Les Carandinò - Οικογένεια Καραντινού (Καραντινός, en grec, latinisé en Karantinos, Carandinò ou Carantinos selon les auteursSi la forme Karantenos est privilégiée par la littérature anglo-saxonne, Carantinos est la latinisation proposée par Gustave Schlumberger pour la période antérieure à l'installation à Céphalonie. Ensuite, l'orthographe Carandinò est attestée par les archives vénitiennes.) est l'une des principales maisons de la noblesse ionienne, originaire de l'Empire byzantin où elle donna de nombreux commandants militaires, négociateurs et hommes de lettres aux . La famille s’est réfugiée dans l'île de Céphalonie après la chute de Constantinople, on retrouve également plusieurs membres de la famille au service de la république de Venise au .
Elle s'est divisée en plusieurs branches à partir du , dont certaines subsistent à l'époque moderne en Grèce, Roumanie, France, Italie et en Amérique latine.
Histoire Origines
Les premières mentions de la famille Carandinò apparaissent à Byzance au , où l'on retrouve deux commandants militaires porteurs de ce nom dans l'entourage de l'empereur Basile II : le Patrice Théodore Carandinò, drongaire de la flotte, qui écrasa près de Phocée en 976, au début du règne, la flotte du rebelle Bardas Sklèroscf. J-C. Cheynet (2015); . Cette victoire lui a valu le titre de magistros, alors le second de la hiérarchie de la cour. Mentionné dans Skylitzès, son nom a été également retrouvé sur une inscription en Anatolie occidentale où il fit construire une église en l’honneur de la Theotocos. J-C. Cheynet fait remonter à cette victoire l'importance des Carantinoi au sein de l'aristocratie militaire byzantine. et le protospathaire (epi tou chrysotriklinouLe titre de protospathaire, "première épée", désigne à la fin du un proche de l'Empereur, membre de son entourage immédiat. Ce titre se dévalue largement au au profit de celui de patrice, sous lequel on retrouve également Constantin Carantinos. ) Constantin Carandinò, un des principaux lieutenants de l'empereur dans la guerre contre les Bulgares, qui fut le premier gouverneur des territoires nouvellement conquis en tant que stratège de Preslav.
280px|vignette|gauche|L'armée byzantine à l'assaut de Preslav. Manuscrit de Madrid, Synopsis de Jean Skylitzès.
L'ascension de cette famille, probablement originaire d'Asie mineureoù un village de Carandon, entre Philomelion et Iconion serait à l'origine de leur patronyme., est représentative des opportunités ouvertes par Basile II à la noblesse provinciale de tradition militaire, qu'il préférait à l'aristocratie constantinopolitaine, de tradition administrative, dont la fidélité douteuse et les ambitions avaient été la cause de treize années de guerre civile pendant sa minorité.
Le soutien impérial permit à nombre de ces familles de s'intégrer à la classe dirigeante de l'Empire par le succès dans la carrière des armes et de beaux mariages tout en maintenant un lien privilégié avec leur province d'origine. C'est le cas des Carandinò qui s'allièrent à cette époque avec les prestigieuses familles Argyre et Phocas, dont la première arriva au pouvoir dans les décennies suivantes, tout en restant très implantés en Asie mineure où ils financèrent notamment la construction d'églises et la rénovation de forteresses.
Une famille de l'Empire byzantin
Attachés par de multiples liens avec l’aristocratie de l’Empire byzantin, les Carandinò (Καραντινός) apparaissent comme l'une des familles à la fidélité éprouvée sur lesquelles s'appuyèrent les Empereurs de celle-ci pour les missions de confiance et les grands commandements régionaux des et , avant de connaitre une relative éclipse au sous les Comnènes auxquels ils semblent moins liésE. Ragia (2007), p. 141 : "Some members of the family occupied prominent offices in Asia Minor. Constantine Karantinos, as the testimony of the seals has shown us, was the doux of Antioch in the eleventh century and the son-in-law of the emperor Romanos III Argyros.".
vignette|Sceau de l'amiral Nicéphore Carantinos,
Le Patricien (Πατρίκοιος) Constantin Carandinò, protocuropalateTitre très prestigieux au début du , qui marque généralement une appartenance à la famille impériale. et beau-frère de l'empereur Romain III Argyre, (probablement le même personnage que le stratège de Preslav et compagnon d'armes de Basile IIÉtant donné que le duché d'Antioche était souvent considéré comme le couronnement d'une grande carrière militaire, il est probable selon Ivan Jordanov (1988) que le duc d'Antioche et son homonyme, le stratège de Preslav, soient une seule et même personne. Sa carrière exceptionnelle, sous trois empereurs différents, serait alors assez emblématique de l'ascension sociale des élites militaires. Ce compagnon d'armes de Basile II pendant les guerres bulgares devient ainsi gouverneur des provinces conquises, puis haut dignitaire du palais, avant d'obtenir en mariage une princesse impériale et d'achever sa carrière à la tête du plus prestigieux duché de l'Empire : la Megalopolis Antioche, dont dépend toute la riche province frontière de Syrie. Il serait ainsi le personnage le plus marquant de trois générations de grands commandants militaires qui se succèdent chez les Carantinoi au tournant du , puisque le vainqueur de Phocée est probablement de la génération précédente et pourrait éventuellement être son père, et puisque le vainqueur de Nauplie est son fils. Ivan Jordanov a également publié plusieurs sceaux, découverts à Preslav, d'Anna Carantinos, qui serait sa fille.), se vit ainsi confier l'important poste de duc d'Antioche en 1029-1030 dans le contexte crucial de la campagne syrienne de Romain III en 1030. Son fils, le patrice Nicéphore fut quant à lui amiral de la marine byzantine et gouverneur du Péloponnèse. En cette qualité, il fut vainqueur de trois flottes arabes entre 1031 et 1033, notamment lors de la bataille de Nauplie en 1032. Une génération plus tard, un autre Nicéphore Carantinos s'illustra également dans l'accomplissement de missions de confiance en menant avec succès la reconquête des Pouilles décidée en 1067 par Constantin X contre les Normands puis la pacification en 1072 de la Bulgarie révoltée derrière Constantin Bodin.
Si l'attribution de commandements politiquement sensibles ne se renouvela pas sous les Comnènes qui privilégiaient les familles qui leur étaient directement alliées, les Carandinò restent très présents au sein des cadres militaires de l'Empire au tournant du . Ainsi, on les retrouve dans le vivier d'officiers envoyés en 1082 en Crète par afin d'encadrer le relèvement démographique de la population autochtone après la reconquête de l'île sur les arabes. Quelques années après cette expédition, c'est même l'un d'eux, le vestarque Michel Carandinò, qui dirigea l'île comme Duc puis catépan de Crète, comme l'atteste une inscription sur la forteresse de Didyma près de Milet, dans la province d'origine de la famille, qu'il fit restaurer en 1088M. T. Öztürk (2013), p. 257 : "A renovation conducted for the Didyma castle presents an instance of sponsorship by the local aristocracy. The inscription of Didyma provides information on that act. It suggests that the castle was restored by a certain Michael Karantinos, the duke of Crete at that time bearing the title vestarch, around the turn of the eleventh century"..
À partir du , les Carandinò, membres du Sénat de Byzance, semblent occuper des fonctions essentiellement ecclésiastiques ou au sein de l'administration Impériale, suivant une évolution générale des grandes familles depuis les fonctions militaires vers les fonctions civilesKazhdan (1997), pp.269-277 appelle ces familles « métamorphiques », où il range les Argyroi, les Sklèroi, les Dalassènoi, les Abalantai, les Bourtzai, les Kastamonitai, les Iasitai, les Kourtikioi, les Tarônitai, les Chrysélioi, les Aichmalôtoi, les Kladones, les Maniakai, les Alyatai, les Antiochoi, les Basilakai, les Diogénai, les Carantinoi, les Liparitai, les Maurikes, les Mélissènoi, les Tornikioi, les Tzitai, les Botaneiatai, les Mésopotamitai.. Ainsi retrouve-t-on de nombreux Carandinò dans les curies épiscopales comme Constantin, Jean et Nicétas à Milet également au début du ou Jean et son fils Léon ailleursAttestés dans Laurent (1964) ou même évêques comme Basile Carandinò, métropolite de Césarée au début du . Cette vocation civile qui contraste si fort avec les origines militaires de la famille s'affirme aussi dans les monastères ou l'on retrouve notamment Dosithée Carandinò, moine influent à Thessalonique au , ami de saint Nicolas CabasilasLe Discours contre les Archontes de Saint Nicolas Cabasilas lui est dédié., ou encore dans l'administration impériale où l'on retrouve Jean Carandinò, primicier des excubiteurs sous Isaac II Ange, son fils Léon, ou encore Nikitas Carandinò, juriste attesté au comme conseiller des palais.
La figure la plus marquante du reste le patriarche de Constantinople Kolovou (2001) signale que Manuel Ier Saranténos, patriarche de Constantinople de 1217 à 1222, peut être identifié à Manuel Karantènos ou Carantinos, magistros des philosophes avant 1204, la corruption du K en S constituant une erreur courante de transcription. Laurent (1964) et Criscuolo (1979) retiennent la même identification.. Ancien magistros des philosophes avant le sac de Constantinople par la quatrième croisade en 1204, auteur d'un Traité de la rhétorique et de la philosophie, il fut choisi en 1217 comme patriarche œcuménique, en exil à Nicée, et occupa le siège patriarcal de Constantinople jusqu'à sa mort en 1222. En tant que tel, il joua un rôle diplomatique important dans les échanges entre l'empereur de Nicée et l'empereur latin, Robert de Courtenay, ainsi qu'en octroyant l'autocéphalie à l'Église serbe, sous la direction de Sava de Serbie en 1219.
Exil vénitien
vignette|gauche|Église San Giorgio dei Greci, construite à Venise au par la communauté des exilés grecs orthodoxes dont faisaient partie les Carandinò.
Après la chute de Constantinople en 1453, comme un grand nombre de dignitaires byzantins fuyant les persécutions ottomanes, le protospathaire Georges Carandinò (Καραντινός) se réfugia dans les territoires contrôlés par la république de Venise avec sa familleCe serait à Céphalonie, selon le Livre d'Or de la Noblesse Ionienne, mais peut être directement à Venise qui constituait alors un point de rassemblement des réfugiés grecs. Si Céphalonie fut bien le cadre de ce premier exil, ils durent probablement la quitter peu après lors de sa prise - temporaire - et de son sac par les Ottomans en 1479, en ce cas pour y revenir avec certitude 19 ans plus tard au commandement des troupes grecques au service de Venise..