Les fortifications de Mycènes protègent la cité antique de Mycènes, un pôle majeur de la Grèce continentale du millénaire avant notre ère. Composées de massifs blocs de pierres, un type de construction appelé , ces fortifications sont caractéristiques de la civilisation mycénienne, dont elles constituent le site le mieux conservé.

Le site, habité dès le Néolithique, est solidement fortifié à partir du , au début de l'apogée de la puissance mycénienne (Helladique récent IIIA). L'enceinte est ensuite profondément modifiée et étendue vers le sud-ouest au milieu du Les tombes royales du Cercle A sont alors enfermées dans la nouvelle enceinte, à proximité de la nouvelle entrée principale de la cité, la porte des Lionnes. Enfin, une cinquantaine d'années plus tard, la pointe nord-est de l'enceinte est remodelée et étendue pour incorporer dans la citadelle une citerne souterraine. La puissante cité montre plusieurs signes de destructions, comme le reste des sites de la civilisation mycénienne, entre la fin du et le début du (Helladique récent IIIC). Leurs causes font encore l'objet de discussions : invasions étrangères, tremblements de terre, incendies ou conflits internes. Mycènes devenue dès lors une cité mineure, ses fortifications sont détruites après la mise à sac de la ville par Argos en 468 , malgré quelques tentatives de réparations au

Le contour des remparts suit l'affleurement rocheux sur environ de périmètre, englobant le sommet de la colline sur laquelle est construite la cité, d'une surface d'environ . La hauteur des murs est inconnue, les plus hauts vestiges de l'époque mycénienne atteignant de hauteur. Trois styles de constructions sont présents sur le site : l'appareil cyclopéen proprement dit, l'appareil pseudo-isodome et l'appareil polygonal.

Les ruines des fortifications, connues depuis l'Antiquité, sont notamment décrites par Pausanias au de notre ère. Les premières fouilles ont lieu en 1841 et le site est minutieusement étudié depuis 1876 et les premières découvertes de l'archéologue allemand Heinrich Schliemann.

Les fortifications de Mycènes, comme l'ensemble de la cité, sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1999.

Contexte Contexte mythologique Selon les auteurs antiques, la ville de Mycènes est fondée par Persée, fils de Zeus et de Danaé, fille d'Acrisios, roi d'Argos. Ayant tué son grand-père par accident, Persée échange Argos avec son cousin Mégapenthès, roi de Tirynthe. Devenu roi de Tirynthe, il fonde ensuite Mycènes.

Persée demande aux Cyclopes, des géants dotés d'une force surhumaine et bâtisseurs de Tirynthe, de construire des murailles pour Mycènes.. Pour les Grecs de l'époque classique, les larges blocs de pierre utilisés ne pouvaient avoir été assemblés que par ces géants, d'où leur nom de . Selon Euripide, les murs de la ville s'élevaient . Pour Homère dans l'Iliade, Mycènes est la , dont le roi Agamemnon est le chef des Achéens, en raison de sa puissance.

Le petit-fils d'Agamemnon, Tisamène, est le dernier roi de Mycènes, vaincu par les Doriens, avec l'Héraclide Téménos à leur tête. La cité est incendiée et passe définitivement sous l'influence de sa voisine Argos, dont Téménos est devenu le roi. Entre la fondation par Persée et le retour des Héraclides, on compte six ou sept générations, ce qui correspond, selon l'archéologue George Mylonas, à la durée de l'existence de la Mycènes historique..

Contexte géographique et historique

La cité de Mycènes est située dans l'est du Péloponnèse sur une colline dominant l'extrémité nord-est de la fertile plaine d'Argos. Cette position lui permet de contrôler des routes commerciales., notamment le défilé de Dervénakia, la seule route conduisant à l'isthme de Corinthe et au reste de la Grèce continentale. La colline est entourée de deux sommets plus élevés : au nord le mont Profitis Ilias, et le mont Zara au sud, dont elle est séparée par deux ravins escarpés, le Kokoretsa au nord et le Chavos à l'est et au sud..

Dès la fin du Néolithique et le début de l'Helladique ancien (vers 3200-3000 av. J.-C.), l'intérêt stratégique de la colline est compris et les premières traces d'occupations sont relevées au sommet de la colline.. Les premiers murs datent de l'Helladique moyen, vestiges d'une vaste demeure royale, voire un palais.. L'archéologue britannique Alan Wace a vu dans un mur à proximité de ce palais les ruines de la première fortification de la colline. En 1961, l'archéologue grec George Mylonas a démontré qu'il s'agissait en réalité d'un mur de soutènement.

Sous l'influence culturelle voire politique de la Crète minoenne, plusieurs cités de la Grèce continentale se sont développées pendant l'Helladique moyen, notamment Mycènes, Tirynthe, Orchomène et Thèbes. Le déclin progressif de la puissance minoenne, à partir de 1600 et surtout de 1450 , a entraîné une montée en puissance des cités continentales et une compétition entre elles., avec un sentiment général d'insécurité dont la conséquence est une fortification systématique des centres urbains. À Mycènes comme dans les autres cités du Péloponnèse de l'époque, les premières fortifications ne sont pas antérieures à l'Helladique récent, 1380 au plus tôt.. Parmi ces cités, c'est Mycènes qui en retire une place prépondérante..

vignette|redresse=3.5|centre|alt=Panorama d'une plaine, prise depuis une hauteur. Aux extrémités gauche et droite, des flancs de collines. Au fond, après la plaine, une chaîne de montagnes basses. Au premier plan, les ruines de la cité de Mycènes.|Panorama de la plaine d'Argos, depuis les ruines du palais de Mycènes. Au premier plan, on distingue les murs cyclopéens de la citadelle et l'arrière de la porte des Lionnes.

Les périodes archéologiques Helladique récent III A et B, couvrant les  et siècles , sont considérées comme l'apogée de la puissance mycénienne, connue sous le nom de période « palatiale ».. La cité mycénienne tirant sa puissance de sa situation de contrôle des routes commerciales et de la plaine fertile d'Argolide, elle ressent la nécessité de construire une enceinte autour du complexe palatial qui concentre le cœur du pouvoir. La première enceinte date de l'Helladique récent IIIA2 (milieu du ). Un ambitieux programme de construction est mis en place par les dirigeants mycéniens au sommet de la colline, modifiant profondément sa physionomie par la construction de terrasses artificielles soutenant celle d'un vaste palais.. Au début de l'Helladique récent IIIB, soit vers 1250 , l'enceinte est remodelée, s'étendant vers le sud et l'ouest pour englober de nouvelles constructions, ainsi que le cercle de tombes A, et elle est dotée d'une entrée monumentale, la porte des Lionnes.

vignette|alt=maquette d'une ville en ruine au sommet d'une colline, entourée de ravins abrupts sur deux côtés.|Le site de Mycènes : une colline aux flancs abrupts constituant une forteresse naturelle.

À la fin de l'Helladique récent IIIB, en l'espace de trois à cinq décennies (entre environ 1230 et 1180 ), la ville de Mycènes est frappée à deux reprises par d'importantes destructions.., qui marquent le début du déclin progressif mais définitif de la puissance mycénienne.. La cause des destructions des sites mycéniens en général et de Mycènes en particulier entre la fin du et le est toujours un sujet de débats et s'inscrit dans le contexte de l'effondrement de l'âge du bronze, au cours duquel plusieurs cultures de la Méditerranée orientale s'affaiblissent voire disparaissent.. Parmi les hypothèses avancées figurent les attaques de petits groupes de (thèse défendue par George Mylonas. et Carl Blegen), les conflits sociaux internes (thèse défendue par John Chadwick) et les tremblements de terre (thèse défendue par Spýros Iakovídis. et Elizabeth French.). Il est probable que plusieurs facteurs plutôt qu'un seul aient contribué au déclin puis à la chute de la puissance mycénienne...

Concernant la citadelle de Mycènes, les destructions de plusieurs bâtiments à la fin de l'Helladique IIIB1 (vers 1230 ) sont attribuées par Mylonas., Iakovídis et French. à un tremblement de terre, sur la base de leurs observations archéologiques. Wace a démontré que les vastes destructions de la fin de l'Helladique IIIB2 (vers 1200-1180 ) sont le résultat d'un ou de plusieurs incendies catastrophiques.. Si Mylonas et Iakovídis ont défendu au cours des années 1960 l'hypothèse d'une attaque extérieure., ce dernier a évolué quelques années plus tard en faveur d'un nouveau tremblement de terre, suivi en cela par French. Bien qu'il soit difficile d'établir avec certitude si elle est immédiatement antérieure ou immédiatement postérieure à cette grande destruction, l'extension nord-est de l'enceinte, dont le rôle est de protéger l'accès à la citerne souterraine, date de cette époque. Elle constitue, selon Mylonas, la dernière construction d'envergure des Mycéniens.. Ces aménagements ont donc pu être vus comme une manifestation de la puissance des rois mycéniens. Mais comme ils visent apparemment à renforcer la sécurité des occupants du site, ils pourraient plutôt être une réponse à l'instabilité qui semble se mettre en place durant cette période, qui voit s'amorcer ou s'accélérer le déclin de la civilisation mycénienne..

Ces deux catastrophes successives marquent la fin de la période « palatiale » et le début de la période « post-palatiale », correspondant à l'Helladique récent IIIC ( et début du siècles ). Après une courte période, la colline est réoccupée puis à nouveau détruite vers 1100-1080 selon French. Avec l'affaiblissement progressif du pouvoir des maîtres de Mycènes au cours du , cette troisième vague de destructions conduit de nombreux Mycéniens à quitter la colline, ainsi que dans la plupart des sites mycéniens dans tout le Péloponnèse et l'Attique, et les caractéristiques de la culture mycénienne s'amenuisent progressivement et disparaissent..

vignette|alt=Photographie d'un mur cyclopéen|Les ruines du mur cyclopéen protégeant le nord de la colline.

Les traces archéologiques témoignent d'une occupation faible mais relativement continue de la citadelle pendant les périodes Époque protogéométrique et géométrique., si bien qu'au début de l'époque classique, Mycènes est une cité mineure, dominée par sa puissante voisine Argos. Elle prend tout de même part à la Seconde Guerre médique. Elle envoie un contingent de à la bataille des Thermopyles en 480 puis forme une armée de avec Tirynthe qui combat à Platées l'année suivanteHérodote, Histoires, IX, 28.. Pausanias et Diodore de Sicile voient dans cette participation une tentative d'émancipation de Mycènes de la tutelle d'Argos, qui n'avait pas voulu participer à la guerre contre les PersesPausanias, Description de la Grèce, II, XVI, 5. : Mycènes est attaquée et assiégée par Argos en 468 , la famine poussant les Mycéniens à la reddition. La ville et ses fortifications sont alors rasées par les ArgiensPausanias, Description de la Grèce, VII, XXV, 5.Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XI, 65.. Les fortifications sont démantelées, les habitants réduits en esclavage ou exilés..

Au cours du , les Argiens fondent sur les ruines de Mycènes un koma, un petit village fortifié dépendant d'Argos. Les dégâts causés par les destructions de 468 sont en partie réparés.. Dans un contexte de guerre entre Argos et la ligue achéenne puis avec Sparte, la colline de Mycènes est devenue partie intégrante d'une ligne de fortifications argienne.. On ne sait pas combien de temps le site est resté occupé. Il a progressivement été abandonné, si bien que lorsque Pausanias voyage en Argolide vers 170 de notre ère, il ne reste de Mycènes .

Redécouverte et fouilles vignette|alt=Estampe représentant les ruines de la porte des Lionnes|La porte des Lions à Mycènes, par Théodose du Moncel, 1845.