Tiphaine Véron est une touriste française disparue au Japon le . Elle était partie seule en vacances et visitait Nikkō, ville touristique de la préfecture rurale de Tochigi, à 150 kilomètres au nord de Tokyo. Elle a été vue pour la dernière fois dans son hôtel alors qu'elle prenait son petit-déjeuner.

Cette affaire illustre l'approche judiciaire des cas de disparitions souvent jugée très différente dans la culture japonaise par rapport à celle adoptée dans les cultures européennes et occidentales.

Contexte Tiphaine Véron

Tiphaine Véron naît le à Rennes. Elle habite Poitiers dès 1984.

Passionnée d'art et de langues étrangères, elle obtient une licence en histoire de l'art et s'initie à la pratique du russe et du japonais.

Alors qu'elle débute sa vie professionnelle, elle développe divers problèmes de santé découlant d'une épilepsie réfractaire aux traitements habituels. Après quelques années, une médication s'avère efficace et lui permet de mener une vie normale. Au moment de son voyage au Japon, elle occupe un poste d'assistante de vie scolaire auprès d'enfants en difficulté scolaire dans deux écoles de Poitiers.

Culture des disparitions au Japon Au Japon, la disparition inexpliquée d'une personne majeure, en l'absence d'une trace évidente d'origine criminelle, n'est pas considérée comme un élément suffisant dans la procédure pénale nippone pour initier une enquête criminelle. De surcroît, la loi japonaise rend difficile le traçage des données personnelles des individus.

Chaque année, environ cent mille personnes disparaissent au Japon dont une grande proportion est composée de disparus volontaires. Communément dénommés « jōhatsu » (évaporés), ce phénomène s’est accentué ces dernières années, notamment en raison d'une conjoncture économique déclinante amorcée dans les années 1990, certains Japonais préférant organiser leur propre disparition plutôt que de subir l'affront de l'endettement face à leur entourage. Le sujet est souvent considéré comme tabou pour la société japonaise. Les enquêtes de police sont souvent très succinctes comparées à ce qui est pratiqué en Europe, la police n'intervenant que lorsqu'un crime ou un accident est avéré ou que de sérieux indices tendent à le faire penser.

Chronologie des évènements vignette|Le pont Shinkyō, croisement touristique de Nikkō, que Tiphaine Véron a filmé la veille de sa disparition. Tiphaine Véron, âgée de 36 ans, atterrit à l'aéroport international de Narita le . Elle prévoit de passer trois semaines de vacances dans le pays dans le cadre d'un voyage minutieusement étudié et planifié, comme en témoignent les notes manuscrites détaillées qu'elle a prises sur les sites à visiter. Elle passe une première nuit à Tokyo.

Le , elle se rend en train à Nikkō, puis rejoint son hôtel à pied, comme le montrent plusieurs caméra de surveillance. Elle prend notamment des vidéos au niveau du pont Shinkyo, dans lesquelles on peut entendre des vents violents, probablement dus au typhon Jongdari. Elle arrive entre et à l'hôtel Turtle Inn d'où elle partage via WhatsApp une série de photos à sa famille. Elle se dit notamment enthousiasmée par l'accueil que lui réserve la femme à la réception, et juge l'hôtel . La journée est trop avancée pour ressortir visiter les sites touristiques alentour, aussi elle reste .

Le lendemain matin, , Tiphaine Véron prend son petit-déjeuner à l'hôtel. L'hôtelier estime qu'elle reste dans la salle à manger entre et . Sa présence est confirmée par une photographie prise par un autre client à .

Par la suite, les témoignages de témoins et les indices identifiés ne se recoupent plus et ne permettent pas d'établir avec fiabilité ce qui est arrivé à la disparue. Le gérant de l'hôtel prétend qu'elle aurait quitté son établissement vers ou , vraisemblablement en direction de points d'intérêts touristiques, mais le portable de Tiphaine Véron borne encore quelques heures dans sa chambre d'hôtel et indique qu'elle l'utilisait pour faire des recherches.

Le à , alors que la réservation de la française est censée prendre fin, le propriétaire de l'hôtel pénètre dans sa chambre et découvre ses affaires encore éparpillées et son passeport sur la table. Sans nouvelle de sa cliente, il prévient la police.

Hypothèses Pistes criminelles, enlèvement ou agression Parmi les scénarios envisagés par les enquêteurs figure l'implication d'un tiers, la région de Nikkō ayant été le théâtre de plusieurs meurtres parfois restés inexpliqués au cours des mois suivant la disparition de Tiphaine Véron, notamment, en où un crâne est découvert dans une pelouse près de la voie ferrée de Nikko ; quelques semaines après, deux femmes sont retrouvées égorgées sur un parking de Nikko; le , un corps non identifiable est retrouvé sur une rive de la Daiya-gawa à Nikkō ; en et , des ossements sont retrouvés dans une des forêts autour de Nikkō ; le , un cadavre démembré est retrouvé dans une valise à Nikkō. ; au total, selon un enquêteur privé engagé par la famille, entre 2018 et 2022, 15 corps sont retrouvés et 33 personnes sont victimes d'agressions sexuelles dans la préfecture de Tochigi, à partir de la 25ème minute de la vidéo..

En 2019, devant le sanctuaire Takinoo, à proximité des chutes d'eau de Shiraito, que Tiphaine avait prévu de visiter, un panneau mettait en garde contre la présence d'un homme . Un enquêteur privé engagé par la famille a retrouvé des témoignages de voyageuses japonaises se plaignant sur Instagram d'un chikan (frotteur) à cet endroit. La police a déclaré à la famille que cet homme était connu de leurs services et n'avait pas été vu dans les environs depuis , mais sans préciser s'il était surveillé.

L’existence d’un faux guide, déjà remarqué par d’autres femmes, rend cette hypothèse plausible. Ce scénario permettrait d’expliquer l’arrêt brutal de son téléphone, la disparition sans trace, et l’absence d’alerte immédiate. À ce jour, aucun suspect concret n’a été identifié, mais la famille continue de chercher des témoins et de nouveaux renseignements.

Entre autres suspects, le profil du gérant de l'hôtel est étudié : il est la dernière personne connue à avoir vu Tiphaine Véron en vie, ses déclarations sur l'heure de départ de l'hôtel de la jeune femme se contredisent, et de grandes éclaboussures (possiblement de sang, mais aucune analyse de ces traces n'a été communiquée par les enquêteurs de la police japonaise) sont découvertes au luminol sur un des murs de la chambre occupée par Tiphaine.

Si rien n’a été découvert en termes de suspects, rançons ou revendications, l’implication d’un tiers, armé ou non, reste selon les observateurs une piste sérieuse.

Pistes accidentelles Tiphaine Véron a aussi pu être la victime d'un accident, comme une chute dans le cours d'eau qui traverse Nikkō, ou une mauvaise rencontre avec des animaux dans les bois.

Les autorités japonaises ont d’abord privilégié cette hypothèse, Tiphaine aurait glissé dans une rivière en crue ou perdu l’équilibre dans un terrain escarpé à Nikko. Des fouilles, y compris du dragage de rivières, ont été menées dans les jours suivant sa disparition ; un foulard retrouvé près d’un cours d’eau a alimenté cette piste. Cependant, la famille conteste cette thèse : aucun élément apportant la preuve d’un tel accident n’a été trouvé, les relevés hydrologiques montrent l’absence de crue ce jour-là, et Tiphaine ne portait jamais de foulard. De plus, ses affaires (passeport, vêtements, carnet de voyage) restées intactes dans la chambre, plaident contre un départ dans la précipitation.

Bien que plausible, la thèse accidentelle manque de preuves concrètes.

Crise d’épilepsie Tiphaine souffrait d’épilepsie, mais celle-ci était bien stabilisée par traitement. Les médias ont évoqué la possibilité d’une crise, mais aucun contact avec un hôpital ni intervenant médical n’a été signalé à Nikko. Si elle avait eu une crise, elle aurait probablement été retrouvée près d’un sentier ou d’un point d’eau, son sac ou téléphone à proximité. Or, aucun débris ni indice matériel ne laisse penser à cette piste. Elle était consciente, en bonne forme, ayant pris un petit-déjeuner où elle échangera avec d'autres touristes à son hôtel le matin de sa disparition.

Cette hypothèse demeure ainsi marginale et peu documentée.

Disparition volontaire ou suicide L’idée que Tiphaine se serait volontairement effacée est l’hypothèse la moins crédible selon la famille : elle n’aurait laissé aucune trace d’intention de fuir (billet retour, agenda de voyages, contacts réguliers avec sa famille, déplacement minutieusement préparé). Rien dans son comportement ni dans ses préparatifs ne suggérait une volonté de disparaître, elle avait notamment laissé ses affaires et papiers dans sa chambre d'hôtel. Le profil d’une assistante scolaire investie, passionnée par le Japon, envoyant régulièrement des messages à sa famille pour partager son enthousiasme ne cadre pas avec la posture d’une fugue.

Cette hypothèse est généralement rejetée tant par les proches que par la justice.

Bien que rarement évoquée publiquement, l’hypothèse du suicide a été envisagée par certains enquêteurs au début de l’affaire. Elle repose sur la possibilité que Tiphaine ait pu mettre fin à ses jours de manière volontaire, peut-être dans une zone isolée. Cependant, cette piste ne s’appuie sur aucun élément concret : Tiphaine n’avait manifesté aucun signe de détresse psychologique dans les semaines précédentes. Elle venait de réaliser un rêve de longue date, voyager seule au Japon, elle communiquait avec enthousiasme avec ses proches et tenait un carnet de voyage très positif. Elle avait réservé un billet retour et planifié ses prochaines étapes touristiques. Aucun corps ni objet personnel n’a jamais été retrouvé dans une zone propice à cette hypothèse.

En l’absence de preuve, cette thèse reste extrêmement minoritaire et est fermement rejetée par ses proches.

Historique des recherches Première enquête (2018-2019) Le , la famille est prévenue par l'ambassade de France au Japon. La sœur et les deux frères de Tiphaine se déplacent alors au Japon le et participent aux recherches avec les policiers nippons. Rapidement, Anne Désert, sa mère, adresse un courrier au président de la République, Emmanuel Macron, pour , déplorant que « tous les moyens ne sont pas mis en œuvre : interrogations de témoins, dragage de la rivière, recherche dans la forêt avec des chiens, géolocalisation du téléphone… ».

Le , Sibylle Véron, sa sœur, lance un appel aux touristes à Nikkō pour savoir s’ils disposent de photos. Elle interpelle Emmanuel Macron dans la cour de l’Élysée le à l’occasion de la visite du Premier ministre japonais, Shinzo Abe.

La mobilisation débute en France et près de 500 citoyens participent à une marche à Poitiers le , débutant ainsi une campagne d'information.

Du 7 au , une mission de recherches est organisée au Japon avec des spécialistes du secours en montagne, mais ne donne aucun résultat. Un autre séjour de la famille a lieu fin pour organiser une manifestation à Nikkō, un an jour pour jour après sa disparition.

Début , de nouvelles recherches sont menées autour de l’hôtel avec Damien Véron, cinq bénévoles et sept chiens de Japan Rescue Dog, mais sans donner de résultat.

Position de la famille Après d’importantes recherches menées au mois de , la famille déclare ne pas croire à la thèse de l’accident et prépare de nouveaux déplacements sur place pour poursuivre leur enquête. Elle exprime des doutes sur le fait que le dossier remis aux autorités françaises soit complet.

Elle considère notamment que les auditions menées par les enquêteurs japonais sont incomplètes et extrêmement contradictoires autour du départ de l’hôtel de Tiphaine. La famille de Tiphaine a longuement travaillé sur les données du compte Google Maps de la disparue. Les points GPS ont permis de suivre les déplacements dès son arrivée au Japon et jusqu'au dimanche 29, , où sa trace disparaît (fin de la connexion Wi-Fi).