thumb|right|upright=1.2|Les noms et titres de Jésus, . Les noms et titres de Jésus-Christ sont les vocables par lesquels Jésus de Nazareth, fils de Marie, est identifié dans les écrits du Nouveau Testament. Jésus s’approprie l’un ou l’autre, mais la majorité lui sont donnés par ses disciples ou des membres de la foule. Certains lui sont donnés par les évangélistes ou saint Paul, dans ses lettres. Aucun titre, pris séparément, ne révèle toute la personnalité de celui que les chrétiens appellent Jésus-Christ, Fils de Dieu. thumb|right|upright=1.2|Les noms et titres de Christ, basilique Sainte-Marie de Bangalore.

Titres de Jésus Fils de l’homme (ou Fils d’Adam) thumb|right|upright=1.1|'Jesus, the Son of Man' (Jésus, le fils de l'homme) dessin de Khalil Gibran).

Le titre souligne l’appartenance de Jésus à la race humaine, descendant du premier homme, Adam. En hébreu le mot Adam fait référence à l'homme créé par Dieu, ou à la collectivité humaine. Présent dans les quatre Évangiles et très fréquemment utilisé par Jésus lorsqu’il parle de lui-même à la troisième personne (mais jamais par les évangélistes lorsqu’ils parlent de Jésus). Seule exception : dans Actes 7,56 le diacre Étienne voit « le Fils de l’homme, debout à la droite de Dieu ».

Très présent chez le prophète Ézéchiel, dans l’Ancien Testament, où il signifie simplement "être humain" par contraste à Dieu et aux anges, on le relève une fois chez Daniel (Dn 7,13) où il prend le sens apocalyptique de celui qui exerce le jugement divin.

Dans le Nouveau Testament, Jésus parle de lui-même à la troisième personne comme le "Fils de l’homme", surtout dans ses activités humaines, mais également lorsqu’il annonce prophétiquement sa souffrance et sa mort prochaine (Mc 8,31 et autres). Plus rarement Jésus l’utilise dans son sens daniélique lorsqu’il dit que le Fils de l’homme a pouvoir de pardonner les péchés (Mt 9,6) et qu'il est maître du sabbat (Mt 12,8).

Je suis (Ἐγώ Εἰμί : Egṓ Eimí) Dans une série de passages de l’Évangile de Jean, Jésus se présente intemporellement avec l’expression "Je suis" (Ἐγώ εἰμί : Egṓ eimí, littéralement : "moi, je suis") : (Jn 6,35), (Jn 8,12), (du troupeau) (Jn 10,7,9), (Jn 11,25), etc.. Ce n’est pas à proprement parler un titre, mais Jésus a l’audace de reprendre explicitement le Tétragramme, qui est un nom divin absolument sacré, le "Je Suis (Celui qui Suis)" de Ex 3,14. Les pharisiens l’ont bien compris qui cherchent à le lapider immédiatement après l’avoir entendu dire : « Avant qu’Abraham fut, Je suis » (Jn 8,58), également en Jn 13,19.

Jésus a prophétisé : (Jn 8,28). Or, la formule "vous aurez élevé" fait référence à la Croix, tandis que le "je suis", correspond comme en 8,58 à celui du Buisson Ardent, en sorte que Jésus lie sa divinité à sa Passion sur la croix qui est le sommet de l'amour.

L’un ou l’autre passage des Synoptiques suggèrent la même appropriation : « Beaucoup viendront en mon nom : ils diront :’ c’est moi’ (ἐγώ εἰμί : egṓ eimí) » (Lc 21,8).

Berger (Pasteur)

thumb|right|upright=1.1|Le 'Bon pasteur' sur un ancien sarcophage romain. Même hors des textes bibliques le berger est une figure traditionnelle de guide politique ou religieux d’une nation ou d’un groupe particulier. Dans l’Ancien Testament Dieu (YHWH) est interpellé « Berger d’Israël, écoute... ». (Ps 80,1). Voir aussi Gn 48,15 et autres textes. Moise (Ex 3,1), le prophète Amos (Am 1,1) et le roi David (1 S 16,11, etc.) étaient littéralement des bergers avant de répondre à leur vocation particulière. L’image est fréquemment reprise pour les dirigeants d’Israël, qu’ils soient bons ou mauvais (par exemple Jr 3,11) Certains prophètes expriment l’espoir que le futur roi d’Israël sera un "bon berger" (Ez 34,23 ; Mi 5,3).

Jésus parle de Dieu comme un pasteur plein de sollicitude pour ses brebis (Lc 15,4-7). Les paraboles et images tirées de la vie pastorale sont nombreuses. Le berger se laisse frapper même pour protéger ses brebis (Mt 26,31). Tous ces traits du berger sont groupés dans le discours de Jésus sur le "Bon berger" en Jn 10,1-10. C’est uniquement dans ce passage-là que Jésus s’approprie le titre : « Je suis le bon berger » (Jn 10,11).

Dans la bénédiction finale en He 13,20 Jésus-Christ est appelé « le grand pasteur des brebis ». Des allusions similaires se trouvent dans la Première épître de Pierre : « vous vous êtes tournés vers le berger et gardien de vos âmes» (1 P 2,25.5,4). Et dans l’Apocalypse : « l’agneau (...) sera le berger » (Ap 7,17). Le thème du Bon Berger a fort inspiré l’iconographie chrétienne primitive.

Jésus a cité peu avant sa Passion le passage de Zacharie (13,7) : (Mt 26,31) qu'il applique prophétiquement à lui et à ses apôtres. Le cardinal Ratzinger a mis cette parole sur le berger frappé, en relation avec ce que Zacharie a écrit par ailleurs : (Za 12,10-11.13,1).

Homme de Douleurs

Le Livre d'Isaïe (ch. 53) décrit la venue de Jésus en tant qu'homme de douleurs, frappé et humilié pour ôter le péché de l'humanité.

Jésus, après sa résurrection, réitère ses propos : le Christ doit souffrir, et il ressuscitera des morts le troisième jour (Luc 24, 45).

Titres de Jésus dans l'Évangile selon Jean

La Vérité et la Vie La première épître de Jean annonce : (1 Jn 1,1). Et le Prologue de l'Évangile selon Jean précise : (Jn 1,1.9).

Le témoignage véridique est un thème récurrent dans tout l'Évangile selon Jean. Jean le Baptiste y est nommé (Jn 1,6-8), de même que le disciple bien-aimé : (Jn 19,35), et : (Jn 21,24). En outre, Jésus revendique sa qualité de témoin autorisé du Père.

Le pain vivant Jésus dit à propos de la manne : (Jn 6,48-51). Et il précise : (Jn 6,51). Or, ce pain est l'annonce de celui que Jésus offrit à ses disciples quand il leur dit, lors de la cène précédant sa passion rédemptrice : (Lc 22,19). Ce pain livré est préparé à partir de la farine dont Jésus dit de son grain : .

La Résurrection Lors de la résurrection de Lazare, Jésus dit à Marthe : (Jn 11,25-26). En outre, Jésus a ressuscité le fils de la veuve de Naïm (Lc 7,11-17) et la fille du chef de synagogue Jaïre (Mc 5,21-42). Ces résurrections opérées par Jésus durant son ministère manifestent la puissance salvifique qu'il a reçue de son Père, et permettent aux pécheurs de renaître à une vie nouvelle. Le père dit à ses serviteurs à propos du retour de son fils prodigue : (Lc 15,11-32). Ces résurrections opérées par Jésus annoncent par ailleurs sa propre Résurrection.

La vigne véritable Dans son discours au Cénacle, Jésus dit à ses apôtres : (Jn 15,1-2).

Joseph Ratzinger situe cette affirmation de Jésus dans la perspective de la signification de la vigne dans l'Ancien Testament, en particulier dans le Psaume 80 et le chant d'Isaïe (5,1-7), où il est question d'une vigne plantée avec amour, qui n'est autre qu'Israël, et qui déçoit, ne donnant pas de belles grappes, mais des petits raisins sauvages immangeables. Or Jésus, a repris ce chant dans une parabole (Mt 12,1-12), où Israël est représenté par les vignerons auxquels la vigne a été donnée en fermage, lesquels se comportent de plus en plus mal, au point finalement de tuer le fils du propriétaire de la vigne, dans lequel on reconnaît Dieu. La vigne régénérée par la mort du fils qui n'est autre que Jésus signifie l'union indissoluble de lui avec les siens, qui par lui et avec lui sont tous la vigne dont la vocation consiste à demeurer dans la vigne en produisant les beaux raisins attendus que sont l'amour qui accepte le mystère de la croix. C'est ce qu'exprimera à sa manière Paul dans sa vision de l'Église en tant que "Corps du Christ".

Noms et titres donnés par d’autres (apôtres, disciples, foule) Jésus (de Nazareth) / Fils de Joseph / Fils de Marie C’est le nom de l’enfant qui est né de Marie, à Bethléem, suivant la promesse de l’ange Gabriel. Il lui fut donné le jour de la circoncision (Mt 1,21). Le nom est la forme grecque (Ιησους) de l’araméen Joshua qui signifie "Dieu sauve". Ce nom n’est pas exceptionnel, mais significatif (par exemple Lc 18,35). Pour le distinguer d’autres – Barabbas lui-même était prénommé Jésus (Mt 27,16) - on l’identifiait par son origine : Jésus le Nazaréen (Mc 10,47), ou ‘Jésus le Galiléen’ (Mt 26,69).

Certains titres l’identifient par rapport à sa famille : Jésus est le fils de Joseph (généalogie en Lc 3,24), le Charpentier (Mc 6,3), le fils du charpentier (Mt 13,55), le fils de Marie et le frère de Jacques, José, Jude et Simon (Mc 6,3).

Le titre de "fils de Marie" est inhabituel (en Mc 6,3 seulement). Il souligne la génération humaine de Jésus. Il devient populaire plus tard, en théologie chrétienne, lors des grandes controverses sur la nature divine de Jésus et la définition conciliaire de Marie comme Mère de Dieu (Theotokos), et non seulement mère de l’homme Jésus.

Christ et Messie

thumb|right|upright=1.1|Le Chi-Rho sur une lampe à huile. Le Christ ou Messie est celui qui est oint, c'est-à-dire marqué de l'huile sainte. Ce titre place Jésus dans la continuité de l’Ancien Testament — l’Oint est un titre royal — où l’attente du nouveau Messie, libérateur et restaurateur, est un thème constant. Le Messie est l’Oint de Dieu, c’est-à-dire consacré avec l’huile pour gouverner Israël. Il contient cependant un aspect de royauté temporelle et politique que Jésus n’approuve pas. Il n’accepte cette reconnaissance comme Messie qu’après avoir annoncé sa Passion, ainsi lors de la confession de Pierre - et « fils de David » par la foule (Mt 20,30) - mais ne l’encourage pas (Mt 16,20).

Le titre est très largement présent sous sa forme grecque (Christos) dans les Évangiles et surtout dans les épîtres de Paul. Deux fois seulement – dans l'Évangile selon Jean - sous sa forme hébraïque de Messie, en Jn 1,41 et Jn 4,25 (La femme samaritaine : « Je sais qu’un Messie doit venir, celui qu’on appelle Christ »).

Après sa Résurrection – il n‘y a plus d'ambiguïté - ce titre lui est fréquemment donné par les premiers chrétiens, dont les évangélistes. Saint Paul l’utilise 382 fois, parfois comme Jésus Christ, ou Christ Jésus ou simplement – l’adjectif devient substantif - le Christ. Le croisement des deux lettres grecques Chi et Rho (premières lettres du mot Christos) - que l'on appelle christogramme - est devenu, dès la primitive Église, un des symboles monogrammiques les plus évocateurs de la personnalité de Jésus.

Seigneur - Seigneur traduisant YHWH dans la Septante

Au départ le titre (en grec Kyrios) est un simple vocatif donné par respect à toute personne que l‘on considère supérieure à soi-même, y compris Dieu : Adonai. Dans l’Ancien Testament le mot Adonai (Seigneur) remplaçait le très sacré Tétragramme dans toute lecture publique de la Bible. Par ailleurs le terme Kyrios traduit toujours Yahvé dans la version grecque de l'Ancien Testament connue sous le nom de Septante , et il est utilisé le plus souvent par les auteurs du Nouveau Testament.

- Dans les Évangiles canoniques

Le titre est fréquemment utilisé dans tous les livres du Nouveau Testament, avec des sens divers. Les étrangers au groupe des proches de Jésus s’adressent à lui comme Seigneur, alors que les disciples eux-mêmes lui préfèrent souvent le titre de « maître ». Cependant, dans Mt 22,43-45, Jésus montre que le Messie est Seigneur, plus grand que le roi David, sans prendre cependant le titre pour lui-même. Par ailleurs, lors de la tempête apaisé, qui se présente comme une théophanie, l'invocation de Jésus sous le nom de Seigneur semble reprendre le sens attribué à YHWH.

- Dans les Épîtres pauliniennes