vignette|François Mitterrand en .
L’attentat de l'Observatoire est un attentat qui a visé François Mitterrand dans la nuit du au à Paris, avenue de l'Observatoire. L'expression fait également référence à l'affaire politique et judiciaire à laquelle cet attentat a mené.
Le sénateur de la Nièvre François Mitterrand est averti par un autre homme politique, Robert Pesquet, d'un projet d'attentat à son encontre dans les jours qui précèdent le . Vers minuit trente le , la de François Mitterrand est criblée de sept balles de pistolet mitrailleur, tandis que le parlementaire échappe aux balles en prenant la fuite à travers le jardin de l'Observatoire. Quelques jours plus tard, Pesquet déclare publiquement dans le journal Rivarol que François Mitterrand a monté de toutes pièces l'attentat afin de gagner la faveur de l'opinion publique. .
Contexte
Un climat politique tendu Charles de Gaulle revient au pouvoir en dans un contexte d'instabilité causée par la guerre d'Algérie. Le climat est particulièrement tendu à la fin de l'année . Après que le , de Gaulle annonce un référendum sur l'autodétermination pour les Algériens, des rumeurs selon lesquelles un complot serait en préparation contre de Gaulle et son régime enflent. On annonce des manifestations et des attentats en métropole, orchestrés par les Européens d'Algérie. Selon ces rumeurs, l'armée serait appelée pour rétablir l'ordre et prendrait le pouvoir, renvoyant le général de Gaulle à Colombey. Un débat parlementaire sur le sujet qui débute le laisse voir la grande tension au sein de la majorité présidentielle..
Le , le député UNR Lucien Neuwirth fait une déclaration alarmiste selon laquelle , rééd. (), 509 ..
Des menaces et un avertissement François Mitterrand et son épouse, Danielle Mitterrand, déclarent avoir été harcelés par des coups de téléphone intempestifs et menaçants en . Le , Mitterrand et Roland Dumas sont abordés près du palais de Justice par Robert Pesquet, ancien député. Selon François Mitterrand, une fois Dumas parti, Pesquet lui confie qu'il fait partie des personnalités que l'extrême droite cherche à abattre.. Mitterrand ne le prend pas au sérieux au premier abord, mais Pesquet l'appelle plusieurs fois et ils se revoient le au Marignan, un café des Champs-Élysées.
Devant la menace, Mitterrand dort chez son ami Georges Dayan. Le lendemain, le , il croise à nouveau Robert Pesquet au Sénat, qui lui annonce que l'attentat va bientôt arriver, et qu'il aura lieu rue Guynemer, près de son domicile. Comme la rue ne permet pas de s'échapper en cas d'attentat, Pesquet lui recommande de contourner le jardin du Luxembourg et de se réfugier dans le jardin de l'Observatoire en cas d'attaque. À la demande de Pesquet, Mitterrand promet de ne rien dire à la police. Selon Bernard Debré, son oncle, Pierre Lemaresquier, et la femme de celui-ci avaient vu un homme qu'ils avaient identifié comme François Mitterrand, un jour précédant l'attentat, s'exercer à sauter par-dessus les buissons du jardin de l'avenue de l'Observatoire..
Attentat
Poursuite motorisée François Mitterrand dîne le soir du avec Georges Dayan, puis se rend à la brasserie Lipp. Il était convenu avec Robert Pesquet qu'ils s'y retrouveraient s'il y avait du nouveau. Pesquet n'arrivant pas, Mitterrand attend jusqu'à minuit et demi. Il décide alors de rentrer chez lui avec sa voiture, une .
Selon la version qu'il donne à Franz-Olivier Giesbert, il remarque une petite automobile grise, feux éteints, qui se met à le suivre. Au début de la rue de Seine, la voiture se met à le coller ; il modifie alors son itinéraire et, au lieu de tourner à droite pour rentrer chez lui, il tourne à gauche dans la rue de Médicis. Pris en chasse par ses poursuivants, il accélère boulevard Saint-Michel, tourne rue Auguste-Comte, ouvre sa portière, saute par-dessus la grille des jardins de l'Observatoire haute d'un mètre, et court dans les jardins où il se jette à terre. À l'exception de deux statues néogrecques sur des socles de pierre au centre du parc, le jardin n'offrait aucun abri ; il se cache derrière une haie de troènes.
Fusillade Alors que François Mitterrand est caché derrière la haie, de la fenêtre arrière gauche de la voiture grise sort un pistolet-mitrailleur qui tire une rafale. Sept balles de criblent la portière avant droite de la Peugeot.. François Mitterrand traverse le jardin en courant pour se dissimuler sous une porte cochère au 5 de l'avenue de l'Observatoire. Il sort du square par l'avenue de l'Observatoire.
Déclaration à la police Un habitant du quartier, réveillé par le bruit des coups de feu, appelle la police qui se rend sur place. François Mitterrand déclare à la police qu'il a subi une tentative d'assassinat. Il est interrogé par le commissaire divisionnaire Clot. Il ne lui dit rien au sujet de Robert Pesquet, dont il avait promis de taire le nom.
Médiatisation
Choc politique du au L'affaire est largement médiatisée le lendemain. Les journaux relatent l'histoire en détail. Alors qu'il était en perte de vitesse et marginalisé même au sein de son parti, François Mitterrand redevient le chef de la lutte contre l’extrême droite. La rapidité de sa réaction est louée et les partisans de l'Algérie française sont soupçonnés d'être derrière le coup.. L'indignation gagne le monde politique, et Pierre Mendès France lui écrit : .
Mitterrand rencontre à nouveau Robert Pesquet le , et le remercie de lui avoir donné l'information qui lui a sauvé la vie.
Déclaration de Pesquet les et Le , Robert Pesquet donne un entretien au journal d'extrême droite Rivarol, qui va complètement à l'encontre du récit entendu jusqu'alors. Pesquet déclare être l'auteur de ce qui serait un faux attentat, manigancé par François Mitterrand lui-même dans le but de regagner les faveurs de l'opinion publique au détriment de Pierre Mendès France et dans le but de provoquer des perquisitions dans les milieux d'extrême droite. Il mentionne des détails qui ne semblent que pouvoir avoir été décidés à l’avance, notamment la façon dont la victime réagirait.
Le , Robert Pesquet organise une conférence de presse. Il soutient que François Mitterrand a organisé avec lui un faux attentat dans le but de se positionner comme le chef de file de la lutte contre l'extrême droite, et de regagner en popularité face à Pierre Mendès-France. Pesquet montre deux pièces qui doivent prouver la véracité de ses dires : deux lettres que Pesquet s'était adressé à lui-même, en recommandé, ouvertes par un huissier de justice, où il décrivait avant l'évènement comment le pseudo-attentat allait se dérouler. Aux dires de Pesquet, Mitterrand aurait été enthousiasmé à l'idée de se faire de la publicité par ce moyen, et aurait planifié l'opération en détail.
Retournement de l'opinion publique après le Les journaux suivent de près l'affaire et, à partir de la déclaration de Pesquet., remettent en cause la version de François Mitterrand. La gauche se trouve atterrée, tandis que , alors que (Michel Winock). François Mitterrand perd le soutien de plusieurs personnalités politiques, dont celui d'Henri Frenay. Avec François Mauriac, Pierre Mendès France est l'un des rares à défendre son ancien ministre de l'Intérieur, victime d'.
Contre-offensive médiatique de Mitterrand à partir du François Mitterrand se défend. Il soutient que l'attentat n'a pas été un complot ourdi par lui-même, et qu'il est tombé dans une machination qui ne pouvait, une fois lancée, que se conclure par sa défaite. Comme le rapporte Le Monde dans son édition du , il dit : .
Le , René-William Thorp, le bâtonnier de Paris, convoque dans ses bureaux Philippe Grumbach, rédacteur en chef de L'Express et espion pour le compte du KGB. Grumbach y découvre le futur président de la République, en pleurs. L’attaque dont il a été victime, la semaine précédente, est en passe de casser sa crédibilité politique..
Le , L’Express publie la défense de François Mitterrand sur trois pages, avec le titre : . Mitterrand accuse plusieurs personnalités d'extrême droite (Jean-Louis Tixier-Vignancour, Jean Dides, Jean-Baptiste Biaggi, Pascal Arrighi, Jean-Marie Le Pen) d'avoir . Il reconnaît . Il fait le lien entre ce et deux autres affaires qu'il a eu à connaître alors qu'il était ministre de l'Intérieur (affaire des fuites du comité de la Défense nationale) et garde des Sceaux (affaire du bazooka d'Alger). Selon lui, les décisions qu'il a prises dans ces deux affaires lui ont valu la haine des protagonistes qu'il a cités.. Philippe Grumbach, dont on apprendra bien plus tard, en , qu'il était à l'époque agent du KGB, a permis à Mitterrand d'organiser sa contre-offensive médiatique, ce qui fut considéré rétrospectivement comme un service pouvant être exploité.
Pré-judiciarisation
Demande de levée de l'immunité parlementaire le Le gouvernement de l'époque, dirigé par Michel Debré, porte un coup qu'il veut fatal à son principal adversaire : le ministère public demande le au Sénat que l'immunité parlementaire du sénateur Mitterrand soit levée pour outrage à magistrat. Cette requête est légitimée par le fait que Mitterrand n'a jamais fait état du rôle de Robert Pesquet dans son interrogatoire auprès de la justice, ce qui est considéré alors comme une de la préfecture de police de Paris.
Le parquet décide également d'engager des poursuites pour détention d'armes contre Robert Pesquet et son comparse, Abel Dahuron, auteur des coups de feu. Toutefois, contre l'avis du parquet émis sur réquisition du garde des Sceaux, le juge André Braunschweig laisse les deux hommes en liberté..
Commission parlementaire et défense à la tribune Le Sénat débat sur la levée de l'immunité parlementaire de l'élu Mitterrand après les présentations d'une commission spéciale réunie pour l'occasion, dont le rapporteur est Jacques Delalande, un indépendant.. Le verdict de la commission reprend le motif du ministère public : ..
Le sénateur Mitterrand se défend à la tribune, et explique sa version des faits. Il justifie de ne pas avoir mentionné Pesquet à la police par le fait que ce dernier le lui avait demandé afin d'être protégé, sachant que Pesquet serait en danger s'il était révélé qu'il avait prévenu une des cibles de l'attentat qui planait sur elle. Surtout, il révèle un élément nouveau allant dans son sens : le , Maurice Bourgès-Maunoury, ancien président du Conseil, avait prévenu la Direction de la Sûreté générale qu'il avait lui-même été approché par Robert Pesquet quatre semaines auparavant de la préparation d'un attentat contre lui, selon le même scénario, ce qui est confirmé le .
Avant de conclure, François Mitterrand souligne qu'il considère l'affaire comme un guet-apens politique. Il met en cause Michel Debré et rappelle l'entretien qu'il avait eu avec ce dernier en lorsque des soupçons pesaient sur lui dans le cadre de l'affaire du bazooka, un complot visant à tuer le général Raoul Salan afin de provoquer des émeutes en Algérie française et provoquer le retour au pouvoir de Charles de Gaulle.
Si une bonne partie des parlementaires demeurent perplexes, quelques voix s'élèvent pour défendre Mitterrand. Jean-Louis Vigier, de la majorité, dit notamment dans l'hémicycle : . Il réussit à convaincre ses collègues de repousser le vote. Pierre de La Gontrie, de la gauche, demande un complément d'information pour éclaircir l'argument de Mitterrand relatif à l'incident rapporté par Bourgès-Maunoury, et l'obtient.
Nouveau vote et levée de l'immunité parlementaire le