droite|vignette|301x301px|L'Italie et ses colonies avant la Seconde Guerre mondiale sont représentées en rouge. Des zones roses ont été occupées ou annexées à la suite de plusieurs campagnes militaire entre 1940 et 1943 (la concession de Tientsin en Chine n'est pas illustrée). La participation de l'Italie à la Seconde Guerre mondiale était caractérisée par un cadre complexe d'idéologie, de politique et de diplomatie, tandis que ses actions militaires étaient souvent fortement influencées par des facteurs externes. L'Italie a rejoint la guerre en tant que l'une des puissances de l'Axe en 1940, lors de la reddition de la France, avec un plan de concentration des forces italiennes en vue d'une offensive majeure contre l'Empire britannique en Afrique et au Moyen-Orient, tout en s'attendant à l'effondrement du Royaume-Uni sur le théâtre européen. Les Italiens ont bombardé la Palestine mandataire, envahi l'Égypte et occupé le Somaliland britannique en remportant leurs premiers succès. Cependant, les actions allemandes et japonaises en 1941 ont conduit respectivement à l'entrée de l'Union soviétique et États-Unis dans la guerre, ruinant ainsi le plan italien et reportant indéfiniment l'objectif de forcer la Grande-Bretagne à accepter un traité de paix négociéMacGregor Knox. Mussolini unleashed, 1939–1941: Politics and Strategy in Fascist Italy's Last War. Edition of 1999. Cambridge, England, UK: Cambridge University Press, 1999. Pp. 122–123..
Le dictateur italien Benito Mussolini était conscient que l'Italie (dont les ressources avaient été réduites par des interventions militaires d'avant la Seconde Guerre mondiale, quoique réussies, en Espagne, en Éthiopie et en Albanie) n'était pas prête pour un long conflit. Il choisit cependant de rester dans la guerre car les ambitions impériales du régime fasciste, qui aspirait à restaurer l'Empire romain en Méditerranée (la Mare nostrum), étaient partiellement satisfaites à la fin de 1942. À ce stade, l'influence italienne s'est étendue dans toute la Méditerranée. La Libye avait été pacifiée sous les fascistes et subissait la loi du régime italien. Un régime nationaliste militaire amical avait été installé en Espagne, un régime fantoche installé en Croatie après l'invasion germano-italienne de la Yougoslavie. L'Albanie, Ljubljana, la Dalmatie côtière et le Monténégro ont été directement annexés à l'État italien. La plus grande partie de la Grèce avait été occupée par l'Italie après la guerre gréco-italienne et la bataille de Grèce, tout comme les territoires français de Corse et de Tunisie après l'effondrement du régime de Vichy et l'occupation de la France libre par les forces allemandes. Enfin, les forces italo-allemandes ont remporté de grandes victoires contre les insurgés en Yougoslavie et ont occupé des parties de l'Égypte sous contrôle britannique lors de leur poussée vers El-Alamein après leur victoire à Gazala.
Cependant, les conquêtes de l'Italie ont toujours été fortement contestées, à la fois par diverses insurrections (principalement la résistance grecque et les partisans yougoslaves) et les forces militaires alliées, qui ont mené la bataille de la Méditerranée pendant et au-delà de la participation de l'Italie. Finalement, l'empire italien s'est effondré après des défaites désastreuses dans les campagnes d'Europe de l'Est et d'Afrique du Nord. En , à la suite de l'invasion alliée de la Sicile, Mussolini est arrêté sur ordre du roi Victor Emmanuel III, provoquant une guerre civile. L'armée italienne en dehors de la péninsule s'est effondrée, ses territoires occupés et annexés tombant sous contrôle allemand. L'Italie capitule devant les Alliés le 3 septembre 1943.
La moitié nord du pays a été occupée par les Allemands avec l'aide des fascistes qui mirent en place un État fantoche collaborationniste (avec plus de réquisitionnés pour l'Axe), tandis que le sud était gouverné par des forces monarchistes, qui ont combattu pour la cause alliée comme l'armée co-belligérante italienne (comptant plus de à son apogée), aidée par environ (principalement d'anciens soldats de l'armée royale italienne) d'idéologies politiques disparates qui opéraient dans toute l'Italie. Le , Benito Mussolini est exécuté par des partisans italiens, deux jours avant le suicide d'Adolf Hitler.
Contexte
Ambitions impériales
droite|vignette|Ambitions de l'Italie fasciste en Europe en 1936. À la fin des années 1920, le Premier ministre italien Benito Mussolini estime d'un besoin urgent de relancer l'expansion impériale, prétendant que l'Italie avait besoin d'un débouché pour sa « population excédentaire » et qu'il serait donc dans l'intérêt des autres pays d'aider à cette expansion. L'aspiration immédiate du régime était « l'hégémonie politique dans la région méditerranéenne – danubienne – balkanique », Mussolini imaginant une conquête plus grandiose « d'un empire s'étendant du détroit de Gibraltar au détroit d'Ormuz ». L'hégémonie balkanique et méditerranéenne était prédite par l'ancienne domination romaine dans les mêmes régions. Des projets consistaient à mettre en place un protectorat en Albanie, une annexion de la Dalmatie, ainsi qu'un contrôle économique et militaire de la Yougoslavie et de la Grèce. Le régime a également cherché à établir des relations protectrices patron-client avec l'Autriche, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie, qui se situaient toutes à l'extérieur de sa sphère d'influence européenne. Bien que cela ne fût pas parmi ses objectifs proclamés publiquement, Mussolini souhaitait contester la suprématie de la Grande-Bretagne et de la France dans la mer Méditerranée, considérée comme stratégiquement vitale, car la Méditerranée était le seul canal de l'Italie vers les océans Atlantique et Indien.
En 1935, l'Italie initia la deuxième guerre italo-éthiopienne, « une campagne coloniale du siècle menée hors du temps ». La campagne suscita un discours optimiste sur la constitution d'une armée éthiopienne « pour aider à conquérir » le Soudan anglo-égyptien. La guerre marqua également un virage vers une politique étrangère italienne plus agressive, « exposant également les vulnérabilités » des territoires britanniques et français. Cela créa l'occasion que Mussolini espérait pour commencer à réaliser ses objectifs impériaux.
En 1936, la guerre civile espagnole éclata. Dès le début, l'Italie joua un rôle important dans le conflit. Sa contribution militaire fut si importante qu'elle joua un rôle décisif dans la victoire des forces rebelles dirigées par Francisco Franco. Mussolini s'était engagé dans une « guerre externe à grande échelle » en raison de l'insinuation de la future soumission espagnole à l'Empire italien, et comme un moyen de placer le pays sur un pied de guerre, en créant « une culture guerrière». Les séquelles de la guerre en Éthiopie entrainèrent une réconciliation germano-italienne après des années de relations précédemment tendues, aboutissant à la signature d'un traité d'intérêt mutuel en . Le traité fut le résultat d'une dépendance croissante à l'égard du charbon allemand à la suite des sanctions de la Société des Nations, de politiques similaires entre les deux pays à propos du conflit en Espagne et de la sympathie allemande envers l'Italie à la suite de la réaction européenne à la guerre d'Éthiopie. Les suites du traité virent les liens croissants entre l'Italie et l'Allemagne, et la chute définitive de Mussolini sous l'influence d'Adolf Hitler, influence « dont il ne réchappera jamais».
En , au lendemain des accords de Munich, l'Italie requit des concessions à la France. Celles-ci comprenaient un port franc à Djibouti, le contrôle de la voie ferrée Addis-Abeba-Djibouti, la participation italienne à la gestion de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, une certaine forme de copropriété franco-italienne sur la Tunisie française et la préservation de la culture italienne en Corse sans assimilation française des personnes. Les Français refusèrent les demandes, estimant que la véritable intention italienne était l'acquisition territoriale de Nice, de la Corse, de la Tunisie et de Djibouti. Le , le ministre des Affaires étrangères Galeazzo Ciano s'adressa à la Chambre des députés sur les « aspirations naturelles du peuple italien », et fut accueilli par des cris de « Nice ! Corse ! Savoie ! Tunisie ! Djibouti ! Malte !». Plus tard dans la journée, Mussolini s'adressa au Grand Conseil du fascisme au sujet des « objectifs immédiats du dynamisme fasciste », à savoir l'Albanie, la Tunisie, la Corse (partie intégrante de la France), le Tessin (canton de Suisse) et tout territoire français à l'est du Var, y compris Nice, mais la Savoie n'est pas évoquée.
À partir de 1939, Mussolini affirma le besoin d'un accès incontesté aux océans et aux voies de navigation du monde pour assurer sa souveraineté nationale. Le , il s'adressa au Grand Conseil à huis clos et prononça un long discours sur les affaires internationales et les objectifs de sa politique étrangère, « qui est comparable à la disposition notoire d'Hitler, rédigée par le colonel Hossbach ». Il commença par affirmer que la liberté d'un pays est proportionnelle à la force de sa marine, suivi par « la complainte familière que l'Italie est prisonnière en MéditerranéeL'expression avait été utilisée au Parlement dès le 30 mars 1925 par le ministre de la Marine, l'amiral Paolo Emilio Thaon di Revel. Revel plaidait pour que le financement naval reçoive la priorité sur le financement de l'arméevoir page 8 de MacGregor Knox, Hitler's Italian Allies: Royal Armed Forces, Fascist Regime, and the War of 1940–1943, Cambridge UP, 2000», en qualifiant la Corse, la Tunisie, Malte et Chypre de « barreaux de cette prison » et décrivant Gibraltar et Suez comme les gardiens de la prison. Pour briser le contrôle britannique, ses bases sur Chypre, Gibraltar, Malte et en Egypte (contrôlant le canal de Suez) devraient être neutralisées. Le , Mussolini déclara au sujet du pays « qu'il ne sera pas vraiment une nation indépendante tant qu'il y aura la Corse, Bizerte, Malte comme barreaux de sa prison méditerranéenne et Gibraltar et Suez servant de murs ». La politique étrangère fasciste tenait pour acquis que les démocraties — la Grande-Bretagne et la France — devraient un jour être confrontées. Grâce à la conquête armée, l'Afrique du Nord italienne et l'Afrique orientale italienne — séparées par le Soudan anglo-égyptien — seront liées et la prison méditerranéenne détruite. L'Italie pourra alors conquérir de nouveaux territoires « soit vers l'océan Indien via le Soudan et l'Abyssinie, soit vers l'Atlantique en passant par l'Afrique du Nord française».
Dès , l'armée italienne avait élaboré des plans pour envahir l'Albanie. Le , les forces italiennes débarquèrent dans ce pays et, en l'espace de trois jours, en occupèrent la majorité. L'Albanie représentait un territoire que l'Italie voulait acquérir afin d'en faire un « nouvel espace de vie pour atténuer sa surpopulation », le pays étant aussi un point stratégique - position nécessaire - pour déclencher d'autres conflits expansionnistes dans les Balkans. Le , l'Italie et l'Allemagne signèrent le Pacte d'acier joignant les deux pays dans une alliance militaire. Le pacte était l'aboutissement des relations germano-italiennes depuis 1936 et n'était pas de nature défensive. Au contraire, il fut élaboré en vue d'une « guerre commune contre la France et la Grande-Bretagne », bien qu'un tel conflit ne devait pas avoir lieu avant plusieurs années selon la hiérarchie italienne. Cependant, malgré l'impression italienne, le pacte ne fit aucune référence à un projet de paix limitée et les Allemands poursuivirent leur projet d'envahir la Pologne.
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