Delta est un lanceur spatial moyen américain de la famille Delta, dont le premier vol a lieu en 1989 et dont le dernier exemplaire est utilisé en . Il constitue le dernier développement de la famille des lanceurs Delta conçue à partir du missile balistique à portée intermédiaire Thor mis au point à la fin des années 1950. Le est proposé à la fin des années 1980 pour répondre aux besoins de l'Armée de l'air américaine privée de lanceurs en 1986 après l'explosion de la navette spatiale Challenger qui cloue au sol les navettes spatiales américaines. Comme tous les lanceurs de la famille Delta, il est conçu par la société McDonnell Douglas avant que sa fabrication ne soit reprise par Boeing, puis, à partir de , par la coentreprise United Launch Alliance (ULA) formée par ce constructeur avec Lockheed Martin.

C'est un lanceur haut d'environ pour un diamètre de et une masse au lancement comprise entre . Le comporte deux étages ainsi que trois à neuf propulseurs d'appoint avec de manière optionnelle un troisième étage à propergol solide. Le premier étage est semi-cryogénique (kérosène et oxygène liquide) tandis que le deuxième étage brûle des ergols hypergoliques. Au cours de ses deux décennies d'utilisation, une dizaine de variantes sont utilisées se différenciant par la longueur de la tuyère du premier étage, le nombre d'étages (deux ou trois), le nombre de propulseurs d'appoint (trois, quatre ou neuf), et la puissance de ceux-ci. Selon sa configuration, le lanceur peut placer de en orbite terrestre basse (LEO) et de en orbite de transfert géostationnaire (GTO). Dans sa version la plus puissante (), il peut injecter une sonde spatiale de sur une trajectoire interplanétaire.

Le est utilisé par l'Armée de l'air des États-Unis principalement pour la mise en orbite de ses satellites GPS (). Durant les décennies 1990 et 2000, c'est le lanceur principal de la (NASA). Il est utilisé pour la mise en orbite de nombreuses missions emblématiques de l'agence spatiale américaine : il assure le lancement des onze premières missions de son programme Discovery (Messenger…), de la majorité de ses sondes spatiales à destination de Mars (rovers MER…), de plusieurs télescopes spatiaux (Swift…), ainsi que de nombreux satellites scientifiques chargés d'étudier la Terre ou son environnement spatial. Enfin, il est également utilisé pour placer en orbite des satellites de télécommunications en orbite basse (constellation Iridium), le marché des satellites de télécommunication géostationnaires, désormais trop lourds, lui échappant. C'est un lanceur particulièrement fiable, avec deux échecs sur . Le retrait du marque la fin des lanceurs américains dont le premier étage dérive d'un missile balistique conçu dans les , qui jouent un rôle central durant pratiquement six décennies.

Historique La famille des lanceurs Delta

vignette|Le premier étage de tous les lanceurs Delta jusqu'à la dérive directement du missile balistique à portée intermédiaire Thor visible ici lors d'un test en 1957.

La est la version la plus récente de la famille de lanceurs Delta développée à partir du missile balistique à portée intermédiaire Thor. Celui-ci est conçu au milieu des années 1950 à la demande l'Armée de l'air des États-Unis qui souhaite disposer dans un délai très court d'un missile balistique d'une portée de pour faire face à la menace du missile R-5 soviétique en cours de déploiement dans les pays de l'Est. Pour réduire la durée de la mise au point, les composants les plus complexes du nouveau missile sont repris de projets existants : ainsi le moteur-fusée d'une poussée de et les moteurs verniers sont développés initialement pour le missile intercontinental Atlas. La société Douglas Aircraft, qui remporte l'appel d'offres, développe en un temps record le Thor dont le premier lancement intervient après le début du projet. Le missile d'une longueur de a un diamètre de à la base se réduisant au sommet. Pesant , il a une portée de et peut emporter une charge nucléaire de . Environ sont déployés au Royaume-Uni en 1958, mais leur carrière opérationnelle est particulièrement brève puisqu'ils sont retirés du service en 1963 à la suite d'un accord passé entre les gouvernements américain et soviétique...

Pour répondre aux besoins de l'agence spatiale civile américaine, la NASA, en attendant la mise au point de lanceurs plus puissants basés sur le missile Atlas, un lanceur est mis au point par Douglas Aircraft en combinant le missile Thor avec un second étage baptisé Delta. Le lanceur présente des performances limitées, nettement inférieures à celles des lanceurs américains des familles Atlas et Titan mises au point dans les années qui suivent. Mais il est par la suite régulièrement modifié pour accroître sa puissance, notamment par le recours à partir de 1963 à des propulseurs d'appoint à propergol solide qui fait un temps sa spécificité. Ces évolutions lui permettent dans les de dominer le marché du lancement des satellites de télécommunications avec la série des . Toutefois, le lanceur perd cette position dominante au cours des lorsque le lanceur européen Ariane, plus puissant et plus souple d'emploi, capte une partie du marché commercial.

Naissance de la En 1982, la navette spatiale américaine devient opérationnelle. Son coût de lancement annoncé est très bas et elle doit remplacer tous les lanceurs américains traditionnels. En conséquence, la ligne de fabrication des lanceurs Delta est arrêtée. Mais l'explosion de la navette Challenger en déclenche une réactivation des lanceurs traditionnels. L'Armée de l'air américaine lance un appel d'offres pour dans le but de déployer son nouveau système de positionnement par satellites GPS. McDonnell Douglas remporte cet appel d'offres en proposant une version améliorée de son lanceur Delta-3920/PAM-D. Cette version, relativement peu différente de la version commercialisée jusque-là, est baptisée . La première version de la () se différencie des versions précédentes de la famille Delta (série 3000 et 4000) par un premier étage allongé de (+ ergols) et une nouvelle coiffe dont le diamètre est augmenté de et qui est proposée de manière optionnelle. Le est décliné en plusieurs versions qui se différencient par le nombre de propulseurs d'appoint et la présence ou non d'un troisième étage..

À cette époque, les lanceurs Delta sont lancées depuis Cap Canaveral en Floride. McDonnell Douglas remporte, en 1990, un appel d'offres de la NASA pour le lancement de plusieurs de ses satellites depuis la base de lancement de Vandenberg en Californie. Un complexe de lancement existant est adapté pour cette nouvelle version du lanceur et le premier s'envole de la côte Ouest en 1995. Une amélioration majeure du donne naissance en 1991 à la série 7000 qui se caractérise par une nouvelle version du moteur-fusée propulsant le premier étage dont la tuyère est allongée et le remplacement des propulseurs d'appoint Castor par des moteurs à époxy graphite (GEM) plus puissants. Le dernier exemplaire de la série 6000 est lancé en 1992. Durant les décennies 1990 et 2000, la est le lanceur que la NASA utilise systématiquement lorsque les capacités du lanceur sont suffisants, c'est-à-dire pour une écrasante majorité de ses missions : sondes spatiales à faible coût chargées d'explorer le Système solaire dans le cadre du programme Discovery (par exemple, NEAR Shoemaker en 1996), missions martiennes (par exemple, Mars Global Surveyor en 1996 et Mars Pathfinder en 1996), télescopes spatiaux et satellites d'observation de la Terre. Le constructeur du lanceur essaie de maintenir sa présence sur le marché des lancements commerciaux, malgré la concurrence du lanceur , et remporte le lancement en orbite terrestre basse de la constellation de satellites de télécommunications Iridium et d'une partie de la constellation Globalstar.

Réorganisation de l'industrie spatiale La construction du est reprise en 1997 par Boeing après la fusion de son constructeur avec cette société. En est créée l (ULA), une coentreprise de Boeing et Lockheed Martin constructeur de lanceurs Atlas. Ces deux sociétés sont toutes deux fournisseurs des lanceurs EELV de l'Armée de l'Air américaine ( d'une part et d'autre part). La création de ULA a pour objectif d'abaisser les coûts de fabrication et de lancement des deux familles de lanceur en mutualisant certaines ressources et équipements ... ULA commercialise le lanceur auprès du gouvernement américain, tandis que Boeing Launch Services (BLS) prospecte le marché des satellites commerciaux.. En 2003, une version plus puissante de la dite est introduite. Elle utilise des propulseurs d'appoint GEM-46 aux dimensions accrues qui emportent d'ergols supplémentaires (pour d'appoint) et permettent d'augmenter la charge utile pour les orbites haute (orbite géostationnaire) et héliocentrique de . Six exemplaires de cette version seront commercialisés.

Retrait du lanceur vignette|redresse=1.25|Comparaison des versions standard et de la . Dans les deux versions, les trois étages sont de mêmes dimensions ; dans le , les neuf propulseurs d'appoint sont plus longs et trois sont plus gros.

Le contrat d'achat des avec l'Armée de l'air des États-Unis pour le lancement des satellites GPS prend fin le , avec la mise en orbite du dernier satellite de la série 2R. Les forces armées se tournent désormais vers les lanceurs EELV ( et ), plus flexibles et plus puissants, pour lancer les satellites GPS suivants. Boeing, le constructeur de la , perd ainsi un donneur d'ordre important, qui avait largement contribué au succès du lanceur ( de satellites GPS depuis 1990).. À la suite de l'expiration de son contrat avec l'Armée de l'air, ULA cesse de maintenir les deux sites de lancement de situés à Cap Canaveral, prestation qui lui était imposée par les militaires. La NASA, l'autre donneur d'ordre majeur du lanceur (un tiers environ des lancements du ), doit désormais prendre en charge les frais fixes assumés jusque-là par l'Armée de l'air (maintenance des complexes de lancement) et faire face à une augmentation des prix découlant de la baisse des volumes de lanceurs produits qui limite l'effet d'échelle au niveau de la chaîne de fabrication. L'impact sur le coût du lanceur place celui-ci au même niveau que les lanceurs et beaucoup plus puissants. La NASA décide à son tour d'abandonner le lanceur . Pour les lancements nécessitant un lanceur de puissance moyenne, l'agence spatiale se tourne vers de nouveaux fournisseurs. Pour le ravitaillement de la Station spatiale internationale, ce sont SpaceX, constructeur du lanceur , et Orbital Sciences, constructeur du lanceur Antares. Ces nouveaux lanceurs ont des coûts de fabrication nettement inférieurs à ceux de la . Le est également habilité à placer en orbite les satellites scientifiques et les sondes spatiales de la NASA...

En 2008, ULA, la structure qui commercialise le lanceur, dispose encore une demi-douzaine de lanceurs assemblés et invendus.. En , la NASA annonce qu'elle peut utiliser certains des lanceurs assemblés.. Le , l'agence sélectionne le lanceur pour lancer ses satellites Soil Moisture Active Passive (SMAP), Orbiting Carbon Observatory-2 (OCO-2) et Joint Polar Satellite System-1 (JPSS-1).. Le premier prend son envol le , le second le et le troisième le . Tous ces lanceurs décollent du de Vandenberg..

Le lancement du dernier lanceur a lieu le ; elle place en orbite le satellite ICESat-2. Ce lancement marque la fin de l'utilisation des lanceurs Delta dérivés du missile balistique Thor dont volent depuis 1960. Plus généralement, il s'agit du dernier lanceur américain dont le premier étage dérive des missiles balistiques conçus dans les années 1950 qui comprennent également les lanceurs Thor (dernier vol en 1976), Atlas (2005) et Titan (2005). Les lanceurs et ne se rattachent pas à ces familles car ils disposent d'un premier étage entièrement nouveau..