La Dome F105, également nommée Dome F105 Infinity et Dome F105i au Japon, est une monoplace de Formule 1 conçue par l'ingénieur Akioshi Oku pour le compte du constructeur japonais Dome. Elle est testée par l'Italien Marco Apicella et les Japonais Shinji Nakano et Naoki Hattori en vue de préparer la venue du constructeur lors du championnat du monde de Formule 1 1997. La F105 est équipée d'un moteur V10 Mugen-Honda MF-301H et de pneumatiques Goodyear.
La F105, développée et construite par le personnel de Dome, constitué de quarante employés, à partir d', est présentée à Tokyo le lors d'un gala pendant lequel le constructeur japonais dévoile son programme d'essais, baptisé , qui prévoit des sessions de tests au Japon et en Europe, et les seize entreprises japonaises qui la soutiennent financièrement, sous le label . La F105 fait ses premiers tours de roues le sur le circuit de Mine.
Les essais menés au Japon sont régulièrement entravés par des problèmes de fiabilité, en particulier de la boîte de vitesses semi-automatique, tandis que le manque de moyens financiers, dû au faible engouement des entreprises japonaises pour ce projet, contraint Dome à renoncer à ses essais en Europe puis à repousser son arrivée en Formule 1 à 1998. Fin , Dome procède à un essai contre-la-montre à Suzuka où la F105 se révèle peu rapide ; à l'issue de ce test, une fuite d'huile provoque un incendie qui endommage gravement la monoplace.
Le changement de réglementation technique de la Formule 1 contraint Dome, déjà en manque de moyens financiers, à concevoir une nouvelle monoplace à partir de la F105 et à reporter sa venue dans la catégorie-reine du sport automobile à 2000. Le constructeur japonais abandonne alors son projet de créer une écurie totalement japonaise et se met à la recherche d'un investisseur étranger, sans succès. Lorsque Dome perd le soutien de Honda qui projette de créer sa propre écurie d'ici , elle abandonne définitivement ses ambitions d'accéder à la Formule 1.
Contexte et développement Dome, un constructeur japonais de voitures de sport vignette|gauche|alt=Photo d'une voiture grise sur un tapis rouge, exposée à un public en plein air|La Dome Zero est la première voiture construite par Dome, en 1978.
En 1965, Minoru Hayashi construit sa première voiture, sur la base de la Honda S600 de 1964, puis produit des monoplaces de au Japon au début des années 1970. À la fin de cette décennie, Hayashi fonde la société Dome et établit une usine à Kyoto. La Zero, première voiture du constructeur, est exposée au Salon international de l'automobile de Genève en 1978 ; la Zero P2 la remplace en 1979. Toutefois ces modèles, qui ne reçoivent pas l'homologation des autorités japonaises, ne sont jamais produites en série. Deux exemplaires de la Dome Zero RL, mue par un moteur V8 Ford-Cosworth DFV, sont engagés aux 24 Heures du Mans 1979 pour la première participation du constructeur, et confiés à Chris Craft et Gordon Spice ainsi qu'à Tony Trimmer et Bob Evans ; aucun équipage ne termine l'épreuve...
À partir de 1980, Hayashi conçoit des monoplaces pour le championnat du Japon de Formule 3. La Hayashi 803 est développée par l'ingénieur japonais Masao Ono, impliqué en Formule 1 au sein des écuries Maki Engineering Racing Team et Kojima Engineering entre 1974 et 1977. La 803, monoplace de conception très conventionnelle, se montre compétitive. Sa remplaçante, la Hayashi 320, permet à Osamu Nakano de remporter le championnat du Japon de Formule 3 en 1981 suivi, trois ans plus tard, par Shuji Hyodo au volant d'une Hayashi 322. À partir de 1985, Dome et Masao Ono construisent des voitures de sport pour le compte, entre autres, des écuries Toyota Motorsport et TOM'S engagées en championnat du Japon de sport-prototypes et en championnat IMSA GT. Cette association prend fin à la fin des années 1980..
La préparation vers la Formule 1 dès la fin des années 1980 En 1987, Dome fait ses débuts en championnat du Japon de Formule 3000, avec l'objectif, à long terme, d'intégrer la Formule 1 avec une écurie totalement japonaise.. Par conséquent, Dome et Wacaol, qui soutient le constructeur japonais en Formule 3000, fondent , une société assimilable au département technique de Dome, et qui possède une soufflerie à échelle 25 % (auparavant détenue par le ), des technologies de conception et de fabrication assistées par ordinateur et des fours autoclaves. Dome obtient le soutien financier de nombreuses entreprises, dont Try, une société fabriquant des didacticiels, et VIP, une entreprise spécialisée en informatique. Le constructeur japonais développe également un partenariat avec Mugen Motorsports, le préparateur sportif des moteurs et automobiles de Honda. En 1994, au volant d'une Dome F104, l'Italien Marco Apicella est sacré champion du Japon de Formule 3000.
Au début de l'année 1995, Tadashi Sasaki, le directeur de l'écurie de Formule 1 Minardi, rejoint Dome en qualité de directeur sportif.. Le projet d'intégrer la catégorie-reine du sport automobile est révélé à la mi- et prévoit une présentation de la F105 en .. Les données recueillies grâce aux essais menés avec cette monoplace doivent servir de base à la conception d'une nouvelle voiture de Formule 1, engagée en championnat en 1997.. Akioshi Oku, à l'origine de la F104, est le concepteur en chef de la F105 destinée aux essais de développement. Assisté de l'aérodynamicien en chef Yuji Shiraishi, sa conception débute dès .
Conception de la monoplace Châssis, freins et suspensions
La Dome F105, d'une masse de avec son pilote, longue de , large de et haute de , est dotée d'un châssis monocoque en fibre de carbone, en kevlar et en aluminium et d'une structure en nid d'abeille. Son empattement est de , sa voie avant est de et sa voie arrière est de . Une partie des matériaux nécessaires à sa construction est fournie par Mitsubishi Rayon. La monoplace affiche un coefficient de traînée de 1.1. L'arrière du châssis est réalisé en un seul bloc recouvrant le moteur et les pontons, rendant cette partie de la monoplace très difficile à démonter et à remonter. La Dome F105 présente une aérodynamique conventionnelle : à l'instar des autres monoplaces de Formule 1 conçues au milieu des années 1990, elle arbore un nez allongé et surélevé ; les pontons sont équipés de petites ailettes tandis que la partie arrière présente un aileron avec des ailes inférieures recourbées, un diffuseur à plusieurs lames et un refroidisseur d'huile de boîte de vitesses monté au centre de cette partie. Enfin, le réservoir de la monoplace, en caoutchouc et d'une capacité de , est monté à l'arrière du cockpit.
Les suspensions adoptent une structure classique, composés d'une double triangulation en acier et de poussoirs en fibre de carbone, activant des ressorts et des amortisseurs développés par Showa. Les suspensions arrière sont montées au-dessus du carter de boîte de vitesses. Les disques de frein en carbone, conçus par Hitco, sont dotés d'étriers monobloc à six pistons à l'avant et quatre à l'arrière. La F105 est équipée de la direction assistée et d'un volant fabriqué par la société Lears..
Avant les débuts de la Dome F105, le fabricant de pneumatiques japonais Bridgestone annonce faire son entrée en Formule 1 à partir de 1997 et équiper les écuries Dome et Arrows. De ce fait, les négociations entre Dome et Goodyear pour la fourniture de pneumatiques dans le cadre des essais de la F105 s'avèrent houleuses, le manufacturier américain accusant le constructeur japonais de vouloir recueillir des données pour le compte de Bridgestone.. Ces allégations poussent Tadashi Sasaki à se rendre au Grand Prix d'Australie 1996 pour apaiser les relations avec Goodyear. Finalement, si le manufacturier accepte d'équiper la F105, il ne fournit pas des gommes identiques à celles des autres équipes de Formule 1 : le meilleur type de pneu de l'équipe japonaise est le composé D âgé d'un an utilisé lors du Grand Prix d'Allemagne 1995. Les pneus sont montés sur des jantes en alliage de magnésium de conçues par Rays.
Moteur et boîte de vitesses vignette|alt=Photo d'une voiture bleue en piste. Au second plan, de l'herbe et de la terre.|La Dome F105 est mue, comme cette Ligier JS41, par un moteur Mugen-Honda MF-301H.
La Dome F105 est propulsée par un moteur V10 Mugen-Honda MF-301H de de cylindrée, développant à .. Déjà utilisé par les Ligier JS41 en 1995, ce bloc est plus puissant que le moteur V8 Ford-Cosworth EDD utilisé par la Minardi M195B et plus fiable que le bloc V10 Yamaha OX11C de la Tyrrell 024 et le moteur V10 Hart 830 de la Footwork FA17, ce qui semble suffisant pour se placer en milieu de grille..
L'utilisation de blocs Mugen-Honda alimente la rumeur selon laquelle Honda finance le programme d'essais de Dome, qui servirait alors de préparation à une arrivée en Formule 1 pour Honda. Ainsi est émise l'hypothèse selon laquelle la Dome F105 est une tentative officieuse pour Honda de se préparer à la discipline-reine du sport automobile : en cas de succès du programme, le constructeur japonais engagerait une écurie d'usine sur la base du projet de Dome. À l'inverse, si les essais ne sont pas concluants, Dome s'engagerait seule en Formule 1. Ce partenariat entre les deux entreprises japonaises est donc semblable à celui entre Sauber et Mercedes-Benz en endurance et en Formule 1 dans les années 1980 et 1990.. Dome dément fermement tout lien étroit avec Honda et affirme son indépendance par rapport au constructeur japonais, qui lui facture à plein tarif la fourniture de ses blocs Mugen-Honda..
Tadashi Sasaki conclut un accord avec la société Xtrac pour la fourniture d'une boîte de vitesses hydraulique semi-automatique à six vitesses montées longitudinalement. Cette boîte en alliage de magnésium avait été créée spécialement pour le projet avorté de la DAMS GD-01 puis éprouvée sur la Minardi M195 engagée en Formule 1 en 1995. Le système d'embrayage à trois disques est fourni par AP Racing et l'électronique est gérée par des composants de la société PI Research.
La Dome F105 lors des essais de développement Présentation : le lancement du
La Dome F105 et son programme d'essais, baptisé sont présentés le à Tokyo au , un bâtiment appartenant à Wacoal, devant environ , essentiellement des journalistes, et le président de Mugen Motorsports. Les ingénieurs peaufinent les derniers détails jusqu'à la nuit précédant la présentation, notamment à cause d'une fuite d'essence provoquée par des problèmes d'installation du réservoir (celui-ci étant trop épais) dans la monocoque. La fuite, très difficile d'accès, est colmatée à l'aide d'un fibroscope.. La F105 arbore une livrée blanche, décorée d'une bande jaune centrale. Minoru Hayashi, qui qualifie son projet de en matière de technologie et d'ingénierie, annonce avoir noué des partenariats avec seize entreprises, majoritairement japonaises, regroupées sous le label créé pour l'occasion.. S'il a toujours la volonté de créer une écurie de Formule 1 intégralement japonaise, le patron de Dome surprend les observateurs en expliquant qu'il ne recrutera un pilote japonais qu'à condition qu'il se montre performant lors des essais de développement..
Dome annonce que sa monoplace doit être testée dès le mois d'avril au Japon par l'Italien Marco Apicella, qui sera épaulé occasionnellement par les pilotes du constructeur japonais Shinji Nakano et Katsumi Yamamoto engagés par Dome en championnat du Japon de Formule 3000. Dome prévoit également d'effectuer des essais, en , sur les circuits de Nevers Magny-Cours et de Silverstone. En outre, Tadashi Sasaki, qui projette d'établir une base européenne dans l'ancienne usine du motoriste Honda à Leafield au Royaume-Uni pour diriger l'écurie, révèle que Dome n'a pas encore réuni les fonds nécessaires à sa participation au championnat du monde de Formule 1 en 1997...
Essais de déverminage