vignette|Maquette de l'îlot insalubre (musée Carnavalet).
L'îlot insalubre est un îlot urbain du de Paris, qui fut désigné îlot insalubre en . Son correspond à son rang dans les insalubres classés par ordre d'urgence, en fonction du taux de mortalité par tuberculose entre et .
Son territoire de comprend un patrimoine historique et architectural très riche.
Après l'expulsion brutale d'une partie de sa population de à , comprenant environ 20 % de Juifs, se prolongeant de manière plus progressive jusque dans les , ce secteur fait l'objet d'une rénovation urbaine des aux . Sa population d'ouvriers, d'artisans et de personnes indigentes est remplacée par des catégories sociales supérieures et son territoire touristique est devenu l'un de ceux où les prix de l'immobilier sont les plus élevés à Paris.
Localisation L'îlot est délimité par la place Saint-Gervais et la rue de Brosse à l'ouest, les quais de Seine au sud, la rue Saint-Paul à l'est, et les rues Saint-Antoine et François-Miron au nord« Figure 2. L'insalubrité dans l' (Paris), », dans ..
Son incluses dans l'îlot la rue de l'Hôtel-de-Ville, le côté pair de la rue de l'Ave-Maria, les rues des Jardins-Saint-Paul, Charlemagne, du Fauconnier, du Figuier, du Prévôt, de Fourcy, des Nonnains-d'Hyères, de Jouy, Geoffroy-l'Asnier, du Grenier-sur-l'Eau, et des Barres.
Histoire Le quartier royal du , à la proximité de l'hôtel Saint-Pol qui est la résidence de la Cour entre et le , est encore florissant au et voit notamment la construction d'hôtels particuliers et de demeures bourgeoises. Il s'appauvrit au avec le départ d'aristocrates au faubourg Saint-Germain : le curé de Saint-Gervais estimait le nombre de pauvres de la paroisse passé de en à en .
Le délaissement s'accentue à la Révolution avec la fermeture des couvents et le départ de nobles. Des bâtiments sont construits sur les jardins et dans les cours des hôtels particuliers pour accueillir des établissements artisanaux et des logements. Le quartier se couvre d'un enchevêtrement très compact d'immeubles le long de voies étroites, sans dégagement arrière. Au cours du une population démunie s'entasse dans des logements obscurs mal entretenus comprenant une forte proportion d'hôtels garnis, ce qui entraîne surmortalité et épidémies. Celle de choléra en cause sur de la rue de la Mortellerie ensuite renommée rue de l'Hôtel-de-Ville (à cette date la rue atteignait la place de l'̈Hôtel-de-Ville avant l'arasement de l'ancien quartier jusqu'à la rue de Brosse par les travaux d'Haussmann)..
À la fin du et au début du , le quartier se peuple d'immigrants juifs d'Europe orientale fuyant les pogroms.
Projet de rénovation Le projet d'assainissement présenté en par les architectes André Hilt et Henri Bodecher prévoyait la destruction totale du quartier à l'exception des églises Saint-Gervais et Saint-Paul-Saint-Louis, de l'hôtel d'Aumont et de l'hôtel de Sens. Les constructions anciennes auraient été remplacées par des locaux administratifs, à proximité de l'hôtel de ville., et des immeubles de logements de type HBM dans des espaces aérés au milieu d’espaces verts. L'intervention dans ce secteur se limite à la démolition des immeubles entre la rue de l'Hôtel-de-Ville et l'hôtel d'Aumont mais les travaux sont suspendus dans les par la pénurie de matériaux et les priorités imposées par l'effort de guerre de l'occupant allemand.
Ce projet suscite un débat entre modernistes tel Le Corbusier qui y localise une cité administrative dans et partisans de la préservation et de la mise en valeur du patrimoine. Dans un manifeste Destinée de Paris, Robert Auzelle et Georges Pillement s'élèvent contre les positions de Le Corbusier : . Des pétitions sont adressées au maréchal Pétain contre le plan de destruction, en par Achille Carlier, architecte qui avait démissionné en du service des Monuments historiques, puis par Marcel Raval au début de signée par , architectes (Albert Laprade, Auguste Perret, Paul Tournon) et écrivains (Paul Valéry, Sacha Guitry, Jean Cocteau, Colette, Jean Giraudoux).
Expropriations et expulsions Parmi les projets d'assainissement des insalubres, seul l'îlot 1 avait connu un début d'exécution avec la démolition à la fin des de maisons du quartier Saint-Merri et le dégagement du plateau Beaubourg. Ces opérations n'étaient plus à l'ordre du jour depuis le début de la Seconde Guerre mondiale jusqu'au milieu de . Or, l'îlot , qui n'était pas prioritaire (son taux de mortalité par tuberculose s'élevait à 5,58 pour de à contre 10,35 pour l'îlot de Saint-Merri, et 5,36 pour l'ilot de Plaisance), est le seul à faire l'objet d'une opération d'expropriation. Les de l'îlot sont visités en par les architectes-voyers pour la mise à jour du casier sanitaire pour les classer en « totalement salubre », « partiellement salubre » ou « insalubre ».
Une loi du Loi 342 du concernant les immeubles insalubres et les terrains de la zone de l'ancienne enceinte fortifiée de Paris, Journal officiel de l'État français, 55, , , sur Gallica. autorisait la ville à procéder à des expropriations massives étendues à l'ensemble de l'îlot et non aux seuls immeubles insalubres avec versement d'une indemnité aux occupants et aux propriétaires, quasiment aucun de ceux-ci n'habitant d'ailleurs les immeubles. Cette indemnité est fixée par une « commission arbitrale d'évaluation » administrative sans possibilité de négociation par les propriétaires et locataires. Une partie des logements antérieurement occupés par les Juifs étaient vacants à la suite des déportations, représentant environ 10 % de l'ensemble, ce qui a permis à l'administration de limiter le coût de l'expropriation. Les expulsions applicables sous préavis de deux mois avec recours possible à la force armée se sont pour beaucoup d'entre déroulées en hiver.
Les Juifs encore présents n'ont cependant pas été traités différemment des autres occupants en ce qui concerne le montant des indemnités.
Les textes ne prévoyaient pas l'obligation de reloger les habitants. La plupart des locataires non juifs le seront, souvent dans des conditions indignes en raison de la crise du logement sévissant à cette époque, mais les Juifs ont été décrétés non éligibles au relogement ce qui en faisait une proie pour les rafles.
Les expulsions se sont déroulées de à en priorité sur la partie est de l'îlot entre la rue des Nonnains-d'Hyères et la rue Saint-Paul où résidait la plus forte proportion de Juifs.
Au total, plus de sont chassées représentant et dont juives. 57 % des familles juives expulsées échapperont à la déportation. Il faut cependant ajouter aux 43 % de Juifs expulsés déportés ceux raflés avant les opérations d'expulsions dont les logements étaient vacants.
vignette|Démolitions dans l'îlot insalubre après expropriations des .
Des hôtels particuliers sont acquis par la ville dans des conditions très favorables, l'hôtel de Beauvais à une famille juive pour la somme de dérisoire sans commune mesure avec sa valeur, l'Hôtel de Chalon-Luxembourg pour un franc symbolique contre l'engagement de maintenir le vendeur dans les lieux pour un loyer symbolique d'un franc.
À la Libération, le quartier vidé de la moitié de sa population, était en partie en cours de destruction, une autre partie composée d'immeubles délabrés avec des logements ouverts, abandonnés et pillés dans un premier temps, puis obturés en attendant la rénovation. Quelques-uns dont les occupants avaient été expulsés sont réutilisés pour des locations à titre précaire.
Rénovation urbaine En réaction avec le projet initial de démolition totale, les architectes Albert Laprade, Michel Roux-Spitz et Robert Danis sont désignés pour élaborer un nouveau plan. Celui-ci publié en est approuvé par les défenseurs du patrimoine.
L'aménagement supervisé par Breschi, inspecteur général des Ponts-et-Chaussées et secrétaire de la Commission du Vieux Paris, mobilise sous la coordination de auxquels est confié chacun un secteur. Le secteur ouest entre le quai de l'Hôtel-de-Ville, la rue de Brosse, la place Saint-Gervais, la rue François-Miron et la rue du Pont-Louis-Philippe à Albert Laprade. Le centre entre la rue du Pont-Louis-Philippe à l'ouest, les rues des Nonnains-d'Hyères et de Fourcy à l'est, à Michel Roux-Spitz. L'est entre la rue des Nonnains-d'Hyères et la rue Saint-Paul à Robert Danis.
Une grande partie de l'opération d’aménagement dans le secteur ouest porte sur la réhabilitation des immeubles et l'assainissement de l'intérieur des îlots, intervention nommée « curetage ». Albert Laprade conserve le tracé des voies avec quelques élargissements et s'efforce de préserver la majorité des façades. Il remplace par un jardin les ateliers qui occupaient l'espace triangulaire de l'ancien cimetière Saint-Gervais entre l'église, l'immeuble du 2 au 12 de la rue François-Miron et du 15-17 rue des Barres et restaure cet immeuble. La plupart des maisons des numéros impairs de la rue de l'Hôtel-de-Ville, celles du côté pair les plus proches de la rue de Brosse et l'ensemble des immeubles de la rue Louis-Philippe sont conservées. Les maisons de la rue des Barres entre l'église et à l'angle de la rue de l'Hôtel-de-Ville, et celles au sud de l'église le long d'une voie étroite, le passage du Gantelet, sont détruites et remplacées par un jardin et une crèche. Ce secteur est celui où l'aménagement est le plus proche du plan initial de .
Le tracé des rues du secteur centre est conservé mais leur largeur est régularisée. Les maisons de la rue François-Miron sont réhabilitées, notamment celle du 44-46 promise à la démolition et restaurée par l'association Paris historique dont elle est devenue le siège. Des maisons détruites sont remplacées par des immeubles aux façades s'intégrant dans l'environnement. La destruction dans les et en des maisons entre l'hôtel d'Aumont et le quai de l'Hôtel-de-Ville permet l'aménagement d'un square. Roux-Spitz avait prévu de construire un immeuble le long du quai s'harmonisant avec l'architecture de l'hôtel d'Aumont. Ce projet abandonné est remplacé par la construction moderniste de la Cité internationale des arts par Paul Tournon.
Le secteur réaménagé par Robert Danis est celui où les destructions étaient les plus importantes, ce qui a permis l'élargissement de la rue des Nonnains-d'Hyères de , la création de squares ouverts au public à l'intérieur des îlots de nouveaux immeubles et derrière l'hôtel de Sens et de terrains de sport rue des Jardins-Saint-Paul le long du mur de l'enceinte de Philippe Auguste découvert à cette occasion.
Des immeubles sont reconstruits à l'identique (15 rue du Figuier), leur façade déplacée (42 rue du Fauconnier) et sont accompagnés de nouveaux immeubles aux façades d'architecture comparable ou en harmonie avec celles de leurs voisins ; ils sont dits « immeubles d'accompagnement ».
Le projet de reconstruction des maisons de la rue Saint-Paul est abandonné. L'îlot entre la rue Charlemagne et la rue Saint-Antoine n'est finalement pas, non plus, modifié.
Modification de la composition sociale Cette rénovation s'est accompagnée d'un changement de population. L'expulsion s'est poursuivie jusque dans les (et même dans les concernant le Village Saint-Paul), au fur et à mesure de la rénovation des immeubles, parfois au-delà. Ainsi les habitants des numéros pairs de la rue du Pont-Louis-Philippe ont été expulsés pour un projet abandonné d'élargissement de la rue. Le relogement a été effectué de manière sélective sur des critères sociaux et raciaux : les pauvres et les nord-africains ont surtout été relogés dans d'autres quartiers.
La population du quartier Saint-Gervais (dont l'îlot insalubre ne représente qu'une fraction) a diminué de en , à en , en et en .
Un des quartiers les plus misérables de la capitale est devenu l'un de ceux où les prix de l'immobilier sont les plus élevés.
Ce remplacement des ouvriers et des habitants indigents par une population plus aisée et plus cultivée était un des buts affichés de la rénovation à l'origine.