vignette|Verre en cristal, gravé, à motif d'oiseau.

Le cristal est un type de verre riche en plomb (contenant au moins 23 % d'oxyde de plomb en masse).

Le plomb abaisse le point de fusion du verre, tout en stabilisant sa composition. Il le rend plus lumineux (effet « arc-en-ciel »), plus dense (typiquement 30 % de surcroît par rapport au verre de silice, voire beaucoup plus pour des concentrations élevées de plomb) et lui confère une sonorité particulière. Par ailleurs, le cristal, plus que le verre, peut être plus facilement tailléD'après une évaluation volontaire de risques engendrés par le plomb dite VRAL, « Voluntary Risk Assessment Report On Lead and Some Inorganic Lead Compounds », 2008, préparée par deux consultants des sociétés de consultant : Rodger Battersby d'EBRC Consulting GmbH de Hanovre et Craig Boreiko de l'ILZRO (International Lead Zinc Research Organization) à Durham, en Caroline du Nord|© LDA INTERNATIONAL (brouillon de mi-étape, révisé) ; voir . Voir aussi : Radtke S.F (1974), , Matériaux & Techniques, 62(11), 446-450 (lien)..

Le mot « cristal », issu du monde des minéralogistes et repris par les verriersUne approche ethnologique est nécessaire, à commencer par un lexique d'initiation., est trompeur, car il s'agit d'un matériau amorphe ; ce n'est donc pas un cristal au sens physique ou physico-chimique du mot..

Histoire vignette|left|redresse|Illustration technique : coupe d'un ancien fourneau à cristal. vignette|Grand atelier pour la taille et le polissage du cristal. La découverte du cristal a été, comme beaucoup d’autres inventions, fortuite. , en Angleterre, lorsque l’Amirauté britannique, pour assurer la production des mâts des navires dont elle avait besoin, a décidé d’interdire l’utilisation du bois comme combustible.

Les verriers se tournèrent donc vers d’autres sources d’énergie telles que le charbon récemment découvert. Fondant le verre dans des pots réfractaires ouverts, ils constatèrent que l’oxyde de carbone teintait le verre d'une coloration brunâtre. Pour y remédier, ils se mirent à travailler avec des fours couverts. Vers 1675, George Ravenscroft introduisit dans la composition un oxyde métallique (oxyde de plomb) comme « agent fondant » (). À leur surprise, les verriers constatèrent que le verre ainsi produit avait un éclat et une sonorité exceptionnels.

La fabrication du cristal en France débute dès à la verrerie de Münzthal (ancien nom des cristalleries de Saint-Louis). La découverte du cristal est attribuée à Stephen Falango en Angleterre vers , mais la qualité du verre pour la table n'arrive qu'au avec le cristal de Bohême..

Composition Depuis 1969, l'appellation « cristal » est protégée en Europe et dans de nombreux pays par des normes précises.. pour garantir l'authenticité et la qualité de l'article. Pour s'appeler « cristal », le verre doit répondre à différents critères portant sur la concentration d'oxydes métalliques (notamment l'oxyde de plomb PbO), la densité et l'indice de réfraction. En deçà de ces mesures, il convient de parler de « verre sonore » ou « cristallin ».

Dénomination Oxydes métalliques Densité Indice de réfraction Cristal supérieur 30 % PbO ⩾ 30 % ⩾ 3,00 ⩾ 1,545 Cristal au plomb 24 % PbO ⩾ 24 % ⩾ 2,90 ⩾ 1,545 Cristallin ZnO, PbO, BaO, K2O (ensemble ou séparément) ⩾ 10 % ⩾ 2,45 ⩾ 1,520 Verre sonore PbO, BaO, K2O (ensemble ou séparément) ⩾ 10 % ⩾ 2,40 --

Caractéristiques La haute teneur en plomb du verre a pour effet : d'abaisser sa température de travail ; d'augmenter sa période de malléabilité ; de favoriser la taille et le polissage à froid ; d'augmenter son éclat par accroissement de son indice de réfraction ; de le rendre opaque aux rayons X et dans une certaine mesure à la radioactivité (utile pour les fenêtres de protection radiologique).

Types de décors vignette|Carafe de cristal taillé.

La taille vignette|left|Verre en cristal, taillé à la meule. Ce procédé offre des possibilités multiples (taille biseau, taille diamant, taille mate, etc.) grâce à divers types de meules, chacune correspondant à une forme d’entaille. Le cristal est donc finement incisé, sillonné, creusé sur différentes épaisseurs.

À cette étape de l’ornement, l’article est dit « taillé mat ». Pour obtenir une « taille lisse », c’est-à-dire un rendu brillant, il est à nouveau poli. L’immersion dans un bain d’acide ou le polissage mécanique lui redonne tout son éclat.

Le matage Pour opacifier le cristal, le maître cristallier a recours au matage, également appelé « satinage ». Ce traitement par dépolissage consiste à enlever son aspect lisse et brillant au cristal sur une ou plusieurs parties, les autres étant protégées par un cache pour rester claires et transparentes. Le cristal est donc lustré par attaque chimique ou par sablage. Enfin, l’article est nettoyé par brossage.

La gravure Le motif – monogramme ou arabesque – est obtenu par attaque du cristal : soit par un acide, soit par un laser.

Dans le premier cas, l’article est plongé dans un bain d’acide. Le décor est creusé sur le cristal par la morsure du liquide tandis que les parties dites « en réserve », préalablement protégées, demeurent intactes.

Dans le second, les ornements sont dessinés au laser, donc brûlés, marqués avec précision par un faisceau lumineux très fin mais de forte intensité, au travers d'une lentille. En 1976, la gravure au laser en 3D (ou en relief), récemment mise au point, permit de graver mécaniquement le cristal.

Le secteur du cristal en France

Symbole du savoir-faire et du savoir-vivre français, le cristal est présent dans les secteurs des arts de la table, de la bijouterie et de la lustrerie.

La Lorraine et l’Alsace, dans l'actuelle région Grand Est, sont les terres de tradition des cristalleries françaises. Leurs ressources naturelles multiples et abondantes (sable, grès, bois, eau) ont permis l’implantation, dès le , de la plus ancienne manufacture de cristal en Europe, la cristallerie de Saint-Louis, fondée en 1586. Des générations de verriers y ont développé au fil des siècles leurs techniques et savoir-faire. Baccarat a été créée au milieu du , puis au et au , Lalique, Gallé et Daum ont relancé l’essor des verreries et cristalleries en apportant des contributions essentielles au succès des mouvements de l’Art nouveau et des Arts décoratifs.

Baccarat, Daum, Saint-Louis et Lalique, d’une part, mais également les tailleurs et graveurs de cristal comme la cristallerie de Montbronn, d’autre part, détiennent toutes le label « Entreprise du patrimoine vivant », marque de reconnaissance de l’État mise en place pour distinguer les entreprises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence. Les principales cristalleries françaises sont regroupées au sein d’une organisation professionnelle, la Fédération des cristalleries et verreries à la main et mixtes (FCVMM), qui défend leurs intérêts sur le plan social, réglementaire et fiscal.

À l’origine, l’ensemble des cristalleries fabriquait quasi exclusivement des services de table. L’évolution des réseaux de distribution et des modes de consommation a largement changé la donne. À titre d’exemple, les listes de mariages pouvaient il y a représenter près de 40 % du chiffre d’affaires contre moins de 3 % . Les cristalleries ont ainsi été confrontées à la nécessité de trouver de nouveaux débouchés.

Les cristalleries se sont diversifiées vers la décoration intérieure, le luminaire, la bijouterie ou l’édition d’art en s’appuyant sur la créativité de grands noms du design.

Pour se faire mieux connaître, elles ont également ciblé le tourisme, en développant des musées attirant de nombreux visiteurs séduits par la beauté des gestes et des œuvres d’art réalisées par les artisans (La Grande Place - Musée du Cristal de Saint-Louis, musée Lalique, maison du Verre et du Cristal de Meisenthal).

Le secteur emploie en 2015 près de . La taille des entreprises varie entre . D’une manière générale, 76 % des métiers sont exercés dans le secteur de la fabrication (référence : enquête sociale de la FCVMM au ). Les manufactures mettent en œuvre des plans de formation visant la préservation des savoir-faire pour répondre, notamment, au défi démographique (1 salarié sur 2 en 2015 a plus de d’ancienneté). En 2011, par exemple, 10 % des effectifs de Saint-Louis se sont inscrits dans un parcours de validation des acquis de l’expérience (VAE). Les partenaires institutionnels ont soutenu les différents projets qui ont donné lieu à un bilan positif avec le maintien des salariés dans l’emploi, le renforcement des qualifications et finalement une reprise optimisée de l’activité. Le contexte est cependant très difficile, comme en témoigne en 2016 la fermeture définitive de la cristallerie royale de Champagne de Bayel () France 3 (2016) La Cristallerie Royale de Champagne de Bayel annonce sa fermeture définitive ; publié le , consulté le ..

Le marché français reste fragile, mais la cristallerie a connu ces dernières années une progression des ventes à l’export, notamment vers l’Asie et le Moyen-Orient avec de nouveaux points de vente. L’export représente en 2015 près de 70 % du chiffre d’affaires des principales maisons et il a permis d’engager des investissements importants comme la construction de nouveaux fours. 

Les métiers du cristal Deux familles de métiers du secteur du cristal sont : les métiers du verre à chaud ; les métiers du verre à froid.

En France, les compétences sont délivrées par des formations initiales de niveau V de l’Éducation nationale (le CAP Arts du Verre et du Cristal et le CAP Arts et techniques du Verre) et de niveau IV (le BMA Souffleur de Verre et le BMA Verrier décorateur). Si l’on estime couramment qu’un artisan verrier atteint la pleine maîtrise de son savoir-faire après dix années de pratique, il est aisé de comprendre que ces formations initiales ne restent qu’une étape dans la formation de l’artisan. Les entreprises s’attachent ainsi à organiser le développement des compétences techniques. La maîtrise du geste et de la matière permettra à certains artisans de devenir Meilleur ouvrier de France. Aujourd’hui, au sein des cristalleries françaises, près de 40 salariés détiennent le titre de Meilleur Ouvrier de France.

Ces investissements permettent de maintenir un niveau de qualité des productions, mais les manufactures doivent aussi adapter leur outil industriel à des normes environnementales plus exigeantes.

Vers un « cristal sans plomb » Le plomb est un puissant neurotoxique et un polluant parmi les plus préoccupants dans le monde. 

Suivant les recommandations de l'OMS, l'Europe a renforcé à partir des années 1990 la surveillance et diverses interdictions d'utilisation de composés toxiques tels que le cadmium, le plomb, le mercure et le chrome. En particulier une directive européenneDirective européenne n° 94/62/ECC. a imposé aux fabricants de limiter les effets nocifs des métaux lourds dans la production et l’utilisation de contenants en verre.

Aux États-Unis le Consumer Product Safety Improvement Act—CPSIA (2008) impose (conformément aux recommandations du Consumer Product Safety Commission—CPSC) aussi aux fabricants de bijoux et d'objets décoratifs ou d'objets en verre susceptibles d'être en contact avec les enfants de moins de de diminuer drastiquement les teneurs en plomb de ces objets.