vignette|William Hazlitt, l'introducteur en 1819 du mot ultracrépidarianisme dans le lexique anglais. L’ultracrépidarianisme est un comportement consistant à donner son avis sur des sujets à propos desquels on n’a pas de compétence.
Étymologie Le mot ultracrépidarianisme est dérivé de la locution latine « Sutor, ne supra crepidam », qui signifie littéralement « Cordonnier, pas plus haut que la chaussure ! » et qui équivaut à l'expression moderne « À chacun son métier, et les vaches seront bien gardées. »
Le proverbe a pour origine une anecdote racontée par Pline l'Ancien : un cordonnier, entré dans l’atelier du peintre Apelle pour passer une commande, observe les œuvres du peintre et lui signale une erreur dans la représentation d’une sandale. Le peintre la corrige. Mais, lorsque le cordonnier émet d’autres critiques, le peintre lui répond : « Ne supra crepidam sutor judicaret » (« un cordonnier ne devrait pas émettre de jugement au-delà de la chaussure »)..
Définition Le terme anglais ultracrepidarianism est attesté pour la première fois en 1819 dans un texte de l'écrivain William Hazlitt (1778-1830) à propos d'un critique littéraire trop ambitieux. La forme française apparait seulement en 2014.
L'ultracrépidarianisme consiste à s'exprimer hors de son domaine de compétence. D’aucuns considèrent que ce comportement s’explique dans certains cas par un biais cognitif qui conduit les moins qualifiés dans un domaine à surestimer leur niveau de compétence par rapport à ce domaine. Ce biais, connu sous le nom d'« effet Dunning-Kruger », a été étudié à la fin du par les psychologues américains David Dunning et Justin Kruger.
L’ultracrépidarianisme peut relever, dans certains cas, de l'utilisation d’un argument d'autorité. Par exemple, la « maladie du Nobel », cas particulier d’ultracrépidarianisme, consiste pour un lauréat du prix Nobel à sortir de son champ réel de compétence, au risque de défendre publiquement des théories infondées, voire pseudo-scientifiques..
Popularité francophone En 2019-2020, la notion connaît un regain d'intérêt avec l'apparition de la Covid-19Nicolas Villain, « Ultracrépidarianisme, biais cognitifs et Covid-19 », Revue de neuropsychologie, 2020/2, , ., maladie commentée avec assurance par nombre de non-spécialistes, prodigues en opinions et injonctions. Le physicien et philosophe des sciences Étienne Klein souligne cette tendance dans plusieurs écritsÉtienne Klein, Le goût du vrai, Collection Tracts, Gallimard, 2020, 64 p. et interviews, la trouvant naturelle mais accrue dans le contexte de la crise sanitaire, à parler de choses qu'on ne connaît pas plutôt que de reconnaître son ignorance devant les médiasEtienne Klein - "Il faut distinguer la recherche et la science …" youtube LCI, 5 août 2020., souvent en introduisant le propos par la formule : .
Le zoologiste Guillaume Lecointre explique par l'anonymat et l'équivalence des contributionsLoïc Blondiaux, « Le nouveau régime des opinions : naissance de l'enquête par sondage », dans Mil neuf cent n° 22 (revue d'histoire intellectuelle) 2004/1, pages 161 à 171, . sur le Web et les réseaux sociaux, le développement de l'ultracrépidarianismeAlain Degenne et Michel Forsé, Les réseaux sociaux. Une approche structurale en sociologie, édition, Armand Colin, « collection U », Paris 2004, 295 pages. : à propos de Wikipédia, il estime dans Charlie Hebdo (2004) que et : « Charlie ramène sa science » Guillaume Lecointre et Antonio Fischetti. Éd. Vuibert - Charlie Hebdo ; - L'article intitulé « Encyclopédies libres : après le fast-food, la fast-science », initialement publié dans le journal Charlie Hebdo (n° 650 du décembre 2004)..
En Belgique, « ultracrépidarianisme » est élu « Mot de l'année 2021 » dans le cadre d'un sondage organisé par Le Soir et la RTBF.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Nicolas Villain, « Ultracrépidarianisme, biais cognitifs et Covid-19 », Revue de neuropsychologie, 2020/2, ,
Articles connexes Effet Dunning-Kruger Maladie du Nobel Argument d'autorité
Liens externes .
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