L'art du Troisième Reich est l'art approuvé par le gouvernement allemand et produit dans l'Allemagne nazie entre 1933 et 1945.

Ce courant a cherché à s'inspirer de l'art classique grec et romain, dans lequel Adolf Hitler voyait la manifestation extérieure d'un idéal racial intérieurGrosshans, 1983, .. À la fois héroïque et romantique, il devait, en outre, être compréhensible par l'homme ordinaire Richard Overy, The Dictators: Hitler's Germany, Stalin's Russia, .. En réponse à la culture de la période de Weimar qu'ils considéraient comme dégénérée, les nazis, se fondant sur une doctrine racialiste, ont développé une esthétique conservatrice et se sont servis de la culture comme d'un moyen de propagandeAdam, 1992, ..

Théorie Comme l'indique l'historien Henry Grosshans dans son ouvrage Hitler et les artistes, Adolf Hitler, arrivé au pouvoir en 1933 : .

La nature soi-disant « juive » de l'art indéchiffrable, déformé ou représentant un sujet « dépravé » s'explique aux yeux des nazis par le concept de dégénérescence, selon lequel l'art déformé et corrompu est le symptôme d'une race inférieure.

La théorie de l'art dégénéré propagée par les nazis leur permet de justifier aux yeux du public à la fois leur antisémitisme et leur volonté de prendre le contrôle de la cultureBarron, 1991, .. Leurs efforts à cet égard ont incontestablement profité d'une certaine hostilité populaire au modernisme qui précède l'avènement du nazisme Frederic Spotts, Hitler and the Power of Aesthetics, .. L'opinion selon laquelle l'art moderne et les avant-gardes reflétaient la condition et la faillite morale de l'Allemagne était répandue, grâce entre autres à une certaine presse réactionnaire et populiste, selon laquelle de nombreux artistes agissaient de manière à saper ou à contester ouvertement les valeurs et la moralité populaires Richard Overy, The Dictators: Hitler's Germany, Stalin's Russia, .. vignette|redresse|La Haus der Kunst à Munich.

Contexte historique Le monde des arts connaît au début du des évolutions considérables. Dans les arts visuels, des innovations telles que le cubisme, le dada et le surréalisme, qui suivent de près le symbolisme, le post-impressionnisme et le fauvisme, ne font pas l'unanimité. La majorité de la population en Allemagne, comme ailleurs, ne se soucie pas du nouvel art que beaucoup ressentent comme élitiste, moralement suspect et trop souvent incompréhensibleAdam, 1992, .. Dans les années 1920, l'Allemagne est un centre majeur de l'art d'avant-garde et le berceau de l'expressionnisme en peinture et en sculpture. Les compositions musicales atonales d' Arnold Schönberg et l'œuvre influencée par le jazz de Paul Hindemith et Kurt Weill, Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene et Metropolis de Fritz Lang apportent l'expressionnisme au cinéma.

Création du Reichskulturkammer vignette|redresse|Joseph Goebbels avec la réalisatrice Leni Riefenstahl en 1937. La Chambre de la culture du Reich (Reichskulturkammer) est créée le par le gouvernement nazi. Elle a pour mission de réprimer la création artistique libre, de purger les arts allemands de toute influence juive ou moderniste, et de les rendre conformes aux idéaux nazis d'art « aryen » ou « héroïque », car les nazis considèrent le modernisme comme un « art dégénéré »Cf. le site du Musée des Beaux-Arts (Kunstmuseum) de Bâle concernant son exposition La modernité déchirée - Les acquisitions bâloises d'art "dégénéré" du 22 octobre 2022 au 19 février 2023, section Glossaire (en ligne) : https://kunstmuseumbasel.ch/fr/expositions/2022/la-modernite-dechiree (consulté le 16.02.2023)..  La Chambre de la culture du Reich est placée sous l'autorité de Joseph Goebbels.

De juin à , les nazis organisent une exposition à Munich sur l'« art dégénéré ». Elle présente plus de 700 œuvres, sélectionnées parmi les 21 000 peintures, dessins, gravures et sculptures confisqués dans les musées allemands, en les mettant en parallèle avec les productions de malades mentaux afin de stigmatiser l'art du courant moderniste.

Une loi promulguée le par le Troisième Reich prévoit en particulier que les oeuvres d'art dégénéré identifiées par la Reichskulturkammer et saisies dans les musées allemands « peuvent être confisquées sans indemnité en faveur du Reich » https://de.wikisource.org/wiki/Gesetz_%C3%BCber_Einziehung_von_Erzeugnissen_entarteter_Kunst [« Loi sur la confiscation des produits d’art dégénéré »] (Loi), 31 mai 1938.

Genres artistiques sous le Troisième Reich

La peinture L'art du Troisième Reich se caractérise par un style réaliste romantique basé sur des modèles classiques. Tout en interdisant les styles modernes dit « dégénérés », les nationaux socialistes favorisent des peintures qui exaltent, dans un style graphique traditionnel, les valeurs () de pureté raciale, de militarisme et d'obéissance. L'art nazi célèbre également le Volk (peuple) à l'œuvre dans les champs, le retour aux vertus simples du Heimat (l'amour de la patrie), et les activités féminines de procréation et d'éducation symbolisées par le slogan ().

L'architecture

Dès 1933, le nouveau régime nazi fait fermer le Bauhaus, une école d'architecture et d'arts appliqués, qui avait été fondée en 1919 et qui avait posé les bases de la réflexion sur l'architecture moderne, notamment du style international. Les nazis revalorisent le travail manuel et rejettent la standardisation préconisée par le mouvement moderne ; mais pour autant, le régime nazi ne rejette pas le fonctionnalisme, toujours utilisé dans l’architecture industrielle. Hitler s’intéresse à l’architecture, il admire le Paris d’Haussmann et son bâtiment préféré est l’opéra Garnier.

Relevant souvent de la propagande monumentale, comme le stade olympique de Berlin destiné aux Jeux de 1936, les œuvres du Troisième Reich sont de style néo-classique et développent aussi souvent l'exaltation de corps « sains », virils et « aryens ».

Quelques réalisations architecturales du régime nazi :

Welthauptstadt Germania : projet hitlérien de construction d'une capitale monumentale pour le Troisième Reich en lieu et place de Berlin ; Reichsparteitagsgelände : gigantesque complexe architectural, situé au sud-est de la ville de Nuremberg, qui a accueilli, de 1933 à 1938, les congrès annuels du NSDAP ; Pavillon de l'Allemagne à l'Exposition universelle de 1937 : à l'Exposition universelle de 1937 à Paris, il était placé juste en face du pavillon soviétique et était logé dans un très haut parallélépipède de marbre blanc, surmonté d'un grand aigle et d'une croix gammée, symboles du nazisme ; Parc et stade olympique de Berlin.

Artistes sous le Troisième Reich

Peintres

Théâtre Le théâtre est sous le Troisième Reich un moyen de propagande, les pièces étant conçues et réalisées pour que le spectateur agisse en continuité de l’œuvre qu'il venait de voir. Souvent assez simples a comprendre, elles véhiculaient l'idéologie nazie et antisémite.

Sculpteurs

Musiciens Werner Egk Hans Pfitzner Carl Orff Richard Strauss

Architectes

Écrivains

Acteurs

Créateurs et penseurs indépendants interdits sous le Troisième Reich vignette|redresse|En 1933, des nazis ont brûlé des œuvres d'auteurs juifs et d'autres œuvres considérées comme « non allemandes » à la bibliothèque de l'Institut de sexologie de Berlin. Personnalités interdites en Europe occupée par l'Allemagne et/ou vivant en exil : Peintres Max Beckmann Oskar Kokoschka Kurt Schwitters

Sculpteurs Ernst Barlach

Musiciens Paul Hindemith Otto Klemperer Hanns Jelinek Ernst Toch Arnold Schönberg Richard Tauber Hanns Eisler (compositeur) Friedrich Hollander (compositeur) Kurt Weill (compositeur) Franz Waxman (compositeur) Karol Rathaus (compositeur) Mischa Spoliansky (compositeur)

Architectes Walter Gropius (fondateur du Bauhaus ) Ludwig Mies van der Rohe Marcel Breuer

Écrivains Szymon Askenazy Bertolt Brecht Hanns Heinz Ewers Bruno Frank Walter Hasenclever Bruno Jasieński Janusz Korczak Heinrich Mann Leo Perutz Erich Maria Remarque Adolf Rudnicki Moses Schorr Antoni Słonimski Julian Tuwim Jakob Wassermann Bruno Winawer Józef Wittlin Stefan Zweig

Acteurs, réalisateurs et producteurs de cinéma Fritz Sternberg, réalisateur Leo Reuss Henry Koster Fritz Lang, réalisateur Joe May Hanns Schwarz Ernst Lubitsch Karl Freund William Dieterle Wilhelm Thiele Ewald André Dupont Curtis Bernhardt Berthold Viertel Robert Wiene Georg Wilhelm Pabst Max Ophüls Leontine Sagan Richard Oswald Marlene Dietrich Fritz Kortner Mady Christians Brigitte Helm, coupable de « souillure raciale » après 1933Hull, 1969, . Elisabeth Bergner Erich Pommer, l'un des trois premiers producteurs allemands prénazisHull, 1969, . Max Schach, l'un des trois premiers producteurs allemands prénazis Seymour Nebenzal, l'un des trois premiers producteurs prénazis Reinhold Schünzel Frank Wisbar Detlef Sierck Fritz van Dongen

Notes et références

Bibliographie

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