La mort de Lamine Dieng est une affaire judiciaire française de violence policière. Elle a pour origine la mort de Lamine Dieng par plaquage ventral dans un fourgon au cours de son interpellation, le à Paris.

Après un premier non-lieu ordonné en 2014 et un appel de la famille, le pourvoi est rejeté par la Cour de cassation dix ans après les faits. La famille dépose un recours à la Cour européenne des droits de l'homme en 2017, à la suite duquel la France accepte trois ans plus tard de verser à l'amiable moyennant un retrait du recours.

Faits Déroulement vignette|Vue de l'hôtel Nadaud, à droite.

Le , dans le de Paris., rue de la Bidassoa, la police est appelée vers quatre heures du matin pour des cris dans l'hôtel Nadaud... Lamine Dieng, un Franco-Sénégalais âgé de ., a violemment frappé une femme avec qui il partage pour la seconde fois une chambre à l'hôtel... La police rapportera des fractures à la mandibule et au nez ainsi qu'une prescription de quatre semaines d'ITT.

Une fois sur place, huit policiers découvrent Lamine Dieng allongé dehors, par terre, entre deux voitures stationnées devant l'hôtel. Les policiers l'interpellent et cinq d'entre eux le maintiennent au sol, face contre terre. Ils le menottent dans le dos., sanglent ses pieds. et passent son bras droit par-dessus son épaule. Dieng est ensuite porté dans le fourgon, toujours face contre sol. Dedans, il subit un plaquage ventral pendant trente minutes., maintenu au sol par le poids de quatre policiers aux épaules, soit , à la poitrine et aux jambes.. Un policier remarque qu'il est inanimé : les pompiers sont contactés puis son décès est constaté au commissariat à .

La famille de Lamine Dieng n'apprend son décès que le à par téléphone. Ils doivent attendre le lendemain pour voir son corps, mais n'ont accès qu'à son visage tuméfié. La levée du corps est effectuée le ; Lamine Dieng est enterré deux jours plus tard au Sénégal.

Désaccords entre la police et la famille Dieng D'après la version policière, Lamine Dieng, qui aurait eu une , aux policiers, qui auraient donc été . Dans le fourgon, il aurait perdu après y avoir été placé. Les policiers l'auraient alors placé sur le dos, et tenté bouche-à-bouche et massage cardiaque.

La police affirme avoir retrouvé du cannabis et des traces de cocaïne dans la chambre d'hôtel de Lamine Dieng. et qu'il était au moment des faits sous l'emprise de cocaïne et de cannabis, pourtant sa famille réfute toute consommation de drogue dure. ainsi que tout problème de santé.. La police indique aussi que si son identification a été lente, c'est qu'elle n'avait aucune pièce d'identité. C'est impossible pour l'avocat des Dieng, car d'après lui Lamine Dieng avant son décès.

Enquête Le , l'avocat de la famille de Lamine Dieng porte plainte contre X pour et . La famille se constitue partie civile.

Premières autopsies Une première expertise médico-légale réalisée par la police des polices conclut à un décès par , comprendre une overdose. Elle indique que le corps et que donc ne peut de police. Par conséquent, la nomination d'un juge d'instruction, demandée par la famille, est refusée par le procureur de la République. Il juge l'affaire bouclée par cette autopsie.

Cependant, la plainte contre X permet l'ouverture d'une instruction judiciaire par le doyen des juges d'instruction le .. Deux jours plus tard, après avoir rencontré l'avocat de la famille, le juge d'instruction chargé de l'affaire ordonne une contre-autopsie. Elle est réalisée le à l'institut médico-légal de Paris. Elle rapporte que . Elle affirme une mort par , .

Saisie par la députée Christiane Taubira, la Commission nationale de déontologie de la sécurité considère que l'immobilisation a été effectuée .

Expertise de 2010

En 2010, une nouvelle expertise définit comme la cause de l'asphyxie mécanique qui a provoqué la mort de Lamine Dieng. n'est plus que considérée comme un facteur aggravant. En réaction, le juge d'instruction place les policiers présents lors des faits sous le statut de témoin assisté, afin de définir s'il y a eu un usage disproportionné de la force.

L'année suivante, une confrontation et une reconstitution sont organisées dans le bureau du juge, en dépit d'une reconstitution sur les lieux des faits demandée par la famille.

Jugement La chambre d'instruction de Paris ordonne un non-lieu en . Il est confirmé un an plus tard en cour d'appel, après un recours de la famille. La Cour de cassation fait de même le et classe l'affaire sans suite, estimant la décision de la cour d'appel . Elle indique également que . Pour elle, la . Elle déboute l'accusation de non assistance à personne en péril, expliquant que les agents auraient après avoir constaté l'arrêt cardiaque de Dieng.

La famille Dieng est condamnée à verser une compensation aux huit policiers accusés, pour un total de .

Tous les recours judiciaires ayant été épuisés en France, la famille saisit la Cour européenne des droits de l'homme. en ., qui aboutit à un accord à l'amiable trois ans plus tard..

Réactions La famille de Lamine Dieng considère cet acte de violence policière. comme un .

Rachida Brahim, doctorante et chercheuse sur les crimes racistes en France., considère qu'il y a du racisme dans l'affaire judiciaire : la poursuite pour lancée à l'encontre de Lamine Dieng après son décès serait une classique aux affaires de violences policières : Elle met ainsi en relation cette poursuite avec les soupçons de détournement de fonds publics autour la famille de Théo L. en 2017.

Réactions à l'enquête et jugement Un rapport d'Amnesty International paru en 2011 accuse cinq enquêtes judiciaires françaises sur des violences policières de partialité.. Celle concernant la mort de Lamine Dieng en fait partie.. Les policiers, en n'ayant reçu aucune poursuite disciplinaire et en ayant gardé leurs fonctions, alors que , bénéficieraient d'une .

Après le dernier des classements sans suite, en 2017, Ramata Dieng, sœur de Lamine, explique s'être attendue à ce jugement : Le collectif Vies volées, qui regroupe plusieurs familles de victimes de violences policières, accuse une justice qui pour .

Technique du plaquage ventral La mort de Lamine Dieng relance la critique sur le plaquage ventral, une technique d'immobilisation controversée utilisée par la police française. En 2007, la Cour européenne des droits de l'homme condamne la France après la mort de Mohamed Saoud neuf ans plus tôt, victime d'un plaquage. Sans toutefois prendre une , elle critique la méthode, ... En effet, le plaquage ventral est devenu interdit à Los Angeles en 1980, en Suisse en 2001 et en Belgique en 2005..

Les collectifs Vérité et justice pour Lamine Dieng et Vies volées demandent l'interdiction de cette pratique.. Faisant référence à plusieurs cas de violence policière, dont la mort de Lamine Dieng, Amnesty International demande dans un rapport l'interdiction de pratiques d'immobilisation qu'elle juge . Elle remet aussi en cause la formation des policiers sur les droits humains.

Le nom de Lamine Dieng ressort après d'autres décès dus à des plaquages ventraux, comme celui d'Adama Traoré en 2016 ou de Cédric Chouviat en 2020, qui ont eux aussi alimenté la controverse..

Mobilisation de la famille Dieng vignette|alt=Photographie d'un Gilet jaune face à la mairie de Marseille, vu de dos, un soir de manifestation. Il est écrit sur l'arrière de son gilet : "Je suis Adama, Lamine, Ali, Wissam... Zineb Redouane".| Gilet jaune marseillais un mois après la mort de Zineb Redouane, en 2019.

Premiers rassemblements Sept jours après le décès de Lamine Dieng, une marche blanche réunit plusieurs centaines de personnes dans le de Paris, où est domiciliée sa famille. Cette dernière, réunie au sein du comité de soutien nouvellement constitué Vérité et justice pour Lamine Dieng, organise une deuxième mobilisation quinze jours après, le . Les participants, des associatifs locaux, des militants encartés à gauche, des anarchistes et des habitants du quartier, au nombre de trois cents, sont menés par la sœur de Lamine, Ramata Dieng. Ils demandent , , et ..

Une fois la manifestation dispersée, un affrontement éclate entre la police et plusieurs jeunes ( d'après Le Monde). Deux ou trois policiers sont légèrement blessés. Dans le week-end qui suit, un véhicule de police en patrouille est incendié rue Sorbier. Les fautifs sont désavoués par les Dieng.

Collectif Vies volées Ramata Dieng est la figure des mobilisations pour la défense de son frère. En plus de cette affaire, elle est active dans d'autres mobilisations contre les violences policières.... Elle rejoint ainsi les familles d'Amine Bentounsi et d'Adama Traoré.. En 2010, elle fonde le collectif Vies volées, dont elle est porte-parole.. Il regroupe les différents comités créés par chaque famille après des faits de violence policière, dont le comité pour Lamine Dieng..

Vies volées organise chaque année à la mi-juin une marche pour commémorer la mort de Lamine Dieng et réclamer . Les familles d'autres victimes de violence policière (Babacar Gueye, Liu Shaoyao) participent aux manifestations... Elles rassemblent plusieurs centaines de personnes... Des concerts d'hommage sont parfois organisés en fin de marche... Vies volées milite aussi pour la création d'un organisme indépendant chargé d'enquêter sur les violences policières, l'interdiction de techniques d'immobilisation comme le plaquage ventral ou la clé d'étranglement. et pour un contrôle de l'action de la police dans les quartiers.

En 2018., le collectif afrocentriste Cases rebelles réalise Dire à Lamine, un documentaire sur la mobilisation liée à l'affaire Lamine Dieng. Y témoignent sa famille et plusieurs autres militants. Une première version est diffusée en 2017, en ouverture d'une journée de commémoration des dix ans de sa mort.

Requête à la CEDH En , la famille Dieng dépose une requête à la Cour européenne des droits de l'homme. pour atteinte au droit à la vie et traitements inhumains ou dégradants lors de son interpellation. Ce recours est retiré le après un accord amiable entre les parties. La France acceptant de verser un règlement de à la famille au titre du dommage matériel et moral...

Un rassemblement est organisé à Paris le avec les familles d'Adama Traoré, Wissam el-Yamni, Babacar Gueye, Liu Shaoyao et Gaye Camara pour commémorer Lamine Dieng et manifester contre les violences policières. Ramata Dieng déclare que l'accord constituerait pour la France . L'AFP décompte un millier de personnes...

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Mort d'Adama Traoré Mort de Cédric Chouviat Pas de justice, pas de paix

Liens externes

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