La thérapie centrée sur les émotions ou emotionally focused therapy (EFT) est un dispositif mis en place par Johnson et Greenberg, initialement et principalement utilisé dans le cadre des thérapies conjugalesJohnson, S. M., & Greenberg, L. S. (1987). Emotionally focused marital therapy : An overview. Psychotherapy : Theory, Research, Practice, Training, 24(3S), 552. url : https://psycnet.apa.org/fulltext/1988-11439-001.html.. Aujourd'hui elle s'est élargie aux thérapies individuelles et familiales. L'EFT s'appuie sur la théorie de l'attachement de Bowlby, selon laquelle l'attachement est le précurseur de toute relation sociale. Cette thérapie permet ainsi d'améliorer le sentiment de sécurité lié à l'attachement pour optimiser les relations sociales et contribuer au bon fonctionnement métabolique. Ce n'est pas une thérapie cognitivo-comportementale (TCC), même si elles appartiennent toutes deux au champ des psychothérapies dites « de troisième vague » et peuvent partager certains outils.

L'EFT est utilisée par certains psychologues dans le traitement du trouble des conduites alimentaires (TCA), car ces troubles sont associés à des déficits de la régulation des émotionsDolhanty, J., & Greenberg, L. S. (2007). Emotion-focused therapy in the treatment of eating disorders. European Psychotherapy, 7(1), 97-116. url : https://www.researchgate.net/publication/228352571_Emotion-Focused_Therapy_in_the_Treatment_of_Eating_Disorders. ; pour réduire les symptômes des TCA, certains thérapeutes privilégient un travail sur les émotions et leur expression en s'appuyant sur la théorie de l'attachement.

Thérapie centrée sur les émotions (EFT) et théorie de l'attachement La thérapie centrée sur les émotions (EFT) L'EFT se concentre sur l'expérience cognitive et interpersonnelleCompare, A., Calugi, S., Marchesini, G., Molinari, E., & Dalle Grave, R. (2013). Emotion-focused therapy and dietary counseling for obese patients with binge eating disorder : A propensity score-adjusted study. Psychotherapy and psychosomatics, 82(3), 193-194.. Elle met du sens sur les expériences de vie et crée de nouveaux schémas émotionnels afin de remplacer ceux qui perturbent le patient. Son but principal est d'abolir les émotions secondaires pour retrouver des émotions primaires considérées comme plus saines, notamment dans le cadre des TCA.

Les émotions primaires sont innées et renvoient aux réponses spontanées telles que la peur, la colère, la joie et la tristesse qui sont essentielles à notre survieDolhanty, J., & Greenberg, L. S. (2009). Emotion‐focused therapy in a case of anorexia nervosa. Clinical Psychology & Psychotherapy : An International Journal of Theory & Practice, 16(4), 336-382.. Alors que les émotions secondaires sont apprises socialement , elles interviennent dans le cas où l'émotion primaire n'est pas acceptable et prennent le pas sur elle.

L'EFT propose aux patients de se concentrer sur les émotions primaires (peur, colère...) et d'abandonner les émotions secondaires à l'origine du trouble, telles que le désespoir ou la honte. Pour cela, la thérapie repose principalement sur l'écoute de soi et de ses émotions, ainsi que leur expression, leur tolérance et leur régulation associées. Ces différents processus impliquent donc une réorganisation cognitive.

La première étape de la rencontre thérapeutique doit permettre d'identifier le problème, par l'écoute du patient, par le thérapeute, qui cherche à bien identifier la problématique du patient, ses modes d'attachement et de relation, la façon dont il gère ses émotions et en identifie les aspects problématiques. Le thérapeute propose ensuite un suivi adapté aux problèmes, et guide l'intervention en se concentrant sur les processus intra-individuels et interindividuels.

Il est primordial que le thérapeute ait une attitude empathique, pour que le patient ait assez confiance pour parler librement de ses expériences de vie et de ses émotions, afin que le thérapeute puisse évaluer le fonctionnement du patient et comprendre ses processus internes. Ceci lui permettra de moduler l'intervention thérapeutique selon le fonctionnement et les besoins de chacun.

L'attachement dans le cadre de l'EFT La théorie de l'attachement suggère que l'être humain possède un système psychobiologique innéBowlby, cité dans Ein-Dor, T., Coan, J. A., Reizer, A., Gross, E. B., Dahan, D., Wegener, M. A., Carel, R., Cloninger, C. R., & Zohar, A. H. (2015). Sugarcoated isolation : Evidence that social avoidance is linked to higher basal glucose levels and higher consumption of glucose. Frontiers in Psychology, 6. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2015.00492.. Ce système le pousserait à rechercher des liens de proximité avec les personnes qu'il considère comme ses figures d'attachement, pour répondre à ses besoins élémentaires dans un premier temps (i.e., nourrir et prendre soin d'un nourrisson), puis pour répondre à un besoin de sécurité affective. Selon la relation entretenue avec les figures d'attachement, la personne aura un type d'attachement spécifique qui aura un impact sur les attachements futurs tout en se modulant.

L'attachement durant l'enfance permet la construction de différents schémas émotionnels grâce aux interactions avec l'environnement. Par exemple, si le parent apprend à l'enfant (même implicitement) que pleurer est un signe de faiblesse, l'enfant va inhiber ses larmes lorsqu'il ressentira de la tristesse. Cependant, l'inhibition des émotions primaires est inadéquate pour leur gestion. L'émotion peut alors devenir intolérable pour la personne, en raison de son incapacité à l'exprimer.

Il existe deux types d'orientation d'attachement : l'attachement sécurisé, et non-sécurisé.

Si la figure d'attachement répond régulièrement et avec sensibilité aux besoins de la personne, un style d'attachement « sécurisé » est construit. Des stratégies pour faire face aux menaces et réguler les émotions négatives seront donc apprises. Les personnes ayant un style d'attachement sécurisé auront généralement une grande estime de soi, feront confiance aux autres et perçevront le monde comme relativement sûrMikulincer et Shaver cités dans Ein-Dor, T., Coan, J. A., Reizer, A., Gross, E. B., Dahan, D., Wegener, M. A., Carel, R., Cloninger, C. R., & Zohar, A. H. (2015). Sugarcoated isolation : Evidence that social avoidance is linked to higher basal glucose levels and higher consumption of glucose. Frontiers in Psychology, 6. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2015.00492..

Inversement, les personnes confrontées à des figures d'attachement non-disponibles ou peu fiables seront méfiantes à l'idée de dépendre des autres, auront un attachement dit « non-sécurisé »Bowlby, Mikulincer et Shaver cités dans Ein-Dor, T., Coan, J. A., Reizer, A., Gross, E. B., Dahan, D., Wegener, M. A., Carel, R., Cloninger, C. R., & Zohar, A. H. (2015). Sugarcoated isolation : Evidence that social avoidance is linked to higher basal glucose levels and higher consumption of glucose. Frontiers in Psychology, 6. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2015.00492.. Elles réguleront souvent leurs émotions par la distanciation sociale, l'évitement et l'indépendance. Cette stratégie pourrait conduire à un besoin plus important en ressources métaboliques librement disponibles.

Plusieurs études ont montré une relation entre l'attachement et l'alimentation. L'une a examiné le lien entre le type d'attachement, la manipulation d'un état asocial et la consommation d'aliments riches en sucreEin-Dor, T., Coan, J. A., Reizer, A., Gross, E. B., Dahan, D., Wegener, M. A., Carel, R., Cloninger, C. R., & Zohar, A. H. (2015). Sugarcoated isolation : Evidence that social avoidance is linked to higher basal glucose levels and higher consumption of glucose. Frontiers in Psychology, 6. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2015.00492.. Il en ressort qu'un attachement non-sécurisé (i.e., un fort taux d'évitement) est lié à une plus grande consommation d'aliments riches en sucre. Ainsi, l'évitement social et la tendance à vouloir conserver son indépendance sont compensés par le maintien d'un taux de glucose plus élevé dans le sang (donc une consommation plus riche en sucre). Ce qui suggère que le type d'attachement influence l'alimentation.

Troubles du comportement alimentaire (TCA) L'anorexie mentale Selon le DSM-5, l'anorexie mentale est une restriction des apports énergétiques par rapport aux besoins conduisant ainsi à un poids significativement bas. Elle engendre une peur intense de prendre du poids et de devenir « gros » malgré une insuffisance pondérale. Elle mène aussi à une altération de la perception du poids ou de la forme de son propre corps (dysmorphophobie), une faible estime de soi (excessivement influencée par le poids ou la forme corporelle) et un manque de reconnaissance persistant de la gravité de la maigreur actuelleAmerican Psychiatric Association. (2015). DSM-5-Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Elsevier Masson. doi : 10.1176/appi.books.9780890425596.744053..

Il existe deux types d'anorexie mentale : l'anorexie mentale de type restrictif, et l'anorexie mentale de type hyperphagique (ou purgatif).

L'anorexie mentale de type restrictif correspondant à une perte de poids au cours des 3 derniers mois. Cette perte de poids est essentiellement obtenue par le régime, le jeûne et/ou l'exercice physique excessif.

L'anorexie mentale de type hyperphagique ou purgatif est rythmée par des périodes de restrictions alimentaires intenses en alternance à des crises d'hyperphagie durant lesquelles les patients mangent en grande quantité, et qui sont suivies de vomissements provoqués ou de comportements purgatifs.

La boulimie Selon le DSM-5, la boulimie correspond à la survenue d'épisodes récurrents d'hyperphagie incontrôlée (consistant à absorber des aliments en quantité très supérieure à la moyenne et en peu de temps (par exemple en moins de deux heures). Elle est associée à une impression de perte de contrôle quant aux quantités ingérées ou à l'impossibilité de s'arrêter de manger.

La boulimie est un rapport pathologique à la nourriture. Contrairement à l'anorexie de type hyperphagique, la boulimie ne connaît pas de restriction alimentaire, et contrairement à l'hyperphagie, elle mène à l'adoption de comportements visant à éviter la prise de poids par le biais de vomissements provoqués, de prises de laxatifs ou de diurétiques, du jeûne ou d'exercices physiques excessifs. La fréquence moyenne de ces comportements est d'au moins une fois par semaine durant au moins trois mois.

Ce TCA renvoie à une estime de soi perturbée par la forme du corps et par le poids. C'est cette perception altérée qui mène le patient à adopter ces comportements alimentaires.

L'hyperphagie Selon le DSM-5, l'hyperphagie boulimique correspond à la survenue d'épisodes récurrents d'hyperphagie incontrôlée. L'hyperphagie incontrôlée consiste en l'absorption d'aliments largement supérieure à la moyenne et en peu de temps (par exemple en moins de deux heures). Elle est associée à une impression de perte de contrôle quant aux quantités ingérées ou à l'impossibilité de s'arrêter de manger. En général, l'hyperphagie boulimique mène à un surpoids ou une obésité. Les épisodes d'hyperphagie se produisent au moins une fois par semaine pendant au moins 3 mois consécutifs.

Ces épisodes sont associés à au moins trois des éléments suivants : manger beaucoup plus rapidement que la normale. manger jusqu'à éprouver une sensation pénible de distension abdominale. manger de grandes quantités de nourriture en l'absence d'une sensation physique de faim. manger seul parce que l'on est gêné de la quantité de nourriture que l'on absorbe. se sentir dégoûté par soi-même, déprimé ou très coupable après avoir mangé.

Le trouble n'est pas associé à l'utilisation récurrente de comportements compensatoires inappropriés comme c'est le cas dans des épisodes de boulimie.

TCA et émotions