Sébastien-Roch Nicolas, qui prit par la suite le nom de Chamfort, est un poète, journaliste et moraliste français, né le à Clermont-FerrandActe de baptême à Clermont-Ferrand (paroisse Saint-Genès), vue 428/515. et mort le à Paris.
Biographie Jeunesse Aujourd’hui encore, la naissance de Chamfort est entourée de nombreux mystères. D'après le registre des naissances de la paroisse de Saint-Genès, à Clermont-Ferrand, Chamfort serait né le , fils légitime de François Nicolas, marchand épicier, et de Thérèse Croiset, son épouseChamfort s'en fit délivrer le 26 juin 1778 une copie conforme retrouvée dans ses papiers après sa mort. Voir Maurice Pellisson, Chamfort : étude sur vie, son caractère et ses écrits, : « Origine et éducation », et Julien Teppe, Chamfort, sa vie, son œuvre, sa pensée : sa vie, son œuvre, sa pensée, P. Clairac, 1950, 166, .. Toutefois, un second registre, le nommant « Sébastien Roch » le fait naître le de « parents inconnusLe Dr Goyon, Maurice Pellisson, Chamfort : étude sur vie, son caractère et ses écrits, : « Origine et éducation », et Émile Dousset, Sébastien-Roch-Nicolas Chamfort, un moraliste du et son temps, , pensent que c'est le véritable état-civil de Chamfort. Voir John Renwick, Chamfort devant la postérité, 1794-1984, Voltaire Foundation at the Taylor Institution, 1986, 208, , et Jean Sgard, Jean-Daniel Candaux, Dictionnaire des journalistes, 1600-1789, Voltaire Foundation, 1999, , 1091, , . Voir l'acte de baptême précité, vue 433/515.. Selon Claude Arnaud, en revanche, il est baptisé le en l'église Saint-Genès ; il reçoit exactement le même nom de baptême qu'un autre enfant mort, baptisé le Claude Arnaud, Chamfort : A Biography, . ». Quoi qu'il en soit, tous ses biographes s'accordent à considérer que Chamfort était un enfant naturelMaurice Pellisson, Chamfort : étude sur vie, son caractère et ses écrits, : « Origine et éducation ».. Selon la tradition locale, il est le fils naturel de Jacqueline de Montrodeix, née Cisternes de Vinzelles, et de Pierre Nicolas, un chanoine de la cathédrale Notre-Dame de Clermont-FerrandVoir André Role, Luc Boulet, Georges Cabanis, le médecin de Brumaire le médecin de Brumaire, Fernand Lanore, 1994, 420, ; Maurice Pellisson, Chamfort : étude sur vie, son caractère et ses écrits, Lecène, Oudin et , 1895, 309, ; Émile Dousset, Sébastien-Roch-Nicolas Chamfort et son temps, Fasquelle, 1943, 235, , qui cite la Biographie d'Auvergne ; Julien Teppe, Chamfort, sa vie, son œuvre, sa pensée : sa vie, son œuvre, sa pensée, , qui cite Tardieu.Un Pierre Nicolas fut effectivement chanoine de la cathédrale de Clermont-Ferrand de 1741 à 1783. Voir Maurice Pellisson, Chamfort : étude sur vie, son caractère et ses écrits, : « Origine et éducation »., tandis que d'après Roederer, il s'agirait d'un chanoine de la Sainte-ChapelleVoir Paul Toublanc, Chamfort : moraliste du siècle des lumières : essai, L'Harmattan, 2005, 139, .. D'après cette version, l'enfant a été adopté par l'épicier François Nicolas, parent de Pierre Nicolas, et sa femme, Thérèse Creuzet ou CroizetVoir, Claude Arnaud, Chamfort : A Biography, ; Paul Toublanc, Chamfort : moraliste du siècle des lumières : essai, L'Harmattan, 2005, 139, .Les registres de la paroisse de Saint-Genès contiennent, à la date du 26 juin 1784, l'acte de décès de « Thérèse Creuzet », veuve de François Nicolas, morte la veille à l'âge de 84 ans environ. Voir Maurice Pellisson, Chamfort : étude sur vie, son caractère et ses écrits, : « Origine et éducation »., qui auraient, selon Joseph Epstein, perdu leur propre enfant, né le même jour que lui« Chamfort, an introduction » par Joseph Epstein, , dans Claude Arnaud, Chamfort : A Biography..
Certains ouvrages le font naître le Notamment Michel Gaudart de Soulages et Hubert Lamant, Dictionnaire des francs-maçons français, Albatros, 1980, 589, ; Claudette Hould, La Révolution par l'écriture : les Tableaux de la Révolution française, une entreprise éditoriale d'information (1791-1817), Réunion des Musées nationaux, 2005, 511, ; Jacques-Henry Bornecque, La France et sa littérature, guide complet dans le cadre de la civilisation mondiale, A. Desvigne, 1968, 896, ., voire le présentent comme le fils d'une paysanneArtaud de Montor, Encyclopédie des gens du monde, Treuttel et Würtz, 1844, ; François-Xavier Feller, Biographie universelle des hommes qui se sont fait un nom par génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, Paris & Lyon, J-B Pélagaud, 1867, , ., ou d'une dame de compagnie d'une riche familleAuguste Alexandre Ducrot, Le Correspondant, 1843, ., et d'un père inconnu.
À partir de 1750, il fit ses études comme boursier au collège des Grassins, sur la montagne Sainte-Geneviève, à Paris, recommandé par Jacques Morabin. ; il y remporta les premiers prix de l'Université. Il s'y montra un élève brillant et fantasque, qui alla jusqu'à faire une fugue au cours de laquelle il pensa s'embarquer pour l'Amérique avec un camarade, Pierre Letourneur, le futur introducteur d'Ossian en France, et partit pour le port de Cherbourg. On lui pardonna et il put terminer ses études.
Il prit en entrant dans le monde le nom de « Chamfort » à la place du simple nom de Nicolas qu'il avait porté jusque-là.
Carrière littéraire
vignette|Nicolas Chamfort jeune. Débutant par quelques articles au Journal encyclopédique et une collaboration au Vocabulaire français, il se fit connaître de bonne heure par des prix de poésie remportés à l'Académie, donna au Théâtre-Français quelques comédies qui réussirent, et s'attacha pour vivre à diverses entreprises littérairesCf. .. Il fit une carrière d'homme de lettres qui le conduisit à l'Académie, mais contracta très tôt la syphilis, maladie vénérienne dont il ne guérit jamais véritablement et qui, outre de le tenir dans un état valétudinaire tout le reste de sa vie, donna à son œuvre une teinte d'amertume et de misanthropie. Initié à la franc-maçonnerie en 1778, il fut élu à l'Académie française en 1781 au fauteuil .
Sa réputation parvint jusqu'aux membres de la famille royale. Il fut choisi par le prince de Condé pour être secrétaire de ses commandements. Il devint ensuite en 1784 secrétaire ordinaire et du Cabinet de Madame Elisabeth, sœur du roi Louis XVI. Avant la Révolution, il fut un des écrivains les plus appréciés par les salons parisiens ; brillant et spirituel, il écrivit des pièces de théâtre.
L'œuvre la plus célèbre et la seule lue de Chamfort a été publiée en 1795 par son ami Pierre-Louis Ginguené : Maximes et pensées, caractères et anecdotes, tirée des notes manuscrites qu'il avait laissées de Maximes et Pensées et de Caractères et Anecdotes.
Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort souhaitait publier ses écrits sous le titre de Produits de la civilisation perfectionnée.
Vie sentimentale
À l'été 1781, il entama une liaison avec Anne-Marie Buffon, veuve d'un médecin du comte d'Artois, un peu plus âgée que lui, qui fut le grand amour de sa vie. Au printemps 1783, le couple se retira dans un manoir appartenant à Madame Buffon, où celle-ci mourut brusquement le suivant.
Désespéré, Chamfort écrivit ce poème, où transparaît sa douleur :
Révolution
Accueillant avec enthousiasme la venue de la Révolution française, il suivit les États généraux à Versailles. Engagé par Mirabeau comme rédacteur anonyme de son journal, il assista au serment du Jeu de Paume et applaudit à la prise de la Bastille. Éminence grise de Talleyrand et de Mirabeau, dont il rédigeait partiellement les discours et les rapports, il entra avec eux à la Société des Trente. Lié à Sieyès, il trouva le titre de sa brochure : Qu'est-ce que le tiers état ?. Par ailleurs, plusieurs journaux, en particulier le Mercure de France, l'accueillaient dans leurs colonnes.
Il entra, avec Talleyrand et Mirabeau, au club de 1789, fondé par La Fayette en , où il ne demeura qu'un an, avant de le quitter au moment de la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes, et rejoignit le Club des jacobins, où il fut élu au comité de correspondance, avec pour mission d'empêcher l'adhésion des filiales provinciales au Club des feuillants.
Quand l'Assemblée constituante se sépara, il quitta les jacobins et se présenta, en vain, à l'Assemblée législative, avant de se consacrer à la publication des Tableaux de la Révolution française. À l'époque, il appela à une radicalisation de la Révolution.
Opposé, comme Robespierre, à la guerre contre l'Autriche, il rallia cependant la Gironde, plus « par affinité de personne que par choix politiqueClaude Arnaud, Chamfort, 1988.. » Rédacteur en chef de la Gazette de France, selon toute probabilité, de à , le ministre de l'Intérieur Jean-Marie Roland de La Platière le nomma bibliothécaire de la Bibliothèque nationale le , cependant que Manon Roland l'accueillait dans son salon.
par le ministre des Affaires étrangères Lebrun d'une correspondance secrète avec les indépendantistes irlandais, afin de sonder leurs dispositions, correspondance qui fut saisie lors de son arrestationOlivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de l'Empire, Paris, Perrin, 1995, , et Isabelle Laboulais-Lesage, Lectures et pratiques de l'espace : l'itinéraire de Coquebert de Montbret, savant et grand commis d'État, 1755-1831, Champion, 1999, 753, ..
En effet, pour s'être réjoui de la mort de Marat, il fut dénoncé le par un employé de la bibliothèque et emprisonné aux Madelonnettes, le . Relâché deux jours plus tard sur ordre du Comité de sûreté générale, il demeura sous surveillance avec deux autres bibliothécaires, le neveu de l'abbé Barthélemy et Grégoire-Desaunays, et tenta en vain de se disculper. Le , il démissionna de la Bibliothèque nationale.
Tentative de suicide et mort vignette|Plaque au rue Chabanais à Paris. Toutefois, de nouveau menacé d'arrestation, et ne supportant pas l'idée de retourner en prison, il tente de se suicider le . Sa tentative représente le comble du suicide raté : il s'enferme dans son cabinet et se tire une balle dans le visage. Le pistolet fonctionne mal et, s'il perd le nez et une partie de la mâchoire, il ne parvient pas à se tuer. Il se saisit alors d'un coupe-papier et tente de s'égorger mais, malgré plusieurs tentatives, ne parvient pas à trouver d'artère. Il utilise alors le même coupe-papier pour « fouiller sa poitrine » et ses jarrets.
Épuisé, il perd connaissance. Son valet, alerté, le retrouve dans une mare de sang. Malgré tous les efforts de Chamfort pour se supprimer, on parvient quand même à le sauver grâce à une intervention chirurgicale. Il n'est pas remis de ses blessures quand, fin , les poursuites à son encontre sont abandonnées. Atteint d'une humeur dartreuse et très affaibli, il meurt le suivant au 10, de la rue Chabanais à Paris.
Œuvres
Ses écrits les plus estimés au selon le Dictionnaire Bouillet sont : Éloge de Molière, couronné (1769) ; Éloge de La Fontaine (1774) ; La Jeune Indienne (1764) ; Le Marchand de Smyrne, comédies (1770) ; Mustapha et Zéangir, tragédie (1778) ; Maximes et Pensées, Caractères et Anecdotes (1795), à titre posthume.
Plusieurs de ses ouvrages se sont perdus, entre autres un Commentaire sur La Fontaine (il n'en a paru qu'une partie dans les Trois Fabulistes, 1796).
Ses œuvres ont été rassemblées en tout ou partie : par Pierre Louis Ginguené, 1795, 4 vol. in-8°. ; par Charles Joseph Colnet Du Ravel, 1808, 2 vol. in-8° ; par Pierre René Auguis, 1824, 5 vol. in-8° ; par Pierre Grosclaude, 1953, 2 vol. (Imprimerie Nationale) par Lionel Dax, 2009, 2 vol.
Chamfort brillait surtout par l'esprit : on a fait, sous le titre de Chamfortiana, un recueil de ses bons mots, paru en 1800.
Influence de Chamfort