Les comics underground ou comix constituent un genre de bande dessinée américaine apparu aux États-Unis à la fin des années 1950, mais ne se développant vraiment qu'à partir du milieu des années 1960. Ces bandes dessinées s'opposent à celles publiées alors par les éditeurs grand public comme Marvel Comics, DC Comics ou Dell Comics par plusieurs particularités. Elles traitent souvent de sujets interdits par le Comics Code, l'organe d'auto-censure des éditeurs, tels la consommation de drogue, ou la sexualité, représentée clairement jusqu'à atteindre parfois la pornographie. Elles abordent aussi la politique en critiquant de très vive manière le gouvernement et tous les pouvoirs : police, justice, et religion notamment. Ces œuvres sont personnelles au sens où elles reflètent les opinions de leurs auteurs, mais aussi parce qu'elles appartiennent totalement à ceux-ci. Alors que dans le système classique de l'édition de comics les scénaristes et les dessinateurs sont privés de leurs droits sur leurs créations, qui reviennent aux éditeurs, ici les auteurs conservent leurs droits. Comme elles ne peuvent être distribuées dans le circuit des marchands de presse et des épiceries qui vérifient la présence du sceau du Comics Code, ces bandes dessinées doivent trouver un autre système de diffusion. Publiées d'abord dans des revues étudiantes diffusées sur les campus, elles se retrouvent aussi en vente dans des magasins spécialisés dans les produits de la contre-culture comme les , qui vendent des produits liés à la consommation de drogue, ou les disquaires.
Tous ces éléments font que ces comics pour adultes ont un lectorat très limité, au regard des ventes habituelles des comics des grands éditeurs. Cependant, peu à peu le lectorat se développe et les comix sont de plus en plus nombreux et se vendent de mieux en mieux. Le début des années 1970 est un âge d'or pour ce genre, mais cela dure peu et très rapidement le mouvement s'éteint. Ces comics sont jugés néfastes et, après un arrêt de la Cour suprême, les revendeurs peuvent être poursuivis. La diffusion diminue d'autant que le mouvement de la contre-culture s'épuise. Le succès de plusieurs œuvres a aussi attiré des artistes de moindre valeur et ce trop-plein finalement nuit aux éditeurs dont les revenus diminuent. Les auteurs les plus importants comme Robert Crumb, Art Spiegelman, Gilbert Shelton ou Trina Robbins parviennent cependant à poursuivre leur carrière d'autant qu'un nouveau système de diffusion des comics s'installe grâce au direct market. L'underground en tant que tel disparaît mais est remplacé par les comics indépendants ou alternatifs.
Alors que l'underground était à ses débuts cantonné à un maigre lectorat, son importance est ensuite davantage reconnue. Certains auteurs, notamment Art Spiegelman et son roman graphique Maus, sont récompensés et leurs œuvres sont vues comme des éléments essentiels de la bande dessinée mondiale.
Définition Au sens strict, les comics underground sont des bandes dessinée américaines auto-produites sous forme de fanzines ou édités dans le cadre de la small press au cours des années 1960 et de la première partie des années 1970. Associés à la Beat Generation et au mouvement hippie, ils sont parfois surnommés « comix », le « x » évoquant leur public adulte. Ils se distinguent des comics grand public par les thèmes abordés (sexualité, drogue et tout ce qui appartient à la contre-culture et qui est interdit ou mal vu par les bien-pensants). À cette liberté de thème répond celle du style de dessin qui refuse les canons de la bande dessinée classique. Paul Lopes dans définit ainsi les comics underground par cinq éléments : remise en cause les systèmes sociaux, politiques et culturels dominants ; rejet des modèles artistiques qui se trouvent habituellement dans les comics ; affranchissement du modèle économique classique ; prétention à une valeur artistique ; expression d'un auteur.
Cependant Mark Estren remarque qu'il est malaisé de donner une définition qui permette de regrouper un ensemble aussi hétéroclite de bandes dessinées. Ce n'est ni le style, ni le discours qui peuvent faire le lien entre des œuvres disparates. Toutefois, ces comics sont publiés dans des journaux underground qui ne sont pas diffusés chez les marchands de journaux et leur diffusion est très faible, au mieux quelques dizaines de milliers d'exemplaires, au regard des ventes des comics grand public, plusieurs centaines de milliers dans les années 1960. L'absence du sceau du Comics Code couplée à l'avertissement sur la couverture, indiquant que le comics est destiné aux adultes est aussi un élément distinctif des comics underground. En effet, si certains éditeurs de comics pour enfants comme Dell Comics refusent également la marque du code au motif que les parents savent que leurs séries ne peuvent choquer de quelque manière les plus jeunes, ils ne font logiquement pas figurer un tel avertissement.. Une autre particularité des comics underground est une mise en avant des auteurs alors que dans l'industrie du comics classique, les scénaristes et les dessinateurs sont interchangeables et n'ont pas de droits sur leurs créations.
Histoire Précurseurs vignette|alt=dessin noir et blanc extrait d'une Bible de Tijuana|Dessin issu d'une Bible de Tijuana parodiant le comic strip Chris Crusty. La bande dessinée underground n'est pas apparue aux États-Unis ex nihilo et les artistes considérés comme faisant partie de ce mouvement ont souvent reconnu leurs dettes envers des artistes et des comics antérieurs. Parmi ceux-ci sont souvent cités des comic strips comme Krazy Kat de George Herriman et Pogo de Walt Kelly, les Bibles de Tijuana (bien que celles-ci dans les années 1950 étaient très rares), les EC Comics. et les magazines dirigés par Harvey Kurtzman : Trump, publié par Hugh Hefner, le fondateur du magazine Playboy, Humbug, auto-publié avec la collaboration d'Arnold Roth en 1957 et surtout Help!, publié par Warren Publishing et qui dure cinq ans. Une autre source d'inspiration potentielle se trouve dans des magazines consacrés au bondage et au fétichisme comme Bizarre de John Willie, auteur de la bande dessinée Sweet Gwendoline. Mark Estren trouve bien d'autres origines à la bande dessinée underground. The Yellow Kid, les dessins animés de la Warner Bros. avec Bugs Bunny et tous ses amis et Jules Feiffer. Pour certains auteurs, des influences plus particulières ont pu aussi jouer comme Pim Pam Poum, Barnaby, Little Lulu, Little Nemo in Slumberland, Le Spirit de Will Eisner, les bandes dessinées de Carl Barks et celles de Al Capp.
Débuts vignette|redresse|alt=photographie couleur de Gilbert Shelton montrant une bande dessinée avec sa création Wonder Wart-Hog en couverture|Gilbert Shelton en 2013. La couverture de la bande dessinée montre sa création Wonder Wart-Hog. Les comics underground ne sont cependant pas seulement les héritiers de ces bandes dessinées. Ils sont aussi l'expression d'une jeunesse qui se révolte contre lAmerican way of life. Au cœur de ces comix s'exprime une critique sociale et politique. Ceci est lié aux mouvements contestataires des années 1960 et 1970, à la libération sexuelle et aux mouvements pacifistes et hippies. Le début de ce mouvement peut être daté de la fin des années 1950, début des années 1960. Toutefois, le courant underground s'appuie sur des éléments existants. Ce sont d'abord dans des journaux universitaires ou des magazines étudiants que les futurs auteurs font leurs premières armes. Skip Williamson et Jay Lynch dessinent pour les magazines Aardvark de Chicago et Charlatan de Gainesville. Dans ce dernier se trouvent aussi Jaxon, Joel Beck, Foolbert Sturgeon et Gilbert Shelton. Ces journaux s'échangent par correspondance et entre ces jeunes artistes se créent des liens.
La série qui est souvent donnée comme point de départ de l'histoire des comics underground est de Gilbert Shelton. Cette parodie de Superman paraît dans le magazine humoristique de l'université du Texas à Austin Texas Ranger publié par Shelton et Frank Stack de 1958 à 1962. Le Texas Ranger est alors édité à et connaît un succès important. Parallèlement en 1961, Don Dohler et Mark Tarka réalisent un fanzine intitulé Wild dont le nombre d'exemplaires tourne autour de cinquante. Ce fanzine ne publie que huit numéros, mais des artistes tels que Jay Lynch, Skip Williamson et Art Spiegelman y figurent. Cependant la diffusion du Ranger est bien plus importante que celle du fanzine de Dohler et Tarka et la série de Shelton est un succès. D'autres journaux étudiants accueillent aussi des bandes dessinées anticonformistes comme le Pelican à l'université de Californie à Berkeley. À ce dernier participe le dessinateur Joel Beck qui auto-édite le comics Lenny of Laredo à la même période que Shelton et Stack publient .
Plusieurs de ces auteurs cherchent à placer des dessins dans des magazines diffusés à plus grande échelle. Ainsi Robert Crumb, Skip Williamson, Gilbert Shelton et Jay Lynch sont publiés dans Help!, une revue publiée par Warren Publishing et dirigée par Harvey Kurtzman. Celui-ci, dont le travail au sein d'EC Comics et surtout de Mad a influencé de nombreux artistes, est aussi attentif à cette nouvelle génération et offre des cartes blanches à de jeunes talents dans une section amateur. D'autres revues s'ouvrent aussi à ces auteurs : des dessins de Jay Lynch paraissent dans Cracked et Sick et ceux de Bill Griffith dans Surfer, périodique de surf. D'autres encore sont publiés dans des magazines de motos. Enfin, la société Topps engage aussi de nombreux dessinateurs pour qu'ils réalisent des cartes à collectionner.
En 1964, Gilbert Shelton, Jack Jackson et Tony Bell font paraître une revue underground intitulée , plus connue sous le nom de THE, dans laquelle Frank Stack publie J. fait référence à Jésus.. Les épisodes sont ensuite rassemblés par Shelton qui en fait un recueil diffusé sous forme de photocopies. Par ailleurs cette même année Jack Jackson publie sous le pseudonyme de Jaxon ce qui est considéré comme le premier comics underground, imprimé à . À cette époque les auteurs de comix se rassemblent principalement à Austin au Texas ou en Californie.
Âge d'or vignette|redresse|gauche|alt=photographie couleur d'un homme âgé portant une casquette et des lunettes|Robert Crumb en 2010. Les comix sont donc le moyen pour de nombreux auteurs de diffuser leurs bandes dessinées. Parmi ceux-ci, on trouve Robert Crumb qui en 1968 publie Zap Comix. Le premier numéro est imprimé à par l'éditeur de comics underground Don Donahue qui le fait distribuer dans des et chez des disquaires. À partir du deuxième numéro Zap devient un collectif et publie les bandes dessinées de Spain Rodriguez, Victor Moscoso, Rick Griffin et S. Clay Wilson. Cela encourage la même année Jay Lynch et Skip Williamson à publier un comix nommé qui prend la place du magazine qu'ils éditaient et dans lequel Art Spiegelman présente ses récits. Au même moment Gilbert Shelton publie Feds 'n' Heads Comics qui reprend des bandes qu'il avait produits pour l'''Austin Rag. En 1968 commence à paraître Yellow Dog, publié par Don Schenker et qui est le comic book underground qui a duré le plus longtemps.
Parmi les journaux tient une place particulière. Tout d'abord en 1968 Spain Rodriguez y crée Trashman et surtout, à partir de 1969, y est inséré un livret au format tabloid intitulé Gothic Blimp Works qui accueille tous les noms importants de la bande dessinée underground parmi lesquels Vaughn Bodé et Willy Murphy.