L’homme de Mechta-Afalou désigne un type anthropologique d'Homo sapiens identifié à partir de restes humains préhistoriques découverts en Afrique du Nord, notamment en Algérie. Il est principalement associé aux populations de l'Ibéromaurusien, ensemble archéologique du Paléolithique supérieur et de l'Épipaléolithique du Maghreb.

Le nom « Mechta-Afalou » fait référence aux sites de Mechta el-Arbi, dans le Constantinois, et d'Afalou Bou Rhummel, dans la région de Béjaïa, qui ont livré d'importantes séries de restes humains. Ces découvertes ont permis de définir un type humain caractérisé notamment par une forte robustesse du squelette et par des particularités craniofaciales.

Les restes attribués au type de Mechta-Afalou constituent l'un des principaux ensembles anthropologiques connus pour la Préhistoire récente de l'Afrique du Nord.

Dénomination L'appellation « homme de Mechta-Afalou » est formée à partir des noms de deux sites préhistoriques algériens, Mechta el-Arbi et Afalou Bou Rhummel. Les premiers restes humains attribués à ce type ont été découverts à Mechta el-Arbi, près de Chelghoum Laïd, dans le Constantinois, au début du . Des vestiges humains comparables ont ensuite été mis au jour dans l'abri d'Afalou Bou Rhummel, dans la région de Béjaïa, lors des fouilles dirigées par Camille Arambourg entre 1928 et 1930.

La comparaison des restes provenant des deux sites a conduit Marcellin Boule et Henri-Victor Vallois à les réunir au sein d'un même type anthropologique, désigné sous le nom de « Mechta-Afalou ». Cette définition a été établie à partir des découvertes d'Afalou et des restes plus anciens de Mechta el-Arbi, puis précisée dans les travaux publiés en 1934. La dénomination « Homme de Mechta el-Arbi » est également employée dans la littérature scientifique, notamment dans les travaux consacrés aux premiers restes découverts sur le site éponyme.

Une ancienne appellation, « Cromagnoïdes africains », a également été employée pour désigner les populations réunies sous le type Mechta-Afalou. Cette terminologie, utilisée notamment dans les travaux d'Arambourg, Boule, Vallois et Verneau de 1934, n'est plus en usage dans la terminologie anthropologique actuelle, où ces populations sont notamment désignées comme des hommes de type Mechta-Afalou ou comme des hommes modernes.

Morphologie Le type de Mechta-Afalou se caractérise par une morphologie générale robuste. Les individus étudiés présentent une stature élevée, avec un corps relativement élancé, des épaules larges et des hanches de largeur moyenne. Les proportions des membres sont notamment marquées par un allongement de l'avant-bras et de la jambe par rapport au bras et à la cuisse. Les os longs portent des insertions musculaires développées, tandis que les mains et les pieds sont relativement longs.

Le crâne est généralement de grande dimension et possède des parois épaisses. Il présente le plus souvent une tendance à la mésocéphalie, avec une voûte relativement élevée. La face est large et relativement courte par rapport aux dimensions du crâne, créant une certaine dysharmonie craniofaciale. Les orbites sont généralement basses et de forme rectangulaire, tandis que les arcades sourcilières sont développées et se prolongent vers la région de la glabelle. La capacité crânienne moyenne est estimée à environ 1 650 cm³.

La mandibule est robuste, avec un corps divergent et des gonions fortement développés. Le menton est marqué. La denture est relativement volumineuse et présente fréquemment une mutilation caractérisée par l'ablation d'un nombre variable d'incisives supérieures, généralement les deux incisives médianes.

Ces caractères ne sont toutefois pas uniformes dans l'ensemble des individus. Les séries d'Afalou-Bou-Rhummel montrent une certaine variabilité de la forme du crâne et du développement des reliefs osseux. Certains sujets présentent notamment une tendance plus marquée à la brachycéphalie ou à la mésocéphalie, ainsi qu'une moindre proéminence des reliefs musculaires et des arcades sourcilières. Un crâne provenant du niveau III se distingue notamment par une hyperdolichocéphalie, une voûte plus basse et un front oblique.

Les analyses craniométriques ont également mis en évidence des affinités morphologiques entre les populations ibéromaurusiennes, les populations cap­siennes du Maghreb et les groupes « Mechtoïdes » du Sahara, notamment ceux de Mauritanie et du Mali. Les individus kiffiens de Gobero présentent eux aussi des dimensions craniofaciales qui les rapprochent de cet ensemble.

Contexte chronologique Le type de Mechta-Afalou est principalement associé à l'Ibéromaurusien, un ensemble archéologique du Paléolithique supérieur et de l'Épipaléolithique du Maghreb. Les datations disponibles situent l'Ibéromaurusien entre environ et ans avant le présent, certaines manifestations pouvant se prolonger jusqu'au millénaire avant notre ère.

Les restes humains de type Mechta-Afalou sont attestés dans plusieurs gisements ibéromaurusiens d'Afrique du Nord. Parmi les principaux sites figurent Afalou Bou Rhummel, Tamar Hat, Rachgoun, Columnata et El Hamel. Les séries humaines provenant de ces sites témoignent de la présence de populations de morphologie mechtoïde durant différentes phases de l'Ibéromaurusien.

À Afalou Bou Rhummel, l'un des principaux gisements ayant livré des restes humains de ce type, le niveau intermédiaire de l'abri a notamment été daté d’environ à ans avant le présent. Le site a livré une importante série de squelettes humains, associée à des vestiges fauniques et à des figurines en terre cuite.

L'Ibéromaurusien est chronologiquement antérieur au Capsien, même si les phases les plus récentes du premier peuvent être contemporaines des débuts du second. Le site de Rachgoun constitue à cet égard un cas particulier. Parmi les restes humains qui y ont été découverts figure une femme présentant une morphologie de type méditerranéen gracile, différente de celle habituellement associée aux populations mechtoïdes. Ce cas a été considéré comme exceptionnel dans les séries ibéromaurusiennes connues au moment de sa publication.

Génétique Les premières études génétiques consacrées aux populations ibéromaurusiennes ont notamment porté sur l'ADN mitochondrial de restes humains provenant d'Afalou Bou Rhummel], en Algérie, et de Taforalt, au Maroc. L'étude de Kefi et al., publiée en 2018, a identifié dans ces deux ensembles différentes lignées mitochondriales et a étudié leurs relations phylogénétiques avec des populations anciennes et actuelles d'Afrique du Nord et d'autres régions.

En 2025, Lipson et al. ont publié dans Nature des données génomiques portant notamment sur un individu provenant d'Afalou Bou Rhummel. Les auteurs montrent que les plus anciens individus étudiés dans l'est du Maghreb présentent une ascendance apparentée à celle de populations pré-néolithiques du Maghreb occidental, ce qui indique une continuité de cette composante d'ascendance sur une vaste partie du Maghreb. Les résultats des haplogroupes paternels et maternels ainsi que les résultats autosomaux de l'individu sont identiques à ceux des individus de la même période du site de la grotte des pigeons située au Maroc analysés en 2018. L'haplogroupe maternel de l'individu est U6 et son haplogroupe paternel est E1b1b1a (E-M78). Peu fréquent aujourd'hui, U6 se retrouve surtout en Afrique du Nord (notamment 28 % chez les Mozabites, 9 % au Maroc, 5-6 % en Algérie et en Tunisie) et aux Îles Canaries (16 %) alors que l'haplogroupe paternel E1b1b1a se retrouve principalement en Afrique du Nord et de l'Est. Il faut noter que les Nord Africains modernes appartiennent toutefois majoritairement à l'haplogroupe E-M183 (environ 45 % en moyenne) et plus rarement à E-M78 (0-10 %).

Références

Voir aussi Articles connexes Ibéromaurusien Préhistoire de l'Algérie Nécropole d'Afalou Bou Rhummel Homme de Mechta el-Arbi

Liens externes

Mechta-Afalou Catégorie:Préhistoire de l'Algérie