La mosaïque du cirque de Gafsa est une mosaïque romaine datée de l'Antiquité tardive découverte en 1888 à Gafsa, ville du sud-ouest de l'actuelle Tunisie. Elle est désormais conservée au musée national du Bardo.

La mosaïque représente une course de chevaux et, outre le spectacle sur la piste, figure des spectateurs de façon stylisée. Cette représentation des spectateurs fait de la mosaïque une œuvre exceptionnelle.

Elle constitue, en outre, selon Mohamed Yacoub, spécialiste des mosaïques tunisiennes antiques relatives au monde du cirque, .

Histoire et localisation La mosaïque fait partie des pièces importantes exposées au musée national du Bardo, par la thématique de présentation des jeux du cirque.

Localisation et histoire antique

vignette|gauche|alt=Carte de l'Afrique du Nord avec localisation des différentes villes|Carte de l'Afrique du Nord avec localisation des villes de et dans la province de l'.

La ville de Gafsa occupe le site de l'ancienne , à de l'actuelle Gabès, l'antique , . Les vestiges archéologiques romains sont cependant peu nombreux dans la ville actuelle.

Fondée selon la tradition par Hercule libyque, grande ville dès le , conquise par Jugurtha, elle est détruite par Marius en , en ou en Sa population est tuée ou réduite en esclavage. Reconstruite, elle devient une étape de la route reliant Tacape à Ammaedara. Au , la cité est dirigée par deux suffètes. Elle accède au statut de municipe sous Trajan, puis de colonie à une date ultérieure non connue, mais au plus tard sous le règne de Gallien selon Mustapha Khanoussi. La date de ce statut est peut-être liée à Sévère Alexandre selon l'épithète donnée à un édifice thermal. Au Bas-Empire, des jeux y sont donnés pour Probus. Une inscription datée de la fin du , peu avant la conquête vandale, évoque des travaux d'envergure dans des thermes, témoignant selon Claude Lepelley de la .

gauche|vignette|alt=Vue d'une ville avec au premier plan un paysage désertique et à l'arrière-plan une montagne|Vue générale de la ville de Gafsa en 2013.

La ville demeure importante, puisqu'elle est ultérieurement l'. Elle est dotée par Solomon d'une citadelle à l'époque byzantine vers 540, puis est appelée plus tard Justiniana.

La mosaïque est car elle date du selon Mohamed Yacoub. L’œuvre fait partie des . Selon Jean-Claude Golvin, elle est datable du .

Redécouverte

vignette|alt=Portrait dessiné d'un homme moustachu mûr|Antoine Héron de Villefosse vers 1876, qui publie le premier article évoquant la mosaïque en 1889.

La mosaïque est découverte en par le commandant Privat, du de tirailleurs tunisiens actif dans les découvertes archéologiques de Sousse, comme les mosaïques de la maison de Sorothus. La notice du Catalogue du musée Alaoui de 1897 évoque une découverte par le docteur Veillon et le capitaine Seta. La même publication note une présence de la mosaïque à Paris lors de l'Exposition universelle de 1889. Antoine Héron de Villefosse est prévenu le .

Le détail des circonstances de la découverte de la mosaïque, qualifiée de , ne figure pas dans le compte rendu de la découverte publié par Héron de Villefosse.

L’œuvre est publiée en 1897 par René du Coudray de La Blanchère et Paul Gauckler dans la portion de la Description de l'Afrique du Nord : catalogue des musées et collections archéologiques de l'Algérie et de la Tunisie consacrée au musée Alaoui, l'actuel musée national du Bardo. La mosaïque de Gafsa y porte le numéro 19.

Description Composition

vignette|gauche|alt=Vue générale d'un dessin d'une mosaïque|Mosaïque dans le Catalogue du musée Alaoui de René du Coudray de La Blanchère.

La mosaïque est en grande partie dégradée, et représente en son milieu à la fois l'édifice et le spectacle qui s'y déroule : sont conservées à peine la moitié de la représentation de la piste et une partie de la . Sur les quatre chars appartenant aux factions, seuls deux sont conservés. La bordure comporte des médaillons avec des oiseaux..

vignette|alt=Détail de la bordure d'une mosaïque avec des oiseaux|Détail de la bordure avec des représentations d'oiseaux.

Il y a une perspective mais uniquement frontale, contrairement à la vision aérienne de la mosaïque du cirque de Carthage. La scène est celle qui serait perçue par un spectateur installé sur la de l'édifice. Les couleurs utilisées vont dans le sens d'un .

Description de l'édifice et du public Description de l'édifice

vignette|gauche|alt=Vue de ruines et sur la gauche vestiges d'un cirque|Représentation actuelle du Grand Cirque de Rome.

La mosaïque représente le long côté d'un cirque romain muni d'un portique à arcades. La partie supérieure de la mosaïque évoque la , avec les colonnes et les arcs. Les arcades en plein cintre sont pourvues de colonnes torses. Le mosaïste s'est inspiré du cirque de Rome, archétype de ce type d'édifice de spectacles, pour refléter la générosité du donateur des jeux.

Description des spectateurs

vignette|alt=Détail d'un dessin de mosaïque avec des personnages situés entre des colonnes et arcades|Détail des têtes des personnages sur le dessin de la mosaïque présent dans le Catalogue du musée Alaoui.

La représentation des spectateurs a marqué les découvreurs. Les spectateurs, aux , assistent au spectacle. L'artiste a représenté les têtes des spectateurs qui s'entassent, entre les arcades des gradins de l'édifice. Cette représentation du public est jugée .

Les spectateurs sont alignés et ont un . Les différents personnages sont juxtaposés et sans perspective, représentés sans naturalisme : les corps sont . Cette trahit la datation tardive de la mosaïque.

Ces personnages devraient être normalement mus par pour l'une des factions en lice, la façon dont ils sont représentés n'étant pas cohérente avec l'agitation qui régnait dans les cirques lors des courses.

Description de la piste et du spectacle et arène du cirque Au milieu de la piste, on reconnaît le socle de la , élément d'architecture situé au milieu du cirque dans le sens de la longueur, autour duquel tournent les chars concurrents. Le plus important selon les mosaïstes était la représentation de la scène de course.

vignette|alt=Détail d'une scène de course de cirque sur un dessin d'une mosaïque|Vue de la piste sur le dessin de la mosaïque figurant dans le Catalogue du musée Alaoui.

La piste est divisée en deux par la , représentée de manière schématique : les bornes sont également tracées de façon maladroite, et au milieu se trouve un obélisque pourvu de lignes horizontales. Une statue d'athlète est présente non loin de l'obélisque. Sur la partie inférieure de la , mal conservée, se trouvent une panthère et un autre animal, peut-être un cerf.

Sur l'arène, on observe également un petit édicule à fronton, surmonté d'une statue de Victoire et muni de ce qui ressemble à une estrade, peut-être une , que l'on trouve uniquement sur cette œuvre.

Sur la piste, on trouve quatre loges () à droite avec, situés à leur entrée, quatre personnages en bronze : ces personnages sont des statues d'athlètes, la place de ces statues étant normalement au-dessus de ces . Le sexe des personnages n'est pas représenté. Les sont dessinées de manière maladroite : les colonnes n'ont pas la même taille, et les arcs ne sont pas similaires. Chacune des quatre factions du cirque peut disposer de l'une des .

Compétition L'artiste ou les artistes ont représenté une scène habituelle et non un événement particulièrement marquant. Les manœuvres effectuées par les quadriges sont courantes dans ce type de compétition.

La scène représentée est la scène finale de la course, , à l'instar d'autres mosaïques du cirque représentant le même moment. Lors de cette phase finale de la compétition, , quatre quadriges aux couleurs des factions sont en compétition : les factions en lice conservées sont les Bleus et les Verts. Deux chars sont conservés ; les auriges sont vêtus d'une tunique à manches longues et d'une écharpe, et portent un casque, ils tiennent les rênes de leurs chevaux à la main. Les auriges conservés se présentent de trois quarts avec cependant le visage de face.

Le juge au milieu de la piste porte une serviette blanche et s'apprête à remettre la palme de la victoire.

vignette|alt=Mosaïque représentant un aurige avec ses quatre chevaux dont un est perdu|Mosaïque de l'aurige vainqueur de Dougga, œuvre datée du .

Le vainqueur, membre de l'équipe des Verts, freine son char, . Il se tourne vers les spectateurs, mais son regard est sans expression et est soulignée. Le cocher a également les jambes pliées, il manœuvre les rênes pour arrêter les chevaux tout en surveillant le quadrige juste derrière lui. Les chevaux de cet attelage sont au , mais ils ne sont pas représentés selon les canons esthétiques correspondant au déroulement de la course ; leur dos devrait être courbe, or il est représenté de façon horizontale. Les pattes sont représentées selon une anormale et le ventre ou les queues des chevaux sont également représentés de façon anormale.

Le second équipage est représenté en plein élan ; l'aurige a le corps penché en avant et fait claquer son fouet, un . L'attelage a juste contourné la et tente d'accélérer. La représentation de cet attelage est également maladroite, tant pour les chevaux que pour les rênes de l'aurige.

Les deux autres équipages sont fragmentaires : on a conservé l'avant-train du troisième char, qui semble chuter, accident de courses de cirque fréquemment représenté. L'image du dernier char est à peu près totalement perdue.

Employés du cirque Dans le reste de l'arène, divers employés du cirque sont présents : les qui aspergent d'eau les chevaux et les chars, et les qui activent le train des attelages. Le est quasiment debout sur son cheval et encourage le concurrent en seconde position. Les sont figurés selon un schéma classique dans les mosaïques de cirque ; la représentation est liée à la perspective adoptée, . Le , qui est sur un cheval, est figuré de face et a une tête disproportionnée et un .

Deux personnages sortent d'une estrade, peut-être un juge et un musicien comme dans d'autres mosaïques, ainsi la mosaïque de Piazza Armerina ou celle du cirque de Lyon. L'un des deux porte une (serviette blanche) et une palme ; cependant, le deuxième n'est pas muni de trompette mais d'un instrument constitué d'une peau de chèvre et de quatre tubes, un . Cet instrument tout comme le joueur sont peu représentés car objets de mépris. L'auteur de la mosaïque a décidé de représenter cette cornemuse comme .

vignette|gauche|alt=Détail d'une mosaïque figurant un personnage muni d'une bassine|Détail de la mosaïque des Jeux du cirque au musée gallo-romain de Fourvière : le s'apprête à asperger les chevaux ou la piste, il est muni d'une bassine similaire à celles des de la mosaïque de Gafsa.

Les sont situés l'un à l'extrémité gauche de la et l’autre dans le registre inférieur droit. Cependant ces personnages ne sont pas munis d'amphores coniques mais d’une de couleur rouge et noire. L'un des deux a laissé tomber sa qui est par terre et laisse échapper de l'eau.

vignette|alt=Détail d'une mosaïque avec deux personnages dont l'un est détruit et des chiens|Détail de la scène du départ pour la chasse de la mosaïque du seigneur Julius.

Les vêtements des personnages sont tous les mêmes, sauf pour un , avec une , de couleur différente. Tous les vêtements ont une encolure ronde, sauf dans un cas, où le col est triangulaire. Cette forme d'encolure se développe au Bas-Empire. Elle se retrouve ainsi dans la représentation d'un valet de chasse sur la célèbre mosaïque du seigneur Julius. Ce type de vêtement, qui se développe surtout aux , est surtout présent sur d'autres œuvres datées du . Certains personnages portent une genouillère ou un foulard autour du cou.