L'opération Colère de Bohoma a lieu du au pendant l'insurrection de Boko Haram.
Prélude
Le , tchadiens sont tués dans une attaque de Boko Haram contre la base de Bohoma, sur une île du lac TchadAu Tchad, l’armée ébranlée par la mort d’une centaine d’hommes, Le Monde avec AFP, 26 mars 2020.. Pour l'armée tchadienne, le bilan est le plus lourd jamais enregistré dans un combat contre les djihadistes. Le président tchadien Idriss Déby déclare : .
L'opération vise les deux factions rivales de Boko Haram, l'État islamique en Afrique de l'Ouest (EIAO) et le Groupe sunnite pour la prédication et le djihad.
Déroulement L'armée tchadienne lance son opération le 52 militaires tchadiens tués dans une opération contre Boko Haram, AFP, 9 avril 2020.Laurent Lagneau, Le Tchad lance l’opération « Colère de Bohoma » contre les jihadistes présents au Nigéria et au Niger, Opex360.com Zone militaire, avril 2020.. Au moins hommes sont alors déployés dans la région du lac Tchad. Un bataillon de 480 hommes en route pour la « région des trois frontières » entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger est rappelé en urgence. Le président Idriss Déby prend lui-même le commandement, dirigeant les opérations en uniforme depuis l'île de Kaiga-Kindjiria. Il signe un décret déclarant « zones de guerre » les départements de Fouli et de Kaya, situés dans la province du Lac, à la frontière avec le Niger et le Nigeria.
La télévision tchadienne publie les premières images de combats, montrant d'abord ses hélicoptères en action, puis bientôt des images de tués et prisonniers parmi les djihadistes. Un message d'Abubakar Shekau où il demande à ses troupes de faire face à l'offensive est publié, ce qui indique que son groupe est également visé. Il demande également aux Tchadiens de se rebeller contre leur président qui se bat pour l'ignorance (jahl en arabe).
L'armée se porte également en profondeur, jusque dans les zones du lac situées en territoire nigérien et nigérian. Le Nigeria déclare soutenir militairement l'opération, bombardant Tumbun Fulani sur les bords du lac. Le , Idriss Déby déclare qu'il n'y a plus . Le , le porte-parole du gouvernement, Oumar Yaya Hissein, déclare quant à lui qu'il n'y a Le Tchad clame s'être débarrassé de Boko Haram, Le Figaro avec AFP, 7 avril 2020.. L'opération prend fin le .
Pertes Le porte-parole de l'armée tchadienne, le colonel Azem Bermendoa Agouna, déclare le à l'AFP que 52 soldats tchadiens ont été tués dans l'opération. Ce nombre est assez semblable à celui revendiqué par l'EIAO, qui revendique la mort de 70 militaires, plus d'autres tués dans une frappe aérienne tchadienne mal guidée.
Du côté des djihadistes, l'armée revendique un bilan de morts et de 50 pirogues motorisées détruites. Le bilan des pertes djihadistes est cependant invérifiable et est probablement exagéréLaurent Larcher, Contre Boko Haram, le Tchad revendique un triomphe invérifiable, La Croix, 11 avril 2020.Cyril Bensimon, Tchad : face aux djihadistes, les coups de colère, de com’ et de bluff du président Idriss Déby, Le Monde, 16 avril 2020.. Une source militaire du Monde parle de plusieurs centaines de morts dans les rangs des djihadistes. La Fondation Jamestown estime également le bilan officiel donné par le gouvernement tchadien est probablement exagéré, indiquant que les images publiées par les autorités tchadiennes ne montrent que quelques dizaines de combattants djihadistes tués. De nombreuses images montrent également des camions chargés d'armement capturé.
58 prisonniers sont transférés dans la capitale tchadienne mais 44 sont découverts morts dans leur cellule le . L'autopsie, effectuée sur quatre cadavres, indique .Tchad: les questions se multiplient sur la mort en cellule de 44 prisonniers, RFI, 21 avril 2020.Tchad : mort suspecte de 44 jihadistes de Boko Haram dans une prison de N’Djamena, France info avec agences, 20 avril 2020.. Les autorités tchadiennes évoquent un possible suicide collectif, tandis que la Convention tchadienne de défense des droits de l'Homme (CTDDH) estime que les prisonniers, dont l'appartenance à Boko Haram n'est selon elle pas avérée, pourraient avoir succombé à cause de mauvais traitements, comme l'absence d'eau et de nourriture. Cette dernière version est confirmée par la Commission nationale des droits de l'Homme qui indique le dans un rapport que ce sont les conditions de détention (cellule exiguë, la chaleur, la soif et la faim) qui Détenus tchadiens retrouvés morts: la thèse de l'empoisonnement écartée, AFP, 8 août 2020.. Selon ce rapport, les gardiens . Il indique également que et que selon . Les quatorze détenus survivants affirment pour leur part avoir été arrêtés pour avoir violé l'état d'urgence et l'interdiction de déplacement instaurés dans la région du lac Tchad avant l'opération militaire.
Conséquences L'opération, très médiatisée, voit l'affluence de messages de soutien envers l'armée tchadienne via les réseaux sociaux tchadiens. Elle permet à Idriss Déby de recréer un consensus national vis-à-vis des opérations militaires, après les attaques controversées des forces armées contre des groupes d'autodéfense de Miski en 2018 et 2019.
Après s'être plaint quelques jours plus tôt que le Tchad est , Idriss Déby annonce le le retrait de ses hommes des opérations militaires des zones extérieuresBassin du lac Tchad : Idriss Déby Itno se retire des opérations antidjihadistes, Le Point, 13 avril 2020.. Il déclare : Le succès de l’offensive éclair du Tchad contre les djihadistes sera-t-il durable ?, Le Monde avec AFP, 13 avril 2020.. Cependant selon un communiqué publié le par le Ministère tchadien des Affaires étrangères, la décision ne concerne ni le G5 Sahel, ni la MINUSMA, mais uniquement le bassin du lac Tchad.
Selon le journaliste du Monde, Cyril Bensimon : . Il cite également une source officielle française : . Le Tchad prévoyant d'être victime de graves problèmes économiques avec la pandémie de Covid-19 et la chute des cours du pétrole, l'opération est l'occasion pour Déby de se mettre en avant afin de garder le soutien de ses partenaires étrangers.
Après l'arrêt de l'opération au bout de deux semaines, l'EIAO n'est pas vaincu et continue ses opérations, menant le une attaque sur deux embarcations militaires tchadiennes près de Ngouboua. Quatre soldats sont tués, un cinquième est capturé avant d'être exécuté le . En réponse à l'opération, la faction de Shekau aurait, elle, tué le le chauffeur d'une équipe médicale enlevée en 2019.
Références
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