« Hôpital Fangcang » est en Chine un nom général donné à un hôpital militaire de campagne.

thumb|upright=1.4|L'un des plus de dix hôpitaux Fangcang installés en février 2010 à Wuhan. Celui ci a été installé dans le centre sportif de Tazi Lake, réquisitionné et temporairement transformé en hôpital pour le traitement centralisé des personnes infectées par ce qu'on appelait alors la « pneumonie de Wuhan » ; il est dédié à l'isolement et au traitement de cas bénins (mais contagieux) de COVID-19 (lieu : avenue Houhu, district de Jiang'an, ville de Wuhan, province du Hubei en Chine)

Cependant lors de la pandémie de Covid-19, cette expression a pris le sens d'hôpital-refuge. Des hôpitaux de fortune, vastes et temporaires, ont été montés en quelques jours et à faible coût grâce à la réquisition de lieux publics existants tels que les stades, lieux de foire-exposition, etc. Ils visaient à lutter contre la diffusion de l'épidémie en soignant des milliers de malades contagieux, donc en faisant barrage à l'épidémie en limitant le risque de contagion. Certains de ces nouveaux types de Fangcang ont inclus des chambres d'hôtels et dortoirs scolaires ou universitaires, réquisitionnés pour accueillir les cas suspectés de Covid-19. Ces hôpitaux semblent avoir joué un rôle important dans la résolution de la crise sanitaire. La conclusion d'une étude chinoise récente est qu'en adoptant le concept d'hôpitaux-refuges Fangcang, beaucoup de pays et de communautés pourraient renforcer leur réponse à la pandémie actuelle de COVID-19 ainsi qu'aux épidémies et catastrophes futures. Les auteurs de cette étude suggèrent par exemple qu'à l'avenir, les cahiers des charges de conception et construction de grands lieux publics tels que stades, centres de congrès, centres d'exposition, gymnases, usines, entrepôts, etc. prévoient de faciliter une éventuelle conversion du lieu en hôpital-abri ou d'urgence en faisant en sorte que les équipements intérieurs puissent être rapidement retirés, que les entrées soient suffisamment grandes pour des lits d'hôpitaux et en intégrant un système de ventilation réduisant le risque d'infection croisée.

Étymologie, définition générale Fangcang (方 舱 en chinois simplifié ; 方 艙 en chinois traditionnel ou fāngcāng en pinyin) signifie « cabine carrée ». Ce mot chinois évoque une structure de construction modulaire mobile formée en utilisant une combinaison de divers matériaux solides. Phonétiquement, il est en chinois proche de celui qui désigne l'arche de Noé (métaphore utilisée par les médias chinois). Ce mot est emprunté au vocabulaire militaire qui l’utilise pour désigner l’hôpital de campagneYue W & al. (2017) Construction of mobile field hospitals under the condition of informationisation (in Chinese) ; Hosp Adm J Chin People's Liberation Army ; 24: 962-964Wang, Bing-Nan & Zheng-Xiang Cheng (2012) "Development and Prospects of Mobile Field Hospital [J]." Chinese Medical Equipment Journal 1 (résumé et accès au PDF).. Il s'agit alors d'équipements médicaux conçus pour le terrain : mobiles, modulaires, notamment composés de cabines mobiles et parfois de tentes, auvents, etc. Ces unités sont individuellement dédiées au traitement d'urgence, à la chirurgie, à l'examen clinique, au repos, à la décontamination, à la préparation de repas, à la conservation de cadavres, etc. En cas de crise sanitaire, ces cabines peuvent être transportées in situ et contribuer à l'installation rapide d’un hôpital de classe IIBai S, Yu B-G, Zhang Y-Z, et al. Challenges of Treating Adenovirus Infection: Application of a Deployable Rapid-Assembly Shelter Hospital. Disaster Med Public Health Prep 2018; 12: 109-14..

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19 (2019-2020) Depuis , l'expression « Hôpital Fangcang » s'est répandue dans le monde, faisant référence à un concept qui n’avait pas été utilisé dans la société civile en temps de paix à grande échelle depuis la pandémie de grippe espagnole : celui de grands hôpitaux civils temporaires, construits en urgence en convertissant des lieux publics pour freiner une épidémie ou pandémie. Des lieux publics sont souvent réquisitionnés comme abri pendant ou après une catastrophe naturelle ou une catastrophe technologique majeure, mais dans le cas de l'épidémie de Covid-19, les autorités sanitaires chinoises ont en quelques jours reconfiguré des lieux existants, de grande taille, avec des objectifs de biosécurité et dans le cadre d'une stratégie de lutte anti-épidémique à grande échelle.

Histoire

La Chine a construit des hôpitaux à Fangcang à la suite du séisme de 2008 au Sichuan et au séisme de 2010 de Yushu. La littérature chinoise introduite depuis l'ouest sur le concept de « Fangcang médical » dès 1989王益群,顾正明.军用方舱简介[J].系统工程与电子技术,1989(01):66-68..

Histoire récente (pandémie de COVID-19) Début , Wuhan est l'épicentre du début de la pandémie de COVID-19National Health Commission of the People's Republic of China (2020) Updates on the epidemic (en Chinois) ; http://www.nhc.gov.cn/xcs/yqtb/202003/bf66696029ba420098164607240074f8.shtml date: 27 mars (selon un bilan publié le Wuhan a enregistré plus de 60% de tous les cas confirmés en Chine qui a dans un premier temps sursaturé les services d'urgence et de santé) ; les hôpitaux manquant déjà de lits pour les malades du COVID-19Xinhua News (2020) Noah's Ark: the story of Fangcang shelter hospitals (in Chinese). http://www.xinhuanet.com/2020-02/19/c_1125598560.htm ; publié le 19 février 2020, la construction d'hôpitaux Fangcang a été lancée (le ) ; Entre le 3 et le , les trois premiers hôpitaux Fangcang ont été mis en service à WuhanChina Central Television. Makeshift hospitals start to accept patients in China's Wuhan. Press release. Feb 06, 2020. http://english.cctv.com/2020/02/06/ARTIxIHp9AN2fAStmOl5jYeE200206.shtml.. En tout seize de ces hôpitaux ont été construits dans l'épicentre de l'épidémie.

Plus de répartis en 94 équipes médicales y ont été envoyés dans un premier temps, venus de l'ensemble de la Chine. Au , 29 provinces chinoises avaient déjà envoyé 189 équipes médicales renforcer celles de la province du Hubei, soit plus de 20 000 professionnels en plus ; Durant 35 jours à partir de l'ouverture du premier hôpital temporaire, seize hôpitaux de fortune Fangcang de Wuhan atteints du COVID-19 (mais présentant des symptômes légers à modérés) ; En moyenne, pour quatre patients atteints du COVID-19 confirmés à Wuhan, un patient a été traité dans un hôpital Fangcang ; En mars, alors que le nombre de nouveaux malades avait fortement diminué, après environ cinq semaines de fonctionnement 24h/24, ces hôpitaux provisoires ont peu à peu fermé leurs portes ; le premier a été fermé le et le dernier 10 jours plus tardChangjiang Daily (2020) Wuhan's Qiaokou Wuti Fangcang shelter hospital becomes the first closed Fangcang shelter hospital (en Chinois) https://mp.weixin.qq.com/s/5yEF1YADZ9v1CIa0Dj703w ; publié le People's Daily (2010) Patients and medical workers bid farewell before final Fangcang makeshift hospital shuts down. http://en.people.cn/n3/2020/0314/c98649-9668313.html ; publié le 14 mars 2020 .

Autres exemples Début 2020, la Chine a rapidement traduit et publié ses stratégies, guides de gestion et les directives cliniques relatifs aux hôpitaux des refuges de Fangcang dans les langues d'autres pays confrontés à des épidémies de COVID-19 en croissance rapide. Elle a envoyé des experts ayant vécu l'expérience de construction et gestion d'hôpitaux-refuges dans d'autres pays pour les conseiller.

D'autres exemples ont suivi : en Italie, malgré une stratégie de report des opérations et rendez vous médicaux non-urgents, en mars en Lombardie, plus de 80% des lits étaient occupés par des malades de COVID-19 ; en Serbie des hôpitaux de type Fangcang ont été installés, puis en Iran, aux États-Unis ; au Royaume-Uni à Londres, un hôpital de campagne a été installé en neuf jours à Nightingale avec l’aide de l’armée dans un centre de conférences. Ouvert le , il passera de 500 lits à 4.000 (équivalent de dix hôpitaux classiques) et 16.000 soignants y sont prévus. D'autres équivalents sont prévus à Birmingham (centre), à Manchester (nord), Harrogate (nord) et Bristol (sud-ouest), pour un total de plus de 7.000 lits. L’Écosse prévoit un centre de 300 puis 1.000 lits et le Pays de Galles prévoit 6.000 lits dans plusieurs hôpitaux de campagne installés dans des stades ou des centres de loisirs. Ils ont notamment mission de dépister le personnel soignant malade (car 8 % était déjà début avril en isolement en raison de symptômes) ; L'Espagne a fait de même ; D'autres pays suivront probablement, dont en Afrique subsaharienne et Asie, pour les mêmes raisons.

Missions, fonctions Les hôpitaux Fangcang ont accueilli les malades légers à modérés infectés par le virus ou présentant les symptômes d'une infection, les cas graves étant dirigés vers les services d'urgence.

Ces hôpitaux avaient cinq grandes missions et fonctions : Isoler les porteurs de virus des activités sociales impliquant une proximité physique avec d'autres personnes et donc leur permettre d'être pour au moins deux semaines hors de leurs familles et communautés. L'isolement de patients à symptômes légers à modérés (en étant plus actifs que les malades graves, ils risquent plus de contribuer à la contagion dans leurs famille et communauté), l'hôpital-refuge (le Fangcang) les isole plus efficacement qu'à domicile ; triage stratégique : les malades sévèrement touchés ou en état critique sont orientés vers les hôpitaux traditionnels, de niveau supérieur ; Soigner par des médicaments antiviraux, antipyrétiques et si nécessaire antibiotiques ainsi que par la médecine traditionnelle chinoise, mais aussi par une supplémentation en oxygène et en fluides intraveineux, tout en procurant des conseils en santé mentale. Pour les aider, dès quelques jours après l'ouverture des premiers hôpitaux-refuges Fangcang, les agents de santé de Wuhan avaient accès via le cloud à des systèmes d'information électroniques les connectant à des hôpitaux de niveau supérieur, ; Surveiller l'évolution de chaque malade : fréquence respiratoire, température, désaturation en oxygène et pression artérielle étaient mesurées plusieurs fois par jour. Le personnel disposait de tests, et de services d'imagerie médicale et de laboratoires (dans les unités de santé mobiles à l'extérieur des hôpitaux). Si le rythme cardiaque dépassait 130 battements par minute, si la saturation en oxygène du sang dépassait 93%, si la pression partielle d'oxygène ou fraction d'oxygène inspirée était de 300 mm Hg ou moins, si l'imagerie pulmonaire montrait que la lésion pulmonaire avait progressé de 50 % ou plus en 24 à 48 heures ou si le patient présentait des signes de maladies chroniques graves dans ce contexte (hypertension, diabète, maladie coronarienne, cancer, maladie pulmonaire structurelle, maladie cardiopulmonaire ou immunodéficience), alors le patient était réorienté vers un hôpital disposant de places en soins intensifs. Pour pouvoir sortir, un patient devait avoir une température corporelle normale durant plus de trois jours, présenter des symptômes respiratoires très améliorés, une imagerie pulmonaire prouvant une résorption des lésions inflammatoires, et être testé négatif pour COVID-19 à deux reprises à au moins un jour d'intervalle. Alors il se douchait, enfilait des vêtements fraîchement lavés et était aspergé de désinfectant. Une fois dehors, avant de retrouver sa famille ou son logement, il devait encore passer 15 jours dans une zone de quarantaine à Wuhan (chambre d'hôtel réservée en général), avant de rentrer chez lui ;