Muande (fém.), ou Muandes, avec une majuscule à l'initiale, est aujourd'hui un toponyme qui se rencontre dans les départements des Hautes-Alpes et de l'Isère. Le terme vient du latin mutanda, gérondif du verbe mutare, « changer de place » pour un troupeau. Avant de devenir nom propre et d'être cantonné à la toponymie du fait de la disparition de la transhumance alpine dans le Dauphiné méridional au , « muande » était un nom commun désignant les bâtiments et prairies d'une installation d'alpage intermédiaire, placée entre la ferme de la vallée et les alpages supérieurs.
Étymologie Le français « muande » et son équivalent francoprovençal muando viennent du latin mutanda, gérondif du verbe mutare, « changer de place ». En ancien français, muer veut dire « changer »R. Grandsaignes d'Hauterive, Dictionnaire d'ancien français. Moyen Age et Renaissance, Larousse, 1947, p. 424, article « muër ».. En francoprovençal, le verbe mua ou muda signifie « changer de place ».
Toponymie
Le terme « muande » ne se rencontre plus aujourd'hui que dans la toponymie des départements des Hautes-Alpes et de l'Isère.
Le géographe Roger Brunet indique, en 2016, que « muande », pris dans le sens d'habitat considéré comme mobile, ou du moins abritant des bergers itinérants, Roger Brunet, Trésor du terroir. Les noms de lieux de la France, CNRS Éditions, 2016 (livre électronique Google).. Pour ce département, on rencontre les Muandes (Embrun), le col des Muandes (Névache), la crête des Muandes, le lac des Muandes, le torrent des Muandes, la cabane des Muandes, le jas de la Muande (Villar-Loubière), la cabane de la Muande, la brèche de la Muande (La Chapelle-en-Valgaudemar), la pointe de la Muande, la cascade de la Muande (vallée de Valgaudemar), la Muandasse (= la grosse muande), le Muandon (= la petite muande) (La Chapelle-en-Valgaudemar), etc. Le département de l'Isère en compte quelques-uns : le vallon de la Muande, le torrent de la Muande (Saint-Christophe-en-Oisans), le ruisseau de la Muande et la vallée de la Muande (Saint-Christophe-en-Oisans). Toutefois, dans le cas d'un cours d'eau, l'hydroyme « muande » peut renvoyer à une rivière qui change souvent de litAbbé Moutier, Les noms de rivières en Dauphiné : étude philologique, Montélimar, 1881, p. 12..
Le toponymiste Ernest Nègre, dans sa Toponymie générale de la France, parue en 1998, donne comme origine des lieux-dits col de la Muande et montagne de la Muande, sur l'ancienne commune de Guillaume-Peyrouse dans les Hautes-Alpes, les termes occitans mutando et muando signifiant Ernest Nègre, Toponymie générale de la France, Librairie Droz, 1998, p. 1420..
Polysémie
« Muande », en tant que nom commun, a eu des acceptions en rapport principalement avec l'étape intermédiaire des trois étapes de la transhumance alpine pratiquée autrefois dans certaines parties du Dauphiné, de la Savoie et du Piémont italien (Alpes occidentales)La transhumance alpine, qui a connu son âge d'or jusqu'à la Première Guerre mondiale, est aujourd'hui atrophiée, voire disparue, du fait de l'exode rural et du déclin de l'agriculture de montagne ; cf. Roger Béteille, article « transhumance », Encyclopedia Universalis. : la ferme principale dans la vallée avec ses jardins, champs et prairies artificielles, occupée de l'automne au printemps ; la fermette de moyenne montagne ou montagnette, vers 1500 m d'altitude, avec ses prés de fauche, occupée en juin à l'aller puis à la mi-septembre / mi-octobre au retour) ; les alpages supérieurs avec leurs chaletsLe « chalet » d’alpage est au sens originel un pâturage bien situé où l’on rassemble le troupeau (Valais et Vallée d’Aoste) ; deuxièmement un enclos pour le troupeau ; troisièmement une habitation de berger et une fromagerie (Beaufortain, Suisse romande)., à une altitude de 1600 à 2000 m, de juin à la mi-septembre / mi-octobre, date de la transhumance hivernale et du retour à la ferme principalePaul Guichonnet, Article « Remue », Encyclopedia Universalis.Jean-Claude Duclos, Marc Mallen, Transhumance et diversité : du passé au présent, Revue de géographie alpine, t. 86, No 4, 1998, pp. 89-101, en part. p. 89 : .
« Parcelle contenant maison, grange, stalle, pré et champs » Décrivant l'habitat montagnard de la vallée de Ceillac (Hautes-Alpes) à la fin du et au début du , l'historien Fabrice Mouthon définit la muande comme une dans un hameau situé au pied des pâtures d'altitude. La possession d'une muande permettait à son propriétaire forain (non résident) d'accéder à l'alpage proche à l'instar des résidents du hameau, chaque muande confinant par au moins un de ses côtés à une draille menant à l'alpageFabrice Mouthon, L'habitat montagnard à la fin du et au début du dans la vallée de Ceillac (Hautes-Alpes), Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionaliste d'ethnologie, 2001, 29-4, pp. 45-70..
« Remue » Dans son ouvrage sur les alpages dans le pays de Beaufort en Savoie du Moyen Âge au (1993), l'ethnologue Hélène Viallet donne « muande » comme , terme qu'elle définit comme , le « chalet » étant un . Elle ajoute que Hélène Viallet, Les alpages et la vie d'une communauté montagnarde : Beaufort du Moyen Âge au , Mémoires et documents publiés par l'académie salésienne, Documents d'ethnologie régionale No 15, 1993, 275 p., pp. 53 et 243..
« Pâturage d'altitude » Dans le volume 25 de la revue Observations sur la physique, sur l'histoire naturelle et sur les arts (1784), le médecin Prunelle de Lierre rapporte que Et l'auteur de préciser que Prunelle de Lierre, Voyage à la partie des Montagnes de Chaillot-le-Vieil près la vallée de Champoléon en Dauphiné, Observations sur la physique, sur l'histoire naturelle et sur les arts, vol. 25, 1784, 480 p., pp. 174-190, p. 181, note 1..
« Petite maison de campagne » Dans Lettres sur les vallées de Lanzo, opuscule en français publié à Turin en 1823, Louis Francesetti, comte de Mezzenile, décrit la vie pastorale dans les vallées francoprovençales du Piémont, notamment dans les « prairies » de Mezzenile, commune dépendant de la ville de Turin. Dans ces prairies où l'on fait paître les vaches en automne, après qu'elles sont descendues des hautes montagnes où elles passent l'été, des habitants possèdent , ce qu'on appelle muanda (muande en français). , écrit Louis Francesetti, et qui sont Louis Francesetti (Comte de Mezzenile), Lettres sur les vallées de Lanzo, Turin, 1823, VII p. + 143 p., p. 25..
« Chalet » Jean-Armand Chabrand et Albert de Rochas d'Aiglun, dans leur Patois des Alpes Cottiennes (briançonnais et vallées vaudoises)Les vallées vaudoises sont une région principalement francophone du Piémont italien formée par la vallée alpine de Pellice et par celle du Chisone, son affluent. Elle regroupe les principales communautés vaudoises. (1877), donnent « muande » comme équivalent de « chalet » () et définissent « chalet » comme . Et d'ajouter : J.-A. Chabrand et A. De Rochas d'Aiglun, Patois des Alpes Cottiennes (briançonnais et vallées vaudoises), Maisonville et fils et Honoré Champion, 1877, p. 92..
À la même époque, en 1879, E. Guigues, membre de la sous-section d'Embrun du Club alpin français, écrit qu'au Mont-Guillaume, E. Guigues, Annuaire du Club Alpin Français, vol. 5, 1879, p. 238, chap. X, « Aux environs d'Embrun (Hautes-Alpes) », pp. 237-243..
« Habitat d'été » Pour le géographe Philippe Arbos, auteur de l'ouvrage La vie pastorale dans les Alpes françaises (1923), les « muandes » sont des Philippe Arbos, La vie pastorale dans les Alpes françaises. Étude de géographie humaine, A. Colin, 1923, 716 p., p. 388..
« Alpage ou chalet ou étable » Le géographe André Allix, dans son ouvrage Un pays de haute montagne: l'Oisans. Étude géographique (1929), observe que , ajoute-t-il, André Allix, Un pays de haute montagne: l'Oisans. Étude géographique, Impr. Allier père et fils, 1929, 915 p., p. 332..
Dernier avatar Dans la édition, revue et complétée, du glossaire Les noms de lieux en France de l'ingénieur en chef géographe André Pégorier (2006), le terme « muande » est donné comme synonyme de « cabane de berger » dans les Hautes-Alpes. Cependant, quelques mots plus loin, on trouve l'équivalent francoprovençal mudando et sa variante mutando et l'équivalent français muande définis comme André Pégorier, Les noms de lieux en France, édition revue et complétée par Sylvie Lejeune et Élisabeth Calvarin, Commission de toponymie, IGN, Paris, 2006, 519 p., p. 322. La définition de mudando / mutando / muande est apparemment empruntée à Lou Tresor dóu Felibrige de Frédéric Mistral.. L'assimilation de la « muande » à la cabane de berger se retrouve, toujours en 2006, dans Vocabulaires et toponymie des pays de montagne, ouvrage de Robert Luft, membre du Club alpin français de Nice–MercantourVocabulaires et toponymie des pays de montagne, Club alpin français de Nice–Mercantour, 2006, 124 p., p. 89.. On cherchera en vain cette acception inusitée dans le Patois des Alpes Cottiennes de Jean-Armand Chabrand et Albert de Rochas d'Aiglun (1877) ou dans Les noms du patrimoine alpin de Hubert Bessat et Claudette Germi (2004)Hubert Bessat, Claudette Germi, Les noms du patrimoine alpin : atlas toponymique II, Savoie, Vallée d'Aoste, Dauphiné, Provence, Ellug, 2004, 462 p.. Ce contresens provient vraisemblablement du toponyme « La cabane de la Muande ».
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Pastoralisme
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