Frederick Edward (dit Fred) Beckwith, né le probablement à Ramsgate et mort le à Uppingham, est un nageur professionnel anglais.
Fred Beckwith domina la natation anglaise dans les années 1850 en conservant son titre de « champion d'Angleterre » de 1852 à 1858. Il s'installa ensuite comme maître-nageur et entraîneur aux Lambeth Baths, dans le sud de Londres. Il forma une bonne partie de la génération suivante de nageurs anglais. Il participa à la préparation physique de Matthew Webb avant sa traversée (la première de l'histoire) de la Manche à l'été 1875.
Il était aussi organisateur de spectacles de natation, à Londres et en tournée, jusqu'à Paris. Sa troupe était constituée de ses enfants dont certains, comme Agnes, Willie ou Charles, furent aussi de grands nageurs de la seconde moitié du .
Contexte sportif
En 1837, à Londres, fut créée ce qui est souvent considéré comme la première organisation de la natation sportive en Europe, la National Swimming Association. Celle-ci organisa dès cette même année les premières courses, entre étudiants, entre amateurs et professionnels voire entre Britanniques et Amérindiens. En parallèle, des piscines couvertes et chauffées étaient construites : Londres en comptait huit dès 1828. La natation, longtemps un sport d'extérieur « d'eau libre », devenait peu à peu un sport d'intérieur en bassin.
La seconde moitié du fut un moment de transformation pour la pratique de la natation sportive en Grande-Bretagne, comme d'ailleurs pour tous les autres sports alors. En effet, se posa très clairement la question du choix entre amateurisme et professionnalisme. En , les divers clubs de natation sportive londoniens se fédérèrent dans l'Association of Metropolitan Swimming Clubs rebaptisée la même année London Swimming Association puis la Metropolitan Swimming Association en 1870. L'idée était de réguler ce sport. Et dès le , cette nouvelle fédération posa des règles très strictes d'amateurisme..
En 1873, la fédération londonienne élargit ses compétences à l'ensemble du pays, devenant la Swimming Association of Great Britain. L'Amateur Swimming Union se sépara de celle-ci en 1884, à cause de divergences de vue concernant l'amateurisme. Finalement, deux ans plus tard, les deux se réconcilièrent pour former l'Amateur Swimming Association. Cette fédération amateur, couvrant l'ensemble du pays, lutta pied à pied et parfois devant les tribunaux contre les professionnels. Cependant, la natation ne pouvait se passer de professionnels. En effet, elle est un sport qui n'est pas inné et doit s'apprendre avec des maîtres-nageurs. Ceux-ci n'étaient alors pas considérés comme des amateurs car selon les règles très strictes de l'amateurisme, ils gagnaient de l'argent avec leur sport. L'ASA chercha d'ailleurs très vite à les encadrer en créant par exemple dès 1899 un certificat de qualification leur permettant d'enseigner. En 1902, elle en avait délivré soixante-sept à des hommes comme à des femmes. Malgré tout, avec ou sans cette certification, un maître-nageur, pour attirer des élèves devait se bâtir une réputation. Les premiers, avant les diplômes, fondaient leur carrière sur les titres qu'ils avaient pu remporter, les exploits qu'ils avaient pu accomplir, mais aussi parfois en ayant organisé des spectacles aquatiques.
Fred Beckwith fut de ces champions, entrepreneurs et maîtres nageurs. Il devint une figure incontournable des bassins londoniens voire anglais. Il réussit à maintenir sa popularité pendant près de quarante ans.
Famille Les informations sur les origines de Frederick Edward Beckwith (dit Fred Beckwith) ne sont pas tout à fait avérées : on les connait surtout par ce qu'il a pu en raconter. Il serait originaire de Ramsgate dans le Kent et serait né le . Son père William Henry Beckwith aurait été musicien. Fred Beckwith s'installa dans Lambeth (sud de Londres) dans les années 1840. Il aurait d'abord été chaisier itinérant.
En , Fred Beckwith épousa Agnes Oram (1831 ou 1832–1875). Ils eurent trois filles (Frances Ann, dite Jessie, née en 1852, Agnes Sarah morte à quatre mois en et Agnes Alice née en 1861) et trois garçons (Frederick né en 1854, William Henry, dit Willie, né en 1857 et Charles né en ). Après la mort de sa première épouse en 1875, il épousa l'année suivante Elizabeth Ainley Burgess Osland (née en 1847), fille du comptable James Henry Osland. Ils eurent une fille en 1878, Elizabeth Agnes (dite Lizzie). La relation entre Fred Beckwith et sa seconde épouse fut cependant très mouvementée. Ils étaient séparés en 1881, apparemment à cause de la violence de l'épouse. Réconciliés, ils eurent un fils, Robert dit Bobbie, baptisé le et qui, comme tous les enfants beckwith fut lui aussi mis à l'eau au début des années 1890. Le couple était à nouveau séparé en 1889 quand Fred Beckwith demanda l'autorisation judiciaire d'employer sa jeune fille Lizzie dans ses spectacles de natation, malgré la séparation du couple parental. En 1891, Fred Beckwith vivait avec sa fille Lizzie et son fils Bobbie ainsi qu'avec les nageuses professionnelles de sa troupe Minnie WardMinnie Ward était la fille d'Alfred W. Ward, lui-même « agent et enseignant de natation et de danse » installé aux Bains d'Hammersmith, où il faisait nager sa fille, avant qu'elle soit recrutée par Fred Beckwith à Noël 1885. . (20 ans) et Olivette Flower (16 ans), sur Tothill street, la rue du Royal Aquarium, la principale salle de spectacles où se produisait la troupe familiale. Finalement, à sa mort en 1898, son épouse était à nouveau enceinte de lui.
Nageur professionnel Avant même de s'installer dans Londres, Fred Beckwith s'était illustré comme « nageur de compétition » dans son Kent natal, malgré sa petite taille (autour d' pour à peine plus d'une cinquantaine de kilos). Après son arrivée dans la capitale, il remporta de nombreuses courses nagées dans la Tamise, sur des distances allant du quart de mile à quatre miles.
En 1850, il remporta la médaille d'or « LéandreDu nom de ce héros de la mythologie gréco-romaine qui traversait à la nage l'Hellespont tous les soirs pour rejoindre sa bien aimée Héro ; et traversait dans l'autre sens le lendemain matin. ». Il fut « champion du Surrey » en 1850 et 1851, avant d'être battu par Charles Steeman en 1852 et 1853. Il semblerait que ce type de « titre » de « champion » s'obtenait et se gardait alors de la même façon que pour les titres de champions de boxe. Un nageur défiait le tenant d'un titre et le conservait tant qu'il n'était pas à son tour battu ou ne prenait pas sa retraite. Il fut « champion d'Angleterre » de 1852 à 1858, voire 1861 puisque le « championnat » suivant n'eut lieu qu'en 1862. La plupart de ses courses s'accompagnaient de défis financiers entre les nageurs. Il considéra qu'il avait remporté le titre de « champion du monde » en 1854, mais la presse sportive de l'époque refusa de le reconnaître. En 1851, il s'était mesuré au tenant du titre et avait terminé troisième de la course et s'était montré mauvais perdant. En 1854, Young, arrivé premier et Charles Steedman, arrivé second avaient émigré (Steedman pour le Victoria en Australie). Beckwith considéra donc qu'il avait hérité du titre, plus ou moins par forfait. La presse considéra qu'il était beaucoup trop loin de ces deux nageurs bien meilleurs que lui pour mériter le titre.
En 1858, il prit sa « retraite » de nageur professionnel pour devenir entraîneur de natation. Cependant, il n'hésitait pas, souvent depuis l'un des pubs qu'il possédait, à lancer divers défis. En , il annonça qu'il était prêt à affronter n'importe quel [nageur] américain, pour 100 Livres sur un à cinq miles. En , il aurait dû affronter, sur vingt longueurs des Lambeth Baths, le coureur d'origine sénéca . Beckwith aurait laissé d'avance à son adversaire.. Finalement, la rencontre n'eut pas lieu, Deerfoot ayant déclaré forfait.. Cependant, des sources considèrent qu'elle s'est tenue.
En , il releva le défi du nouveau champion d'Angleterre d'origine mancunienne E. B. Mather, sur la Tamise entre Hammersmith et Putney, le vainqueur empochant 200 Livres. Dans cette course, organisée par le London Swimming Club, Beckwith pourtant âgé de 39 ans, était favori des paris. Il l'emporta sur abandon de son adversaire. Fred Beckwith reprit donc une dernière fois son titre de champion d'Angleterre. L'année suivante, les deux hommes s'affrontèrent à nouveau, cette fois-ci à Manchester et sur une course « à obstacles » : les nageurs devaient passer au dessus ou en dessous de perches. La course se tint aux Jardins zoologiques de Belle Vue devant . Beckwith, encore annoncé vainqueur, s'inclina malgré tout, de « trois pouces », à son grand chagrin.
Maître-nageur alt=gravure noir et blanc d'un bassin de piscine|left|thumb|upright=1.5|Les Lambeth Baths en 1854.
Fred Beckwith se désigna « » et s'installa aux Lambeth Baths, un établissement de bains privés créé en 1853. Installés sur , ils étaient considérés à leur création comme les plus grands d'AngleterreThe Times, 4 juillet 1853 cité par .. Ils succédaient à un établissement de bains plus ancien. Comme celui-ci (et d'autres ailleurs), le bassin principal pouvait être recouvert d'un plancher. La salle ainsi créée servait à diverses activités pour le quartier : exposition ou meetingAinsi, en 1867, une réunion s'y tint pour demander l'ouverture du British Museum le soir. .. Les bains disposaient aussi d'un gymnase, géré par Fred Beckwith, puis son fils Willie puis son agent artistique et futur gendre William Taylor. Le gymnase avait une piste de course et divers agrès. Fred Beckwith fut le principal maître-nageur des Lambeth Baths pendant plus de vingt ans. Ses élèves, avant de partir faire une carrière personnelle, lui servaient parfois de maîtres-nageurs assistants.
Parmi ces nageurs, maîtres-nageurs, entrepreneurs de spectacles aquatiques, ayant commencé chez Beckwith, un certain nombre sont connus. Ainsi, Thomas Attwood, probablement né vers 1847, il fut élève puis maître-nageur assistant de Fred Beckwith en 1869-1870. Dès 1867, il disposait de son propre spectacle aquatique dans les Cremorne Gardens de Chelsea dans un bassin transparent. Il participa aussi aux spectacles aquatiques de son ancien professeur, comme en aux Lambeth Baths. En 1871, il était en tournée à Hambourg. Lors des recensements de 1871 à 1891, il déclara comme profession enseignant de natation. Né en 1849, David Pamplin était le fils d'un serveur aux Metropolitan Baths. Il fut élève de Fred Beckwith ; il participa aussi à ses spectacles aquatiques. Malgré tout, au recensement de 1861, il était encore enregistré en tant qu'ouvrier de scierie. Après un séjour en Australie en 1862-1863, il s'installa comme maître-nageur aux Bains de Camberwell et Dulwich dans le sud de Londres. De 1871 à 1911, la profession qu'il déclara lors des recensements était professeur de natation, à Islington dans les années 1870 et à Sandhurst dans les années 1880. Au recensement de 1891, il était installé avec sa femme et ses neuf enfants à Kingston upon Thames où il enseignait la natation à l'école locale. En 1892, l'année où il publia un manuel de natation, il obtint le poste d'instructeur de natation aux Bains de Tunbridge Wells. En 1901 et 1911, il enseignait en « libéral ». Matthew Webb disait de lui qu'il avait atteint la perfection dans l'. Richard T. Giles finit deuxième derrière Willie Beckwith aux championnats d'Angleterre de 1874. Il participa aux spectacles de Fred Beckwith en 1875 lors d'une tournée à Eastbourne. Il enseignait déjà la natation aux Albion Baths d'Albion Hall dans Hackney en 1873. Aux recensements suivants, il déclara exercer la profession de professeur de natation, à Holborn en 1881 ; à Islington en 1891 ; en 1901 et 1911, il exerçait en « libéral » dans l'Essex.