 1960, elle est dans un très bon état de conservation hormis un manque dans un angle. Elle est conservée depuis au musée archéologique de Sousse, second musée archéologique en importance du pays. L'œuvre a relancé les travaux sur les associations qui se chargeaient de l'organisation des jeux dans le contexte de l'Afrique romaine, les sodalités, par son inventeur.
La mosaïque est un précieux témoin de l'organisation des jeux qui se déroulaient dans les amphithéâtres. En effet, elle conserve des scènes représentant les jeux de l'amphithéâtre en particulier une et également un long texte explicatif ce qui fait de l’œuvre un document important pour la connaissance des jeux. C'est aussi un témoignage du mécanisme de l'évergétisme, générosité d'un puissant envers sa communauté, qui est passé à la postérité par sa transcription sur un sol mosaïqué. Selon le grand chercheur tunisien Azedine Beschaouch, l’œuvre constitue .
Localisation
vignette|gauche|alt=carte montrant les principaux lacs, cours d'eau et villes|Localisation de Smirat.
La mosaïque est découverte au lieudit Oglat Beni Khira, à Smirat, dans la délégation de Moknine, la région des anciennes Hadrumète (Sousse) et Thysdrus (El Jem). Le site de Smirat n'est pas identifié à une localité antique. Le site appartient au Sahel tunisien, la Byzacène côtière. Le nom actuel du lieu est Amiret Touazra.
Histoire Histoire antique Sahel tunisien au vignette|gauche|alt=carte montrant le relief montagneux et une route|Carte montrant la région au . La localité se situe entre Hadrumète et Thysdrus.
vignette|alt=Carte de la Tunisie avec l'emplacement des principales implantations à l'époque romaine|Principales villes de la Tunisie actuelle à l'époque romaine.
Au , la région du Sahel tunisien fait partie de l’Afrique romaine et constitue une région particulièrement prospère. Les principales villes sont Hadrumetum et Thysdrus. Grâce à sa position, le Sahel possède des ports importants et, comme région intégrée à l'Empire romain, participe activement au commerce. Hadrumète est notamment un grand centre maritime et commercial.
L’économie du Sahel repose principalement sur l’agriculture, en particulier la culture de l’olivier et la production d’huile d’olive. Cette huile est exportée vers différentes régions de l’Empire, ce qui contribue à la richesse de la population. La prospérité économique permet également la construction de monuments importants. À Thysdrus, le grand amphithéâtre d’El Jem est construit au début du et remplace des édifices antérieurs. Il témoigne de la richesse de la ville et de son intégration dans la civilisation romaine.
Le est également marqué par la diffusion du christianisme et sa répression. En 258, sous le règne de Valérien, Capellien, gouverneur de la province d’Afrique, applique des mesures de persécution contre les chrétiens. À Carthage, l’évêque Cyprien est condamné et exécuté, tandis que d’autres chrétiens sont persécutés dans la province, témoignant des tensions religieuses qui existent alors. La Byzacène se relève rapidement de la répression de Capellien, légat de Numidie, et connaît une grande prospérité sous Gallien.
Maison et mosaïque de Magerius La mosaïque est datée du deuxième quart du , des années 235-250 (voire 240-250) selon Azedine Beschaouch, à partir d'une étude de la coiffure du personnage principal. La datation à la quatrième décennie du a été acceptée du fait des ombres présentes sur la mosaïque, des motifs géométriques, des habits des et de la somme mentionnée sur l'œuvre.
Un dessin géométrique de la maison de Magerius est daté du . La mosaïque était située dans la salle de réception de la maison.
L'angle supérieur droit de la mosaïque est endommagé par l'installation d'un four de type tabouna au Moyen Âge.
Redécouverte vignette|gauche|alt=Portrait d'un homme d'âge mur en veste et nœud papillon|Azedine Beschaouch en 2011. La mosaïque est découverte de manière fortuite en 1962 par Azedine Beschaouch. Le lieu de découverte précis n'est pas connu. Elle est mentionnée pour la première fois en 1963 par Azedine Beschaouch. Des fouilles partielles ont eu lieu en 1938-1939 suite à la découverte de pillages d'envergure dans la nécropole d'époque punique. De nouvelles fouilles ont lieu en 1991-1992 et permettent de dégager des céramiques conservées au musée de Moknine. La mosaïque est déposée au musée archéologique de Sousse.
La publication de la mosaïque est assurée par Azedine Beschaouch en 1966 après une conférence au sein de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Le même poursuit par la suite ses travaux sur les sodalités, renouvelant la question.
Description La mosaïque est importante car elle raconte à la fois par les images et le texte une journée de jeux d'amphithéâtre. Il s'agit du compte-rendu d'une chasse dans l'amphithéâtre.
Composition Le pavement mesurait sur , et comportait des motifs géométriques sur fond blanc. Au centre se situait la mosaïque de Magerius. La mosaïque, constituée de tesselles de marbre, se présente sous la forme de scènes avec des images et des textes. Le panneau central mesure sur . La composition en ellipse de la scène évoque l'arène. Une bordure simple l'entourait. La mosaïque contient des scènes ayant eu lieu à plusieurs moments de la journée.
Description des images
vignette|alt=Gros plan sur un léopard|Léopard. vignette|gauche|alt=Fragment d'une mosaïque avec deux hommes s'attaquant à un léopard|Bullarius et Hilarinus aux prises avec Crispinus. Quatre bestiaires, dont on connaît les noms (Spittara, Bullarius, Hillarinus, Mamertinus) sont en train de lutter contre des léopards dont a également le nom. Les différents léopards sont soit en train de résister soit en agonie. Différentes phases de combat sont présentées : Spittara, qui porte des échasses, transperce un fauve appelé Victor, qui porte une guirlande de millet. Bullarius porte un pantalon blanc et une tunique courte. Il est protégé par une plaque de cuir et porte un drapé sur l'épaule. Hillarinus, présenté de dos porte un pantalon court et une tunique, et des anneaux aux chevilles.
Bullarius, quant à lui, est aux prises avec Crispinus, secondé par Hilarius qui a mis hors de combat Luxurius, encore dressé sur ses pattes mais blessé grièvement. Mamertinus combat Romanus, qui est debout. Les léopards sont représentés de façon réaliste, et la représentation est saisissante, comme la scène de Crispinus attaqué par les deux bestiaires et qui est .
Hilarinus présente une . Bullarius et Mamertinus portent une tunique courte.
Les bestiaires sont vêtus d'une tunique et d'un caleçon, sauf Spittara, qui est peut-être esclave selon Mohamed Yacoub et qui porte seulement un pagne et une corde autour du cou ; ils ont en outre des bandages aux membres inférieurs. Ces personnages ont et .
Les léopards sont représentés de façon réaliste. La représentation de Crispinus, qui attaque et est attaqué, est considérée comme . Luxurius et Romanus portent une guirlande de lierre.
Le commanditaire qui prend en charge le spectacle s'appelle Magerius ; il est représenté au milieu des différentes scènes de combats entre hommes et animaux, vêtu de pourpre et qui porte un sceptre. La représentation du commanditaire est un peu lacunaire mais a pu être restituée. Un croissant symbole de la sodalité des Telegenii est présent sur la mosaïque. Roger Hanoune considère que la représentation n'est pas celle de l'évergète et qu'il s'agit du des .
vignette|gauche|alt=Représentation d'une divinité sur une mosaïque|Représentation de Diane.
La mosaïque représente deux divinités : Diane à gauche, dont le haut du carquois est visible et qui porte une tunique courte et une tige de millet. Diane porte une robe verte avec une bande rouge, les cheveux retenus sur la nuque et elle porte des bracelets. Dionysos, presque nu, qui porte une hampe avec un croissant, le symbole de la sodalité des . La seconde divinité est Liber selon Gilbert Picard. La divinité porte une patère ou une couronne dans la main droite. Il a une feuille de lierre à sa droite. Les deux divinités sont chargées de protéger tout à la fois le spectacle et le propriétaire de la mosaïque. Selon Roger Hanoune il s'agit de déguisés en divinités. La Diane est un homme masqué, comme le démontre les traits du visage et l'absence de seins.
À côté de Dionysos se trouve un personnage vêtu de pourpre et portant un sceptre, au nom de Magerius.
Au milieu de la mosaïque, à est représenté un personnage présenté de face, serviteur, aux cheveux longs et vêtu d'une riche tunique, avec un plateau et quatre sacs de deniers chacun, un pour chaque léopard et pour chaque chasseur.
Texte vignette|gauche|alt=Détail d'une mosaïque, personnage portant un plateau avec trois sacs, et de chaque côté inscription latine|Serviteur. Deux longs textes parfaitement lisibles sont présents de part et d'autre du serviteur muni des bourses. Les noms des bestiaires et des léopards figurent sur la mosaïque, et on y trouve deux invocations à Magerius. Une autre inscription a peut-être été perdue. Le texte a fait l'objet d'une analyse en 2015.
per curionem dictum: domini mei, ut Telegeni pro leopardo meritum ha beant uestri fauoris, dona te eis denarios quingentos. adclamatum est: exemplo tuo mu nus sic discanp [sic] futuri, audiant praeteriti. unde tale, quando tale? exemplo quaesto rum munus edes, de re tua mu nus edes. sta dies. Magerius donat. hoc est habe re, hoc est posse, hoc est ia. nox est: ia munere tuo saccis missos.
Allocution du
L'inscription de gauche annonce la fin du spectacle et la demande du héraut : des chasseurs sont figurés au moment où des léopards s'effondrent alors qu'un texte explique que le dernier moment du spectacle est celui du paiement des festivités. Un héraut demande 500 deniers par léopard, . C'est un crieur public qui fait l'annonce dans un texte qui commence par le héraut est porte-parole des Telegenii. Le héraut demande que l'équipe de bestiaires vainqueurs membre des Telegenii soit récompensée. Le terme a le sens de "seigneurs" ou "maitres", il y a assimilation de la foule et de l'organisateur de spectacle. Le héraut formule un souhait ou formule un but l'impératif est positionné à la fin au moment de la formulation de la demande. la formulation de la demande financière est ambigüe afin d'accentuer la mise en scène, la surenchère, de la générosité de l'évergète.
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Cette annonce est suivie par des acclamations. La demande des 500 deniers et l'apparition du serviteur ne sont pas simultanées.
Acclamations
Le texte des acclamations a été difficile à interpréter : il peut avoir été proclamé tard dans la journée, mais aussi avant le début du spectacle, hypothèse que privilégie Adams. La demande des est relayée par le héraut, la foule acclame le futur donateur. Adams jette un regard critique sur la lecture de Beschaouch.
Sur la droite, l'inscription indique que le peuple acclame Magerius. Le texte débute par et c'est le procès-verbal des acclamations de la foule. Il y a une sorte de entre l'évergète et la foule. Le héraut lié à la sodalité invite à payer. Magerius double la somme demandée.
L'inscription expose la réponse de la foule au héraut et pousse Magerius à payer ; elle lui force la main, évoque l'exemple qu'il constituera il sera et compare le spectacle à ceux donnés par les questeurs à Rome et ainsi Magerius restera dans les annales, pour le flatter. Magerius cède à la foule et paye, mais uniquement à la fin de la journée, en se faisant prier. La foule utilise un futur qui ressemble à un impératif. Il y a dans le texte une , au lieu de , qui semble avoir été la forme utilisée en Afrique au .