L’École de Nancy, Alliance provinciale des industries d'art est le fer de lance de l'Art nouveau en France, dont l'inspiration essentielle est à chercher dans les formes végétales et animales, comme les libellules. Cette alliance s'appuie sur une recherche d'utilisation poussée dans la verrerie, la ferronnerie, l'acier, le bois, pour mettre le beau dans les mains de tous et ainsi faire entrer l'art dans les foyers.
Objectifs
Les fondateurs définissent l'École de Nancy comme une « sorte de syndicat des industriels d'art et des artistes décorateurs, [qui] s'efforce de constituer en province, pour la défense et le développement des intérêts industriels, ouvriers et commerciaux du pays, des milieux d'enseignement et de culture favorables à l'épanouissement des industries d'art.
Définition donnée en avant-propos des [ ], p. 4 du document. ». Son but, tel qu'il est décrit à l'article 1 des statuts de l'association, est de « favoriser la renaissance et le développement des métiers d'art en province ».
À sa création en date du , l'association est dotée d'un bureau, composé d'un président, Émile Gallé, et de trois vice-présidents, Louis Majorelle, Antonin Daum et Eugène VallinNote en bas de page du programme de l'École de Nancy in .. L'illustrateur Henri Bergé est également impliqué dans l'École et fait partie du comité des directeurs dès sa création.
L'objectif est notamment de faire rayonner la Lorraine, riche de ses nombreuses industries (aciéries, etc.) et artisanats d'art (cristalleries, ébénisteries, travail du verre, du bronze d'art, de la faïence et de la céramique), au filtre d'un sentiment patriotique issu de l'immigration de nombreux Français originaires de la "Lorraine Allemande" (actuelle Moselle) et d'Alsace qui, toutes deux, avaient été incorporées à l'Empire allemand depuis le Traité de Francfort de 1871. L'École de Nancy se voulait un art total par la collaboration de tous les corps de métiers (architecture, ameublement, arts décoratifs), mais également l'héritière de l'École de Metz, d'inspiration romantique, dissoute à l'annexion par l'Allemagne de l'Alsace-Moselle (1871-1919), et dont de nombreux membres ont émigré vers Nancy.
Principes Ses promoteurs se fixent comme but de promouvoir les arts décoratifs et la production artistique industrielle, favorisant ainsi l'accès à l'art. Ils cherchaient aussi à promouvoir le rayonnement culturel de la ville ; rassembler les travailleurs des métiers et industries artistiques, les collectionneurs, les promoteurs de l'art nouveau nancéien, dans une sorte d'association organisée ; et enfin de mettre en valeur, à échelle locale, nationale et internationale, les industries artistiques de Nancy à travers une école, un musée et des expositions. Ce projet prendra finalement forme dans le Musée de l'École de Nancy, fondé en 1964 et réunissant des œuvres représentatives des artistes du mouvement.
Disciplines Les membres de cette école se sont illustrés dans de nombreuses disciplines, notamment l'architecture, la verrerie et la cristallerie, le vitrail, la ferronnerie, l'ébénisterie, le papier peint, la typographie, l'imprimerie, la reliure d'art. On peut citer également d'autres terrains d'investigation, tels la broderie (Fernand Courteix), l'orfèvrerie (André Kauffer), le dessin, l'estampe, l'affiche publicitaire, la photographie.
Influences Au sein du mouvement artistique Art nouveau, l'École de Nancy se distingue par une réhabilitation du gothique flamboyant et du rococo, la première étant vraisemblablement un héritage de l'École de Metz. vignette|Exemple des dessins botaniques d'Henri Bergé. La nature est une source d'inspiration importante. Elle s'inspire des décors floraux du Moyen Âge pour en faire le sujet premier de nombreuses œuvres. C'est ainsi qu'Émile Gallé fréquente l'école forestière de Nancy et collabore avec le naturaliste Alexandre Godron. Il publie plusieurs articles scientifiquesÉmile Gallé, botaniste et scientifique, François Le Tacon, octobre 2005, in Médecine/sciences, , vol. 21.. Cette inspiration est facilitée par le fait que Nancy abrite un centre d'horticulture reconnuValérie Thomas, Nancy à la fin du . Les conditions du renouveau, Dossier de l'art, , mai 2009, .. Ce sont également les dessins d'Henri Bergé qui servent de source d'inspiration pour l'École. L'Encyclopédie florale, sur lequel il travaillera pendant 40 ans, est un véritable répertoire végétal pour l'École de Nancy et la maison Daum.
La présence du Japonais Takashima Hokkai à Nancy, de 1885 à 1889, aura un impact sur le thème oriental de nombreuses œuvres..
Modes de diffusion Dès la création de l'École de Nancy en 1901, il est apparu qu'une des préoccupations majeures de ses membres était de diffuser leur production. Cette préoccupation se trouve d'ailleurs inscrite dans les statuts de l'École de Nancy. En effet, si l’association prit à bras-le-corps cette question, notamment en organisant des conférences et la publication de bulletins, elle fut également épaulée par un réseau nancéien très dynamique qui permit de multiplier les canaux de diffusion. vignette|Affiche publicitaire pour les bijoux vendus aux Magasins Réunis, dessinée par Victor Prouvé et imprimée par Draeger Parmi eux, on trouve tout d’abord la participation des membres de l'École de Nancy aux expositions nationales ou internationales. Véritables évènements tout au long de la seconde moitié du , elles étaient pour les artistes l’occasion de démontrer toute la virtuosité de leur savoir-faire technique et artistique. Ces expositions, conçues comme des vitrines, permettaient aux artistes d’asseoir leur notoriété mais également de vendre leur production. On peut citer notamment l'Exposition de 1909 qui peut être perçue comme le chant du cygne de l'École de Nancy.
À cela, il fallait ajouter toute la production de papier, à savoir la presse, les catalogues de vente, les affiches et cartons publicitaires, qui se développa massivement à la fin du . Nancy ne dérogeait pas à la règle, bien au contraire. Grâce à un réseau d'imprimeurs particulièrement dynamiques parmi lesquels on peut mentionner Albert Bergeret avec les imprimeries réunies, Jules Royer et les imprimeries Royer, l'imprimerie Héré, les imprimeries nancéiennes participèrent à la valorisation des industries d’art lorraines en éditant des cartes postales, des affiches publicitaires, des cartons d'invitation ou des menus. En outre, si l'École de Nancy ne fit jamais paraître de journal, les revues comme La Lorraine artiste ou Art et Industrie créée par Eugène Corbin valorisèrent les productions des industries nancéiennes. vignette|Publicité des Magasins Réunis pour Jacques Gruber ateliers de travaux d'art et vitraux Eugène Corbin joua d’ailleurs un rôle central dans la commercialisation des artistes lorrains. En effet à la tête de la maison des Magasins Réunis, grand magasin nancéien, ce dernier mit en place toute une politique de promotion de l'esthétique Art nouveau et des préceptes de l’École de Nancy qui visaient à concevoir des objets à l'esthétique nouvelle, adaptés à la vie moderne et accessibles à tous.. Outre le fait que ce grand magasin permette à des artistes comme Gruber, Majorelle ou Daum de vendre leurs réalisations, Eugène Corbin y voyait là la possibilité de participer au renouvellement des industries d'art en promouvant de nouveaux artistes. Pour cela, il organisa en 1907 des concours qui avaient pour vocation de fournir des ensembles mobiliers à l'esthétique novatrice et à moindre coût.
Histoire Présents depuis plusieurs années dans les expositions parisiennes, les artistes nancéiens ont l'occasion d'exposer pour la première fois leurs productions à l'exposition d'art décoratif lorrain de 1894. Plus de 76 exposants, parmi lesquels Émile Gallé, Louis Majorelle et Eugène Vallin, proposent aux galeries Poirel sept cents pièces dans diverses techniques confondues.
L'exposition d'art décoratif est le premier acte de la Société des arts décoratifs lorrains, qui donnera lieu à la naissance de l'École de Nancy.
L'activité de cette école se déroule principalement à Nancy et s'impose lors de l'Exposition universelle de 1889 à Paris, où Émile Gallé et Louis Majorelle voient leur talent reconnu : Émile Gallé reçoit le grand prix pour la verrerie et les médailles d'or et d'argent pour la céramique et le mobilier, Louis Majorelle reçoit la médaille d'argent pour le mobilier. C'est en 1909 que le mouvement connaît sa dernière manifestation collective à Nancy, dans le cadre de l'Exposition internationale de l'Est de la France. Par la suite, le style évolue lentement vers ce qui constituera l'une des impulsions de l'Art déco français.
Contexte L'Art nouveau À la suite du mouvement Arts & Crafts né en Angleterre, l'Art nouveau se généralise en Europe durant les décennies 1880-1890. Il atteint des villes très importantes comme Barcelone, Bruxelles, Paris, Munich, Vienne, Glasgow, Prague… Le nouvel intérêt des artistes et des artisans pour la vie quotidienne rencontre l'attrait du public pour la modernité, que ce soit dans les décors urbains ou à l'intérieur des maisons.. Émile Gallé expose dès 1889 à l'exposition universelle de Paris. Les artistes nancéiens se font connaître lors du salon de la Société nationale des beaux-arts de Paris en 1891 et 1893.
Nancy Après le rattachement à la France au , Nancy a perdu une grande partie de son attraction et, en 1850, elle ne compte que . Les constructions du canal de la Marne au Rhin en 1851, et de la ligne de chemin de fer reliant Paris à Strasbourg, en 1856, permettent le développement des industries chimique et sidérurgique, en entraînant un nouvel essor de la ville. Des activités traditionnelles, comme la céramique et le travail du verre, connaissent un regainL'École de Nancy, François Loyer.
Mais c'est l'annexion de 1871 qui fait de Nancy la capitale de l'est de la France. L'afflux d'Alsaciens-Mosellans fuyant l'annexion allemande entraîne le développement de l'activité économique et intellectuelle ainsi que la construction de nouveaux quartiers. La ville profite alors soit de leur capital, soit de leurs aptitudes, faisant faire un bond économique à l'évolution de la ville, enrichissant les marchés et améliorant la qualité des produits, notamment les produits de luxe. Les cercles académiques qui viennent s'installer dans la ville à la fin du viennent aussi améliorer le niveau culturel de la ville. Nancy devient vers 1900 la ville la plus puissante de l'est de la France dans tous les domaines : politique, économique et culturel. Sa position géographique est aussi un point stratégique militaire, et elle héberge alors une garnison de , soit presque un dixième de la population de l'époque. L'Art nouveau sert de ciment culturel pour ces optants, qui ont trouvé refuge à NancyL'Art nouveau. Passerelle entre les siècles et les arts, 130, Sylvie Mazaraky, Jos Vandenbreeden, . La ville est alors connue pour vivre de l'industrie du textile et du cuir, de la bière, du mobilier, de ses céramiques et verreries.
Cependant, la pression croissante sur les loyers entraîne la relégation des classes populaires dans les quartiers de la vieille ville et du canal.
Prémices à la fondation de l'École