Le est un courant de mode majeur désignant l'utilisation de vêtements de sport dans un usage détourné. Si ses prémices apparaissent dans les années 1800 avec l'essor des activités sportives et de plein air dans des vêtements du quotidien, les tenues de sport en tant que telles sont établies au milieu de la première moitié du . Le sportswear, ce mélange des genres, joue un rôle considérable dans la mode dès l'après-guerre au milieu du . Des premières bicyclettes, ensuite du tennis, jusqu'aux clubs de fitness des années 1970 puis l'engouement du jogging, la mode de « ville » n'a cessé de s'inspirer de tenues adaptées aux loisirs et aux activités physiques. Au départ, les habits sont revus et corrigés pour permettre une pratique sportive qui n'est qu'un loisir. Mais avec l’émergence de compétitions, année après année, la création de tenues spécifiques par des entreprises spécialisées va se développer, jusqu'à se diffuser dans tous les vestiaires du quotidien. Deux époques sont plus particulièrement retenues dans la transition entre « ville » et « sport » : les années 1920 avec l'influence de Jean Patou ainsi que les Jeux olympiques, évènement où chaque athlète dispose d'une tenue spécifique et reconnaissable, résultat des adaptations et améliorations réalisées jusque là ; puis en 2001, la collaboration entre Yohji Yamamoto et Adidas marque le mélange sans frontière entre sport et mode ainsi que le départ de multiples collaborations par les deux univers.
Historique Du vêtement de ville au vêtement de sport vignette|redresse|Tenue pour monter à cheval, vers 1760. Forme de distinction sociale, durant le les joies du sport se développent, pour les personnes aisées, et avec elles la nécessité d'avoir des tenues adaptées. Mais ces activités s'effectuent en adaptant un habit courant. Chaque moment de la journée et de la vie sociale impose un costume différent et le sport ne déroge pas à cet usage ; il ne faut pas perdre .
Les femmes montent à cheval en amazone, vêtues d'une robe ou d'un spencer. Peu à peu, elles prennent l'habitude de faire réaliser par le tailleur des vêtements plus adaptés, dérivés du vestiaire masculin, et répandent l'usage de bas de vêtement bifurqué (couvrant séparément les deux jambes) comme une culotte bouffante qui n'est pas encore un pantalon alors interdit aux femmes.
Dès le milieu du siècle, il est mal vu de s'alanguir et les pratiques sportives se diffusent. Au Second Empire, la pratique des bains et de la natation voit elle aussi l'usage de ces mêmes « vêtements bifurqués » sous une jupe ou une tunique. D'autres activités obligent simplement les sportives à retrousser leurs jupes, action permise par les circonstances. Les coureurs sont en chaussures de ville, veste, chemise ouverte et gilet. S’accommodant du quotidien, il n'y a pas encore de mode spécifique pour les sportifs. Les premiers stades eux-mêmes ne sont que des prairies et les pistes seulement des routes. vignette|redresse|Ensemble pour le patinage, vers 1863 à 1867. vignette|redresse|Robe de tennis, 1885. Avant le début du le tennis prend une place prédominante. Il voit progressivement arriver des vêtements mieux étudiés, par l'usage de couleurs claires et de tissus plus légers. Il se pratique toujours en robe ne montrant ni la gorge, ni les bras. Parfois très travaillées, ces tenues sont publiées dans les revues de mode. L'automobile est elle aussi alors considérée comme une récréation sportive. De nombreux clubs sont créés, comme le Stade français proposant cyclisme, aviron, football ou tennis, et fréquenté par les hommes ou les femmes. Les loisirs doivent être actifs : canot, baignade, randonnées, ou le vélo qui gagne régulièrement des pratiquants. Les premiers Jeux olympiques se déroulent à Athènes. Ces multiples activités nécessitent toutes une adaptation des costumes existants ou l'invention de nouvelles tenues. Bien que toujours ajustés, la liberté corporelle qu'apporte ces vêtements va influencer la tenue quotidienne, le confort remplaçant peu à peu le formalisme. Les grands tailleurs tels Redfern, Creed ou Burberry se font une spécialité des vêtements de loisir ou de l'adaptation d'habits quotidiens qui conviennent aux sports. vignette|redresse|Tenues pour la bicyclette, avec corset, 1895.
vignette|redresse|Hommes en habits de golf ; publiée dans le Sartorial Arts Journal, New York, 1901. Vers le début du le sport se pratique en costume ou avec une veste, souvent avec un chapeau, et le corset féminin n'a pas totalement disparu même si vers cette période, la silhouette est plus fluide ; les premiers « chandails de sport » ou « tricots à manches longues » font leur apparition, ainsi que les premiers maillots à coupe ajustée, distinguant les pratiquants des spectateurs. Il est donc établi le principe de tenues spécifiques pour le sport avant la Première Guerre mondiale. Malgré tout, une franche séparation n'est pas de mise pour tous. Les dérivations d'habits quotidiens dominent toujours. L'alpinisme se pratique en jupe boutonnée avec une culotte en dessous, le golf en manteau souple tricoté pour les femmes, le bain avec une petite jupette tout comme l'athlétisme, le vélo avec des habits de tous les jours, le tennis dans une robe chasuble. Le tir à la carabine, le canotage, l'escrime le cricket, le croquet, le tir à l'arc font partie des sports adoptés, souvent par le milieu privilégié, ainsi que le ski.
La flanelle sert régulièrement à confectionner les costumes sportifs. La laine est très présente, l'industrie du lainage est florissante. Le Catalogue de la manufacture d'armes et de cycles de Saint-Étienne propose quelques vêtements spécifiques pour chaque activité à l'aube de la Première Guerre mondiale que ce soit le sport de loisir ou les véritables activités sportives, comme une pour le cyclisme, des ou des et autres maillots à rayures. Année après année, les bras et les jambes se dénudent, maillot et cuissards deviennent communs. Superga commercialise la première chaussure de tennis en toile et caoutchouc.
La fin de la Première Guerre mondiale engendre une frénésie d'activité et de consommation. Avec les Années folles, la silhouette évolue profondément. Les jupes raccourcissent, et la minceur est de rigueur, sans corsetEn quelques années, les corsets sont remplacés par une combinaison type « chemise-culotte ».. Les pratiques sportives touchent plus de pratiquants de diverses classes sociales. Moins élitistes, certaines se popularisent : toujours le tennis, mais également la boxe, le patin à glace, l'aviron, l'équitation, le polo, la gymnastique pratiquée en « club de santé » et qui permet aux femmes de maigrir. La photographie de mode, qui remplace l'illustration, montre de temps en temps des femmes en tenue de sport. écrit Vogue en 1926. L'époque coïncide avec les recommandations des scientifiques sur l’aspect bénéfique du soleil : le bronzage devient à la mode. Le survêtement apparait vers cette époque. L'entreprise de bonneterie Le Coq sportif se convertit au sport. Le pull-over (« chandail »), apprécié durant la guerre pour ses qualités thermiques, passe du sport à la rue ; il devient un élément omniprésent du vestiaire masculin. Il donne une allure nouvelle et décontractée lorsqu'il remplace le gilet sous la veste ou qu'il est associé à la culotte de golf : les hommes portent parfois à la ville des pantalons de cette forme. Ces deux éléments restent des exceptions : à cette époque, les tenues de sport peuvent influencer la mode de la rue, mais quittent rarement les terrains. Une différence marquée se fait entre le sportif cherchant la performance et celui pratiquant une activité physique. Les compétitions se multiplient, deviennent des spectacles. Les Jeux olympiques de 1924, qui ont lieu en France été comme hiver, marquent la disparation définitive des habits quotidiens pour les activités physiques. Chaque équipe possède son habillement spécifique et reconnaissable : les vêtements s'adaptent maintenant à chaque sport et
Du vêtement de sport au vêtement de ville vignette|redresse|Costume de bain, illustration de George Barbier pour le Journal des dames et des modes, 1913. La différenciation entre « activité sportive » et « ville » s'estompe : après la crise de 1929 les tenues de sport se montrent plus facilement dans la rue. La phase de transformation du vêtement d'inspiration sportive vers un habit citadin est en marche. C'est l'apparition de la à l'origine du . Tenues plus simples, non coordonnées, elles sont d'une grande influence sur la mode, même si elles restent alors considérées parfois comme « débraillées » : pour les hommes, les pantalons en flanelle ou en lin, veste rayées, chaussures claires sont décontractés. Les stations de montagne ou balnéaires sont lieu de chic pour se montrer. Les premiers shorts féminins sont diffusés pour les activités estivalesLes prémices du short ou cuissard masculin datent de la fin de ., plutôt liées à la plage ou à quelques sports. Alice Marble joue avec short blanc dès 1932. En phase avec les tendances de mode de l'époque, les jupes de tennis raccourcissent et le pantalon se répand pour les femmes ; pour les hommes, c'est l'émergence des polosL'entreprise Lacoste est fondée en 1933..
vignette|redresse|Tenue de basketball, 1927. vignette|redresse|Tenue de tennis. Photographie par Toni Frissell et publiée dans Harpers Bazaar en février 1947. Juste avant la Seconde Guerre mondiale, si la jupe-culotte existe, les femmes restent encore en jupe sur le vélo. Cette jupe-culotte prend le dessus à la sortie de la guerre, permettant aussi aux femmes de monter en voiture plus facilement et d'être tout simplement « en mouvement ». Les magazines de mode, à commencer par le Vogue américain, ne laissent plus l'exclusivité de leurs pages à la haute couture et font entrer le En parallèle, voir l'article Toni Frissell.. Celui-ci va durablement s'implanter aux États-Unis durant la guerre avant de déferler sur l'Europe à la fin du conflit.
Dans les années 1960 les fibres synthétiquesTergal, polyester, Dralon, Orlon, Lycra, Tactel et même Vectran… développées avant guerre sont largement diffusées dans le prêt-à-porter, plus particulièrement pour les sous-vêtements et les tenues de sport. Les États-Unis, avec leur tenues plus décontractées à base de baskets et vêtements de sport, vont largement influencer la mode en diffusant leur style nouveau. Vers les années 1970, il est courant que les échanges se fassent entre la mode quotidienne et les terrains de sports. Au milieu de la décennie, la différenciation entre vêtements de sport et tenue du quotidien n'est plus nette, le survêtement apparait dans la rue et à l’entrainement. Le footing est une activité physique qui se popularise ; elle signale Florence Müller.
Les clubs de remise en forme se diffusent aux États-Unis tout d'abord ; l'époque est aux corps musclés, harmonieux et entretenus : la beauté s'obtient par le sport. Les fabricants commercialisent, souvent à base de LycraDéjà lors des Jeux olympiques de Munich en 1972 les maillots de bain des athlètes sont composés de Lycra., des tenues indifféremment réalisées pour l’exercice physique ou les loisirs : justaucorps, leggings, guêtres, shorts font partie de nombre de garde-robes dans les années 1980 avec l'avènement de l'aérobic mais aussi de la course. Les skateurs et basketteurs deviennent source d'exemple pour nombre d'adolescents, mais également le surf, la planche à voile ou le snowboard plus tard ; cette tendance dérivera sur le . Les sportifs célèbres se transforment en image publicitaire des équipementiers, permettant à ces derniers d'augmenter les ventes : le tennis, rugby ou football créent des leaders d'opinion. Cette tendance perdure jusqu'au : après ces équipementiers dans les années 1980, certaines marques de luxe choisissent à leur tour, comme image publicitaire, des sportives.