La mosaïque des bestiaires festoyant dans l'arène, appelée aussi mosaïque du banquet costumé, est une mosaïque romaine datée du et découverte à El Jem, site de l'ancienne Thysdrus. Elle est conservée au musée national du Bardo.
Histoire et localisation Histoire antique Elle date du début du selon l'étude des critères stylistiques, d'éléments géométriques et de la forme des lettres. La date a pu être affinée à 200-220.
Redécouverte La mosaïque est découverte de manière fortuite en septembre 1954 par un habitant d'El Jem, à à l'ouest de l'amphithéâtre. L'œuvre est déposée par Louis Foucher, conservateur du musée archéologique de Sousse, et envoyée au musée Alaoui, le futur musée du Bardo.
L'œuvre est retrouvée dans une pièce rectangulaire d'un édifice dont les murs étaient arasés.
Description La mosaïque, qui porte le numéro d'inventaire Inv. 3361, est en bon état, sauf dans son angle gauche. La mosaïque est l' d'une mosaïque plus grande : un décor géométrique avec des ovales et des carrés était présent sur les bords du panneau central, avec des motifs géométriques divers parmi lesquels des tresses ou des motifs crénelés.
La mosaïque est inscrite dans un cadre carré fermé par quatre tiges de millet, pourvues de feuilles et de fleurs. Le millet est rare dans les bordures des mosaïques. Cinq individus sont installés sur une table de forme arquée, boivent et discutent de manière grossière. Chaque personnage est muni d'un symbole différent : une feuille de lierre, une couronne pourvue de trois pointes, une autre de cinq pointes, une tige de millet et une hampe munie d'un croissant.
Gilbert Charles-Picard a publié la mosaïque en 1954 et donne sa vision de l'œuvre :
Personnage Symbole Parole prononcée selon Charles-Picard Traduction ou sens Femme Sceptre avec croissant nous trois, nous nous tenons convenablement ou Homme Roseau ou tige millet (selon Seyrig) Homme Couronne radiée avec poisson Femme Couronne radiée avec ancre nous venons boire « Personnage » Feuille de lierre exhortation à se mettre à l'aise
Le banquet débute à peine. Le convive portant le lierre semble s'être dévêtu et débraillé et tient un verre. Les trois personnages sur la droite semblent choqués de son attitude selon Charles-Picard, et l'un d'eux, peut-être le maître de maison, semble embarrassé : la phrase au-dessus des trois convives de droite semble vouloir dire ou .
Le personnage situé sur la droite prononce une parole obscure selon Henri Seyrig. Celui situé à sa gauche, au vêtement rouge, tient une tige de millet et prononce le mot qui signifie . Le suivant porte un manteau vert et dit (). Le personnage aussitôt à gauche porte le même type de manteau et sa phrase ne pose pas de problème de lecture, tout comme le dernier qui est vêtu légèrement.
Devant les convives se trouve une table ou un guéridon portant deux œnochoés, un pot par terre, un cratère, et deux personnages en tunique courte, sans doute des serviteurs, dont l'un sert à boire aux convives à partir d'une amphore car il leur tend un verre. Le second, peut-être le bouvier, a la main à la bouche et dit ().
Devant les serviteurs, cinq taureaux à bosse ou zébus sont installés : l'un est debout et deux lèvent la tête. Sur leur croupe on trouve une marque, un et un sistre. Ce signe était marqué au fer chaud.
Interprétation Œuvre originale et très vivante La scène est très vivante, en dépit de maladresses dans le dessin ; l'expression des personnages est réussie, tout comme la figuration du troupeau qui rappelle la mosaïque du haras de Sorothus.
Scène de banquet divin ou des Saturnales ? Les spécialistes ne sont tout d'abord pas d'accord sur le sens à apporter à cette œuvre.
Les personnes participent à une beuverie, qui suivait traditionnellement le dîner. Selon Charles-Picard, il s'agit de la représentation d'un banquet divin : il s'agit d'. La présence des taureaux est faite de sous-entendus selon lui.
Selon Henri Seyrig, le roseau est l' et doit être lié au banquet des Saturnales, fête durant laquelle : son porteur est le roi burlesque élu. Les cinq personnes à table seraient les bouviers et les serviteurs seraient les maîtres. La phrase prononcée à propos des taureaux est et le tout est une .
Lien avec les jeux de l'amphithéâtre
vignette|Mosaïque d'Uzita du Lion et des quatre tiges de millet représentant le symbole et un lion pour évoquer la sodalité des Leontii.
Pour les spécialistes, la mosaïque concerne désormais le monde de l'amphithéâtre après les travaux d'Azedine Beschaouch. Les marques présentes sur les croupes des taureaux sont des marques d'animaux d'amphithéâtre.
Les marques présentes quant à elles au-dessus des convives permettent d'identifier ces derniers à des , personnages qui luttaient contre les animaux sauvages dans les amphithéâtres. Ils appartenaient à différents groupes comme le signalent les différents symboles.
Les étaient organisés en associations professionnelles, les sodalités, qui étaient au service des cités et des évergètes qui offraient des spectacles à leurs concitoyens. Chaque association était pourvue d'une divinité tutélaire et de symboles spécifiques.
Symbole Sodalité Bâton et croissant Telegenii Tige de millet Leontii Couronne à cinq pointes et poisson Pentasii Couronne à trois pointes avec lettre S Sinematii Tige de lierre et chiffre II ou III Taurisci ou Crescentii
Ce tableau figure la veille des jeux : les animaux et les chasseurs sont réunis. La formule a été trouvée à Uzita et peut être interprétée comme le souhait de la défaite d'une équipe adverse, celle des Taurisci.
Notes et références
Un banquet costumé sur une mosaïque d'El-Djem
Sur une mosaïque récemment découverte à El-Djem
Le musée du Bardo : départements antiques
De Carthage à Kairouan, 2000 ans d'art et d'histoire en Tunisie
Voir aussi
Bibliographie Ouvrages généraux . . . . . . . . . .
Travaux sur la mosaïque . .
Articles connexes Mosaïque romaine
Bestiaires Bestiaires