Jean-Claude Duvalier, dit « Baby Doc » ou « Bébé Doc », né le à Port-au-Prince, et mort à Pétion-Ville le , est un homme politique haïtien qui fut président à vie d'Haïti de 1971 à 1986, date de sa déposition par l'armée. Membre de la famille Duvalier, il succède à son père, le François Duvalier, dit « Papa Doc », comme nouveau chef de l'État à vie en 1971, à l'âge de 19 ans.
Dès son arrivée au pouvoir, le fils Duvalier introduit des changements politiques par rapport à la ligne conduite par son père et il délègue beaucoup d'autorité à ses conseillers, bien que des milliers d'Haïtiens soient assassinés ou torturés et que des centaines de milliers quittent le pays « Charges filed against 'Baby Doc' Duvalier in Haiti », CNN, 18 janvier 2011 (consulté le 5 octobre 2014).. Alors que le pays est l'un des plus pauvres des Amériques « 'Firm as a Monkey Tail': Jean-Claude 'Baby Doc' Duvalier », Life, 3 novembre 2010., il maintient un train de vie fastueux, incluant un mariage ayant coûté en 1980 deux millions de dollars américains James Nelson Goodsell, « Haitians wonder which advisers will have Duvalier's ear », The Christian Science Monitor, le 15 juillet 1980., et accumule des millions de dollars en s'impliquant dans le trafic de drogues ainsi que d'organes ou de corps d'Haïtiens morts.
Les relations entre Haïti et les États-Unis s'améliorent sous le règne du fils Duvalier, pour plus tard se détériorer sous l'administration Carter, puis pour seulement s'améliorer sous Ronald Reagan, notamment à cause de l'anti-communisme de la famille Duvalier Abbott, Elizabeth. Haiti: The Duvaliers and Their Legacy, McGraw-Hill, New York, 1988, .. Mais en 1986, il est lâché par les États-Unis alors que le mécontentement populaire contre son régime s'accroît. Confronté à la révolte, Jean-Claude Duvalier est contraint de démissionner et de quitter son pays afin de se réfugier en France.
Le , il retourne à Haïti après d'exil en déclarant qu'il est là « pour aider le peuple haïtien ». Le jour suivant, il est arrêté par la police haïtienne, faisant face à de possibles accusations de détournement de fonds. Le , Duvalier est accusé de corruption. Il lui est interdit de quitter le pays en attendant son procès à Port-au-Prince.
Après trois refus de comparaître, il se présente pour la première fois devant la cour d'appel de Port-au-Prince le (consulté le 5 octobre 2014).. Puis, en , la cour d'appel de Port-au-Prince a décidé qu'il pouvait être jugé. Mais en octobre de la même année, il meurt d'une crise cardiaque avant d'être jugé.
Jeunesse et famille gauche|vignette|158x158px|François Duvalier, dit «Papa Doc». Jean-Claude Duvalier nait à Port-au-Prince en 1951. Seul fils et dernier enfant du dictateur François Duvalier, dit « Papa Doc », et de son épouse Simone Ovide, il reçoit une formation atypique. Il fait ses études secondaires dans les meilleurs établissements de Port-au-Prince, Nouveau College Bird dirigés par les méthodistes d'Haïti puis à Saint-Louis de Gonzague, dirigée par les Frères des écoles chrétiennes. Ensuite, il étudie le droit à domicile sous la direction de professeurs et de juristes renommés de l'université d'État d'Haïti, dont l'avocat Gérard Gourgue, mais il ne termine pas ses études.
En , l'armée organise des élections, à l'issue desquelles François Duvalier est élu président de la république, grâce au soutien des nationalistes noiristes qui voient en lui le moyen de mettre fin au règne des élites. Jean-Claude n'a alors que six ans lorsque son père accède au pouvoir. Dès le début de ses fonctions, François Duvalier impose une politique répressive en éloignant les officiers de l'armée qu'il juge peu fiables, en interdisant les partis d'opposition, en instaurant l'état de siège et en exigeant du Parlement l'autorisation de gouverner par décrets (). Le , il prononce la dissolution du Parlement.
Seul fils de la famille Duvalier, son père surveille de près son éducation et le prépare pour sa succession, en particulier après 1964, date à laquelle le régime duvaliériste devient héréditaire. En , malade et affaibli, Duvalier désigne officiellement son fils, Jean-Claude Duvalier (surnommé Bébé Doc), comme son successeur à la tête du pouvoir haïtien. Le référendum du approuve cette succession. Son père meurt quelques mois plus-tard, le . Jean-Claude devient ainsi le plus jeune chef d'État au monde Shaw, Karl (2005) . Power Mad! [Šílenství mocných]. Prague, Metafora. . ..
Président à vie (1971-1986)
Accession au pouvoir Initialement, Jean-Claude Duvalier résiste à l'arrangement dynastique qui l'a fait président, préférant que le pouvoir revienne à sa sœur ainée, Marie-Denise Duvalier, et il est satisfait de laisser le côté administratif de la fonction sous la direction de sa mère, Simone Ovide, et un comité mené par Luckner Cambronne, le ministre de l'Intérieur de son père. Il se contente d'assurer les fonctions de cérémonies officielles et de mener une vie de playboy.
Réformes Le début de son règne est marqué dans les premières années par une volonté de détente et d'apaisement, « Baby Doc » donnant quelques gages de bonne volonté démocratique. Il rétablit les relations du pays avec les États-Unis et la République dominicaine et son mandat voit la reprise de l'aide internationale à destination d'Haïti. Jean-Claude Duvalier détient un pouvoir quasi-absolu que lui attribue la Constitution. Il commence petit à petit à entamer des réformes du régime politique de son père, en libérant des prisonniers politiques et en relâchant la censure sur la presse. Cependant, il n'y a pas de changements radicaux, ni en profondeur. L'opposition n'y est pas tolérée et le régime reste autoritaire.
La plupart de la richesse de la famille Duvalier provient de la Régie de Tabac (Tobacco Administration). — Les Duvalier utilisent une loi permettant d'utiliser un « compte non-fiscal » établi des décennies plus tôt, créant un monopole du tabac. Cette procédure est par la suite appliquée à d'autres entreprises gouvernementales qui servent de caisse noire et sur lesquelles aucun bilan n'est trouvé.
En négligeant son rôle de gérant des affaires politiques, Duvalier favorise l'intrusion dans les affaires de l’État d'intérêts provenant de lobbies du pays, mais aussi de l'étranger. Il facilite ainsi la domination dans les affaires haïtiennes d'une clique liée à la faction dure des duvaliéristes de son père ; ils sont surnommés « les dinosaures ».
Les officiels étrangers et autres observateurs considèrent « Baby Doc » plus respectueux des droits de l'homme et les pays étrangers sont plus généreux dans leurs aides économiques envers Haïti. L'administration Nixon rouvre le programme US Aid en 1971 Metz, Helen Chapin, « Dominican Republic and Haiti »: Country Studies, Federal Research Division, Library of Congress, Washington, D.C., décembre 1989, .. Mais dès la fin des années 1970, Duvalier revient à des méthodes de gouvernement plus répressives, et bâillonne à nouveau la presse.
Durant ses déplacements officiels, il a pour habitude de jeter des liasses de billets par les fenêtres de sa voiture aux personnes venues l'acclamer.
Mariage Le , il se marie avec Michèle Bennett, une jeune métisse de la haute bourgeoisie haïtienne, avec qui il aura deux enfants. Son premier mari est le fils d'un officier bien connu qui avait mené une tentative de coup d’État contre Papa Doc Duvalier. Jean-Claude a le teint assez pâle, son père avait amené son soutien à la classe moyenne noire et avait suscité l'antipathie de l'élite à peaux plus claires. Cette démagogie fonctionnait auprès du peuple noir. Avec ce mariage, Jean-Claude semble abandonner cette politique informelle que son père s'était évertué à créer. L'extravagance du mariage du couple, au coût de deux millions de dollars américains d'alors, continue d'aliéner le pouvoir du reste de la population. Le mécontentement entre la communauté des affaires et les élites s'intensifie avec l'augmentation de la corruption à cause des Duvalier et des Bennett, d'autant plus que les affaires des Bennett incluent la vente de cadavres de Haïtiens à des écoles médicales étrangères et le trafic de drogue. L'augmentation de la répression politique ajoute à la volatilité de la situation.
Ce mariage est aussi perçu de manière étrange par la vieille garde des duvaliéristes. La garde personnelle de Jean-Claude est constituée de jeunes technocrates incluant Jean-Marie Chanoine, Frantz Merceron, Frantz-Robert Monde et Théo Achille. La leader spirituelle des duvaliéristes, la mère de Jean-Claude, « Maman Simone », est expulsée de Haïti, a priori sur la requête de Michèle Duvalier. Le couple a deux enfants, François Nicolas et Anya John Moody, « Haiti Bad Times for Baby Doc: As violent protests grow, a besieged dictator imposes martial law », Time Magazine, le 10 février 1986 (consulté le 5 octobre 2014 — sur abonnement).. Crise politique En 1978, en réponse à la peste porcine africaine sévissant sur l'île, les autorités agricoles américaines insistent sur la totale éradication des cochons à Haïti. The Program for the Eradication of Porcine Swine Fever and for the Development of Pig Raising, ou Programme pour l’Éradication de la Peste Porcine Africaine et pour le Développement de l’Élevage des Porcs (PEPPADEP), entraîne d'énormes pertes financières parmi la population paysanne car l'élevage de porcs est considéré comme un investissement majeur.
De plus, des enquêtes rapportent que le sida est devenu un problème majeur à Haïti et entraîne une chute dramatique du tourisme au début des années 1980. Vers la moitié des années 1980, beaucoup d'Haïtiens expriment leur désespoir, induit par des conditions économiques désastreuses, la faim et la malnutrition qui se développent « Jean-Claude Duvalier, 1971-86 », dans 'History of Haiti', sur travelinghaiti.com (consulté le 5 octobre 2014)..
Le mécontentement populaire commence en , quand le pape Jean-Paul II visite Haïti. Le Pape déclare que « Quelque chose doit changer ici ». Dans son discours, il appelle à une distribution des richesses plus équitable et une structure sociale plus égalitaire. Il exprime le souhait que les élites soient plus concernées par le bien-être des masses et que la population participe plus à la vie publique. Le message revitalise le clergé local et contribue à accroître la mobilisation populaire autour des questions politiques et sociales.
Une révolte éclate dans les provinces en 1985. La ville des Gonaïves est le théâtre des premières manifestations de rue et des magasins de chaîne de grande distribution sont dévalisés. D' à , la révolte s'étend à six autres villes, incluant Cap-Haïtien. À la fin du mois, les Haïtiens dans le sud sont en révolte. Les révoltes les plus importantes se déroulent dans Les Cayes.
Jean-Claude Duvalier tente de faire face au mécontentement en baissant de 10 % le prix des aliments de base, en fermant les stations de radio indépendantes, en effectuant un remaniement ministériel, mais également par la répression policière et militaire. Sous la pression de la communauté internationale, il organise un vote populaire et propose l'adoption d'une nouvelle Constitution. Ayant remporté le scrutin, il institue le poste de Premier ministre. Ces tentatives ne freinent cependant pas l'élan de révolte populaire contre la politique duvaliériste.
Chute du régime