L'Agent immobilier est une mini-série franco-belge en quatre parties de 45 minutes réalisée par le couple d’auteurs et réalisateurs israéliens Etgar Keret et Shira Geffen. Elle est diffusée le sur Be Séries et le sur la chaîne Arte.
Adaptée des nouvelles d’Etgar Keret, cette comédie dramatique, aux accents burlesque et fantastique mettant en scène Mathieu Amalric et Eddy Mitchell dans les rôles principaux, reçoit un très bon accueil de la presse et critique télévisée ainsi qu'un succès d'audience auprès du public lors de sa première diffusion.
Synopsis À la mort de sa mère, Olivier Tronier, un agent immobilier, hérite d'un immeuble au 27, avenue du Général-Brunet dans le nord de ParisIl existe une rue du Général-Brunet dans le quartier d'Amérique du de Paris. Dans les faits, le tournage de rue s'est déroulé rue Victor-Hugo à Bagnolet, l'immeuble de la série se trouvant au .. L'immeuble s'avère insalubre, squatté, mais également occupé en toute légalité par une vieille locataire, , une amie de sa mère. Alors qu'il s'enfonce dans les ennuis et les dettes, Olivier se retrouve à la rue. Il doit emménager dans un appartement de l'immeuble et commence, par le truchement d'un poisson rouge, à vivre une vie parallèle dans les années 1970. Dès lors, il découvre des secrets inavoués et des souvenirs refoulés.
Distribution
Fiche technique
Production Projet et inspirations vignette|gauche|Etgar Keret en 2016. Etgar Keret s'est inspiré pour l'écriture de la mini-série télévisée de divers éléments déjà présents dans ses propres nouvellesAntoine Oury, « L'agent immobilier, une série d'après les romans d'Etgar Keret », ActuaLitté, 20 mars 2020.L'Agent immobilier, Les Films du poisson, consulté le 16 avril 2020.. Les thèmes de L'Agent immobilier empruntent beaucoup à des aspects autobiographiques de son auteur qui a été confronté dans sa vie à l'héritage d'un immeuble dans les quartiers pauvres de Tel Aviv à la mort de son père, et aux questions qui en découlèrent, devenues des sujets de ses livresBaudouin Eschapasse, « L'Agent immobilier : quand Mathieu Amalric « déménage » sur Arte », Le Point, 30 avril 2020.Laura Berny, « Etgar Keret : "L'agent immobilier, c'est moi !" », Les Échos, mai 2020.. Etgar Keret déclare à de nombreuses reprises que le personnage principal de la série est son « alter ego, une version exagérée et tordue de [lui] », qui possède ses qualités et ses défauts ainsi que sa vision du monde.
Par ailleurs, l'utilisation symbolique et psychanalytique d'une maison comme métaphore de l'esprit d'une personne est un thème fréquent de l'œuvre d'Etgar KeretBenoît Franquebalme, « Mathieu Amalric : "Que vont devenir ces gens qu’on a nommés 'héros', alors qu'on voulait détruire l'assistance publique ?" », Marianne, 6 mai 2020., lui qui fut le premier occupant, en 2012, de l'homonyme Maison Keret, installation artistique considérée comme la plus étroite maison au monde, construite sur les lieux du ghetto de Varsovie où vécut sa mère durant la guerre et qu'il considère comme un « monument à la mémoire de sa famille » survivante de la Shoah . À cette utilisation métaphorique de la maison, Keret y ajoute deux autres thématiques importantes de son travail d'écrivain que sont la parentalité et la filiationL'œuvre est dédiée à Efraim et Orna Keret, les parents d'Etgar Keret.Émilie Grangeray, « "Des poissons qui parlent et exaucent des souhaits, il y en a plein mes livres ! " », Le Monde, 5 mai 2020. et l'usage du mensonge suscité par « des motivations positives ».
Pour les sources d'inspiration formelles et les références cinématographiques, Shira Geffen indique que la série britannique (1986) de Dennis Potter, pour la BBC One, a été importante pour l'écriture de L'Agent immobilier, notamment quant à l'aspect onirique et fantastique de la fuite du personnage principal. À cette référence, Etgar Keret ajoute deux films : Barton Fink (1991) des Frères Coen et Le Locataire (1976) de Roman Polanski.
Financement et casting
Selon Etgar Keret, le projet est tout d'abord refusé par la télévision israélienne car « pas assez “prime time”, trop étrange et avant-gardiste », avant de trouver un financement auprès de la productrice Yaël Fogiel (et de sa société de production Les Films du poisson) qui lui fait rencontrer Mathieu Amalric en 2011 au théâtre de l'Odéon. Enthousiaste, ce dernier demande des lectures du scénario et s'investit dans l'idée de participer à la mini-série – qu'il considère comme proche du théâtre de IonescoClaire Stevens, « Mathieu Amalric : "Le cinéma est moribond depuis qu’il existe !" », Paris Match, 30 avril 2020. –, au point qu'Etgar Keret et sa femme, la réalisatrice Shira Geffen, considèrent dès lors que seul Amalric peut incarner le rôle principal. Comme Keret et Geffen, tous deux israéliens, ne parlent pas le français – ce qui dans un premier temps a posé un problème aux producteurs d'Arte France avant d'accepter que le couple israélien soit les réalisateurs de la sérieMichaël Mélinard (et Caroline Constant), « L'Agent immobilier, mon alter ego en version tordue et exagérée – Rencontre avec Etgar Keret », L'Humanité, 5 mai 2020. –, l'adaptation des dialogues et du script (la traduction a principalement été faite par Raïa Del Vecchio) est également le fruit de leur travail avec Mathieu Amalric (et Yaël Fogiel parlant hébreu) qui intervient régulièrement auprès des auteurs pour s'assurer de « reste[r] bien fidèles à l'esprit original » du scénarioCaroline Constant, « Mathieu Amalric : "Il y a ceux qui pensent à leurs capitaux... et il y a la solidarité" », L'Humanité, 30 avril 2020. L'Agent immobilier, dossier de presse Les Films du poisson/Arte France, consulté le mai 2020..
Les auteurs ont également longtemps cherché le comédien pour interpreter le rôle du père – qu'Etgar Keret voulait être un « mélange de joie de vivre et de tristesse » à l'image de son propre père –, avant de le proposer à un acteur occasionnel et décalé du cinéma français, Eddy Mitchell, car « seule une rock-star » pouvait l'incarner selon eux. Ce dernier déclare, dans un long entretien au Le Figaro, avoir été séduit par la proposition à la lecture du scénario – qu'il voit comme « un long poème, une balade pour gens pas très heureux [...] et en même temps, c’est une véritable ode à la vie » – et par l'idée de jouer avec Mathieu Amalric, dont il « admire beaucoup le travail », dans ce projet d'auteurs israéliens mêlant « subversion et poésie » de manière « frontale » et particulièrement originale pour la télévision françaiseJulia Baudin, « Eddy Mitchell (L’Agent immobilier) : "Les séries françaises devraient se lâcher un peu" », TV Magazine, 30 avril 2020..
Tournage et post-production vignette|L'immeuble réel de la série, situé au 60, rue Victor-Hugo à Bagnolet. Les réalisateurs indiquent que si la série est censée se dérouler à Paris, ils ne voulaient pas d'un « Paris de carte postale » ou du « mythe de la Ville lumière. » À l'image du personnage principal aux états d'esprit et émotionnel torturés, ne prenant pas soin de lui, il s'orientent donc vers un « Paris négligé » qu'ils ont trouvé, après des repérages, à Bagnolet.
Le tournage de la série a été principalement réalisé dans la région de Bruxelles-Capitale (à Bruxelles – notamment dans un immeuble désaffecté du Conservatoire royal de musique pour les scènes d'intérieur – et Ixelles) et au monastère de l'Alliance à Rixensart en Belgique ainsi qu'en France à Bagnolet – au de la rue Victor-Hugo, adresse réelle de l'immeuble de la série, rue Victor-Hugo à Bagnolet, sur Google Street View, consulté le 2 mai 2020. – et à Paris (dont le secteur de la cité florale et le cimetière du Père-Lachaise) pour les scènes d'extérieurD'après le générique final de la série.. Il s'est déroulé durant l'hiver 2018-2019 sur une période de deux moisCaty Dewanckèle, « L'Agent immobilier (Arte) Mathieu Amalric : “Avoir Eddy Mitchell comme papa de fiction, c’est un cadeau” », Télé 7 jours, 7 mai 2020..
Accueil Réception critique en France L'Agent immobilier est globalement très bien accueilli par l'ensemble des critiques télévisuelles et de la presse généraliste. Pour la presse spécialisée, Télérama considère la série comme une « odyssée poético-surréaliste » et « une curiosité à la fois loufoque, élégante et bouleversante » portée avant tout par son acteur principal, Mathieu Amalric, qualifié d'« intenableSébastien Mauge, « La série L’Agent immobilier, sur Arte.tv : odyssée poético-surréaliste avec un Mathieu Amalric intenable », Télérama, 30 avril 2020. ». L'hebdomadaire culturel lui accorde la note de TTTSébastien Mauge, Critique de L'Agent immobilier, Télérama, 29 avril 2020.. Sur la même ligne, le site PureMédias y voit une « fiction à mi-chemin entre plusieurs univers, à la fois comique et sombre, insolite et tendre, avec une pointe de fantastiqueChristophe Gazzano, « L'Agent immobilier : Mathieu Amalric et Eddy Mitchell héros de la nouvelle série d'Arte le 7 mai », PureMédias, 14 avril 2020. ». Pour CNews également, ce « récit mêlant le burlesque et le fantastique » est un « univers décalé dans lequel le talent de Mathieu Amalric fait des étincelles [et où] son duo à l’écran avec Eddy Mitchell est un pur délice, au même titre que la galerie de personnages secondaires truculents »« Mathieu Amalric et Eddy Mitchell dans la mini-série L'Agent immobilier sur Arte », CNews, 7 avril 2020.. Cet avis est partagé par les deux chroniques sur France Inter de Xavier LeherpeurXavier Leherpeur, « Pourquoi voir L'Agent immobilier sur Arte ? », France Inter, 7 mai 2020. et Capture d'écransDorothée Barba, « Série : L'Agent immobilier, conte poétique et décalé », France Inter, 6 mai 2020., pour lesquelles cette série détonne en se portant « hors des standards et des codes habituels [...] à la fois insolite et insolent[e] qui sort des sentiers battus » avec un personnage central possédant « une noirceur qui prête à rire [et un] humour du désespoir qui fait des merveilles » grâce à un Mathieu Amalric « génial et époustouflant » ou « exceptionnel dans ce rôle de antihéros », rejoint sur ce dernier point également par Télé 7 jours. Première salue aussi la performance de l'acteur principal, « au top de son jeu », qui porte à lui seul cette « fiction inclassable » sous forme de « conte farfelu, drôle et sinistre [...] empreint d'une vraie noirceur, mais mâtiné d'un esprit facétieux appréciable [et d'] un sens de l'humour acrimonieux », faisant en conclusion un parallèle avec les films de David Lynch basés sur l'omniprésence des allégories et des symbolesCharles Martin, « Mathieu Amalric est un Agent Immobilier unique en son genre », Première, 7 mai 2020..