Kirsten Flagstad, née à Hamar le et morte à Oslo le , est une soprano norvégienne. Elle est souvent considérée comme la plus grande soprano wagnérienne et comme l'une des plus grandes chanteuses de son temps.The New Grove Dictionary of Opera: 4 volumes, Oxford University Press, USA (January 1, 2002), ..

Biographie et carrière Naissance, famille et formation Kirsten Flagstad naquit à Hamar le , dans une famille de musiciens. thumb|center|upright=1.2|Maison natale de Kirsten Flagstad, qui devint musée le , son , en présence du ministre de la Culture.

Son père, Michael Flagstad, était chef d'orchestre. Sa mère, née Marie Nielsen Johnsrud, était certes fille d'un paysan, mais elle était virtuose du piano. Il est normal que tous leurs enfants aient pratiqué la musique. Ole Flagstad devint violoncelliste d'orchestre. Un autre fils, Lasse (1903 - † 1969), travaillait en tant que pianiste, comme sa mère, surtout pour la répétition aux théâtres. La fille cadette, Karen Marie (1904 - † 1992), était capable de chanter l'opéra et l'opérette. Toute la famille participera à la fondation de l'Opéra-Comique d'Oslo en 1918.

Kirsten, qui admirait et chantait l'opéra elle aussi, commença à étudier le piano, initiée par sa mère. À l'âge de seize ans, elle décida d'approfondir le chant, sans doute selon le conseil d'un professeur de chant, Ellen Schytte-Jacobsen, qui n'était pas contente. À Stockholm, Kirsten trouva un excellent professeur, Gillis Bratt († 1925). Ce dernier était non seulement un médecin réputé des maladies de gorge et de nez mais aussi spécialiste de la formation physiologique de chant. Sous supervision de celui-ci, l'étude de Kirsten à Stockholm dura deux ans.

Opéra-Comique d'Oslo Sa carrière débuta assez modestement au théâtre national d'Oslo le Bernice M. Nece, The Kirsten Flagstad Memorial Collection, dans la revue The American Archivist, tome 30, n° 3, p. 477 dans le rôle de Nuri de l'opéra Tiefland d'Eugen d'Albert.

Cependant, elle poursuivit ses études auprès du docteur Gillis Bratt à Stockholm .

thumb|upright=0.6|Alexander Varnay (1889 - † 1924). En 1918, alors qu'elle était en vacances à Oslo, Kirsten rencontra Alexander Varnay, père d'Astrid Varnay, qui était chargé de diriger l'Opéra-Comique auquel la famille Flagstad participait. Il trouva en Kirsten des qualités exceptionnelles : une musicalité parfaite, la précision de hauteur, un talent dramatique, une excellente mémoire des œuvres et fut impressionné par sa vocation. Alexander Varnay vit en elle une combinaison rare entre la perfection technique et la joie d'interprétation, et disait à son sujet : «  » (Kirsten sait tout faire !).

En faveur de la carrière de Kirsten, ce ténor joua un rôle incomparable. Plus tard, la cantatrice écrivit : « Ma collaboration avec Alexander Varnay était vraiment importante pour former mon caractère. J’ai bénéficié de ce qu'il m'avait enseigné durant toute ma carrière de chanteuse. » De surcroît, les deux familles étaient étroitement liées par leur amitié. Kirsten n'hésitait pas à manifester sa plus profonde gratitude pour celle d'Alexander Varnay.

thumb|upright=0.6|Opéra-Comique d'Oslo, où chantait la jeune Kirsten. À la suite de cette audition, elle commença à chanter, en 1919, à l'Opéra-Comique. La première représentation à laquelle elle participa était Der Evangelimann de Wilhelm Kienzl. En , elle obtint son premier rôle principal, Nedda de Pagliacci, de l'opéra composé par Ruggero Leoncavallo.

Premières noces Après cette représentation, elle épousa Sigurt Hall, son collaborateur de l'Opéra-Comique.

L'année suivante, elle donna naissance à une fille, Else MarieAnno Kirsten Flagstad Museum, Kirsten Flagstad's husband Sigurd Hall and their daughter Else Marie 1927 . Son bonheur était tel qu'elle ne songeait plus à l'Opéra-Comique, au grand dam de sa mère, qui ne pouvait accepter que sa fille quitte l’œuvre familiale. Très mécontente, elle lui rendit visite un jour avec un certain nombre de partitions ; elle découvrit alors que la voix de Kirsten avait, pour une raison inconnue, énormément évolué, notamment sur sa dynamique. La voix de soprano légendaire était née.

Premier répertoire de Kirsten Flagstad En dépit de ce phénomène, Kirsten restait modeste, en continuant à soutenir le projet de sa famille. Bien que la fin de la Première Guerre mondiale eût favorisé l'enrichissement du programme de l'Opéra-Comique et que ce dernier fût aidé par de célèbres musiciens tel Arthur Nikisch, ses finances n'étaient pas en bon état. Les ressources étaient tellement insuffisantes qu'il était difficile de maintenir l’excellente qualité de représentation qui y était établie. L'établissement programma donc une série d'œuvres particulières dans l’espoir d’améliorer sa situation financière. Kristen fut chargée de chanter le rôle de Desdémone dans l’Otello de Giuseppe Verdi. La représentation de Otello connut un grand succès, mais l'Opéra-Comique dut fermer définitivement ses portes le , après avoir présenté vingt-six opéras.

Malgré cette fermeture, Kirsten Flagstad continua à chanter, sans atteindre une réputation internationale. Elle resta en Scandinavie jusqu'en 1932, enrichissant pendant ce temps son répertoire. Ainsi, en , elle interpréta le rôle-titre de Rodelinda de Georg Friedrich Haendel, au théâtre de GöteborgAnno Kirsten Flagstad, Rollebilde, Kirsten Flagstad som Rodelinda i Rodelinda, opera av Georg Friedrich Händel. Stora Teatern, Göteborg. Rolledebut 16. februar 1932 . Quant à l'opéra de Richard Wagner, compositeur cher à Kirsten depuis son enfance, elle avait joué le rôle d'Elsa (Lohengrin), au théâtre national d'Oslo, le Anno Kirsten Flagstad Museum, Rollebilde, Kirsten Flagstad som Elsa i Lohengrin, opera av Richard Wagner, . Grâce à une partition que ses parents lui avaient offerte, elle avait chanté ce rôle à partir de son dixième anniversaire.

Deuxièmes noces En 1930, en secondes noces, Kirsten se maria avec Henry Thomas Ingvar Johansen, homme d'affaires très riche. Si aucun enfant ne naquit de cette unionSite Find a Grave, Henry Thomas Ingvar Johansen , consulté le 18 octobre 2022, elle aimait une pause paisible, avec les enfants de son époux. Toutefois, elle était toujours sollicitée par des opéras qui souhaitaient le retour de cette vedette.

Soprano du siècle thumb|upright=0.9|Kirsten Flagstad interprétant Isolde, en 1936, au centre des arts Bushnell (Hartford de l'État du Connecticut)Connecticut Digital Archive (The Bushnell), Kirsten Flagstad consulté le 18 octobre 2022. Si l'on compte Kirsten Flagstad parmi les plus grandes sopranos du , c’est grâce à Ellen Gulbranson, soprano suédoise. Cette dernière séjournait à Oslo lorsque Kirsten chanta Isolde, le . Éblouie par la voix de Flagstad, Gulbranson, qui était une des cantatrices les plus importantes du festival de Bayreuth, n'hésita pas à recommander cette soprano norvégienne à Winifred Wagner, directrice du festival. Aussi Kirsten obtint-elle de petits rôles (Ortlinde et la troisième Norne) pour la saison 1933, puis, après son succès, pour Sieglinde dans La Walkyrie et Gutrune dans Le Crépuscule des dieux en 1934Dictionnaire des Musiciens par Encyclopaedia Universalis, p. 1405, 2015 .

Cet engagement favorisa de nouveaux contrats avec de grands opéras mondiaux. Elle fut alors immédiatement repérée par le Metropolitan Opera de New York, où elle fut engagée pour succéder à la soprano wagnérienne Frida Leider. Coachée à Prague par George Szell, elle y fit ses débuts le dans le rôle de Sieglinde, lors d'une « représentation retransmise à travers les États-Unis et le Canada : c'est un succès sensationnel et le début de sa célébrité »Dictionnaire encyclopédique Wagner, sous la direction de Timothée Picard, Arles, Actes Sud, Paris, Cité de la musique, 2010, .. Au cours de la même saison, elle y chanta Isolde. Représentation légendaire, car, saisis par sa voix, son partenaire Tristan manqua son entrée et le directeur Artur Bodanzky laissa tomber sa baguette. En pleine force, elle interpréta aussi Brünnhilde du Ring, Elsa (Lohengrin), Elisabeth (Tannhäuser) et sa première Kundry (Parsifal). Elle y interpréta également Fidelio en 1936, seul rôle non wagnérien. Outre New York, elle donna le même répertoire à San Francisco (1935-1938) et à Chicago (1937), selon un accord conclu par ces opéras. L'opéra de San Francisco réunit pour deux soirées « les deux plus grandes sopranos wagnériennes du moment : Kirsten Flagstad en Brünnhilde et Lotte Lehmann en Sieglinde (La Walkyrie). »Dictionnaire encyclopédique Wagner, ., ce que le Met n'avait jamais réussi. En 1936 et 1937, elle se produisit également au Royal Opera House de Covent Garden à Londres, où elle rencontra le même succès qu'à New York.

En 1937, au contraire de la rumeur selon laquelle Kirsten Flagstad prendrait sa retraite, elle renouvela le contrat avec le Metropolitan Opera pour dix-huit moisThe New York Times, Flagstad to Return in fall, le 17 mars 1937 . La récession de 1937-1938 menaçait la gestion de cet opéra. Il était très important pour le Met, qui était en difficulté financière depuis la Grande Dépression, de garder cette vedette pour éviter la faillite. Lors de son arrivée en 1935, le Met avait déjà vendu plus de en quelque tempsOpera Vision (Den Norske Opera & Ballet), Conceert anniversaire de Kirsten Flagstad .

Femme d’action pédagogique Le , le magazine Time présenta une photographie de Flagstad en couvertureTime, couverture du 23 décembre 1935 . Un garçon habitant à Rochester envoya cette couverture à la cantatrice, lui demandant d’y apposer son autographe. Au lieu de cette couverture, Flagstad lui expédia une grande photographie. Priée par ce John W. Clark, elle accepta de le rencontrer à Rochester, lors de sa visite officielle. Puis, en 1938, elle l'invita au Metropolitan Opera, en lui envoyant . Son soutien amical se poursuivitTime, Music : Date, le 4 mars 1940 , version numérique.

Seconde Guerre mondiale Après que la Seconde Guerre mondiale eut éclaté, Kirsten Flagstad souhaitait rentrer en Norvège. En , alors qu'elle était à Rochester avec la famille de John W. Clark, elle précisa à ce dernier qu'elle s'en irait en Norvège au mois d'avril, dans l'optique de passer un temps tranquille avec sa fille Else Marie et ses beaux-enfants. L'opération Weserübung provoquée par l'Allemagne nazie en avril empêcha ce départ.

Finalement, elle décida en secret, en 1941, de rejoindre son époux resté en Norvège occupée par les Allemands, en dépit des conseils de ses amis et de ses admirateurs. Son départ ne fut annoncé à personne. Ses relations s'inquiétèrent de l'absence de communicationShirlee Emmons, Tristanissimo : The Authorized Biography of Heroic Tenor Lauritz Melchior, p. 188, 1990, consulté en ligne le 19 octobre 2022Sam Sirakawa, The Devil's Music Master : The Controversial Life and Career of Wilhelm Furtwängler, p. 592, 1992 . En juin, l'époux Henry Johansen déclara qu'elle resterait en Norvège jusqu'à ce que la guerre se termineThe New York Times, Kirsten Flagstad to Stay in Norway ; Decision to Remain Till After War Surprises Friends Here, le 18 juin 1941 .

Pendant ce séjour en Norvège, quasiment aucun concert ne fut enregistré. Elle ne chanta jamais pour l'Allemagne nazie. D'une part, elle n'apprécia jamais ceux qui occupaient la Norvège. D'autre part, elle avait subi l'hostilité de l'ambassadeur de Norvège à New York, Wilhelm af Munthe von Morgenstierne. Ce dernier, se fondant sur le lien de l'époux de Kirsten avec l'Allemagne nazie, avait considéré qu'elle était pro nazie et lui avait refusé le visa. Finalement, elle obtint un visa particulier, à condition de ne chanter ni en Norvège ni dans les pays occupés par les Allemands.