Friedrich Hildebrandt, né le à Kiekindemark et mort le à Landsberg am Lech, est un Gauleiter du NSDAP, gouverneur, général de la SS et criminel de guerre nazi, condamné à mort en 1947 lors du procès des meurtres d'aviateurs alliés.
Origine et débuts en politique Friedrich Karl Heinrich August Hildebrandt est le fils de Friedrich Hildebrandt, ouvrier agricole et carrier, et d'Anna Habrecht Otto von Gossel, Jobst Heinrich von Bülow (Bearb.): Mecklenburgisches Geschlechterbuch. vol. 3, Bernhard Koerner (éd.), Verlag von G. A. Starke, Görlitz, 1935, f.. Il effectue sa scolarité à Benzin près de Lübz, à Groß Lüben et à Legde. Après son diplôme de fin d'études, il travaille de 1912 à 1914 comme journalier agricole puis trouve un emploi dans les chemins de fer ; il veut y effectuer un apprentissage mais en est empêché par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il entre dans l'armée comme volontaire le . Il est gravement blessé au ventre et intoxiqué par les gaz de combat. Le , le d'infanterie est dissous I. Bataillon zum Infanterie-Regiment Nr. 24; II. Bataillon zum Infanterie-Regiment Nr. 64; III. Bataillon zum Infanterie-Regiment Nr. 396; vgl. Kameradschaft Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 24 (Hrsg.): Geschichte des Reserve-Infanterie-Regiments Nr. 24. 1914–1918. Verlag Wilhelm Beese, Berlin 1925. et il est transféré au Régiment d'infanterie du Brandebourg. Après un séjour en hôpital militaire à Wittemberg, il revient à Legde en et adhère au Parti populaire national allemand (DNVP), nouvellement créé. Le , il entre dans le corps franc fondé par son ancien supérieur, Cordt von Brandis.
Le corps-franc de von Brandis est envoyé en Silésie et dans les pays baltes, Hildbrandt y est fait prisonnier, à Riga, le . Après avoir été interrogé par des officiers lettons et britanniques, il est autorisé à réintégrer son unité. Après avoir été nommé Vizefeldwebel, il quitte l'unité le . Juste après, il intègre la quatrième unité d'intervention de la dans le district de Mersebourg. Son unité est rassemblée à Ohrdruf et interviendra surtout lors du putsch de Kapp en 1920. Brigadier de police, Hildebrandt intervient brutalement contre un mouvement ouvrier en à Osterfeld et à Weißenfels, les violences entraînent des morts chez les policiers et les ouvriers, ce qui lui vaut plus tard un procès dont il sort cependant acquitté. En , il est licencié pour « dérapages verbaux ». Il travaille ensuite comme ouvrier agricole et est de 1921 à 1922 président du comité de district du syndicat des travailleurs agricoles de Westprignitz et du Brandebourg. En , il est délégué du DNVP au congrès de Görlitz et se rapproche alors de l'aile droite du parti menée par Albrecht von Graefe. Peu de temps après, des dissensions internes au parti entraînent son exclusion, et il rejoint le corps France de Gerhard Rossbach, futur participant au putsch de la Brasserie.
Au NSDAP En 1924, il adhère au Parti populaire allemand de la liberté (DVFP), un parti völkisch antisémite qu'il représente comme député au Landtag de l'État libre de Mecklembourg-Schwerin de 1924 à . Après sa rencontre avec Adolf Hitler le , il rejoint le parti national-socialiste des travailleurs allemands le , où il est enregistré sous le n°3.653 (sa femme Elise Krüger adhérera également, le de la même année, sous le n°25.806). Il conserve son mandat au Landtag et devient ainsi le premier député nazi du . Le , Gregor Strasser, alors député nazi au Reichstag, le nomme Gauleiter de Mecklembourg-Lubeck, Gau nouvellement créé. En juin de la même année, il fonde le journal de propagande Niederdeutscher Beobachter, qui paraîtra jusqu'en .
Il rédige un manuscrit intitulé Lösung der Judenfrage (Solution de la question juive) où il considère que la noblesse du Mecklembourg est « fortement enjuivée ». À Munich, la centrale du parti se montre peu enthousiaste au sujet de ses écrits : .
La défaite électorale du NSDAP le lui fait perdre son mandat électif. Il perd également les indemnités qui y était attachées et rencontre des difficultés financières, et ce n'est que grâce à l'aide financière de quelques sympathisants, dont le chevalier Adolf von der Lühe (1860-1934), qu'il peut poursuivre son activité au sein du parti. Il déménage à Parchim où a été transférée l'administration du Gau ; de à , il y est conseiller municipal. Le , il est réélu au Landtag de Schwerin.
En , Otto Strasser quitte le NSDAP ; son journal Nationaler Sozialist publie alors qu'Hildebrandt s'est rapproché de la nouvelle formation de Strasser, la Communauté de combat nationale-socialiste (NSKD). Hildebrandt est alors limogé de son poste de Gauleiter et rétrogradé au rang de vice-Gauleiter. Le , le Niederdeutscher Beobachter annonce qu'il est solidaire des « nationaux-socialistes révolutionnaires » Patrick Christian Moreau, Nationalsozialismus von links. Die „Kampfgemeinschaft Revolutionärer Nationalsozialisten“ und die „Schwarze Front“ Otto Straßers 1930–1935, Deutsche Verlags-Anstalt, Stuttgart, 1985, , .. Cependant, après une campagne de diffamation du Völkischer Beobachter, l'organe de presse officiel du parti nazi, qui dénonce les « traîtres sans discipline » et la « racaille littéraire », Hildebrandt se distancie de Strasser et de ses théories politiques, et communique à la presse qu'il n'a pas l'intention de rejoindre le camp de Strasser.
Lors des élections législatives allemandes de 1930 où le parti nazi passe de 12 à 107 sièges au Reichstag, Hildebrandt est élu député de la circonscription électorale Reichstag (éd.) Reichstagshandbuch V. Wahlperiode 1930 Druck und Verlag der Reichsdruckerei, Berlin, 1930, . qui recouvre Mecklembourg-Schwerin, Mecklembourg-Strelitz et Lubeck. Au début de , il retrouve son poste de Gauleiter. Le 4 du même mois, il part à Munich afin de rencontrer Hitler.
Il est à cette époque en contact avec le grand-duc Frédéric-François IV dont le fils Frédéric-François a intégré le NSDAP et la SS en . Le grand-duc lui apporte son soutien dans sa campagne électorale, et déclare à propos de l'assassinat de deux communistes (tués le par le SA Gaedecke) : [Archives du Land de Schwerin, (10.09.H/08) n° 5, Papiers laissés par Hildebrandt, Friedrich (1898–1948), courrier de Friedrich Franz à Hildebrandt, 2. novembre 1931..
En 1931 et 1932, les affrontements entre adversaires politiques deviennent de plus en plus violents, une situation que Hildebrandt sait exploiter à des fins de propagande. Il présente comme « martyrs du mouvement » les blessés et les morts, comme le SA Friedrich Wittenburg, prétendument assassiné : Wittenburg, un assistant jardinier, est mortellement blessé dans un accident de la circulation en , ce que Hildebrand présente comme un assassinat politique. Les affrontements entre des membres de la Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold, la section paramilitaire du SPD, et les SA atteignent leur paroxysme le à Hagenow : en présence de Hildebrandt, les SA attaquent la maison des syndicats de Hagenow au moment où se tient l'assemblée des sympathisants de la Reichsbanner. Le mobilier est détruit et une fusillade éclate devant le bâtiment, après laquelle Alfred Hinze, membre de la Reichsbanner, est arrêté pour port d'armes, tandis que Hildebrandt est laissé libre, bien qu'armé d'un pistolet.
Aux élections régionales de 1932, son mandat de député est renouvelé. Le NSDAP dispose alors de la majorité absolue au Landtag, et un gouvernement régional nazi est constitué à la tête de l'État libre de Mecklembourg-Schwerin.
Hildebrandt ne cherche pas seulement la confrontation avec d'autres partis et organisations politiques, il est aussi un ennemi déclaré de l'église catholique. : , Widerstand der katholischen Kirche in Mecklenburg 1933–1945 In: Friedrich-Ebert-Stiftung (Hrsg.) : Widerstand gegen das NS-Regime in den Regionen Mecklenburg und Vorpommern, Altstadtdruck Rostock, Schwerin, 2007, , p. 41..
Reichsstatthalter du gouvernement régional vignette|Konstantin Hierl et Friedrich Hildebrandt en 1939. Le , il est nommé commissaire du Reich pour l'ensemble du Mecklembourg, puis le , gouverneur du Reich pour le Mecklembourg-Schwerin, le Mecklenburg-Strelitz et la Ville libre de Lübeck. La nomination a été retardée en raison des hésitations de Hindenburg et des protestations de la noblesse du Mecklembourg, celle-ci n'ayant pas oublié l'implication de Hildebrandt dans l'assassinat d', abattu lors d'une soi-disant tentative de fuite Herrmann Langer, Leben unterm Hakenkreuz: Alltag in Mecklenburg 1932–1945, Edition Temmen, Rostock, 1996, , p. 38 et suiv.. Les rapports entre la noblesse locale et le gouverneur en restèrent durablement affectés.
En 1933, Hildebrandt est nommé du NSDAP, une fonction d'orateur officiel, un poste où il donne satisfaction, effectuant ses discours sans lire ses notes.
Après avoir assuré son pouvoir, il entreprend la réunification des deux États libres du Mecklembourg. Le , les deux parlements régionaux décident à Rostock la fusion du Mecklembourg-Schwerin et du Mecklembourg-Strelitz avec entrée en vigueur au . L'opposition interne au sein du parti, bien qu'assez forte, ne peut empêcher le processus.
Le , il entre dans la SS (enregistré sous le n° ) avec le rang d'Oberführer, et nommé à titre honoraire dans le SS-Standart Dienstaltersliste der Schutzstaffel der NSDAP. Stand 1. Oktober 1934. Reichsdruckerei, Berlin, 1934, (Lfd. Nr. 23).. Il gravit les échelons, devenant SS-Gruppenführer le et SS-Obergruppenführer le Dienstaltersliste der Schutzstaffel der NSDAP. Stand 1. Dezember 1937. Reichsdruckerei, Berlin 1937, (Lfd. Nr. 24)..
Au début de l'été 1934, il échappe à une tentative de renversement menée par le ministre-président , par le colonel de la police régionale Hans Heidemann et par d'autres membres du parti nazi qui prétendent qu'Hildebrandt souffre d'une maladie mentale héréditaire qui l'empêche d'occuper ses fonctions, arguant de l'hospitalisation de sa mère Bertha dans un institut et des troubles du développement de sa fille. Il faudra l'intervention de l'évêque évangélique Walther Schultz auprès de Rudolf Hess pour enrayer le complot. Engell est contraint à la démission. et le policier Heidemann l'objet d'une procédure disciplinaire fin septembre.
En , il entre à l'Académie du droit allemand fondée par Hans Frank, chargé de la refonte du droit allemand selon l'idéologie nazie. En , il est membre honoraire du comité directeur du , une association au profit des familles nombreuses contrôlée par le Département de la politique raciale du NSDAP et soutien de la politique eugéniste du régime nazi.
Il entretient une rivalité avec le ministre-président , successeur d'Hugo Engell, et demande officiellement sa destitution en 1937. Scharf est cependant protégé par la direction du NSDAP et par les dirigeants de la SS. Après le rejet de sa requête, la direction du parti signale à Hildebrandt qu'on le considère comme un .
Le , Une réforme territoriale retire de sa compétence les districts de Lubeck, confiés à Hinrich Lohse, Gauleiter du Schleswig-Holstein puisqu'aux termes de la Loi du Grand Hambourg, Lubeck perd son indépendance. Dès lors, il n'est plus que Gauleiter et Reichsstatthalter de Mecklembourg.
Tout le temps de ses fonctions, Hildebrandt s'enrichit personnellement et fait profiter ses proches d'avantages. Ainsi, il octroie à des camarades du parti d'avantageux crédits immobiliers à la construction et met à leur disposition des terrains constructibles bien situés. Il acquiert une vaste propriété, le domaine Gößlow, à Lübtheen pour un prix modéré de 50000 Reichsmarks. Il est également éditeur et propriétaire de plusieurs publications du NSDAP, le Niederdeutscher Beobachter, le Lübecker Beobachter et le Strelitzer Beobachter Nationalsozialistisches Jahrbuch 1933, Eher-Verlag, Munich, 1933, p. 149 et suiv., p. 153..
Fin , il est nommé Maître de chasse du Gau en remplacement de Martin Kliefoth.