La Bastille est un fort militaire surplombant de la ville de Grenoble. Édifié durant la première partie du et culminant à Selon un relevé GPS par un géomètre à la demande de la régie du téléphérique : place Tournadre (de . à 477,2). Quai de la gare d'arrivée du téléphérique et terrasse des géologues (). Place Haxo (). Belvédère Vauban (). La plaque de balisage posée par la ville place Tournadre indiquant est donc fausse. Cette erreur provient peut être du fait que la carte de l'I.G.N. au 1:25000 référencée 3335OT indique un point géodésique à ., mais situé sur le point le plus haut du fort (inaccessible au public). sur les derniers contreforts du massif de la Chartreuse, il a remplacé une première fortification construite à la fin du .
La Bastille, qui donne aussi son nom à la colline, est accessible en téléphérique, à pied ou en voiture. Elle est aussi le premier site touristique de l'agglomération grenobloise avec par an. Ceci motive la métropole de Grenoble à installer, sur le toit de la gare supérieure du téléphérique, une webcam offrant toutes les vingt minutes aux internautes une photographie panoramique de 220° de la ville. Grâce à l'archivage de ces photographies, consultables depuis le 13 juillet 2017, les visiteurs de la terrasse des géologues ou du belvédère Vauban peuvent se revoir sur les photos.
Géographie vignette|gauche|Terrasse des géologues à la Bastille.
Le fort est construit sur le dernier promontoire du mont Rachais, étroite montagne la plus au sud du massif de la Chartreuse. Dans l'Y grenoblois, elle est située entre les deux branches supérieures du Y.
La plate-forme du fort, située au-dessus d'une vallée singulièrement plate, est d'origine glaciaire. Il s'agit d'un épaulement glaciaire formé lors du retrait du glacier de l'Isère, il y a , lors d'un réchauffement du climatSelon le totem géologique installé le long de la montée, côté Saint Laurent.. Ainsi, la fonte du glacier va entraîner la présence d'un lac pendant plus de , comblé par des alluvions lacustres würmiennes qui confèrent aujourd'hui aux vallées un caractère parfaitement plat. Le retrait du lac, qui s'étendait sur entre Albertville et Saint-Jean-de-Moirans, va laisser la plaine telle que nous la connaissons de nos jours.
Cet emplacement a été choisi au car il permet de surveiller, de contrôler et de défendre la ville de Grenoble et les vallées de l'Isère du Grésivaudan, et du Drac, tout en étant très difficile à attaquer et à prendre car entouré de falaises et de pentes raides.
Historique des fortifications vignette|Maison-forte Rabot, fin .
Le 13 mars 1470, le chapitre Notre-Dame loue par albergement à Eynard Pradel une parcelle des coteaux surplombant Grenoble. Auditeur à la chambre des comptes du Dauphiné, Eynard Pradel va faire construire au milieu de ses plantations de vignes une habitation ayant l'aspect d'une maison forte, formée d'un quadrilatère et de deux tours de de hauteur. À sa mort en 1507, sa veuve ne peut subvenir à une telle propriété, et la transmet en 1512 à Hugues Pinel qui connaît lui aussi un revers de fortune. Pressé par ses créanciers, il vend cette fortification et les vignes le décembre 1513 à un conseiller du Parlement du Dauphiné, Bertrand Rabot. Cette maison fortifiée restera dans la famille Rabot pendant 122 ansSelon Maurice Mercier dans Histoire des fortifications de Grenoble, .
En 1515, alors que la ville accueille Pierre Terrail de Bayard, nouveau Lieutenant général du Dauphiné, le roi François Ier (roi de France) souhaite agrandir l'enceinte des remparts de la ville. Mais par suite de difficultés financières, le projet ne se réalise pas. Seul un fortin militaire est construit en 1537 au sommet de la colline dominant la ville ainsi qu'une redoute sur le coteau de La TroncheSelon Maurice Mercier dans Histoire des fortifications de Grenoble, .. En 1575, lors de la réimpression en français par François de Belleforest de la Cosmographie universelle de Sebastian Münster, un plan de Grenoble est réalisé par Pierre Prévost, peintre de la ville, sur lequel figure l'enceinte envisagée sous François , ainsi qu'un ouvrage (fortin) perché au sommet de la colline surplombant la villeLe vray portraict de la ville de Grenoble (1575).. Mais cette enceinte à l'aspect rectiligne ne sera jamais réalisée dans une période où s'annoncent les guerres de religion.
Période Lesdiguières En décembre 1590, le seigneur de LesdiguièresIl ne deviendra duc qu'en 1611., chef des Huguenots du Dauphiné, s'empare de la ville de Grenoble, alors aux mains des catholiques, au cours de la huitième et dernière guerre de religion. Doté d'une armée de rassemblée à Moirans, il approche de Grenoble en passant par Saint-Martin-le-Vinoux, puis par un ressaut de la montagne du Rachais appelé le Rabot, tout en y évitant une maison-forteCette maison-forte datant de la fin du est considérée comme la première fortification de la colline.. Il vient positionner un seul canon sur les pentes du mont Rachais, car ce contrefort rocheux est considéré comme une barrière naturelle suffisante pour décourager l'avancée de troupes hostiles. Malgré un état d'alerte permanent et 24 points de surveillance dans la ville, celle-ci tombe aux mains de Lesdiguières après plus de trois semaines de siège.
vignette|gauche|La Bastille sur un plan de Grenoble établi vers 1604 par Jean de Beins. En 1591, devenu gouverneur de Grenoble, il va immédiatement construire une petite citadelle fortifiée entourant la Tour de l'Isle afin d'avoir un point de repli en cas d'attaque de la ville, ainsi qu'une bastille au sommet de la colline surplombant la ville afin qu'aucun ennemi venu du duché de Savoie ne puisse approcher la ville depuis la Chartreuse sans être repéré. Cette bastille, qui va donner son nom à la colline, est achevée dès l'année suivante en 1592. Constituée d'une tour et d'une enveloppe de petits bastions, avec une construction pour abriter la troupe, elle est entourée d'un mur d'environ d'épaisseur qui mesure de long sur de largeSelon Maurice Mercier dans Histoire des fortifications de Grenoble, , les vestiges de cette première bastille doivent se trouver sous le glacis actuel.. Bientôt, Lesdiguières va faire appel au géographe Jean de Beins pour cartographier la province du Dauphiné et notamment ses villes et leur système défensif.
vignette|redresse|Porte de France (1620). Parallèlement à ces travaux, l'enceinte romaine de la ville, vieille de treize siècles et inadaptée aux améliorations de l'artillerie, est détruite. De nouvelles murailles de fortification dotées de six bastions et deux demi-bastions, capables de résister à l'artillerie comme les bombardes, sont construites en incorporant les faubourgs qui ont bourgeonné autour de l'enceinte romaine. Achevées en décembre 1606, ces murailles augmentent la superficie de la ville protégée de , la portant à une superficie de sur la rive gauche de l'IsèreSelon le livre de Maurice Mercier, ..
Lesdiguières fait appel les premières années à l'architecte piémontais Ercole Negro, et pour la construction à la « tribu des Dioque », entrepreneurs en maçonnerie originaires du Val d'AosteArchives départementales de l'Isère Me Genyeu, 3E1088, puis à partir de 1611, à l'ingénieur royal Jean de Beins. Après une pause dans les travaux, débute en 1611 la construction de deux branches de fortification descendant de part et d'autre de cette bastille vers deux nouvelles portes monumentales situées sur les bords de l'Isère et distantes d'environ un kilomètre.
Versant est, côté Savoie, un mur à redents descend dans un vaste arc de cercle jusqu'à la nouvelle porte Saint-Laurent achevée en 1615 qui vient remplacer l'ancienne porte accolée au chevet du prieuré Saint-Laurent, le libérant ainsi de sa fonction défensive pour la villeRenée Colardelle, Saint-Laurent de Grenoble, de la crypte au musée archéologique, page 46.. Sur le versant ouest, un profond fossé creusé dans le rocher et surmonté d'un mur abouti à la porte de France achevée en 1620. Grâce aux travaux de construction de cette dernière porte, pour la première fois, une voie taillée dans les rochers au bord de l'Isère, dispense d'emprunter l'étroit et dangereux passageCet étroit passage pouvait s'affaisser en cas de crues et aboutissait à la porte Perrière édifiée en pierre en 1533. bordant l'Isère ou de franchir l'éperon rocheux par la montée de Chalemont afin d'arriver à Grenoble. De nos jours, ces portes subsistent encore, mais des fortifications, il ne reste que quatre échauguettes en vestigeDeux sont réutilisées dans les fortifications du de la colline, une dans le Jardin des dauphins et la dernière est visible près du musée de Grenoble. et un escalier en forme de tour dans le jardin des dauphins. L'ensemble des travaux des deux branches de fortification sont achevés en juillet 1619.
Période Vauban vignette|gauche| Magasin à poudre de Vauban à Grenoble.
Un siècle après la construction de cette bastille, l'architecte militaire Vauban, lors de sa première inspection des fortifications des Alpes en septembre 1692, alerte le roi Louis XIV de la faiblesse des fortifications de Grenoble. Dans son rapport, il ironise en les qualifiant de faibles, inachevées, mal entretenues, surtout celles de la Bastille, qu'il qualifie par ailleurs de mauvais réduit, ou plutôt un colifichet fermé, mais sans art ni raison, occupé par un vigneron qui en est gouverneur, du moins il en a les clefs, avec douze vaches et huit chèvres, une cavale et une bourrique pour toute garnison !Citation de Vauban selon le livre de Robert Bornecque, La Bastille et les fortifications de Grenoble..
Cependant, son programme d'amélioration des fortifications de la Bastille va quasiment rester lettre morte, malgré un plan de financement sur dix-huit ans, tout comme son projet d'agrandissement de l'enceinte de la ville vers le sud qu'il propose lors d'une seconde visite au cours du mois de juillet 1700. Seuls quelques terrassements et deux magasins à poudre sont réalisésUn seul magasin à poudre subsiste actuellement derrière l'hôtel de police, il reste le seul témoin du passage de Vauban à Grenoble..
Au cours du , l'absence de menace sur la frontière des Alpes entraîne un désintérêt des militaires pour Grenoble et les fortifications ne sont plus entretenues. De plus, de grandes inondations de l'Isère en septembre 1733 et décembre 1741 monopolisent les esprits sur les moyens à mettre en œuvre pour venir à bout de ces catastrophes. De nombreux projets établis par des ingénieurs et topographes entre 1741 à 1787Les ingénieurs P. Rolland et Heuriance en 1741, Bourcet en 1764, Milet de Monville en 1747, Marmillod en 1779, J. Rolland en 1787 établissent des projets de détournement de l'Isère vers le sud de la ville. prévoient de détourner les eaux de la rivière au sud de la ville pour en faire un obstacle infranchissable, mais faute de moyens, ces projets pourtant approuvés par le conseil des Ponts et chaussées, sont définitivement abandonnés en 1790Selon Denis Cœur dans son livre, La plaine de Grenoble face aux inondations, pages 138, 139 et 181..
Période Haxo vignette|Fort de la Bastille (le donjon). Après la déroute napoléonienne en Europe, le traité de Fontainebleau en 1814 puis celui de Paris l'année suivante, remettent Grenoble sur la frontière face au royaume de Piémont-Sardaigne. Ainsi, Louis XVIII décide en 1815, de renforcer sa présence militaire aux frontières. L'année suivante, il charge le général Haxo d'améliorer les fortifications de Grenoble devenues périmées et délabrées.