Zinovi Grjebine (en ), né en 1877 à Tchouhouïv, gouvernement de Kharkov dans l'Empire russe et mort le , à Vanves, en France, est un éditeur de Saint-Pétersbourg, qui a apporté une contribution significative au développement de la littérature au siècle d'argent, ainsi qu'à l'édition littéraire au début du en Russie.

Grjebine, né d'un père militaire à la retraite, obtient une éducation en matière artistique à l'étranger et s'installe ensuite à Petrograd en 1905, sans revenu ni relation. Comme dessinateur caricaturiste, il s'est presque immédiatement engagé professionnellement dans l'édition. Son premier projet réalisé est la création de la revue de satire politique Joupel, pour lequel il a été condamné à un an de prison, mais qui lui a fait acquérir une grande renommée dans les cercles littéraires et l'estime de nombreux partisans. Alors qu'il est toujours détenu, Grjebine lance une nouvelle revue sous le nom de La Poste de l'enfer (1906). Celle-ci est très rapidement censurée et interdite par la , mais est entrée dans l'histoire de la Russie pour son apport de documents artistiques de valeur. vignette|240px|Chipovnik, logo des éditions

En 1906, il ouvre les éditions Chipovnik (en français, chipovnik signifie églantier), qui deviennent rapidement l'une des plus grandes entreprises indépendantes du marché du livre du pays. Chipovnik publie à la fois de la littérature artistique et scientifique, des traductions, de la prose et de la poésie tant d'auteurs classiques que de jeunes auteurs qui ne sont pas encore connus.

Grjebine participe également à l'organisation des maisons d'édition Parous, Panthéon, Littérature mondiale, Édition Z. Grjebine, ainsi qu'au journal Novaïa jizn, La Patrie (en ) et d'autres encore.

Après la révolution russe, il émigre et essaye d'ouvrir sa propre maison d'édition en imprimant des livres en langue russe pour les importer en Russie (RSFSR). Il investit dans ce projet toutes ses économies, mais cette affaire échoue parce que le ministère du commerce extérieur de la RSFSR rompt le contrat et refuse d'acheter les tirages réalisés. Grjebine meurt à Paris en 1929 d'une crise cardiaque.

Biographie

Premières années et éducation

Zinovi Issaïevitch Grjebine naît en 1877 dans la ville de Tchougouïev, gouvernement de Kharkov, Empire russe. Selon diverses sources, il existe une variante du nom de famille qui est Gjebene ainsi que du patronyme avec Chievitch, Ichevitch, Ovchievitch. Selon les souvenirs du peintre Ilia Répine, qui est né lui aussi à Tchougouïev, la ville était « en disponibilité, militaire, <…> au fin fond de la province, <…>, vouée au culte de l'art qui ne nourrit pas son homme ». La famille Grjebine se trouvait « dans un état de pauvreté cauchemardesque, dans un état d'ignorance », on n'y parlait pas le russe, mais le yiddish, et Zinovi Issaïevitch lui-même n'a appris à lire qu'à . Son père a servi vingt-cinq ans dans l'armée, ce qui a valu à sa famille d'obtenir quelques avantages, mais il était interdit de séjour, comme Juif, dans la capitale de Saint-Pétersbourg. En 1890, les Grjebine ont déménagé à Odessa, et, en 1899, Zinovi est diplômé de la classe de dessin et peinture de l'.

Grjebine se rend ensuite à l'étranger : sa sœur Sarah Ovchieva Farbman et son mari Grigori Abramovitch étudiaient en Allemagne et en Suisse. Grjebine entre à l'école-studio Simon Hollósy à Munich dans les cours de Mstislav Doboujinski et d'Igor Grabar, dont il devient un des élèves les plus appréciés. Il part ensuite pour Paris comme élève de l'école privée d'art Anton Ažbe.

Début de carrière

Selon les souvenirs de Korneï Tchoukovski, avec lequel Grjebine est ami durant de nombreuses années et collabore souvent, en 1905 Zinovi retourne en Russie « comme sioniste et sans un sou ». Son premier lieu de travail est la revue L'Éducation picturale avec . Comme artiste, Grjebine n'a pas eu un succès exceptionnel, ses rares œuvres ont été saluées par la critique, mais son efficacité et son énergie exceptionnelle l'ont aidé à développer des liens d'amitiés et à se faire des relations dans le milieu littéraire de l'édition.

À la fin de l'année 1905, Grjebine fonde la revue Joupel, une publication satirique dont l'orientation antimonarchique est prononcée. Selon les souvenirs de Mstislav Doboujinski, Grjebine s'est, à cette occasion, manifesté pour la première fois comme un véritable organisateur professionnel et « a fait de véritables miracles, en convainquant avec sa ferveur et en secouant et en réunissant sous son impulsion les gens apparemment les plus indifférents ». Le premier numéro de la revue paraît en et est très apprécié des contemporains, notamment pour la haute qualité des illustrations et de la mise en page. Le succès auprès des lecteurs est également assuré par le fait que Joupel présente des œuvres à la fois de la littérature moderniste et de la littérature réaliste. Ces deux groupes rivalisaient constamment et seul Grjebine a réussi à maintenir de bonnes relations entre eux et même à les réunir dans un projet commun.

La revue satirique Joupel a attiré l'attention des autorités et de la censure dans l'Empire russe pour ses articles pointus et ses caricatures (parmi lesquelles celles personnelles contre Nicolas II de l'aigle et le loup-garou). Grjebine est arrêté dès la sortie du premier numéro. La raison officielle de la fermeture de la revue a été la publication dans le troisième numéro de la Chanson de soldat d'Alexandre Kouprine. Dans les archives de la censure, on apprend dans une note retrouvée du ministre Piotr Dournovo du que le procureur a étudié l'affaire en une seule journée, puis a décidé de traduire les créateurs de la revue Joupel sur base de leur responsabilité pénale. Pendant quelque temps, Grjebine parvient à se cacher, mais il est finalement arrêté et envoyé à Vyborg dans une prison de transfert, puis de là dans la prison Kresty. En , la revue Joupel a cessé d'exister.

Malgré son enfermement en prison, Zinovi Issaïevitch parvient à poursuivre son travail d'édition. En 1906, il fonde la revue La Poste de l'enfer, en l'honneur de la revue homonyme de 1769 de l'époque de Catherine II. Officiellement, c'est l'artiste Eugène Lanceray qui est propriétaire de la publication, mais le travail d'édition est pratiquement entièrement réalisé par le collectif de l'ancienne revue interdite et supprimée Joupel. La Poste de l'enfer a également été superbement mis en page avec des illustrations réalisées par des artistes de Mir iskousstva. Comme la revue qui précédait, celle-ci a également été fermée par décision des autorités et le dernier numéro, le quatrième, a été saisi alors qu'il était encore en cours de réalisation chez l'imprimeur. C'est seulement grâce à l'intercession de et aux démarches d'amis tels que Mstislav Doboujinski et Ivan Bilibine que Grjebine a obtenu, sous caution, sa libération après huit mois d'emprisonnement.

Première expérience d'édition

Panthéon

Après la fermeture de Joupel et de La Poste de l'enfer, Grjebine est non seulement emprisonné, mais perd également son droit d'être éditeur jusqu'à l'automne 1908. C'est pourquoi son initiative suivante, l'édition de la revue Panthéon, est officiellement lancée par son beau-frère Mikhaïl Konstantinovitch Doriomedov (1885-1920). En , lui succèdent Alexandre Anselmovitch Roikhel (1885-1933) et Alexandre Moïssévitch Toumarkine (1885-1941). Ce n'est qu'en que Grjebine en redevient officiellement éditeur avec son gendre Grigori Abramovitch Farbman.

Panthéon paraît de 1907 à 1912 et s'est ouvert à la publication des principaux chefs-d'œuvre de la culture européenne. L'idée de créer cette édition est née de la vague germanophile et de l'intérêt renaissant pour l'antiquité dans la société russe de la première partie des années 1900. En outre, une grande partie des intellectuels étaient déçus par les idéaux révolutionnaires après la révolution russe de 1905. C'était le temps du « renforcement de la nécessité de stabilité, d'harmonie, le désir de la mesure, de la proportionnalité apollinienne (de la philosophie de Nietzsche) en opposition à l'obscurité et à l'irrationnel du monde dionysiaque ». À l'origine Panthéon était conçu pour être une revue , mais il était trop difficile et trop coûteux de la publier et c'est pourquoi Grjebine décide de s'orienter vers une publication de littérature traduite.

D'éminents lettrés ont collaboré à la revue Panthéon : le département de littérature nordique était dirigé par , celui de langue italienne par Naoum Vilenkine, celui de langue espagnole et de langue anglaise par Constantin Balmont, le département de langue russe et de langue française était dirigé par Valéri Brioussov. Tandis qu'Alexandre Benois, Ivan Bilibine, Mstislav Doboujinski, Eugène Lanceray, Nicolas Roerich et d'autres encore s'occupaient des illustrations. En 1908, la revue publie Die Ahnfrau de Franz Grillparzer, en 1909-1910 le Livre de Joram de , en 1909-1910 Peter Schlemihl d'Adelbert von Chamisso et une traduction du Cantique des Cantiques par . En tout, en 1911, la revue Panthéon publie 57 éditions complètes et toute une série de petits ouvrages tels que des catalogues, des dépliants, etc.

Éditions Chipovnik

En 1906, ensemble avec Solomon Kopelman et sa sœur, Grjebine fonde une maison d'édition qu'il appelle éditions Chipovnik. Il devient rapidement un des chefs de file en la matière en Russie et gagna de la notoriété au sein de l'avant-garde du fait qu'il éditait des auteurs jeunes et peu connus et pas seulement des auteurs déjà reconnus. Chipovnik publia 26 almanachs de littérature de fiction, et encore des cycles de recueils de littérature nordique, des livres pour enfants, des travaux de journalistes, une bibliothèque humoristique et bien plus encore.

Autres projets

En 1914, Grjebine lance une revue patriotique du nom de La Patrie (en russe : Otietchestvo), qui s'opposait clairement à la revue pacifiste Letopis dont Maxime Gorki était un des fondateurs. Cette revue Otietchestvo a paru jusqu'en 1919, et c'est chez elle qu'a été publié l'ouvrage Poèmes sur la Russie d'Alexandre Blok.

En 1916, ensemble avec Gorki, Grjebine participe à la fondation de la maison d'édition Parous (en français : voile), et, en 1917-1918, il dirige la bureau du journal Novaïa jizn.

Famille

Dans les années 1910, les Grjebine vivent à la maison de la rue de Tauride à Saint-Pétersbourg, et ils ont comme voisins Zinaïda Hippius et Dimitri Merejkovski. Selon les souvenirs de la fille de l'éditeur, Elena Grjebine, viennent souvent leur rendre visite : Alexeï Remizov, Georges Annenkov, Victor Chklovski, Alexandre Benois et Walter Nouvel : Souvent Korneï Tchoukovski, qui était ami avec toute la famille, rend visite à Zinovi Grjebine et c'est en l'honneur de Lialia (Lia), la fille de Grjebine, qu'il nomme l'héroïne de son conte Le Crocodile. Dans ses mémoires, Tchoukovski se souvient de l'épouse de Grjebine, Maria Constantinovna. Il parlait d'elle comme d'une femme « douce, mince et dévouée à son mari ». Elle et Grjebine ont eu cinq enfants, trois filles (Lia, Elena et Irina), et deux garçons (Alexeï et Tovi). Tovi naît après le départ de la famille à l'étranger. Dès leur petite enfance, les filles étaient passionnées par la danse, plus tard Lia et Irina ont ouvert leur propre école de danse à ParisÉcole située rue Jules-Chaplain, , Paris . Alexeï est devenu biologiste, et Tovi est devenu physicien. Elena est la seule qui a consacré sa vie à la littérature. Lia a épousé l'artiste Lazare Volovick.

Après la révolution