La classe Tiger est la dernière classe de croiseurs construits pour la Royal Navy après la Seconde Guerre mondiale. Conçus comme des croiseurs légers pour ce qui est du calibre de de leur artillerie principale et de leur déplacement de tonnes, conformément aux stipulations du second traité naval de Londres de , ils étaient dotés d'une artillerie à double usage aux performances inégalées. Mais leur achèvement, intervenu environ vingt ans après leur mise sur cale, en a fait des navires obsolètes alors que les missiles avaient remplacé les canons. Sur les trois unités mises en service, deux ont été refondues en porte-hélicoptères, mais toutes ont été désarmées après moins de vingt ans de service.
Arrière-plan Lorsque s'achève la Seconde guerre mondiale, les croiseurs les plus récents de la Royal Navy ressortissent à deux classes. La qui est la continuation de la ou classe Fiji, c'est-à-dire de grands croiseurs légers, déplaçant , armés de trois tourelles triples de 152 mm, tirant à une cadence de 10-12 coups/min. L'artillerie secondaire comprenait cinq tourelles doubles de et l'artillerie anti-aérienne, quatre affûts quadruples de 40 mm (plus connus par leur surnom de pom-poms). D'une commande initiale de huit unités, deux croiseurs mis en chantier au début des années , seront terminés selon les plans initiaux et mis en service avant la fin de la guerre, le et le , qui sera le seul à connaitre le combat. Le , très légèrement plus large et à peine plus lourd est terminé fin 1945. La construction de trois d'entre eux est suspendue en 1944 et deux ne sont pas mis sur cale. La est une classe de croiseurs légers déplaçant , ayant une vocation anti-aérienne prononcée, prévus avec cinq tourelles doubles à double usage de . Entrés en service entre 1940 et 1944, ils ont pris une part active à de multiples combats de la Méditerranée à l'Arctique où cinq d'entre eux (sur seize) ont été perdus (trois torpillés, un coulé dans un combat confus en Manche, et un par une bombe planante devant Anzio).
Or les derniers combats de la guerre ont conduit à s'interroger sur ces deux types de croiseurs. Les Alliés n'ont plus engagé de grands croiseurs contre des navires similaires depuis la fin de 1943, mais dans le soutien des débarquements, et la bataille du golfe de Leyte a été caractéristique: dans le détroit de Surigao, ce sont les destroyers et les cuirassés qui ont fait l'essentiel du job, au large de Samar, ce sont les petits porte-avions qui sont venus à bout des croiseurs lourds. Les croiseurs légers anti-aériens, quant à eux, ont tenu leur rang contre l'aviation en Italie, en Normandie ou en Provence. Mais, avec les kamikaze, devant Iwo Jima ou Okinawa, il est apparu qu'il fallait disposer d'une artillerie navale anti-aérienne d'un calibre accru, sans rien perdre de sa capacité à contrer des avions rapides.
Il est clair que de ce point de vue l'objectif était la mise au point de canons de 152 mm, à double usage, tirant une bordée d'un poids supérieur à celle de la ou de la classe Town, grâce à une cadence de tir plus élevée, tout en ayant une vitesse de rotation et d'élévation des canons égale à celle des tourelles doubles de , pour la Défense Contre Avions. C'est grosso modo ce que lUS Navy a cherché avec la et ses canons de 152 mm/47 DP Mk 16, la contre-partie étant une longue coque, pour y installer six tourelles doubles en ligne, des installations de direction de tir par radar et des magasins pour y disposer de 400 obus par tube, ce qui aboutissait à un déplacement presque double de la limite maximale de déplacement fixé par le second traité naval de Londres de 1936 pour les croiseurs légers, soit t. C'est d'ailleurs ce qui avait conduit lUS Navy à ne pas pousser les études en ce sens, avant 1943NavWeaps US 6-47DP_mk16.
Mais dans l'immédiat après-guerre, pour les marines, ce problème de l'évolution du croiseur est loin d'être le seul à résoudre. Après , les tensions aux États-Unis sur le rôle de l'Air Force et de la Navy dans la mise en œuvre de l'arme atomique aboutit à la , tandis que Britanniques et Français se résolvaient à construire ou achever des mastodontes obsolètes ( et ), au détriment de porte-avions. Ceci explique la longueur et l'âpreté des discussions au sein de la Royal Navy, sur le sort à réserver aux coques inachevées de la .
Conception et caractéristiques Au Royaume-Uni, après guerre, les forces navales doivent être réduites et modernisées. Pour les croiseurs, il faut à la fois définir une politique de cession de certaines unités, mais à quel états du Commonwealth (Canada ? Australie ?), choisir celles qui valent la peine d'être modernisées, définir, s'il en est besoin, les caractéristiques de nouveaux types de navires, destroyers de grande taille comme les "destroyers leaders" de classe Mitscher de lUS Navy, d'après leur taille et les armements dont on veut les doter, déterminer comment faire face à de nouvelles menaces (par exemple la ), le tout dans une situation financière difficile, avec un Gouvernement où les Travaillistes ont accédé au pouvoir, avec Clement Attlee en 1945, mais où Sir Winston Churchill revient en 1951, mais doit faire face au conflit coréen. D'où des tergiversations multiples.
En 1944, un une nouvelle classe de grands croiseurs a été projetée, la classe Neptune. Il s'agissait de navires déplaçant (ou à pleine charge), que l'on considérait comme des , et dont le First Sea Lord, l'Admiral de la Flotte Sir Andrew Cunningham avait expressément souhaité qu'ils soient armés de canons de 152 mm. Mais leur artillerie principale en tourelles triples de 152 mm BL Mark XXV n'a bénéficié par rapport à celle des croiseurs de la que d'une amélioration limitée dans la cadence de tir, insuffisante pour le combat anti-aérien. Le déplacement prévu en aurait fait des navires bien coûteux en ces temps de pénurie budgétaire, alors qu'il apparaissait souhaitable de se rapprocher des États-Unis, en train de mettre au point la . En 1947 la construction de cette classe a été abandonnée pour les cinq unités prévues et pour une unité de la , le qui n'aurait été mise sur cale que comme sixième unité de la classe Neptune.
En fait, il n'était plus question de construire de croiseurs pendant cinq ans, à la fois parce qu'il n'y avait pas de menace soviétique à laquelle faire face, et en raison des difficultés budgétaires, ce qui permit d'examiner d'autres possibilité, comme celle du déplaçant quelque , proche du destroyer leader américain . Faisait aussi débat l'intérêt d'une artillerie anti-aérienne de fort calibre dont les cibles privilégiées seraient des appareils volant à haute altitude, ce dont certains aux États-Unis ne voyaient plus l'utilité, tandis que le besoin immédiat en ce qui concernait les croiseurs était satisfait par la modernisation des croiseurs et de la , et de la .
La guerre de Corée qui conduit à devoir engager dans le Pacifique, à partir de des navires ayant un rayon d'action important, et le déploiement par l'Union Soviétique de la ont changé la donne, et ont conduit à relancer la réflexion sur les croiseurs. La mise au point d'une artillerie de 152 mm à tir rapide (152 mm BL Mk XXVI, avec une nouvelle désignation, 6"/50 QF Mark N5)NavWeaps BR 6-50 mkN5 avait avancé. Cela aboutit à revenir à un projet de . Mais le poids des tourelles à chargement automatique, qui pour des raisons d'habitabilité, aboutissait à mettre en place des tourelles doubles de à la place des tourelles triples de 205-207 t prévues sur la classe Neptune, accroissait le poids des tourelles de pour cinq tourelles doubles, en position A, B, Q, X et Y, soit une disposition analogue à celle de la , mais pour un déplacement plus que doublé, de environ.
Pour des raisons d'économies budgétaires, le choix a été fait à l'automne 1954 d'utiliser les coques restant inachevées de la , qui permettaient de disposer en trois ans au lieu de cinq et pour 60 % du coût, de croiseurs de armés de deux tourelles doubles de 152 mm/50 QF Mark N5 et trois tourelles doubles de /70 Mark6NavWeaps BR 3-70 mk6. Cette solution, que le changement d'attitude de Nikita Khrouchtchev sur l'emploi des grands croiseurs rendait acceptable, permettait, certes, de disposer de bâtiments ayant un rayon d'action très supérieur à celui de tout , une artillerie anti-aérienne incomparable, et une bordée anti-navires d'un poids comparable à celui des unités déjà achevées de la .
vignette|gauche|Le HMS Devonshire tirant le premier Sea Slug, en 1962.
Pour autant, elle ne satisfaisait pas le Premier Lord de la Mer, l'amiral Lord Louis Mountbatten, nommé en 1955, qui pensait n'avoir de croiseurs. C'est d'ailleurs sous son commandement qu'en avril , a été fermé le département de conception des croiseurs de la Royal Navy, puis en , a été mis sur cale le premier escorteur de la flotte de la , déplaçant , armé de missiles Sea Slugs et Sea Darts et d'un hélicoptère Wessex, et propulsé par une combinaison de turbines à vapeur et de turbines à gaz (COSAG).
Armement La batterie de canons de 152 mm/50 QF Mark N5 avait une cadence de tir exceptionnelle, en théorie 20 à 25 coups/min, soit le double de celle de la , même si, en pratique, elle n'était que de 15 à 20 coups/min, ce qui permettait de tirer avec quatre pièces, en une minute, 80 obus de perforation, soit presque autant que les croiseurs de la , avec leurs trois tourelles triples. La vitesse de rotation des tourelles était de 40°/s, l'élévation maximale des pièces était de 80°, les deux canons étant montés de façon indépendante sur des berceaux différents. La batterie d'artillerie secondaire au calibre de /70 calibres Mark6 avait aussi une cadence extraordinaire de 90 coups/min au moins, alors que les canons de des premières unités construites de la tiraient à 13 coups/min. Cette artillerie était donc (selon le Vicomte Hall, Lord de l'Amirauté en 1929-1931, à la Chambre des Lords en 1959).
La contrepartie était la vitesse de consommation des munitions : au rythme de 17 coups/min, l'approvisionnement en munitions aurait été épuisé théoriquement en moins de 25 minutes, situation tout à fait irréaliste en bataille, les canons s'enrayant souvent au bout de 30 secondes… Mais la Navy arguait que les 30 secondes initiales étaient déterminantes, que les avions à réaction seraient abattus par de brèves rafales, et que l'important était de tirer automatiquement, haut et fort dès l'ouverture du feu.
Le vrai problème était qu'au moment de la mise en service de ces croiseurs, cette artillerie s'est trouvée en concurrence avec des armements de missiles guidés dont ils étaient dépourvus tels les Talos, Terrier ou Tartar, que lUS Navy installait à la même époque sur ses croiseurs refondus des classes Cleveland ou Baltimore.
Protection, propulsion Pour ce qui est des autres caractéristiques, ces croiseurs n'avaient pas un caractère de nouveauté comparable à celui de leur artillerie, mais avaient celles celles de leurs contemporains du temps de leur construction, et qui affichaient donc quinze ans d'âge, cuirasse de ceinture de moins de 90 mm, turbines à vapeur alimentées par des chaudières Admiralty à trois tambours, par exemple.
On aura noté que les escorteurs de la flotte de la , qui ont été les premiers bâtiments de surface d'un déplacement presque équivalent, construits et mis en service pour assurer des missions assez comparables à celles des croiseurs ont présenté des caractères de nouveauté, tant par leur armement de missiles que par leur propulsion, utilisant le système COSAG, combinant turbines à vapeur et turbines à gaz, qui donnaient à la classe Tiger .
Cependant, ils étaient conçus pour opérer sous menace et en ambiance nucléaire.
Navires de la classe