L’arvanitique (en arvanitique ou , en grec , arvanítika), est la variété de l'albanais traditionnellement parlée par les Arvanites, albanophones chrétiens vivant en Grèce. L'arvanitique est en danger au , car ses locuteurs passent au grec moderne et la plupart des jeunes de la communauté ne le parlent plusBabiniotis, Lexicon of the Greek Language.

Nom Les noms arvanítika et arvanitique, ainsi que leurs équivalent autochtone Écrit Arberichte dans Ethnologue, et dans d’autres références basées sur celui-ci. sont dérivés de l'ethnonyme Arvanites, qui vient du toponyme ( en grec) désignant l'actuelle l'Albanie au Moyen ÂgeBabiniotis 1998. Ses équivalents autochtones (Arbërorë, Arbëreshë et autres) étaient l’auto-désignation des Albanais en général. Dans le passé, l’arvanatique était parfois décrit comme du « hélleno-albanais »Furikis, 1934 mais aujourd'hui la plupart des Arvanites s'identifient comme Grecs Hellène non comme AlbanaisGreek Helsinki Monitor (1995): Report: The Arvanites.Le terme turc moderne Arnavut, qui désigne un Albanais, provient de formes ottomanes telles qu’Arnavud et Arvanid. Ces formes sont apparentées à Arvanitis, ethnonyme attesté dans les sources hellénophones de l’Empire romain d’Orient ; la forme turque s’est développée notamment par métathèse de -van- en -nav-.

Classification vignette|400x400px|L'arvanitique dans l'évolution de l'albanais. droite|vignette|Répartition géographique des dialectes albanais. L’arvanitique est parlé par des communautés albanophones établies dans plusieurs régions de la Grèce actuelle. Leur présence ne résulte pas d’une migration unique : des groupes albanais sont attestés en Thessalie et dans d’autres régions de la Grèce actuelle avant les grandes implantations des XIVe et XVe siècles en Attique, en Béotie et dans le Péloponnèse. Ces migrations médiévales, souvent encouragées par des autorités byzantines, franques ou vénitiennes, concernent principalement des populations chrétiennes et sont antérieures ou indépendantes de l’islamisation ottomane de la regions de Balkans.L'arvanitique est étroitement lié à l’arberèche, le dialecte de l’albanais en Italie, qui a aussi accueilli de nombreux albanophones chrétiens, certains venus de Grèce. L’arberèche italien conserve des mots empruntés au grec – par exemple haristis (merci) est emprunté à ευχαριστώ ; dhrom (route), à δρόμος ; Ne (oui), à ναι, dans certains villages. L'italo-arberèche et le hélleno-arvanitique ont une base lexicale mutuellement intelligible. Les éléments inintelligibles des deux dialectes proviennent de l’utilisation moderne de l’italien ou du grec, faute de lexique en albanais.

Alors que l’érudition linguistique décrit à l’unanimité l’arvanitique comme un dialecte albanaisE.g. Haebler (1965); Trudgill (1976/77); Sasse (1985, 1991); Breu (1990); Furikis (1934), Babiniotis (1985: 41)., de nombreux Arvanites seraient réticents à l’utilisation du nom « albanais » pour le désigner. En effet, il a une connotation de nationalité albanaise, aujourd’hui très majoritairement musulmane, qui remet en question leur identité chrétienne et grecque ou italienne.

La sociolinguistique décrit l’arvanitique dans le cadre conceptuel des Ausbausprachen et des Abstandssprachen. En termes d’Abstand (différence objective des systèmes linguistiques), l’appréciation des linguistes du degré d’intelligibilité mutuelle entre l’arvanitique et le tosque standard varie de relativement élevée à seulement partielleTrudgill/Tzavaras 1977; Tsitsipis 1981, 1983, 1995, 1998; Banfi 1996, Botsi 2003 et Ethnoloque, qui indique que l’intelligibilité mutuelle entre différents sous-dialectes au sein de l’arvanitique peut parfois être problématique.. L’intelligibilité mutuelle entre le tosque standard et l’arvanitique est plus élevée que celle entre les deux principaux groupes de dialectes en albanais, le tosque et le guègueTrudgill (2004: 5) : "linguistiquement, il ne fait aucun doute que l’arvanitique est une variété d’albanais"..

En terme d’Ausbau (« langue par élaboration », variante d’une langue érigée en langue distincte), l’indicateur le plus fort de l’autonomie est l’existence d’un système d'écriture distinct, l’alphabet arvanitique grec. Un système très similaire était autrefois utilisé par d’autres locuteurs de l’albanais tosque entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Cependant, ce système d’écriture se pratique rarement aujourd’hui, car l’arvanitique est presque exclusivement une langue confinée à la sphère privée. L’utilisation de l’alphabet latin pour écrire l’arvanitique est un objet de désaccord parmi les Arvanites (comme pour les Aroumains). L’arvanitique parlé est divisé en sous-dialectes, et ne connait aucune normalisation pour un arvanitique standard, qu’il soit oral ou écrit. Les Arvanites n’utilisent pas l’albanais standard, car ils n’en connaissent généralement pas l’orthographe issue du latin, et n’utilisent pas les médias dans cette langue. En ce sens, l’albanais standard n’est pas une dachsprache ("langue-toit") de l’arvanitique, comme le sont généralement les dialectes d’une langue nationale dans un même pays.

Distribution géographique droite|vignette|Régions de Grèce où est parlée une autre langue que le grec. Les hachures vert clair représentent les zones où l’arvanitique était / est parlé. gauche|vignette|Carte ethnique du Péloponnèse du . Zones de langue arvanitique en rouge. Il existe trois principaux groupes de arvanites en Grèce. La plupart des Arvanites vivent dans le sud de la Grèce, en Attique, en Béotie, dans le Péloponnèse et dans certaines régions et îles voisines. Un deuxième groupe, plus restreint, vit dans le nord-ouest de la Grèce, dans une zone contiguë aux terres albanophones proprement dites. Un troisième groupe se trouve dans le nord-est de la Grèce, dans quelques villages de Thrace.

Selon certains auteurs, le terme « arvanitika » au sens propre ne s’applique qu’au groupe sudBotsi 2003: 21, c’est-à-dire aux dialectes séparés du noyau albanais depuis plusieurs siècles. Les dialectes du nord-ouest seraient plus proches des dialectes tosques voisins d’Albanie et du parler des anciens Albanais musulmans (Çamërishte), qui vivaient dans la même région. Ces dialectes sont classés par Ethnologue comme faisant partie du noyau tosque, par opposition à l’albanais arvanitique, bien qu’Ethnologue note que le terme « Arvanitique » est souvent appliqué indifféremment aux deux formes en Grèce. Dans leur langue, certains groupes du nord-ouest utiliseraient le terme Shqip (langue albanaise) pour faire référence à l'arvanitique, ainsi qu'à la langue des ressortissants albanais, ce qui confirme encore une fois qu’ils sont Albanais assimilés avec le tempsGHM 1995, quoting Banfi 1994. L’arvanitique du sud de la Grèce est richement subdivisé en dialectes locaux. Sasse (1991) distingue jusqu’à onze groupes de dialectes dans cette zone : attique de l’ouest, attique du sud-est, attique du nord-est-béotien, béotien de l’ouest, béotien central, nord-péloponnésiaque, sud-péloponnésiaque, ouest-péloponnésiaque, eubéen et andriote.

Le nombre estimé de locuteurs d’arvanitique varie entre et . Ces chiffres incluent les « locuteurs terminaux » (Tsitsipis 1998) de la jeune génération, qui n’ont acquis qu’une maîtrise imparfaite de la langue et sont peu susceptibles de la transmettre aux générations futures. Le nombre de villages ayant des habitants Arvanites est estimé à plus de 500. Le monolinguisme en cette langue n’existe pas, car tous sont aujourd’hui bilingues en grec. L’arvanitique est considérée comme une langue en voie de disparition en raison d’un remplacement par le grec parmi les descendants des locuteurs de l’arvanitique au cours des dernières décenniesSalminen, Unesco Red Book of Endangered Languages (1993). Voir aussi Sasse (1992) et Tsitsipis (1981)..

Caractéristiques L'arvanitique et le dialecte tosque parlé dans le sud de l'Albanie ont de nombreux traits communs. Cependant, l'arvanitique est influencé par le grec, pour son lexique et son système phonologique. Il aurait conservé certaines règles qui ont évolué en tosque. Par exemple, il conserve certaines suites de consonnes sur la première syllabe qui ont sont simplifiées en albanais standard (par exemple, l'Arvanitique gljuhë (« langue »-signifiant à la fois le langage et l'organe), vs. Gjuhë en albanais standard ) .

Des linguistes ont observé des signes de convergence structurelle accélérée vers le grec et de simplification structurelle de la langue, interprétés comme des signes d’« attrition linguistique », c'est-à-dire des effets d'appauvrissement conduisant à la mort de la langue.

Système d'écriture vignette|232x232px| Noctes Pelasgicae, une collection de chansons folkloriques, de proverbes et de matériel lexical à Arbërishte, publiée par Karl Th. H. Reinhold L'arvanitique s'écrit peu. Selon GHM 1995, il s'écrit à la fois dans l'alphabet grec (souvent avec l'ajout des lettres b, d, e et j, ou des signes diacritiques ) et l'alphabet latin. Les Albanais tosques orthodoxes écrivaient également avec une forme similaire de l'alphabet grec (par exemple ) .

Exemples

Grammaire Source: Arvanitikos Syndesmos Ellados

Pronoms Pronom personnel Pronoms possessifs 1Sg. û je ími mien 2Sg. ti tu íti le tien 3Sg.m. ái il atía le sien 3Sg.f. ajó elle asája la sienne 1Pl. ne nous íni les notres 2Pl. ju vous júai le vôtre 3Pl.m. à ils atíre les leurs(m. ) 3Pl.f. ató elles atíre les leurs (f. )

Conjugaison Le verbe avoir Le verbe être Présent Imparfait Subjonctif imparfait Subjonctif parfait Présent Imparfait Subjonctif Imparfait Subjonctif parfait 1Sg. kam keshë të kem të keshë jam jeshë të jem të jeshë 2Sg. ke keshe të kesh të keshe je jeshe të jesh të jëshe 3Sg. ka kish të ket të kish ishtë, është ish të jet të ish 1Pl. kemi keshëm të kemi te keshëm jemi jeshëm të jeshëm të jeshëm 2Pl.kine keshëtë të kini te keshëtë jini jeshëtë të jeshëtë të jeshëtë 3Pl, kanë kishnë të kenë të kishnë janë ishnë të jenë të ishnë

Comparaison avec d'autres formes de l'albanais Notre Père (Áti ýnë / Άτι ύνε̱) en arvanitique, comparé au tosque standard (en rouge), au guègue (en vert) et à l'arberèche (en bleu) :

Áti ýnë që jé ndë qiéjetÃτι ύνε̱ κ̇ε̱ ϳέ νdε̱ κ̇ιέϳετAti ynë që je në qiellAti ynë që je në qiellTata ghine cë jee në chiexNotre Père, qui es aux cieux, ushënjtëróft' émëri ýtȣσ̈ε̱ν̇τε̱ρόφτ' έμε̱ρι ύτu shenjtëroftë emri ytshënjtnue kjoftë emni ytschetruarë clost embri ghitque ton nom soit sanctifié, árthtë mbëretëría jóteάρθτε̱ μbε̱ρετε̱ρία ϳότεarthtë mbretëria joteardhtë m(b)retënia jotejar reghria jòte (jar mbretëria jòte)que ton règne vienne, ubëftë dashurími ýtȣbε̱φτε̱ dασ̈ȣρίμι ύτu bëftë dashurimi yt (u bëftë vullnesa jote)u baftë dashnimi yt (u baftë vullneti yt)bûrë clost vulema jùteque ta volonté soit faite si ndë qiél, edhé mbë dhétσι νdε̱ κ̇ιέl, εδέ μbε̱ δέτsi në qiell, edhe mbi dhe (si në qiell, ashtu në tokë)si në qiell, edhe m(b)y dheu (si në qiell, ashtu në tokë)si në chiext, astu në deesur la terre comme au ciel búkënë tónë të përdítëshimen'bȣ́κε̱νε̱ τόνε̱ τε̱ πε̱ρdίτε̱σ̈ιμεν'bukën tonë të përditëshmebukën tonë të përditshmenbucnë tënë tëdiscmennotre pain du jour ép-na néve sótέπ-να νέβε σότna e jep sotepna neve sodemna sòtdonne nous aujourd'hui edhé fálj-na fájetë tónaεδέ φάλ̇-να φάϳετε̱ τόναedhe na i fal fajet tonaedhë falna fajët tonae ndiena meatëtë tonapardonne-nous nos offenses sikúndrë edhé néve ua fáljmëσικȣ́νdρε̱ εδέ νέβε ȣα φάλ̇με̱sikundër edhe ne i falimsikur edhe na ua falimsi (e) na ndicgnëmicomme nous pardonnons aussi à ceux fajtórëvet tánëφαϳτόρε̱βετ τάνε̱fajtorët tanëfajtorëvet tanëarmikete tënëqui nous ont offensé edhé mos na shtiér ndë ngásieεδέ μοσ να σ̈τιέρ νdε̱ νγάσιεedhe mos na shtjerë në ngasje(edhe mos na ler të biem në tundim)e mos na shtinë në t'keqetë mòj bieme ën pirasmôEt ne nous laisse pas entrer en tentation