La chapelle d'Astérius est un petit édifice chrétien souterrain daté des et désormais situé à l'intérieur du parc archéologique des thermes d'Antonin au sein du site archéologique de Carthage, en Tunisie.
L'édifice – dont la fonction est inconnue, même si les spécialistes pensent qu'il devait avoir une fonction à la fois liturgique et funéraire – était auparavant situé sur le plateau de Sayda, anciennement connu sous le nom de . Le monument était localisé au cœur d'un secteur qui a livré tout à la fois une nécropole tardive et des édifices aux fonctions cultuelles. C'est un témoin de l'époque charnière entre l'époque du royaume vandale et la reconquête byzantine de l'actuelle Tunisie.
Lors des fouilles dans les années 1950, il est décidé de le déplacer dans le parc archéologique étant donné son état de conservation, afin que le décor de mosaïques ne soit pas perdu à cause des aménagements urbanistiques du secteur de la ville.
Localisation
vignette|gauche|alt=Plan d'une ville avec localisation de sites archéologiques|Plan général des éléments visitables du site archéologique de Carthage, la chapelle est située désormais entre le (nécropole punique) et le (thermes d'Antonin).
La chapelle d'Astérius est située à l'intérieur du parc archéologique des thermes d'Antonin mais provient d'une fouille dans le quartier du lycée de Carthage, au nord-est de la ville, la colline de Sainte-Monique Sayda.
Histoire Histoire antique Histoire du secteur de la ville antique
vignette|gauche|alt=Plan régulier d'une ville|Plan de la Carthage romaine avec la trame urbaine mise en place.
L'urbanisation du secteur est .
L'espace dans lequel est trouvée la chapelle est situé à la périphérie de la ville antique, comme nombre d'édifices chrétiens. La chapelle est découverte dans une nécropole byzantine, qui comportait peut-être une église.
Les sépultures de la nécropole étaient des fosses recouvertes de dalles. La nécropole était entourée d'un mur d'enceinte qui a pu être reconnu en partie. Plusieurs tombes ont été fouillées, dont un caveau peint et stuqué et une autre qui comportait un sarcophage en marbre contenant un cercueil en plomb. Une autre chapelle funéraire, dite de Rédemptus, mesurant sur , était peu décorée. Le nom du propriétaire de la chapelle est retrouvé sur le sarcophage.
Proximité de l'édifice avec un complexe cultuel
vignette|alt=Mosaïque posée sur un mur avec quatre personnages situés aux angles et une grande croix au milieu|Mosaïque dite des quatre évangélistes, trouvée dans la maison du .
Un ensemble cultuel, dont quatre salles ont été fouillées parmi lesquelles une salle souterraine, était situé à proximité de la chapelle. Le complexe a été daté de la seconde moitié du à partir de monnaies. Un baptistère était présent, et l'une des salles comportait des peintures représentant des saints. Des graffitis chrétiens ont été retrouvés.
L'espace est réaménagé par la suite avec un décor plus somptueux, avec des mosaïques de sol et des stucs ou des peintures sur les murs, et parfois du marbre. Des salles datées du existaient en surface.
Le baptistère, alimenté par un puits, est : de forme quadrilobée, avec un accès par des marches sur le côté nord-ouest. Les alvéoles étaient mosaïquées et le fond de la cuve était recouvert de marbre. Un et un baldaquin recouvraient le baptistère. Un chancel isolait le secteur du reste de la pièce. La zone du baptistère comportait des figures peintes munies de nimbes dont l'une a pu être identifiée, Saturus, l'un des compagnons de Perpétue et Félicité. La basilique Majorum était consacrée à ces martyrs, et il en était peut-être de même pour l'édifice.
Une habitation du secteur, celle dite du , située non loin de la Kobba Bent el Rey, a livré la mosaïque dite des Quatre Évangélistes et une autre a livré la mosaïque connue comme la Dame de Carthage.
Histoire de l'édifice L'édifice possède la même orientation que la trame urbaine de la ville. Il a peut-être réutilisé une citerne, et la voûte a été réalisée avant les aménagements internes. L'abside a été réalisée dans un dernier temps. L'édifice a connu deux périodes dans son histoire et a été utilisé durant une longue période.
Le nom d'AstériusInscriptions chrétiennes de Carthage (ICKarth), III, . figure sur une inscription en réemploi sur une marche. Astérius n'était pas le nom du défunt qui occupait le tombeau. Un crâne est retrouvé sous le pavement de mosaïque. Un tombeau a été aménagé après cette mosaïque. La construction de l'édifice n'est pas antérieure au selon l'étude paléographique des inscriptions en réemploi.
Lors des fouilles, les archéologues ont trouvé sous la mosaïque trois monnaies de Maurice Tibère, datées du second état de l'édifice. La sépulture d'Astérius, violée à une époque indéterminée, a cependant livré un crâne. L'édifice est daté d'après 586-587 selon Liliane Ennabli.
Le monument est réparé jusque sous le règne d'Héraclius. Selon Noël Duval, le baptistère et l'installation souterraine peuvent être liés à une occupation du temps de l'époque vandale, où les ariens avaient pris le contrôle des édifices. Le site aurait été modifié et décoré de façon plus riche à une époque ultérieure.
Histoire moderne et redécouverte du site
vignette|alt=Bâtiment important de couleur blanche avec système d'arcades de couleurs vives|Lycée de Carthage.
La chapelle est découverte en en même temps que d'autres sépultures paléochrétiennes lors de travaux préalables à la construction d'une villa dans un lotissement entre le lycée de Carthage et la Fontaine aux mille amphores. L'édifice concerné est la découverte la plus monumentale effectuée alors et se trouve dans . L'emplacement est peut-être désormais occupé par le lycée selon François Baratte.
La fouille est très partielle car sont alors dégagés quatre tombes, des épitaphes et un fragment d'enceinte. L'une des tombes est pourvue d'un décor stuqué presque disparu, une autre possède un sarcophage en marbre contenant un cercueil en plomb et deux chapelles funéraires souterraines de plan similaire ont été retrouvées.
vignette|alt=Plan détaillé d'un site archéologique avec un grand bâtiment|Plan du parc archéologique des thermes d'Antonin avec la localisation actuelle de la chapelle ().
Outre la chapelle d'Astérius, celle dite de Rédemptus est fouillée en . Rédemptus, économe de , est mort dans la seconde moitié du .
La chapelle d'Astérius, la mieux conservée mais condamnée à être détruite pour l'édification du lycée, est déplacée ; les éléments de décor sont plus précisément replacés dans un bâtiment de plan similaire édifié dans le parc archéologique des thermes d'Antonin. L'édifice est reconstitué dans le parc au début de l'année 1951 par le service d'architecture de la direction des Antiquités et arts de la Tunisie sous la direction d'Alexandre Lézine.
Le complexe cultuel est fouillé en 1955-1956, en dépit de destructions ayant eu lieu avant les recherches archéologiques. Des éléments souterrains construits dans le tuf étaient encore présents. Ces éléments réutilisaient parfois des constructions préexistantes comme des citernes.
Description de l'édifice et vestiges actuels L'édifice est une chapelle funéraire paléochrétienne. Les dimensions du monument sont proportionnées au pied romain.
Architecture Caractères généraux L'édifice a . La chambre funéraire est haute de et a la forme d'un trapèze de - sur -.
vignette|gauche|alt=Vue extérieure d'accès d'un bâtiment enterré avec début d'escalier|Panorama de la chapelle (vue extérieure).
La chapelle était creusée dans la roche, du tuf, avec un rajout de maçonnerie et une voûte constituée de moellons. Un escalier coudé permettait d'accéder à l'édifice qui était semi-souterrain, à sous le niveau du sol. L'escalier a été maçonné.
vignette|alt=Plan d'un édifice.|Plan de la chapelle.
La chapelle comporte une salle voûtée et une abside orientée au sud-est et élevée de par rapport au reste de la pièce. Elle est petite, sur pour une dimension totale de sur , l'extrados de la voûte s'élevant à . Le passage mesure et la salle est de forme trapézoïdale. Les murs sont hauts de et . Le mur nord-est de la salle principale mesure alors que le mur sud-ouest fait . Les autres côtés font pour leur part et .
Pièce principale et abside
vignette|alt=Vue générale de l'intérieur d'un bâtiment|Nef et abside au fond.
L'abside orientée sud-est est en cul-de-four. En forme de , elle mesure sur une largeur de avec une marche en marbre. L'abside comporte un autel au-dessus d'un reliquaire, et le chancel est conservé tout comme l'emplacement des pieds de l'autel, et il sépare le et le . Le qui conservait le reliquaire est retrouvé vide et les colonnettes destinées à soutenir l'autel mesurent environ de diamètre.
L'abside, qui possède environ l'orientation des de la trame de la ville antique, est surélevée de environ par rapport à la nef et le plafond est haut de au maximum.
Un chancel figé dans la sol au moyen de deux poteaux séparait la pièce principale en deux parties. La trace de l'incrustation est conservée dans la mosaïque. Le chancel constituait la limite de deux mosaïques.
Tombeau La sépulture, située sur le côté et mesurant sur , est couverte au moyen de cinq dalles ; l'épitaphe avait disparu lors de la découverte. La tombe mesure du côté de la tête et à l'extrémité opposée. Un crâne y est retrouvé, et une mosaïque a recouvert la tombe.
Décor : mosaïques et carreaux de terre cuite Caractères généraux La chapelle a un décor soigné, des peintures murales et des mosaïques avec des oiseaux dans des médaillons avec des coloris assez pauvres et avec des losanges. Les parois étaient pourvues de stucs et de peintures.
Mosaïques
vignette|alt=Vue de détails d'une mosaïque avec des oiseaux et des motifs géométriques|Détail de la mosaïque de la pièce principale.
La mosaïque principale comporte des éléments circulaires de de diamètre et des carreaux de à de diamètre. Des quadrilatères sont présents. Des oiseaux, échassiers ou poules, ou des décors de type de ornent les médaillons circulaires, alors que les médaillons en forme de carreaux comportent un nœud de Salomon. La bordure est en forme de damier. La mosaïque, endommagée par l'installation d'une tombe, était installée sur un béton de chaux. Des fragments de mosaïque géométrique ont été retrouvés lors des fouilles, et correspondent peut-être au premier état du décor peint présent sur les murs. La mosaïque actuelle n'est peut-être pas ; la mosaïque la plus récente est datée par les monnaies de l'empereur Maurice : la datation tardive peut être confirmée par la forme des tesselles, les matériaux et les coloris, comparables à des éléments byzantins identifiés dans les thermes d'Antonin. Une dalle signalait peut-être le tombeau, comme dans la chapelle de Rédemptus. Une inscription fragmentaire retrouvée lors fouilles appartenait peut-être à cette dalle et signalait une indiction byzantine.
Des crochets, destinés à suspendre un dispositif d'éclairage, ont été retrouvés sur les murs.
Le vestibule contient une mosaïque de mer poissonneuse sur fond blanc représentant entre autres , alors que la pièce principale contient des motifs d'oiseaux et géométriques.
vignette|alt=Mosaïque avec deux paons qui s'affrontent de part et d'autre d'un grand vase|Mosaïque des deux paons affrontés.
Après le chancel se trouve un secteur de sur avec un . Une mosaïque comporte deux paons autour d'un cratère. Le décor comporte des fleurons et fleurs stylisées.