Paul Belloni Du Chaillu, né le à Saint-Denis (La Réunion) et mort le à Saint-Pétersbourg (Empire russe), est un explorateur, chasseur et naturaliste franco-américain.

Fils d'un négociant français qui ne le reconnaît pas et d'une mère mulâtre, n'ayant reçu aucune instruction scientifique, entretenant dans ses œuvres des légendes sur sa vie, ses origines, son âge, Paul Du Chaillu effectue d'importantes explorations au Gabon, riches en découvertes notamment zoologiques, botaniques et ethnologiques, à partir des estuaires et des bras de mer de la côte.

Si la réalité et la qualité de ses travaux scientifiques sont aujourd'hui démontrées, ce n'était pas le cas de son temps, en raison de son habitude de romancer ses aventures, suscitant le doute dans la communauté scientifique de l'époque. Il est malgré cela le premier voyageur à observer de près le gorille, dans son milieu naturel, et à le chasser ; l'identification scientifique de l'animal avait été proposée quelques mois auparavant à Boston.

Ce sont essentiellement ses écrits et ses nombreuses conférences qui le rendent célèbre, mais qui, aussi, discréditent ce vulgarisateur qui aime l'exagération, l'exubérance, le pittoresque et le lyrisme. La qualité scientifique de ses apports a été réévaluée à la fin du et au début du .

Biographie

Du Chaillu, dont le nom est parfois écrit du Chaylion, est probablement né en 1831 à Saint-Denis (La Réunion) d'une mère mulâtre et d'un père immigré depuis la France métropolitaine pour faire fortune. En l'absence de tout acte d'état civil, son lieu et sa date de naissance sont établis par les dires de l'intéressé et par le recoupement avec la biographie de son père. À propos de la date, dans Voyages et Aventures en Afrique équatoriale (), il précise qu'il fête son vingt-cinquième anniversaire, chez le chef Dayoko, le .. La biographie de son père, Claude-Alexis Eugène Duchaillut, indique que son lieu de naissance se situe dans l'île Bourbon (nom de La Réunion à l'époque).

Origine Son père : Claude-Alexis Eugène Duchaillut Paul Du Chaillu évoque quatre fois son père dans son Voyages et Aventures…, dans la préface et au . Il le rejoint au Gabon en 1848. Les indigènes le nomment alors, en l'honneur de son père, Mona dee Chaillée (« fils de Chaillu »).

vignette|alt=Dessin en noir et blanc d'une rue pavée bordée d'un immeuble à plusieurs étages.|La rue des Granges à Besançon qui a vu naître Du Chaillu. Claude-Alexis Eugène Duchaillut, qui se fait, plus tard, appeler Duchaillu, est né le , rue des Granges à Besançon, d'une famille dont l'origine remonte à un tisserand de Mâcon, Étienne du Chelieu (1635-1682), qui épouse Marguerite Régnault le à Notre-Dame de Jussa-Moutier (aujourd'hui dans Besançon). Toute leur descendance jusqu’à Claude-Alexis, naît et meurt sur le territoire de la paroisse de la Madeleine à Besançon. Ainsi, toute origine liée à une famille huguenote exilée en Louisiane ou en Caroline du Nord aux États-Unis, n'est que légendaire. Annie Merlet, qui a étudié les documents paroissiaux et d'état civil, remarque, par ailleurs, que l'orthographe du nom n'y est pas constante et qu'il n'y existe aucun Belloni Du Chaillu.

Le père de Claude-Alexis est fripier, comme son grand-père, lequel demeure rue de l'Abreuvoir à Besançon. Les listes militaires de sa classe d'âge indiquent qu'en 1820 Claude-Alexis tire le et est libéré. Il s'engage pourtant dans l'artillerie de marine et part pour l'île Bourbon. Il y demeure en garnison plusieurs années avant d'ouvrir une chapellerie à Saint-Denis pour y faire rapidement fortune. Il est alors soupçonné de pratiquer clandestinement la traite.

Proche du mouvement des Francs-Créoles, Claude-Alexis va de procès en procès pour pratique de la traite, de 1827 à . Lors du renversement de , que le gouverneur Duval d'Ailly tente de garder secret, il parvient à s'emparer d'un journal échappé à la confiscation et en fait lecture devant une foule en délire de plus de . Des troubles éclatent alors à Saint-Denis. Le lendemain , il fait de même à Saint-Benoît, fabrique un drapeau tricolore et harangue la foule dans les rues..

Il ne cesse alors de conspuer le gouvernement, les jésuites et tout ce qui touche à la seconde Restauration. Après avoir été emprisonné à plusieurs reprises, il est mis sous surveillance. L'affaire des Deux-frères le fait bannir de l'île en 1831. En effet, le navire dont il est propriétaire, les Deux-frères, est arraisonné le au large de l'île Bourbon, avec à son bord . Le capitaine du navire, un Arabe d'origine portugaise, jure avoir sauvé des naufragés au large du Mozambique. Les autorités forcent alors Duchaillu à rapatrier, à ses frais, les « naufragés » qui disparaissent mystérieusement..

À la suite du scandale, le Conseil privé fait bannir Charles-Alexis le . Ainsi que la loi l'autorise, il choisit d'être expulsé vers la France et abandonne ainsi la future mère de Paul. Il embarque le sur Le Navarin et arrive à Nantes à la fin du mois de décembre, puis rejoint Besançon. Dans un mémoire présenté au gouvernement en (De l'île Bourbon, depuis les premières nouvelles de la révolution de juillet ()), il se pose en victime. Il est néanmoins débouté..

Sa mère Neuf mois après le départ de son père, Paul naît à Saint-Denis, le . L'absence du moindre document d'état-civil laisse penser qu'il est vraisemblable que sa mère ne l'a pas déclaré. Son père, lui, ne le reconnaît pas.

Sa mère est une mulâtresse, fille d'un Européen et d'une femme noire qui porte le nom de « Belloni » . Elle l'élève jusqu'à sa mort vers la fin des . L'enfance de Du Chaillu n’est pas connue et la date de son arrivée en France pour ses études reste incertaine. Le seul témoignage sur le sujet reste son Voyages et Aventures… où il écrit : .

Jeunesse vignette|alt=Portrait en noir sur fond bleu d'un homme sur fond de motif végétal tenant un calicot indiquant PAUL DU CHAILLU.|Portrait de Paul du Chaillu jeune.

Charles-Alexis Duchaillu revient à l'île Bourbon en mais rien ne permet d'affirmer qu'il y ait rencontré son fils. Il se marie avec Marie-Julie Bréon et a sept esclaves à son service. De cette union naissent Eugénie () puis Julie (), que leur père reconnaît. La famille, Paul y compris, quitte l'île à la fin de l'année 1843 après avoir vendu son luxueux mobilier et ses deux dernières esclaves. Annie Merlet suppose que le départ pour Paris et le financement des études de Paul doivent être l’œuvre de son père. En métropole, il est tenu à l'écart par sa famille bisontine.

En 1844, grâce à des relations d'affaires, Charles-Alexis s'installe au Gabon. Il publie à cette date son Projet d'un établissement à créer au Gabon, avec le concours des négociants, manufacturiers et capitalistes et fonde le Comptoir nantais du Gabon pour le développement de la culture de la canne à sucre, du café et pour l'exploitation forestière. Après trois campagnes infructueuses, l'entreprise fait faillite en 1847. Charles-Alexis devient alors directeur de la factorerie Lamoisse près du fort d'Aumale.

En 1846, Paul entre en apprentissage chez le taxidermiste Jules Verreaux qui, rapidement, apprécie son élève et l'engage à son service. Après un voyage de son père à Paris, fin 1847, et même si rien ne prouve que les deux hommes se soient rencontrés, Paul part pour le Gabon où il arrive en .. Il n'a pas encore lorsqu'il rejoint les établissements Cousin et Duchaillu.

Son père, chargé de redresser la situation des établissements Lamoisse, est souvent absent et Paul demeure seul. Régulièrement, il rejoint la mission catholique puis sympathise avec le pasteur John Leighton Wilson et sa femme, Jane, à la mission américaine de Baraka. Il y trouve une famille de substitution et le pasteur demande aux missionnaires spiritains d'Okolo et aux presbytériens de Baraka de lui donner des cours comme s'il était son fils. En 1849, il le fait engager comme greffier du conseil commercial d'un comptoir mais, comme l'instance ne se réunit jamais, il travaille en réalité comme magasinier. Il ne satisfait pas ses employeurs. et l'expérience prend fin rapidement. Elle donne lieu à la première attribution à Paul, dans un document officiel, du nom de son père..

De 1848 à 1852, Paul participe aux activités de son père et l'accompagne dans les prospections commerciales que ce dernier entreprend au Gabon.. Jane, l'épouse du pasteur Wilson, lui apprend l'anglais et l'amitié avec le couple devient si grande, qu'il finit par s’installer chez eux. Il se convertit alors au protestantisme et tisse de nombreux liens avec des Mpongwe de son âge. Ceux-ci lui apprennent leur langue, le myènè. Paul étudie aussi leurs coutumes, leurs pratiques commerciales, leurs fêtes et assiste en 1848 aux cérémonies officielles en l'honneur de la proclamation de la Deuxième République ainsi, en 1849, qu'à celles de l'abolition de l'esclavage.

Avec son père ou avec les missionnaires américains, il visite l'île de Corisco et réalise des reconnaissances commerciales ou des parties de chasse sur les cours d'eau du Gabon. Il est alors missionné, sans doute par l'entremise de Jules Verreaux, pour des commandes zoologiques qu'il doit expédier en France. Si une première commande arrive bien à destination, une seconde sombre dans un naufrage..

vignette|gauche|alt=photographie sépia représentant le visage d'un homme.|John Cassin, ami de Du Chaillu. Fin 1851-début 1852, Paul fait un voyage à Paris pour s'expliquer sur la perte du second chargement et y rencontre Jules Verreaux. Il apporte, à titre de dédommagement, une nouvelle collection, mais les commanditaires s'avèrent intraitables et exigent le remboursement, ce qu'il ne peut faire. Il réside au , à Paris et envisage alors de revenir au Gabon et de s'y installer comme planteur de café et commerçant. Il écrit en ce sens une lettre au ministre de la Marine et des Colonies pour obtenir son soutien, en vain. Ne pouvant honorer ses dettes, il décide de s'enfuir aux États-Unis, tout en gardant l'entière estime de Verreaux qui loue sa droiture..

Revenu au Gabon, le pasteur Wilson facilite son départ pour les États-Unis et le recommande à un ami de New York. Ce dernier lui obtient dès son arrivée un poste de répétiteur de français dans un collège pour jeunes filles de bonne famille, la . C'est à cette date (1852) qu'il adopte le nom de « Belloni Du Chaillu ». Il signe alors toutes ses lettres « P.B. Du Chaillu » et devient populaire en racontant dans des conférences ses périples africains.. Il publie aussi des articles dans le et est remarqué par John Cassin, un ornithologue. Paul offre alors ses découvertes au Muséum des Sciences naturelles de Philadelphie et Cassin en fait systématiquement une description enthousiaste dans les de l'Académie. Les deux hommes deviennent de grands amis. Cassin encourage alors Du Chaillu à entreprendre des expéditions scientifiques uniquement tournées vers les sciences naturelles, pour lesquelles il se charge de trouver les financements.

En 1855, Paul Du Chaillu fait une demande de naturalisation américaine. dont on ne sait pas si elle a été agréée, aucun document sur le sujet n'ayant été retrouvé.. Néanmoins, il se prétend, désormais, de nationalité américaine.

Voyages au Gabon (1855-1865) Premier voyage (1855-1859)

Paul Du Chaillu embarque pour le Gabon en et arrive à Libreville en . Même s'il écrit que son père est décédé au Gabon en 1851, la vérité est que celui-ci est mort à la fin de 1855. Annie Merlet suppose qu'.

Du Chaillu s'installe à la mission américaine de Baraka et se ré-acclimate à Libreville de janvier à fin . Il dresse alors l'inventaire des spécimens d'histoire naturelle qu'il a récoltés aux alentours de Libreville et fait un premier envoi à l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie.