Selon le Conseil national de l'innovation pour la réussite scolaire, une pratique pédagogique innovante est une action pédagogique caractérisée par l'attention portée à l'apprenant et à son cadre éducationnel (bien-être, conditions et qualité des apprentissages).

L' innovation pédagogique est un effet combiné de méthodologie de conduite au changement et de créativité des membres du personnel d'un établissement et des élèves..

Définition Le terme « innovation » désigne le fait d'introduire quelque chose de nouveau dans un domaine particulier. Ainsi l'innovation pédagogique doit être perçu comme une nouveauté proposée, un changement, une création, une transformation ou encore une invention dans les domaines de la pédagogie et de l’enseignement. L'innovation concerne non seulement l'accompagnement des élèves, mais également l'apprentissage. L’innovation concerne l’ensemble des disciplines scolaires, appelé sans cesse à se renouveler et à s'améliorer. À cet effet, on considère que l'innovation est une démarche transversale. Elle interroge les contenus et les représentations puisqu'elle naît le plus souvent d’une volonté de travailler différemment afin de répondre efficacement et avec pertinence aux besoins et difficultés des élèves. Elle est donc au cœur du système éducatif et bénéficie d'un cadre officiel depuis 2005 grâce à la Loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école qui reconnaît aux établissements le droit de mettre en place des expérimentations pédagogiques Loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'École du 23 avril 2005 (article L. 401-1 du code de l'éducation). , de nombreux projets ont fleuri sur les sites du Ministère de l'Éducation avec pour ambition commune d’innover pour une école des réussitesInnover pour une école des réussites, publication de la Direction générale de l'enseignement scolaire Département de la recherche et du développement de l'innovation et de l'expérimentation (DRDIE), novembre 2011 - . Tous les secteurs de la pédagogie peuvent s’y retrouver, que ce soit dans le domaine des nouvelles technologies (par l'enseignement des TICE par exemple) ou des architectures de classe, dans la façon d'enseigner ou dans la création de classes spécifiques avec des aménagements adaptés… Toutes les propositions et démarches contribuant à dynamiser l’acte même d'enseigner peuvent relever de l'innovation pédagogique.

Étymologie

Le terme d'innovation provient du latin innovare. Il est formé du préfixe in qui signifie « dans » ou représente l'idée de mouvement vers l’intérieur et de novare qui veut dire « nouveau » ou « changer ». On peut ainsi le traduire par : apporter du nouveau à quelque chose, le changer, le rendre nouveau, le renouveler. Une innovation pédagogique doit : être nouvelle au regard des pratiques existantes ; apporter un changement, une amélioration ; interroger la pertinence des processus éducatifs en place ; être durable et transférable (elle ne doit donc pas être éphémère ou isolée).

Le terme se retrouve ensuite au Moyen Âge, où sa définition évolue légèrement pour signifier « apporter une nouveauté à un objet déjà établi », qui axe son acception autour de l'idée de renouvellement. Au , sa définition englobe l’idée de surprise, ainsi que de création. Ce sens se rapproche de l’idée d’inventivité que le mot recoupe encore aujourd'hui. Son usage se déploie très largement durant le , puis le , selon Benoît GodinBenoît Godin, Innovation Studies : The Invention of a Specialty, Minerva, volume 50, numéro 4, 2012, .. Il est alors appliqué à de très nombreux champs parmi lesquels figure la pédagogie.

Cependant, les premières innovations pédagogiques se manifestent plus tôt. Dès le de nouvelles approches dans la façon d’enseigner, en rupture avec le fonctionnement de l’ancien régime, apparaissent. Ces premiers mouvements qui ne sont pas encore associés à l'idée d’innovation, témoignent pourtant de l'existence de changements dans les manières d'enseigner. Ils nous montrent également que le processus d'innovation ne fait jamais table rase du passé : c'est au contraire un mouvement progressif et irrégulier qui fait évoluer progressivement l'écoleM. Grandière, A. Lahalle (dir.), L'Innovation dans l'enseignement français (), Nantes-Lyon : SCEREN CRDP Pays de la Loire/INRP, 2004, 172 p..

En France Les sources dont nous disposons permettent de retracer avec précision les mouvements de l'innovation pédagogique survenus à partir du . À cette époque, les travaux de Jean Itard et Édouard Séguin autour de l'enfant sauvage, de Victor de l'Aveyron ou ceux de Ferrus, Falret et Bourneville autour de l'éducation à apporter aux enfants considérés comme « arriérés » sont les principaux témoins des dynamiques d'innovation à l'œuvre. Des travaux qui ont accompagné le développement de l'école républicaine traditionnelle de la première moitié du qui préfiguraient les recherches contemporaines sur l'inclusion. L'innovation pédagogique a ensuite connu une accélération forte à partir des années 1960. Les travaux de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, reprochant au modèle scolaire français de perpétuer les inégalités sociales (Les Héritiers), aux antipodes de l'un de ses principes fondateurs, ainsi que la révolution culturelle qui a accompagné mai 68, ont contribué à accélérer la dynamique d’innovation. Les propositions pédagogiques de Célestin Freinet ou de Maria Montessori commencent à se faire connaître.

Dans ce contexte des années 1960, l'Éducation nationale va commencer à penser l'innovation pédagogique et à la soutenir, au prix de ratés parfois spectaculaires, comme la réforme des « maths modernes ». Apparaissent ainsi les baccalauréats techniques ou les instituts universitaires de technologie (IUT) qui modifient en profondeur le paysage scolaire français. Des politiques de décentralisation favorisent le développement d'initiatives locales et personnelles. Un mouvement qui conduit à la mise en place du collège unique en 1978 et pose certaines des bases qui structurent encore l'école française d'aujourd'hui.

À la faveur du développement des technologies numériques éducatives, la question de l'innovation pédagogique fait un retour en force durant les années 2010. De nombreuses applications ou sites internet voient le jour (Khan Academy, Moodle, Padlet…). De nouvelles méthodes pédagogiques se déploient (pédagogie en ligne, pédagogie inversée, auto-apprentissage…). Le débat autour du numérique éducatif fait rage jusqu'en et le surgissement de la pandémie de Covid-19 qui conduit – en urgence – à la mise en place d'un programme dit de continuité pédagogiquehttps://www.education.gouv.fr/continuite-pedagogique-tous-mobilises-merciauxprofs-303276. Piloté par le ministère de l'Éducation nationale, ce programme consiste à utiliser massivement les technologies numériques pour pérenniser les processus éducatifs en période de confinement.

Des innovations pédagogiques

La pédagogie 3.0 La « pédagogie 3.0 » est un concept développé par le pédagogue Stéphane Coté. Sa pédagogie repose sur trois notions : l'autonomie, la permanence et la créativité : L'autonomie : Afin d'aider l'élève à comprendre les conséquences et les impacts de ses actions, un système monétaire et politique est mis en place. Chaque décision est prise de façon démocratique de manière que les élèves sont directement impliqués. Ils sont dotés d'une responsabilité en classe, prenant ainsi position dans la hiérarchie scolaire. La permanence de l'apprentissage : En se basant dans une étude d'Edgar Dale qui prouve que l'élève apprend mieux lorsqu'il agit, les élèves font les corrections de leurs exercices, créent des leçons et réalisent à la fin un bilan global. La créativité : Les élèves peuvent choisir les outils qu'ils souhaitent pour apprendre et transmettre le contenu du cours, favorisant le partage des connaissances avec ses camarades de manière ludique.

Classe inversée

La classe inversée consiste à fournir aux étudiants, en amont du cours, des documents afin qu'ils travaillent par eux-mêmes la théorie et qu'une fois en cours, ils appliquent leurs connaissances ainsi acquises à des situations concrètes qui leur sont proposées. Le Professeur n'assure plus la présentation des règles mais, en encadrant les étudiants, il aura néanmoins l'occasion d'expliquer ces règles et d'en donner des exemples d'application. Ses avantages sont : permettre à l'enseignant de remplir avant tout son rôle de guide ; augmenter la disponibilité de l'enseignant pour ses élèves ; permettre aux élèves de progresser à leur rythme et de développer leur autonomie ; les élèves sont plus engagés dans leur apprentissage et semblent plus motivés ; ils peuvent apprendre n'importe où, n'importe quand (l'accès à Internet aidant très largement).

La classe renversée La classe renversée consiste à inverser totalement les rôles entre enseignant et apprenant. Ainsi les apprenants construisent le cours, les contrôles de connaissances en prenant ainsi la place de l'enseignant alors que c'est l'enseignant qui va être noté, contrôlé par les apprenants. Pendant le temps des cours, les apprenants construisent ensemble les cours par groupe, les partagent, les confrontent et l'enseignant joue le rôle de coach, les oriente, les guide, les interpelle. Les apprenants sont notés au regard de leurs compétences, à s'organiser, à réfléchir, à construire dans un temps imparti, comme au sein d'une entreprise. Ses avantages sont : une redoutable efficacité pour assimiler des connaissances ; une excellente méthode d'apprentissage et d'enseigner soi-même ; les apprenants engagés deviennent acteurs à part entière de leur formation ; la classe renversée permet en outre de sortir de sa zone de confort et de gagner en assurance.

Le travail collaboratif Par travail collaboratif, il faut entendre d'une part, la coopération entre les membres d'une équipe et, d'autre part, la réalisation d'un produit fini. Ses avantages sont : il fait apparaître une dynamique de groupe qui peut faire émerger une véritable culture collaborative ; cette dynamique permet notamment le partage et la mise en commun des compétences et des connaissances, ainsi que leur transfert vers les apprenants initialement plus faibles ; elle favorise de ce fait l'apprentissage informel et participe à la capitalisation des connaissances ; cette dynamique collective donne la possibilité à chacun d'endosser un rôle de leader ; ce rôle peut donc sans cesse être réattribué au sein du groupe ; le travail collaboratif permet de valoriser les compétences de chaque apprenant et offre au groupe la possibilité de mobiliser l'intelligence collective en vue de réaliser un projet commun, d'atteindre un objectif et de choisir les solutions adaptées aux problèmes posés.

La formation à distance

Les principaux types de formation à distance sont : Les Massive Open Online Course (MOOC) : il s'agit d'un cours chapitré ouvert gratuitement à n'importe quel internaute. Souvent étalé sur plusieurs semaines, agrémenté de travaux de groupes à distance, de chat en ligne, de quiz, il permet à chacun de se former sur un sujet et de bénéficier de connaissances sur une thématique. Il peut parfois donner lieu à une certification (qui elle est payante) ; Les SPOC : cours chapitré en ligne, étalé souvent sur plusieurs sessions, sur le même principe que les MOOC. En revanche, l'audience est limitée à un groupe d'utilisateurs défini en amont (une trentaine par exemple) ; Les Corporate Open Online Course (COOC) : c'est une formation en ligne utilisé au sein de l'entreprise pour former les salariés ; Les Social Open Online Course (SOOC) : il s'agit d'une formation en ligne dont l'objectif est d'augmenter les interactions entre les participants aux cours. Pour ce faire, les SOOC sont agrémentés d'outils collaboratifs (ex : forum, outils de création de contenus comme wiki, blog…) (Voir Travail collaboratif).

Leurs avantages sont : un accès à la formation pour tous à tout moment ;