Labbaye de Fitero, appelée en espagnol ou ou encore , est un ancien monastère fondé par l'ordre cistercien, actif de 1140 à 1835.
Ce monastère est d'abord implanté à Niencebas, aux pieds de la sierra de Yerga, dans la commune moderne d'Alfaro (communauté autonome de La Rioja) ; à cet emplacement ne figurent en 2020 plus que des ruines. Il est par la suite reconstruit sur le bord de la rivière Alhama, affluent de l'Èbre, dans la ville de Fitero, en Navarre (Espagne),.
Son architecture est caractéristique de la période de transition du roman au gothique dans les abbayes cisterciennes.
Histoire L'abbaye de Fitero est fondée par saint Raymond de Fitero et d'autres moines cisterciens issus de l'abbaye de l'Escaladieu (aujourd'hui située dans le département de Hautes-Pyrénées, en France) qui s'installent d'abord à Niencebas, village aujourd'hui abandonné situé aujourd'hui sur le territoire de la commune d'Alfaro (communauté autonome de La Rioja), voisine de Fitero, qui se trouve en Navarre. En 1140, ils reçoivent une donation du roi de León et Castille Alphonse VII ; l'évêque de Calahorra Sancho de Funes donne la bénédiction abbatiale à Raymond et consacre l'autel d'une église provisoire située à Niencebas .. Mais en 1152, le même évêque bénit le cimetière du monastère (alors appelé abbaye de CastellónUn privilège accordé par le roi Alphonse VIII de Castille en 1206 établit clairement que les abbayes de Castellón et de Fitero ne font qu'une, cf. Real Acadamie de la Historia, Diccionario Geografico-Historico de Espana article « Fitero », Harra, 1802, p. 280 et suivantes.), qui se trouve à l'emplacement définitif de l'abbaye, à Fitero, à environ huit kilomètres de distance de Niencebas.
En , Raymond répond à l'appel du roi de Castille Sanche III (fils d'Alphonse VII) qui tient sa cour à Almazán, et le roi attribue à l'abbaye et à l'ordre cistercien la place forte de Calatrava la Vieja, pour qu'il aide ses propres troupes à la défendre. Raymond envoie les moines valides former une milice cistercienne qu'il implante à Calatrava, et qui est à l'origine de l'ordre militaire de CalatravaPierre Hélyot, Maximilien Bullot, Marie Léandre Badiche, Touchou, Jacques-Paul Migne, « Calatrava, chevaliers de l'ordre de », dans Dictionnaire des ordres religieux, J.-P. Migne, 1860, p. 536 et suivantes..
En 1159, l'évêque de Tarazona fait piller le monastère et en chasse les moines qui y étaient restés. Un nouveau groupe de moines envoyé par l'abbaye de l'Escaladieu, avec pour abbé Guillaume (Guillermo dans les sources espagnoles), arrive à Fitero en 1161. Raymond, soutenu par le roi Alphonse VIII, aurait tenté en vain de reprendre le contrôle de l'abbaye, mais les faits ne sont pas établis avec certitude ; il est possible que Guillaume ait été nommé prieur par Raymond lui-même en son absence Carlos de Ayala Martínez, « Órdenes militares castellano-leonesas y benedictinismo cisterciense. El problema de la integración (siglos XII-XIII », dans Pierrette Paravy (éd.), Unanimité et diversité cisterciennes : filiations, réseaux, relectures du (actes du quatrième Colloque international du C.E.R.C.O.R., Dijon, 23-25 septembre 1998), Université de Saint-Étienne, 2000, p. 535.. En , le pape Alexandre III confirme les possessions de l'abbaye de Fitero, sans y inclure Calatrava.
La construction d'une nouvelle église abbatiale commence au cours du dernier quart du et s'achève en 1247, notamment grâce au soutien financier de l'archevêque de Tolède Rodrigo Jiménez de Rada. Une bulle du pape Innocent IV accorde des indulgences à ce que visiteraient l'église abbatiale le jour anniversaire de sa dédicace Gran Enciclopedia de Navarra, article « Fitero ».. Aux , l'abbaye fait l'objet de tensions entre Castille et Navarre, qui se le disputent. En 1336, une bulle du pape Benoît XII met en place un mécanisme d'arbitrage, qui reste indécis. Finalement, en 1372, la Castille et la Navarre acceptent de s'en remettre à l'arbitrage du pape et du roi de France, qui nomment arbitre le cardinal Guy de Boulogne, qui facilite en 1373 la conclusion d'un traité matrimonial (union de Charles de Navarre avec l'infante Eléonore de Castille) et attribue l'abbaye à la Navarre ..
Au , l'abbaye doit défendre son immunité de juridiction face à l'évêque de Tarazona. En 1616, il est rattaché à la congrégation d'Aragon de l'ordre cistercien. Le dernier abbé perpétuel meurt en 1643, par la suite et jusqu'à la fin de la monastique les abbés sont nommés pour quatre ans.
La vie monastique cesse en 1835 Gran Enciclopedia de Navarra, article « Fitero »., peu avant le deuxième désamortissement lancé par Mendizábal. L'église cesse d'être abbatiale (elle servait déjà d'église paroissiale depuis le ), et le reste des bâtiments sont acquis par différents propriétaires privés.
L'abbaye est classée comme monument historique et artistique par le décret du ; elle est aujourd'hui considérée comme un bien d'intérêt culturel.
Liste des abbés et supérieurs de l'abbaye À partir de 1644, l'abbaye de Fitero, comme celles de La Oliva, Iranzu ou Leyre, ont des abbés élus pour quatre ans et non plus à perpétuité .
Architecture vignette|droite|redresse=0.8|alt=Plan d'un monastère.|Plan de l'ensemble abbatial :(1) Chapelle principale.(2) Sacristie.(3) Chapelle baptismale.(4) Chapelle de la Vierge de la Barda.(5) Chœur.(6) Cloître.(7) Salle capitulaire.(8) Réfectoire.(9) Cuisine. Du fait du rachat de terrains et de bâtiments par des propriétaires privés après la fin de la vie monastique, l'abbaye est aujourd'hui insérée dans le village même de Fitero, et des maisons occupent certaines parties de l'ensemble abbatial, notamment du cloître. Subsiste néanmoins un grand espace ouvert du côté des absides et du portail principal de l'église.
L'église gauche|vignette|redresse=0.7|alt=Photographie couleur d'une nef d'église se terminant par un retable.|Vue de l'intérieur de l'église depuis la nef vers le chœur.
L'église est en forme de croix latine, construite sur le même modèle que l'église de l'abbaye-mère (l'Escaladieu) : trois nefs à six pans, un transept bien différencié et un chœur avec un déambulatoire et cinq chapelles absidiales. Elle est soutenue par de grands piliers cruciformes, ornés de demi-colonnes doubles sur les faces et de colonnettes sur les angles. Elle est éclairée par de grandes fenêtres en plein cintre, tout le long de la nef centrale, au-dessus des nefs latérales.
Les nefs sont couvertes de voûtes à nervures. Les voûtes des chapelles absidiales sont en quart de sphère, sans nervures - sauf celle de la chapelle centrale.
La chapelle principale est ornée d'un retable du , dont les peintures ont été exécutées par Roland de Mois en 1590 ., et représentent notamment l'Épiphanie, l'Adoration des bergers, saint Jean le Baptiste et saint Jean l'Évangéliste.
La sacristie, située entre un bras du transept et le déambulatoire, est de style baroque. De forme rectangulaire, elle est recouverte par une voûte en berceau. Des niches contiennent de grands meubles à tiroirs (également de style baroque, ornés de fleurons et de cornes d'abondance) où étaient conservés les vêtements liturgiques.
La chapelle baptismale a été ajoutée au , quand l'abbatiale a dû servir d'église paroissiale et donc à l'administration des sacrements aux habitants de Fitero. Elle est située du côté ouest du cloître.
Le chœur a été largement reconstruit à la fin du . Les stalles, simples et sans ornementation, réalisées par Esteban Ramos au , sont réparties sur deux rangées.
Le trésor de l'église conserve notamment des vêtements liturgiques des , donnés par différents abbés, et notamment un ensemble brodé du comprenant chasuble, chape et dalmatique, réalisé par la mère Graciosa de los Ángeles, une carmélite déchaussée de Pampelune. S'y trouvent également de nombreuses pièces d'orfèvrerie, dont les plus anciennes sont un coffret en ivoire à décor végétal réalisé dans le califat de Cordoue en 966, un autre coffret de l'époque almohade, un coffret roman en bois peint du , et un coffret en cuivre émaillé du attribué à un atelier proche de Silos ..
Le cloître droite|vignette|redresse|alt=Photographie couleur d'un cloître monastique à deux niveaux.|Le cloîte de l'abbaye de Fitero.
Le cloître est adossé au mur sud de l'église ; la porte qui communique avec l'église est ornée d'un chrisme. Les portes, les fenêtres et certaines parties datent de la fin du et du début du , tandis que la galerie à portique et ses chapiteaux sont des œuvres plus tardives, remontant au .
La salle capitulaire jouxte la galerie est du cloître ; son mur nord est adjacent à l'extrémité sud du transept. C'est la partie la mieux conservée de l'ensemble ; de plan carré, elle est couverte de voûte nervurées soutenues par quatre colonnes indépendantes, reposant elles-mêmes sur un piédestal. On y accède depuis la galerie est par une large porte romane à trois arcs simples soutenus par des colonnes courtes reposant elles-mêmes sur un piédestal. Il y a des fenêtres des deux côtés de la porte. Du côté est, trois anciennes fenêtres, aujourd'hui fermées, ouvraient sur le jardin et servaient à éclairer la pièce. Le dortoir des moines se trouvait au-dessus de la salle capitulaire.
Le réfectoire est conservé mais sans la toiture d'origine, les murs ayant été surélevés au pour construire un autre étage où se trouvait la bibliothèque. Deux portes, mènent, l'une vers la galerie, l'autre vers la cuisine.
De l'ancienne construction subsiste également la porte reliant le couloir dit des convers à l'église, qui fait maintenant partie de la chapelle baptismale. Ce couloir s'étendait le long de la galerie ouest, et l'espace où il se trouvait est aujourd'hui occupé par des habitations privées.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Catégorie:Abbaye cistercienne en Espagne AbbayeFitero AbbayeFitero Catégorie:Abbaye dédiée à sainte Marie Catégorie:Abbaye fondée dans la décennie 1140 AbbayeFitero Catégorie:Abbatiale reconstruite au XIIe siècle AbbayeFitero Catégorie:Abbatiale reconstruite au XIIIe siècle AbbayeFitero AbbayeFitero Catégorie:Abbaye désaffectée au XIXe siècle Catégorie:Abbaye désaffectée en Espagne Catégorie:Abbatiale devenue église