Jenny Chan est une sociologue chinoise et militante pour les droits des travailleurs chinois. Elle enseigne à l’Université polytechnique de Hong Kong, et est spécialisée en sociologie du travail et de la mondialisation.
Formation Après une licence de sociologie à l’Université chinoise de Hong Kong et un master de philosophie à l’Université de Hong Kong, Jenny Chan effectue de 2009 à 2012 son doctorat de sociologie et d’études chinoises à la faculté d’histoire et de sciences sociales de l’Université de Londres, pendant lequel elle est titulaire de la bourse Reid Research «Jenny Chan » .. En 2013, elle remporte le prestigieux prix éducatif Chinese Student Award, qui est remis chaque année par le Great-Britain-China Educational Trust à un étudiant chinois pour subventionner ses frais de scolarité en Angleterre et son projet de recherche « The Great Britain-China Educational Trust », Great Britain – China Centre, consulté le 21 avril 2020..
Carrière universitaire En 2014, Jenny Chan rejoint la School of Interdisciplinary Area Studies Site officiel. (études régionales interdisciplinaires) de l’Université d’Oxford, où elle est chargée de cours en études chinoises contemporaines et en sociologie jusqu’en 2016. Parallèlement, de 2015 à 2018, elle bénéficie d’une bourse de recherche Junior octroyée par le Kellogg College de l’Université d’Oxford Claire ORCHARD, « Jenny Chan elected as Junior Research Fellow at Kellogg College », Université d’Oxford China Centre, 25 juin 2015, consulté le 21 avril 2020.. En 2016, elle rejoint l’Université polytechnique de Hong Kong, où elle devient professeure adjointe au Département de sciences sociales appliquées. Elle y reçoit le prix du meilleur professeur en 2018. Elle contribue à de nombreux journaux de sociologie spécialisés en sociologie du travail ; ainsi, elle est rédactrice en chef du Global Labour Journal de 2015 à 2018, puis en devient conseillère éditoriale « Editorial Team », Global Labour Journal, consulté le 22 avril 2020.. Elle est actuellement vice-présidente du comité de recherche de l'Association internationale de sociologie sur les mouvements du travail « Board 2018-2022 », RC44 Labour Movements | International Sociological Association, consulté le 22 avril 2020., rédactrice et collaboratrice du Asia-Pacific Journal « About », The Asia-Pacific Journal, consulté le 22 avril 2020. « Articles by Jenny Chan », The Asia-Pacific Journal, consulté le 22 avril 2020., et membre du comité de rédaction de la collection Work, Organization and Employment « Editorial Board », Work, Organization and Employment | Springer, consulté le 22 avril 2020. de la maison d’édition Springer.
Travaux de recherche
Une chercheuse militante et engagée Jenny Chan joue un rôle important en tant que chercheuse et activiste Nicki Lisa COLE, « 5 superstar women sociologists you should know, and why they are a big deal », ThoughtCo., 22 avril 2019, consulté le 21 avril 2020. : de 2006 à 2009, elle est coordonnatrice en chef de la SACOM Site officiel. (Students and Scholars Against Corporate Misbehavior - Étudiants et Chercheurs contre les Méfaits des Grands Groupes) à Hong Kong, une organisation de défense des droits des ouvriers qui s'efforce de tenir les entreprises responsables des abus qui se produisent dans leurs chaînes d'approvisionnement mondiales « Who Are We », SACOM, consulté le 22 avril 2020.. Créée en 2005, la SACOM rassemble des étudiants, des universitaires, des militants syndicaux et des consommateurs afin de surveiller le comportement des grandes firmes et de défendre les droits des travailleurs ; depuis 2006, c’est l’un des piliers de Good Electronics Site officiel., un réseau international qui milite pour la défense des droits humains et pour une production humaine dans l’industrie électronique « About Us », GoodElectronics, consulté le 22 avril 2020.Jenny CHAN, Xu LIZHI et Yang, La Machine est ton Seigneur et ton Maître, trad. et postface de Celia Izoard, Marseille, Agone, coll. « Cent mille signes », 2015, p. 11..
Enquêtes sur Foxconn L'affaire Foxconn Chan se concentre sur les questions de travail et d'identité de la classe ouvrière chinoise dans les gigantesques usines des sous-traitants de grandes marques électroniques ; ses travaux se situent à l'intersection de la sociologie de la mondialisation et de la sociologie du travail Nicki Lisa COLE, op. cit.. Foxconn est un grand groupe industriel taïwanais et le plus important fabricant de matériel informatique ; c’est également le fournisseur et sous-traitant des plus grandes marques électroniques occidentales et asiatiques : Apple, Sony, Motorola, Dell, Microsoft, Nintendo, Hewlett-Packard, Samsung, BlackBerry, LG, HTC, Acer, Asus, Lenovo, Huawei, Nokia... Ce sont dans ses usines que sont assemblés l’iPhone, l’iPad, la Xbox et autres Play Station. Entre 2010 et 2015, avec ses collègues chercheurs de la SACOM, Jenny Chan a mené une enquête de grande ampleur sur les conditions de travail déplorables subies par les 1 400 000 ouvriers de Foxconn, lesquelles ont été révélées au grand public par une grande vague de suicides d’ouvriers au début de l’année 2010Philippe GRANGEREAU, « Suicides à la chaîne chez le géant Foxconn », Libération, 3 juin 2010, consulté le 22 avril 2020.Philippe GRANGEREAU, « Chine : la mort ou la révolte, dilemme des ouvriers de Foxconn », Libération, 30 septembre 2012, consulté le 22 avril 2020.. Jenny Chan a mené des entrevues avec plus de 40 ouvriers de Foxconn et a visité clandestinement l’usine de Longhua, à Shenzhen, où environ 400 000 personnes – surnommées les « iSlaves » Terme que l’on doit à Pun NGAI et alii, iSlaves : Ausbeutung und Widerstand in Chinas Foxconn-Fabriken, Mandelbaum, Verlag, Vienne, 2013. , ou iEsclaves – assemblent des produits électroniques vingt-quatre heures sur vingt-quatreGuillaume SERIES, « Shenzhen : des ouvriers coincés entre heures supplémentaires et robotisation », ZDNet, 11 octobre 2018, consulté le 22 avril 2020.. La machine est ton seigneur et ton maître Son enquête a, entre autres, abouti en 2015 à la publication d’une monographie sur Tian Yu, une ouvrière chinoise de 17 ans ayant tenté de se suicider en après avoir travaillé trente-sept jours chez Foxconn. Elle en a miraculeusement réchappé, au prix de trois fractures de la colonne vertébrale, quatre fractures de la hanche et une paralysie des membres inférieurs ; Jenny Chan a pu l’interviewer et replacer son parcours personnel dans le contexte des dix-huit suicides d’ouvriers de Foxconn en 2010. Cette monographie est publiée en France avec d’autres textes réunis sous le titre La machine est ton seigneur et ton maître aux éditions AgoneVoir la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur (en ligne)., avec le témoignage d’un jeune ouvrier et étudiant, Yang, et les poèmes de Xu Lizhi, un ouvrier s’étant suicidé en 2014 à l’âge de 24 ansXavier de JARCY, « Les déchirants poèmes de Xu Lizhi, iSlave chinois », Télérama, 18 décembre 2015, consulté le 22 avril 2020.. Cet ouvrage montre combien les jeunes migrants ruraux sont attirés dans les grandes villes industrielles comme Shenzhen par la perspective de s’élever socialement et de gagner de l’argent, ce qui se révèle être une amère désillusion une fois immergés dans des conditions de travail déshumanisantes qui portent à l’aliénation et au désespoir. « Pour ces ouvriers, c’est la désillusion. Ils pensaient avoir de belles occasions, mais ils se voient comme des robots. [...] Foxconn ne fait pas que manufacturer des iPhone et des iPad. Elle manufacture aussi les rêves et les espoirs des jeunes ouvriers en leur disant qu’ils deviendront peut-être un jour le prochain Steve Jobs ou Bill Gates », déclare Jenny ChanJean-Frédéric LÉGARÉ-TREMBLAY, « Les poèmes de la misère », Le Devoir, 30 décembre 2015, consulté le 22 avril 2020..
Mourir pour un iPhone En 2020, Chan publie avec Pun NgaiPun Ngai est une sociologue chinoise spécialisée en sociologie des migrations, du travail et du genre. « Pun Ngai », Département de sociologie | Université de Hong Kong, consulté le 22 avril 2020. et Mark Selden Dying for an iPhone : Apple, Foxconn, and the Lives of China's Workers Jenny CHAN, Pun NGAI & Mark SELDEN, Dying for an iPhone: Apple, Foxconn, and the Lives of China's Workers, Londres, Pluto Press & Chicago, Haymarket Books, 2020. (en français Mourir pour un iPhone : Apple, Foxconn et une nouvelle génération de travailleurs chinois). Cet ouvrage revient sur les recherches menées sur le terrain de plusieurs usines de Foxconn entre 2010 et 2019, déclenchées par la vague de suicides parmi les jeunes ouvriers migrants chinois de ces usines, âgés de 17 à 25 ans. Les chapitres retracent la montée en puissance de Foxconn (le plus grand fabricant d'électronique au monde) et d'Apple (la marque technologique la plus rentable au monde) en Chine et dans le monde au tournant du XXIe siècle. L'analyse met en évidence d'énormes écarts entre les réclamations des entreprises et les témoignages des travailleurs — écarts qui sont explorés au cours de dix années de recherche. Dans son projet de recherche, Chan déclare : « Je considère notre livre comme une contribution potentielle à un mouvement social plus large qui pourrait rassembler des travailleurs, des écologistes, des étudiants, des chercheurs et des consommateurs. Nous illustrons un thème clé qui traverse le livre : celui qu'un monde alternatif est possible et nécessaire. » Jenny CHAN, « Current research : Dying for an iPhone », Université polytechnique de Hong-Kong, Jenny Chan, consulté le 22 avril 2020. Aujourd'hui Jenny Chan a notamment été responsable de projets de recherche sur les transformations de la classe ouvrière chinoise, et les relations entre genre et secteur médico-social en Chine. Aujourd’hui, elle est co-responsable du projet de recherche du CNRS sur la montée en puissance de la Chine et son influence sur les normes sociales en ASEANElsa LAFAYE de MICHEAUX, présentation du projet « ASEAN-CHINA-NORMS : un observatoire international de l’évolution des normes sociales. Terrain d’étude : l’Asie du Sud-est sous influence croissante chinoise », Maison des sciences de l’Homme en Bretagne, consulté le 22 avril 2020. Un dossier plus complet sur le projet est en ligne [PDF]. Elle est également responsable de deux projets de recherche, toujours à l’intersection de la sociologie du travail et de la mondialisation, sur des terrains chinois. La livraison rapide, le travail et le capitalisme de plateforme en Chine (2017-2021)