Françoise de Rabutin-Chantal est née en 1599 au château de Bourbilly à Vic-de-Chassenay, morte le . Comtesse de Toulongeon par son mariage avec Antoine II de Toulongeon (aussi d'Alone-Toulongeon), gouverneur de la citadelle de Pignerol, elle est la fille de Jeanne de Chantal, fondatrice de l'Ordre de la Visitation et une lévitation dite miraculeuse qui se produisit en son château de Toulongeon servit le procès en canonisation de celle-ci. Elle est chez les Rabutin la sœur de Celse-Bénigne de Rabutin, la tante de Madame de Sévigné et la belle-mère de Roger de Bussy-Rabutin, et chez les Toulongeon la tante de Françoise-Madeleine de Chaugy.

Biographie Contexte familial et éducation thumb|150px|left|Jeanne de Chantal thumb|210px|François de Sales Françoise est la cinquième des six enfants nés au château de Bourbilly du mariage de Christophe de Rabutin, baron de Chantal, et de Jeanne Frémyot et la seule d'entre eux à avoir connu une longue vie : deux enfants mort-nés en 1592 et 1594, Celse-Bénigne (1596-1627) et Marie-Aimée (1598-1617, future épouse de Bernard, frère de François de Sales) la précèdent, Charlotte (1601-1610) la suit. À la mort des suites d'un accident de chasse de Christophe de Rabutin en 1601, sa veuve part vivre avec ses six enfants chez son beau-père Guy de Rabutin au château de Monthelon. La mère de Françoise vise rapidement pour elle une vie conventuelle et, ne semblant pas prendre en compte la mesure à laquelle, dès 1604, l'invite François de Sales dans ce projet – « Si Françoise veut de son gré être religieuse, bon ; autrement je n'approuve pas qu'on prévienne sa volonté par des résolutions... »François de Sales, Lettre à Jeanne de Chantal, Sales, 14 octobre 1604 – lui organise en 1607 un séjour en l'abbaye de Baume-les-Dames dans le but que la mère abbesse, Marguerite III de Genève, promeuve cette vocation chez l'enfant.

C'est aux fins de son entrée dans la vie religieuse qu'en Jeanne part pour Annecy en emmenant Françoise alors surnommée « Françon » Françoise Kermina, Jeanne de Chantal, 1572-1741, Perrin, 2000., s'installant en la maison de la Galerie, rue de la Providence, puis en la Maison Nicollin Georges Chapier, Annecy la romantique, Les éditions du Bastion, 1987.. Elle prononce ses vœux le et fonde le premier monastère de la Visitation (emplacement de l'actuelle église Saint-François, bâtie en 1614), faisant que l'éducation de Françoise se poursuit au couventDicocèce d'Annecy, La maison de la Galerie et le premier monastère, avec le statut pour le moins atypique, ainsi que le développe Françoise Kermina, de fille de la mère supérieure : .

. Indulgence qu'il manifeste ainsi lorsque, grandissante, elle prend goût à la coquetterie et qu'il la surprend apprêtée pour une sortie en tenue très décolletée, il lui confie, rassurant, n'être pas tant fâché qu'elle pourrait croire et .

Madame de Toulongeon thumb|220px|left|Château d'Alone-Toulongeon, La Chapelle-sous-Uchon, vestiges actuels thumb|210px|Le palais du Louvre sous Louis XIII , Françon ne choisit pas la vie conventuelle souhaitée pour elle par sa mère : celle-ci songe à la faire entrer à l'abbaye du Puits d'Orbe dont l'abbesse est son amie Rose Bourgeois de Crépy, sœur de la présidente Brulart, ce dont le lucide François de Sales, pour qui la vocation se doit d'être , la dissuade. Elle épouse en 1620, néanmoins toujours sur le choix de sa mère, Antoine II de Toulongeon (1572-1633), noble bourguignon dont la famille, qui remonte au XVe siècle, compte deux maréchaux et trois chevaliers de la Toison d'Or, capitaine au régiment des Gardes françaises de Louis XIII, et à ce titre présent aux côtés du roi à la bataille des Ponts-de-Cé (1620), au siège de Saint-Jean-d'Angély (1621) et à la prise de Nègrepelisse (1622). Blessé à mort le à Nègrepelisse, sa guérison immédiate et sa reprise du combat le lendemain seront dites premier miracle de Toulongeon : « s'avisant de se saisir d'un souverain remède, il appliqua avec une vive foi et révérence sur sa plaie une des lettres que François de Sales lui avait écrites... Le roi en personne conçut une très haute estime de sa valeur et de sa conduite ».

Cette proximité royale offre à Françoise de monter à Paris afin de passer l'hiver 1620-1621 à la Cour, en fêtes et divertissements au palais du Louvre, où . Tout en ayant reçu en dot le château de Monthelon, elle s'installe à La Chapelle-sous-Uchon, au château d'Alone-Toulongeon dont Antoine avait fait l'acquisition en 1614. L'aîné de ses enfants, qui naît en 1621, fait partie des cinq parmi sept qui ne survivront pas. Au château se produit le second miracle de 1622, reconnu par l'Église dans l'hagiographie de Jeanne de Chantal Caroline-Pauline-Arthémine Klinglin, comtesse Alexandre de Menthon, Les deux filles de Sainte Chantal, Marie-Aimée de Rabutin-Chantal, baronne de Thorens, et Françoise de Rabutin, comtesse de Toulongeon, éditions du Monastère de la Visitation, 1913. : accueillant sa mère accompagnée de sept visitandines dont Anne-Marie Rosset, future mère supérieure du monastère de la Visitation d'Annecy« La vie de la Mère Anne-Marie Rosset, douzième supérieure de la Visitation Sainte-Marie, professe du premier monastère d'Annecy où elle est morte le 21 mai 1667 », Les vies de plusieurs supérieures de l'Ordre de la Visitation Sainte-Marie, revues et corrigées par un père de la Compagnie de Jésus, chez Humbert Fonteine, imprimeur ordinaire de Monseigneur Illustrissime et Révérendissime Évêque et Prince de Genève, Annecy, 1693, cette dernière connaît dans la chapelle du château une extase mystique qui se manifeste par une lévitationChâteaux de Bourgogne, Alone-Toulongeon. Lorsqu'elle est parmi les témoins de ce phénomène, Françoise est enceinte de la seule fille qui survivra, Gabrielle (1622-1646) qui épousera le Roger de Bussy-Rabutin. thumb|150px|Christine de Savoie Les tourments que lui cause son frère Celse-Bénigne, condamné à mort par contumace par le Parlement de Paris pour son implication dans un duel le dimanche de Pâques 1624 et venu se réfugier au château de Toulongeon, l'appellent à : c'est la construction du couvent de la Visitation d'Autun, dont elle est dite initiatrice, pour laquelle elle obtient l'accord de Claude de la Magdelaine, évêque d'Autun. Jeanne de Chantal, qui fonde le couvent en 1626, n'en maintient pas moins, à la faveur de ses déplacements, ses haltes au château de Toulongeon – une histoire édifiante évoque Françoise, en état de grossesse, allant l'accueillir à genoux aux portes du château – qui, alors .

Richelieu nomme Antoine II de Toulongeon gouverneur de la citadelle de Pignerol en 1630, service pour lequel Louis XIII érige en la même année 1630 la seigneurie d'Alone en comté de Toulongeon. Françoise Kermina relate le séjour de Françoise à Pignerol comme étant le moment le plus prestigieux de son existence : . Antoine meurt en 1633 à Pignerol, quelques semaines après que Françoise l'y ait rejoint et y ait mis au monde leur fils François, leur second enfant survivant et leur héritier dont on ne saura que peu de choses : . thumb|left|150px|Gilonne d'Harcourt, comtesse de Fiesque thumb|150px|Roger de Bussy-Rabutin thumb|150px|Marquise de Sévigné , résidence de Nicolas Jeannin de Castille, non loin d'Autun, évoque Charles Athanase Walckenaer qui situe là en la première rencontre entre Françoise et sa nièce Madame de Sévigné, Charles Athanase Walckenaer, Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, dame de Bourbilly, marquise de Sévigné, Didot frères et fils, Paris, 1857.. Le château constitua de fait à plusieurs reprises pour l'épistolière une halte agréable sur la route de Provence où elle s'en allait visiter sa fille, Madame de Grignan, et l'on dit que les deux femmes y agirent ensemble à la réconciliation entre Nicolas Jeannin de Castille et Roger de Bussy-Rabutin. Françoise fréquente également le château d'Époisses où elle fait partie du cercle de Guillaume de Guitaut (proche du Grand Condé) et où elle rencontre Gilonne d'Harcourt, comtesse de Fiesque, Roger de Bussy-Rabutin, Histoire amoureuse des Gaules, texte établi par Jacqueline Roger et Roger Duchêne, Gallimard, 1993, . Benedetta Craveri, L'âge de la conversation, Gallimard, 2002, . et qui, après avoir été dame d'atours d'Anne d'Autriche, est alors celle de La Grande Mademoiselle dans son exil au château de Saint-Fargeau.

Les évocations plus tardives de Françoise par l'illustre épistolière sont cependant beaucoup moins affables : Yohann Deguin, « Madame de Sévigné et Bussy-Rabutin - Écriture familiale et force du sang », ''Papers on French Seventeenth Century Literature, vol.XLII, n°85, Tübingen, Narr Verlag, 2016, , la taxe constamment d'avarice et s'accorde avec Roger de Bussy-Rabutin à . En , elle évoque ses haltes chez Françoise comme des devoirs sans joie et dénués de toute affection : Madame de Sévigné, Lettre à Roger de Bussy-Rabuton, Paris, 11 juillet 1672., pour écrire encore, cinq ans plus tard : Madame de Sévigné, Lettre à Roger de Bussy-Rabutin, Paris, 13 octobre 1677.

plaide, plus en nuances, Charles Athanase Walckenar. C'est elle également qui, en 1675, fait édifier près de chez elle, à Mesvres, à l'emplacement d'un antique lieu de culte celte, la chapelle Notre-Dame de la CertenueCeltes en Bourgogne Sud, La chapelle Notre-Dame de la Certenue.

Françoise de Rabutin-Chantal meurt en et l'oraison funèbre prononcée par Nicolas Lévêque, chanoine de Notre-Dame d'Autun, surprend en ce que, sous le voile tout ecclésiastique de la retenue et de la pudeur, il brosse un portrait non dénué de cette modernité qui, mêlant la dévotion à la coquetterie et à la mondanité, est annonciatrice du XVIIIe siècle : Nicolas Lévêque, Oraison funèbre de haute et puissante dame Françoise de Rabutin-Chantaln comtesse de Toulonjon (sic), Bernard de la Mothe-Tort, imprimeur de la ville et de l'évêque d'Autun..

Celle qui fut à la fois « l'ornement de la société du château de Montjeu » et l'orante solitaire de Notre-Dame de la Certenue repose, selon son vœu, vêtue de la bure visitandine en la chapelle François-de-Sales, dans l'église du Couvent de la Visitation d'Autun où elle s'était retirée dans les derniers mois de sa vie Émile Magnien, Bussy-Rabutin et Madame de Sévigné - Cousin-cousine en Bourgogne, éditions de La Taillanderie, 2005.. Si Antoine II de Toulongeon a été inhumé pour sa part en l'église des Feuillants de Pignerol, son cœur a été rapporté auprès d'elle à Autun. Leur beau-frère et frère Claude de Toulongeon, abbé de Saint-Satur, repose de même en la chapelle.

Postérité La relation passionnelle de la comtesse de Toulongeon à l'argent se vérifie dès 1641 avec ses âpres protestations contre le testament de son oncle maternel André Frémyot, archevêque de Bourges qui avantage fortement son frère Celse-Bénigne à ses dépens et, observe sans concession Françoise Kermina, elle ne fit que . De fait, elle laissera à son fils François un bel héritage : observe Roger de Bussy-Rabutin deux ans après qu'elle s'est éteinte Roger de Bussy-Rabutin, Lettre à Madame de Sévigné, Choiseu, 18 janvier 1687., ce à quoi Madame de Sévigné répond : Madame de Sévigné, Lettre à Roger de Bussy-Rabutin, 31 mai 1687.. Il apparaît clairement que, de part et d'autre, l'ironie et l'absence de concession - teintées peut-être de jalousie et de l'amertume de n'être pas héritiers - visent à désigner la mauvaise parente déclassée, le « contre-blason familial » qui, par effet dialectique, situe les deux épistoliers à son opposé, du côté de la vertu et du vrai positionnement social.

Pour Yohann Deguin, .

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