Richard Allen, né le à Philadelphie dans l'État de Pennsylvanie, mort le à Philadelphie, est un Américain né dans la condition d'esclave qui a marqué l'histoire du mouvement américain des droits civiques.
En 1777, il se convertit au méthodisme.
En 1780, il achète sa manumission. Une fois affranchi, il accompagne Freeborn Garrettson, un pasteur méthodiste qui parcourt la Nouvelle-Angleterre pour prêcher l'enseignement de John Wesley, et devient sous sa houlette un prédicateur itinérant. En 1799, Francis Asbury, un évêque méthodiste ordonne Richard Allen, diacre. Pour garantir la liberté des fidèles afro-américains, Richard Allen fonde en 1816 l'Église épiscopale méthodiste africaine (AME) dont il est le premier évêque élu.
Avec le prêtre épiscopalien Absalom Jones, il fonde à Philadelphie la Free African Society, première institution d’entraide afro-américaine de la ville. Toujours avec Absalom Jones, il est l'un des pères fondateurs de la franc-maçonnerie Prince Hall.
Avec James Forten, il s'oppose aux implantations d'Afro-Américains affranchis au Liberia organisée par l'American Colonization Society (ACS).
Fondateur également de la théologie de libération, il est considéré comme étant le premier pionnier noir du mouvement des droits civiques en faveur des Afro-Américains.
Les écrits de Richard Allen ont influencé les penseurs et leaders de la communauté afro-américaine de Frederick Douglass à Martin Luther King.
Biographie Genèse d'un fondateur Les parents de Richard Allen et leurs quatre enfants sont vendus à Benjamin Chew, un avocat de Philadelphie, et c'est dans cette ville, dans une des trois plantations de Benjamin Chew, que Richard Allen naît dans la condition d'esclave.
Vers 1767 ou 1768, lui et sa famille sont vendus à un voisin de Benjamin Chew, Stokley Sturgis, qui possède une ferme à Dover dans la vallée du fleuve Delaware.
En 1777, sa mère et ses trois frères et sœurs sont vendus, probablement pour payer des dettes de Stokley Sturgis. Richard ne les reverra plus jamais.
Philadelphie, ville de la naissance du mouvement abolitionniste La ville de Philadelphie est le lieu où commence, sous l'impulsion de Quakers tels que Antoine Bénézet et John Wollman, les premières actions pour demander l'abolition de l'esclavage. C'est à Philadelphie que se crée la première société antiesclavagiste américaine la Pennsylvania Abolition Society, le .
Richard Allen grandit dans cet environnement où se confrontent abolitionnistes et esclavagistes.
En 1780, Benjamin Franklin, devenu président de la Pennsylvania Abolition Society, fait adopter par l'État de Pennsylvanie l’ qui déclare que tout Afro-Américain né après 1780 est émancipé à ses .
À côté des Quakers, une autre Église s'oppose à l'esclavage. C'est l'Église méthodiste fondée par George Whitefield et John Wesley, dissidence de l'Église anglicane, largement inspirée par le mouvement dit du Grand réveil. John Wesley, le théologien de l'Église méthodiste, a en aversion toutes les formes d'esclavage qu'il juge inconciliable avec tout , il est pour une interdiction de , il condamne l'esclavage comme confiscation de droits fondamentaux . Pendant la Guerre d'indépendance des États-Unis, des missionnaires itinérants méthodistes sillonnent les divers États pour diffuser le message abolitionniste de John Wesley.
La conversion au christianisme En 1777, Richard Allen se rend à une réunion animée par un prêtre méthodiste itinérant. Cette rencontre le conduit à se convertir au christianisme. Il rejoint la congrégation méthodiste locale et commence à organiser des réunions locales destinées aux Afro-Américains.. Sa conversion au méthodisme et à la pensée de John Wesley est liée, notamment, à l'opposition du méthodisme à l'esclavage et à son interprétation accessible de la Bible, conversion profonde qui le marque pour le restant de sa vie.
La liberté En 1780, il achète sa liberté auprès de son maître pour une somme de , soit l'équivalent de continental. Il lui faut trouver un nom à accoler à son prénom Richard ; jusque-là, il était le . D'après l'historien Gary B. Nash, le nom de « Allen » aurait été choisi en hommage à William Allen qui, après avoir été procureur, a siégé à la tête de la Cour suprême de la Pennsylvanie. L'historien américain Richard S. Newman, spécialisé dans les African-American studies et auteur d'un essai de référence consacré à Richard Allen (Freedom’s Prophet: Richard Allen, the AME Church, and the Black Founding Fathers), reprend la thèse de Gary B. Nash. gauche|vignette|Portrait du révérend Freeborn Garrettson. Une fois libre, Richard Allen gagne sa vie en travaillant comme cocher, bûcheron, maçon tout en accompagnant un prêtre méthodiste itinérant, Freeborn Garrettson, avec qui il fait son apprentissage de prédicateur auprès de publics composés aussi bien d'Afro-Américains que de Blancs dans divers États comme le Maryland, le Delaware, la Pennsylvanie et le New Jersey. Grâce à Freeborn Garretson, il fait la connaissance d'un autre méthodiste, l'évêque Francis Asbury. Ils partagent le même intérêt pour la simplicité du méthodisme, l'un comme l'autre prennent plaisir à célébrerlire en ligne quotidiennement les prières rituelles. De leur rencontre naît une solide amitié, Francis Asbury devient un fidèle soutien de Richard Allen. Fort de cette amitié, en 1786, Francis Ashbury le prend comme prédicateur d'abord à Radnor en Pennsylvanie puis à Philadelphie où ils vont s'installer.
Autonomiser la communauté afro-américaine de Philadelphie La cité de la fraternité En 1786, après avoir prêché à Philadelphie, grâce à Francis Asbury, Richard Allen est nommé conférencier auprès de la St. George's United Methodist Church (Philadelphia). La ville de Philadelphie est propice à développer un auditoire afro-américain, en effet la ville compte plus de d'Afro-Américains libres, soit personnes dont personnes libres et esclaves. Philadelphie surnommée la est devenue la capitale des Afro-Américains libres. L'influence de la Pennsylvania Abolition Society fera dire plus tard par James Forten, un compagnon de route de Richard Allen, que : . Cela dit, malgré l'influence des abolitionnistes, la position des Blancs vis à vis des Afro-Américains est ambivalente, le nombre croissant d'Afro-Américains provoquent des sentiments d'anxiété, d'où des mesures de restrictions d'affranchissement, des discriminations d'accès à certains emplois et des encouragements au retour en Afrique.
Gagner sa vie Pour gagner sa vie, Richard Allen après avoir été blanchisseur, cordonnier se fixe sur le métier de ramoneur à partir de 1789 ; métier qui de par son aspect de dangerosité était bien rémunéré. Pour éviter les risques d'incendie dans ce qui était la plus grande ville des États-Unis, les ramoneurs étaient assurés de travailler du mois de septembre au mois de mai. L'activité de son entreprise de ramonage marche si bien que Richard Allen va pouvoir employer des apprentis.
La Free African Society thumb|Plaque commémorative de la fondation de la Free African Society. Richard Allen, s’apercevant que les esclaves affranchis ne savent pas toujours quoi faire quand ils sont libres, juge nécessaire de les guider, de les conseiller, de les soutenir pour construire leur nouvelle vie. L'errance constatée, liée à une liberté non préparée, est utilisée par les esclavagiste qui vont clamer que les « nègres livrés à eux-mêmes sont des oisifs, des fainéants, qu'ils ne sont pas faits pour la liberté ». gauche|vignette|Absalom Jones. C'est pour cela, qu'en 1787, il fonde avec Absalom Jones et William White ce qui est probablement la première organisation afro-américaine, la Free African Society ; c'est une association d'entraide qui moyennant une cotisation mensuelle d'un shilling a pour but de venir en aide aux malades, orphelins, veuves afro-américains, de payer les frais de scolarité des enfants et les frais d'inhumation. Cette association est aussi un moyen de montrer que les Afro-Américains sont capables de se prendre en charge. Les abolitionnistes blancs saluent l'initiative. La Free African Society devient un modèle non seulement pour les Afro-Américains de Philadelphie, mais aussi pour l'ensemble des communautés afro-américaines du pays. Le souhait des deux fondateurs Richard Allen et Absalom Jones est également que la Free African Society devienne un lieu d'élaboration d'une culture afro-américaine. C'est sur ce modèle que vont se créer d'autres organisations à Boston et Newport. Une fois que Free African Society est arrivée à maturité, il la quitte en 1789, laissant la direction à Absolom Jones, pour se consacrer à son projet majeur : créer une église.
Créer une congrégation méthodiste afro-américaine Quand il rejoint la congrégation méthodiste de Saint George, celle-ci ne compte que cinq fidèles afro-américains.
Comme le nombre d'Afro-Américains augmente pour écouter son enseignement, cela provoque des tensions inter-ethniques, lors d'un office les doyens demandent aux Afro-Américains de quitter les places habituelles pour aller dans les balcons et en cas de récalcitrants, ils utiliseront la force.
Aussi Richard Allen décide de créer des horaires réservés aux paroissiens afro-américains. Malgré cela, les tensions demeurent et à la suite d'un incident provoqué par des paroissiens racistes l'ensemble des paroissiens afro-américains sous la direction de Richard Allen quittent définitivement l'église en 1787.
Lors d'une réunion de la Free African Society, Richard Allen propose la construction d'une église méthodiste à Philadelphie qui serait financée par elle et les Afro-Américains ; le projet est accepté. Il achète un ancien atelier de forgeron qu'il va aménager en église. En 1794 est inaugurée la Bethel Church qui est consacrée par l'évêque méthodiste Francis Asbury. Le nom de Bethel fait référence à un lieu biblique qui se traduit par .
En 1816, la Bethel Church est nommée la Mother Bethel A.M.E. Church, car elle devient l'église mère des églises qui se joignent à l'Église épiscopale méthodiste africaine (AME), la première Église afro-américaine indépendante fondée par des Afro-Américains pour des Afro-Américains.
Cette nouvelle Église est intégrée à la Conférence des églises méthodistes de Philadelphie. Cela dit, des personnalités méthodistes voient d'un mauvais œil les revendications d'autonomie de cette église, d'autant qu'elle ne possède aucun clergé propre. Le , Richard Allen signe un engagement indiquant que cette nouvelle église restera fidèle à la tradition méthodiste.
En 1798, avec Absalom Jones, il fonde la loge maçonnique l’.
En 1799, Francis Asbury ordonne Richard Allen, diacre, ce qui fait de lui le premier diacre afro-américain. C'est la première étape pour affranchir l'église d'une tutelle du clergé blanc, et un premier pas pour que Richard Allen devienne un prêtre. vignette|Portrait de Daniel Coker par le peintre Joshua Johnson. Afin d'élargir son église, il rencontre un autre méthodiste afro-américain, Daniel Coker, très actif à New York et Baltimore. Comme lui il a acheté son affranchissement, et comme lui il a été ordonné diacre en 1802 par Francis Asbury. En 1816, avec Richard Allen, il fait partie des fondateurs de l'Église épiscopale méthodiste africaine.
La terreur de la fièvre jaune, espoirs et déceptions Lors de l'été 1793, une épidémie de fièvre jaune s'abat sur Philadelphie, les habitants se barricadent chez eux, la ville entière est mise en quarantaine. Sur les habitants de la ville, on estime que , poussés par la peur, ont fui la ville. Les hôpitaux sont débordés, les réunions sont suspendues, la ville est en panique. Richard Allen est infecté en fin septembre et le , il est admis à Bush Hill, un hôtel particulier transformé en hôpital, il en sort guéri le .