Sofía Casanova ( - ) (, ) est une poétesse, romancière et journaliste, première Espagnole à devenir correspondante permanente dans un pays étranger et correspondante de guerre.
Biographie Sofía Casanova est une femme cultivée, bien connue dans les milieux littéraires de l'époque. Dans ses chroniques, elle privilégie l'aspect humain lorsqu'elle est correspondante du journal ABC en Pologne et en Russie. Elle rend compte des souffrances de la population civile pendant les guerres qu'elle a couvertes, en y ajoutant une valeur littéraire. Son activité dans toute l'Europe lui permet de vivre des événements majeurs tels que la Première Guerre mondiale, la chute de la Russie tsariste, l'émergence du régime bolchevique et la Seconde Guerre mondiale. Elle écrit pour ABC, , et , pour le magazine , pour d'autres publications galiciennes et pour la presse internationale, comme le Gazeta Polska et le New York Times. De convictions catholique et monarchique pendant la guerre civile espagnole, elle rejoint les rangs franquistes. Sa longue vie lui a permis de laisser derrière elle une large collection d'écrits couvrant tous les genres littéraires.
Famille et jeunesse Sofía Casanova est issue d'une famille cosmopolite. Son grand-père paternel, Vicente Pérez Eguia, est portugais de naissance ; il épouse une madrilène, elle-même fille d'une famille née au Mexique mais d'origine basque. Ils s'installent à Orense, lieu de naissance du père de Sofía, Vicente Pérez Eguía. Celui-ci travaille comme lithographe. Le grand-père maternel de Casanova, Juan Bautista Casanova Pla Cancela, originaire d'El Ferrol, passe de nombreuses années au service de la marine dans les possessions espagnoles de Nueva España. Il épouse une jeune fille d'origine néerlandaise vivant à la Nouvelle-Orléans. Ils s'installent à La Corogne peu de temps avant la naissance de leur fille, Rosa Casanova Estomper le . Sofía est une enfant née hors mariage, un cas plutôt inhabituel et scandaleux en Espagne et en Galice à cette époque. Son père épouse sa mère en . Selon diverses sources, le couple a un ou deux enfants de plusPazos 2010, p. 19. En 1865, Vicente Pérez abandonne sa famille et s'installe à Madrid. Quelques années plus tard, sa trace disparaît. Selon certains auteurs, il quitte l'Espagne pour l'Amérique tandis que d'autres biographes en doutentMartínez Martínez, 1999, p. 32. En 1871 c'est un fugitif recherché par le pouvoir judiciaire madrilène pour détournement de fonds et fraude « Diario Oficial de Avisos de Madrid », 13 février 1871. Un autre érudit prétend qu'il est mort au milieu des années 1880.
La mère abandonnée et ses enfants restent à La Corogne, soutenus financièrement par Juan Bautista Casanova. Sofía Casanova passe son enfance au et commence ses études à l'école de . En 1873, toute sa famille - sa mère, ses frères et ses grands-parents maternels - élit domicile à Madrid. Les premières années sont très dures pour la jeune fille, peu habituée à la chaleur castillane. Étant donné la misère économique dans laquelle vit la famille, elle doit donner des leçons pour récolter un peu d'argent. La situation s'améliore avec un héritage provenant de la famille paternelle de SofíaPazos 2010, pp. 19-20.
À Madrid, Sofía Casanova fréquente le Conservatoire, où elle commence à étudier la poésie et la déclamation. Ses premiers poèmes sont publiés à l'âge de quinze ans, au . C'est sa mère qui les a envoyés au journal après les avoir trouvés dans sa chambre. Le talent de Casanova pour la poésie est reconnu dans les cercles littéraires huppés qu'elle fréquente assidûment. Elle commence à se faire des amis dans le monde littéraire madrilène, notamment . Elle est remarquée par le marquis de Valmar qui fait publier ses poèmes dans les revues de Madrid , , , et et dans de Barcelone. Elle est également publiée dans le Galicien et .
À la cour d'Alphonse XII Déjà en 1872, la poésie de Sofía Casanova est lue lors de soirées littéraires au . Au cours des années suivantes, elle prend l'habitude de mettre en scène la lecture de ses poèmes et il semble qu'à la fin des années 1870, elle rencontre un petit succès. Au début des années 1880, son nom est cité comme jeune poétesse prometteuse pour la (poésie du cœur). À ce moment-là, elle commence également une carrière d'actrice : entre 1878 et 1882, son nom figure dans les registres du et du . Elle est d'abord citée dans la presse sous son nom de famille , puis au début des années 1880, elle est nommée voir une sélection de notes dans la presse au début des années 1880, consultable au Hemeroteca Digital service.
À une époque qui se situe entre la fin des années 1870 et le début des années 1880, Sofía Casanova devient la protégée de Ramón de Campoamor. À son tour, il la présente aux réunions littéraires du marquis de Valmar et de , qui devient comte d'Andino, tuteur du roi Alphonse XII. Lors de ces soirées, elle entretient des contacts avec les intellectuels de l'époque, dont et Bernard Shaw. Parmi les écrivaines qu'elle connait figurent Concepción Jimeno Gil, sa plus jeune amie Blanca de los Ríos, , et Emilia Pardo Bazán. Elle commence à paraître à la cour, pour réciter une grande poésie espagnole mais aussi pour déclamer ses propres œuvres. Sofía Casanova est particulièrement appréciée par le roi lui-même. Une anecdote raconte même que le Premier ministre Antonio Cánovas a attendu dans l'antichambre tandis qu'Alphonse XII ne pouvait se résoudre à interrompre Casanova récitant de la poésie.
En 1885, Sofía Casanova publie son premier volume, une collection de pièces poétiques intitulée . La publication est financée par le roi lui-même et le prologue rédigé par , poète et critique littéraire assez populaire à l'époque. Cette publication accroît la popularité de Sofía Casanova et des journaux commencent à la célébrer en tant que poétesse avec » (un esprit inspiré et un beau visage).
Dans ces cercles, Ramón de Campoamor la présente en à un jeune noble polonais, Wincenty Lutosławski, arrivé à Madrid en provenance de France, qui deviendra philosophe et professeur. Lutosławski s'entiche de Sofía et ils s'écrivent pendant environ quatre mois avant qu'elle ne déclare également être tombée amoureuse de lui. Bien que les parents de Lutosławski soient très sceptiques quant au fait d'épouser une étrangère, il se marie avec Casanova à l'église de San Marcos le . Ils signent un document secret, dans lequel tous deux consentent à une rupture unilatérale si l'une des parties souhaite suivre sa propre voiePazos 2010, pp. 20-21.
Mariage malheureux gauche|vignette|246x246px|Le couple Lutosławski en 1887. Le couple passe sa lune de miel au Portugal. Plus tard, ils s'installent dans le domaine familial de Lutosławski à Drozdowo, où ils sont très pompeusement accueillis par la belle-famille de Sofía Casanova. Au départ, elle ne communique avec son mari et sa famille qu'en français. Mais progressivement elle apprend de plus en plus de polonais. Selon les témoignages, elle conquiert rapidement le cœur et l'esprit de toute la famille Lutosławski avec sa personnalité naturelle, joyeuse, ouverte et sans prétention. Après un bref passage en Suisse, où Lutosławski obtient son doctorat, ils passent les années suivantes à faire la navette à travers la Russie, car Lutosławski est soit employé, soit recherche un emploi dans les universités de Dorpat, Helsinki, Moscou et Kazan. Ils reviennent à Drozdowo en 1895 et y vivent par intermittence jusqu'en 1899. À cette époque ils ont quatre filles : María, Izabela, Yadwiga et Halina, nées entre 1888 et 1897. Yadwiga meurt de dysenterie en 1895, plongeant Sofía Casanova dans une grave dépression. Le couple et sa famille se rendent en Galice chaque été, permettant à Casanova de maintenir une relation directe avec sa patrie. Absorbée par les devoirs familiaux, Sofía Casanova cesse presque d'écrire. Sa seule tentative littéraire de l'époque est un recueil de nouvelles basées sur ses propres expériences, dans ce qui est encore un pays exotique pour elle. , est publié à Madrid en 1894, puis traduit en polonais et imprimé sous le nom de en 1907.
Au début du , le couple Lutosławski déménage de Russie en Austro-Hongrie et s'installe à Cracovie, où Lutosławski est employé par l'université Jagellonne. Leur maison à devient une sorte de centre culturel et social. Tous les mercredis, ils organisent des sessions littéraires avec la participation d'éminents écrivains locaux. C'est là que Sofía Casanova fait connaissance avec un certain nombre d'écrivains et d'hommes politiques polonais dont le leader nationaliste Roman Dmowski et elle se lie d'amitié avec des écrivains polonais, dont Stanisław Wyspiański, Rydel, Kasprowicz et Władysław Reymont. En 1908, la famille retourne dans l'Empire russe et s'installe à Varsovie, bien qu'à cette époque, le couple soit déjà séparé. Lorsque Lutosławski vend leur maison de Varsovie en 1909, Sofía Casanova décide de retourner en Espagne avec sa plus jeune fille et s'installe à Madrid dans la maison de son frère Vicente. Lutosławski se remarie, au grand dam de sa propre famille.
Reconnaissance littéraire vignette| Casanova et Galdos lors d'une répétition panoramique de La Madeja à Madrid. Les déplacements constants de Sofía Casanova, combinés à son expérience littéraire et à sa passion pour les langues, lui permettent de maîtriser six autres langues en plus de l'espagnol et du galicien : français, anglais, italien, polonais, portugais et russe. Ce sont des connaissances clés pour les traductions qu'elle effectuera à l'avenir. Ses voyages sont des occasions de rencontrer des personnalités du monde intellectuel et politique telles que Tolstoï, Marie Curie et Morel-Fatio, dont elle recueille les opinions sur les espagnols dans des livres et des conférences. Elle écrit des contributions littéraires pour ABC, , Blanco y Negro, El Mundo et . Sa maison à Madrid devient un lieu de rencontre pour Basilio Álvarez, , Ramón y Cajal, , , et Castelao, qui illustrera son livre (1909). Elle mène une vie sociale intense, donnant des conférences et participant à des .
Sofía Casanova reprend ses œuvres littéraires avec un zèle renouvelé. En 1909, elle publie , un roman d'amour mettant en vedette une veuve espagnole vivant en Pologne et d'autres romans du même genre comme (1909), (1911), (1913) et (1914). (1910) est un recueil d'essais explorant les différences culturelles, basé sur ses expériences personnelles. Son nom commence à figurer régulièrement dans les rubriques littéraires des journaux espagnols, parmi les (femmes célèbres) du monde littéraire. Sa photo figure sur les premières pages de revues. Elle fait des incursions hors du monde des lettres en gardant un intérêt pour la charité et l'éducation et préside le de Madrid.
Sofía Casanova est l'une des rares femmes que Benito Pérez Galdós félicite. Après Gertrudis Gómez de Avellaneda, seule Rosario de Acuña réussit à jouer ses drames au avant Sofía Casanova. Pérez Galdos crée la première pièce théâtrale de Sofía, , le . Dans cette décision, l'avis de l'actrice principale, pèse lourdement. La prémisse de la pièce émet l'idée que les étrangers, avec leur désir d'émancipation, souhaitent la destruction de la famille. C'est en réaction, selon l'érudite , à de nombreux écrits de la fin du et du début du contre les courants féministes des États-Unis. Bien que les critiques saluent le contenu de l'œuvre, une mauvaise interprétation le soir de la première - information rapportée par la chronique - stoppe les autres représentations de sa comédie. La reconnaissance littéraire de Sofía Casanova est officiellement confirmée lorsqu'elle est élue membre de l'Académie royale de Galice en 1906 et qu'elle rejoint l'Académie de poésie espagnole en 1911.
Correspondante de guerre gauche|vignette|240x240px|Sofía Casanova dans les années 1910.