La mosaïque du couronnement de Vénus, initialement appelée mosaïque d'Ariadné, est une mosaïque romaine datée du et découverte sur le site archéologique de Carthage en Tunisie.
L'œuvre est découverte lors de fouilles réalisées au début des années 1920 par l'archéologue français Charles Saumagne dans sa propriété, située à Carthage sur le flanc de la colline de Byrsa, colline qui est considérée comme l'ancienne acropole de la cité punique et le cœur monumental de la ville romaine, en particulier son . L'édifice qui a livré la mosaïque est dégagé alors très partiellement, mais les travaux menés dans le secteur depuis le et jusque dans les années 1980 permettent d'avoir une connaissance de son contexte urbain.
L'œuvre, d'abord considérée comme représentant le mariage d'Ariane et de Bacchus, est identifiée depuis comme une scène du couronnement de Vénus. Considérée comme l'œuvre dans laquelle la représentation de Vénus marine est traitée avec le plus d'emphase, selon le spécialiste tunisien des mosaïques romaines, Mohamed Yacoub, elle est conservée au musée national du Bardo, le grand musée archéologique situé dans la banlieue de Tunis.
Histoire et localisation Localisation
vignette|gauche|alt=Vue de ruines au premier plan, la mer au second plan et une montagne à l'arrière-plan|Flanc sud de Byrsa à Carthage et le djebel Boukornine.
La maison dans laquelle la mosaïque a été découverte se trouve sur les flancs de la colline de Byrsa à Carthage ; elle est située à proximité du , qui a livré l'autel de la Gens Augusta, l'un des éléments emblématiques conservés au musée national du Bardo. Le temple est dégagé dans la propriété de Charles Saumagne en et l'autel est retrouvé en .
La maison est située au nord de l' entre les IV et V. Elle occupait peut-être tout le secteur entre les IV et V. Un mur d'amphores retenait la terre des niveaux supérieurs.
Histoire de Byrsa, de ses abords et de la maison d'Ariadné
vignette|alt=Vue d'un autel en marbre au milieu d'une salle dans un musée|Autel de la Gens Augusta au musée du Bardo.
La mosaïque est retrouvée sur le flanc oriental de la colline de Byrsa, site de l'acropole de Carthage à l'époque punique qui portait à son sommet le temple d'Eshmoun, un lieu considéré par les sources écrites comme le site des derniers combats à l'issue de la troisième guerre punique. Les archéologues retrouvent sur l'un des flancs de la colline un quartier punique tardif appelé ainsi qu'une nécropole. Après la défaite finale et la destruction de la cité, le sol est maudit et, durant un siècle, il n'y a pas d'occupation avérée sur la colline comme dans le reste de la ville. Après une tentative manquée de création coloniale en par Caius Gracchus, le projet est repris par Jules César mais réalisé par l'empereur Auguste à partir de sous le nom de à partir du point topographique représenté par la colline de Byrsa, qui devient après des travaux l'emplacement du .
vignette|gauche|alt=Aquarelle représentant un chantier de construction|Terrassement de la colline de Byrsa à l'époque romaine.
L'aménagement romain permet d'installer une vaste esplanade de autour de laquelle sont construits les monuments du , et ce dès le début de la colonie augustéenne. Cette appropriation de l'espace est politique et ne répond pas à une utilité autre que témoigner de la grandeur de l'Empire romain. Siège du proconsul, représentant de l'empereur, Carthage devait se montrer digne de Rome. Après un incendie qui touche Carthage vers 150, la cité fait l'objet d'importants travaux aux époques antonine et sévérienne.
Les archéologues retrouvent sous la maison d'Ariadné et sous la maison d'Attis, voisine, deux citernes puniques. Un édicule punique est retrouvé sous un amoncellement d'amphores. L'une des citernes, large de , est comblée par le mur du fond de la maison d'Ariadné.
L'orientation du secteur a dépendu de la loi coloniale d'Auguste : la centuriation mise en place alors a déterminé l'orientation des différents secteurs de la refondation urbaine de Carthage par les Romains.
L'édifice appelé maison d'Ariadné date du . Il a subi des réaménagements. Dans l'Antiquité tardive, un édifice recouvre la maison, ce qui a occasionné la destruction du pavement de la pièce la plus grande. Une partie de la maison a été ensevelie sous un bastion dans l'Antiquité tardive.
Redécouverte et historiographie
vignette|alt=Plan ancien de fouilles archéologiques|Fouilles du flanc est de la colline de Byrsa.
La mosaïque est retrouvée dans des fouilles réalisées dans la propriété Saumagne, sous la direction de Charles Saumagne en 1923. La maison n'a été fouillée que partiellement, seule sa partie méridionale étant alors dégagée. Elle est nommée maison d'Ariadné du fait de l'interprétation initiale du thème de la mosaïque, l'œuvre la plus notable retrouvée lors des fouilles.
vignette|gauche|alt=Carte postale ancienne représentant la villa Saumagne, sur la façade est de la colline de Byrsa|Villa Saumagne et environnement du flanc oriental de la colline de Byrsa en 1910 sur une carte postale ancienne.
La mosaïque intègre aussitôt les collections de la salle XXVII du musée du Bardo. Elle est interprétée par les inventeurs du site comme une représentation des amours d'Ariadné et de Bacchus : la scène montre selon eux Ariadné vêtue comme une jeune mariée qui se prépare à l'arrivée de Bacchus. À l'événement sont associés les personnages habituels du thiase dionysiaque. Le mythe a été représenté sur des peintures, notamment à la Maison dorée de Néron : Ariadné est présente unie avec Bacchus sur un rocher et, autour des personnages, trois barques portent des enfants dont des musiciens. La mosaïque dans cette interprétation présente la scène antérieure, l'attente de Bacchus par Ariadné et la représentation d'une couronne donnée par Bacchus et réalisée par Héphaïstos. Mohamed Yacoub considère cette interprétation comme fausse et interprète la mosaïque comme une Vénus marine. Cette mosaïque est attribuée à Vénus en 1982.
Description de la maison et des diverses mosaïques découvertes Généralités
vignette|alt=Plan ancien de fouilles archéologiques avec deux maisons|Plan de la maison d'Ariadné à Carthage.
Située sur le flanc oriental de Byrsa, la maison mesurait sur . Le site a livré une citerne punique. Le reste de la bâtisse, par les fouilleurs, était situé en contrebas. Les parties dégagées étaient peut-être un accessible par un escalier à partir d'un vestibule. Le vestibule était orné d'une mosaïque divisée en trois secteurs ornés d'éléments géométriques et végétaux (feuilles et fleurs de lotus). La partie avant de l'édifice était peut-être munie d'un , de chambres et d'une colonnade péristyle de style corinthien. L'une des salles était ornée de stucs bleus et rouges. Les fouilles ont livré des empreintes de tuiles avec les noms de C. Julius Antimachus et de P. Perelius Hedulus. Des débris portant ces noms sont retrouvés en 1902-1903 à seulement . L'une des deux pièces à l'est du vestibule comportait une mosaïque à décor géométrique avec des octogones, des éléments végétaux et un losange.
Au-dessus d'une pièce du bastion bâti au-dessus de la maison d'Ariadné a été retrouvée une inscription à , qui a construit dans sa maison un temple à la . Ce temple était peut-être un simple édicule et l'autel de la Gens Augusta, retrouvé le , a été trouvé là où il avait basculé.
Certaines pièces de la maison possédaient des mosaïques, dont une portant la tête de Glaucus et la mosaïque du couronnement dite d'Ariadné. Celle-ci était située à l'entrée de la pièce dans laquelle elle a été découverte.
Pièces du solarium de la maison Les quatre pièces dégagées dans l'espace qualifié de avaient approximativement la même surface : de longueur pour une largeur de , , et .
Pièce 1 La pièce, peu connue, a été recouverte par la suite par l'installation d'un bastion.
Pièce 2 La pièce a été réduite également par les travaux ultérieurs. Elle comportait des mosaïques dont l'une a été à peu près perdue, sauf une tête de Glaucus sur un seuil, vomissant de l'eau. Glaucus possède deux pattes de homard sur le front et porte une barbe. Le reste des mosaïques de la salle a également été perdu.
Dans la pièce gravement endommagée par une construction ultérieure, les archéologues ont dégagé des fragments de mosaïques représentant une tresse rouge, rose et jaune avec une couronne de laurier encadrant une tête d'animal.
Pièce 3 L'accès à la pièce mesurant se faisait par deux portes de la pièce 2 dont les seuils portaient Glaucus et des chevaux de course. Le seuil comportait une figuration de deux chevaux de course attachés sur un pilier et dont une partie est perdue, l'un des chevaux de couleur baie avait pour nom BACCEAUTES et l'autre de couleur alezane THY(?) est conservé de façon très partielle. Le cheval dénommé BACCEAUTES semble impatient et porte une marque d'écurie sur la cuisse. La mosaïque des chevaux porte le numéro du musée du Bardo.
La pièce comportait trois panneaux de mosaïques géométriques, l'un de portant des , l'autre des chevrons ou cubes de cristal de , le dernier panneau présentant un décor de dents de loup. Une base de colonnette a été retrouvée dans l'angle de cette pièce.
L'autre mosaïque de possède douze médaillons avec des têtes d'animaux.
Pièce 4 La pièce, qui mesure , était divisée en deux secteurs comprenant des mosaïques. Dans l'un des secteurs, une mosaïque de était pourvue de motifs géométriques ; l'autre secteur comportait la mosaïque de qui a été interprétée par les fouilleurs comme le Triomphe d'Ariadné. La pièce donnait accès à une citerne.
Description de la mosaïque du couronnement de Vénus Composition et entourage
vignette|alt=Figure d'un buste de femme en mosaïque en train de se poser une couronne sur la tête|Détail de la divinité avec ses bijoux.
Le support de la mosaïque de Vénus est un béton de mauvaise qualité selon ses inventeurs, tout comme pour la mosaïque de Glaucus. La mosaïque mesure sur . Le panneau de mosaïque comportant l'œuvre mesurait sur .
Elle est constituée de tesselles de pierre à la diversité : le fond est en calcaire blanc, des cubes de à , et des marbres de couleurs et de provenances diverses : Italie et Chemtou. L'artiste a fait usage de la pâte de verre, voire d'or, sur les bijoux et le diadème de la divinité. Seuls quelques cubes du diadème étaient dorés. La pâte de verre avait comme but de dans des endroits précis, d'autant que la mosaïque était placée dans l'axe de la porte. Un cube de mosaïque vitreux est placé dans la pupille des personnages. L'image de la déesse attirait par le .
Les visages ont peu de relief et les cubes ont été placés à partir des yeux, le modelé étant signifié par des lignes de cubes plus foncés. L'entourage est constitué d'un filet noir, une corniche pourvue de chevrons et de grecques. On voit également un motif de lierre avec des feuilles. La mosaïque est présentée dans .
Elle a un caractère tout à la fois . Avec la représentation des personnages dans les barques et la divinité au milieu, la mosaïque trouve une symétrie et oriente le regard vers la divinité, Vénus, sujet principal du tableau.
Divinité
vignette|alt=Mosaïque avec une divinité féminine et deux divinités marines, avec à ses pieds de petits personnages juchés sur des dauphins|Représentation de Vénus marine dans la maison dite d'Amphitrite à Bulla Regia, seconde moitié du .
Vénus fait précocement l'objet d'un culte en Afrique et elle est souvent représentée en train de faire sa toilette. La divinité est . Celle représentée sur l'œuvre l'est comme .
vignette|gauche|alt=Représentation d'une divinité en mosaïque installée sur un trône et se posant une couronne sur la tête|Vénus sur son trône, détail de la mosaïque.